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Le gouvernement en panique face à la réforme des retraites
par Yves de Kerdrel

Emmanuel Macron craint de se voir se répéter une crise sociale semblable à celle de décembre 1995, lorsqu’à un mécontentement populaire s’est ajouté un projet de réforme remettant en cause de nombreux avantages acquis. D’où le rétropédalage auquel s’est livré le gouvernement toute la semaine, ajoutant de la confusion à une grogne sociale déjà très forte.

20/10/2019 - 06:50 Temps Lecture 16 mn.

 

Michel Rocard n’avait-il pas raison lorsqu’il affirmait que la réforme des retraites était la seule qui pouvait faire tomber plusieurs gouvernements. C’est bien la raison pour laquelle, dès le début – c’est-à-dire avant même d’être élu – Emmanuel Macron a pris toutes les précautions possibles sur ce sujet. Notamment en promettant de ne pas toucher à l’âge de la retraite fixé à 62 ans, à la différence de François Fillon qui voulait le porter à 65 ans. Ensuite, à peine élu, en nommant, le 14 septembre 2017, le gaulliste social Jean-Paul Delevoye comme haut-commissaire à la réforme des retraites. Avec pour mission d’organiser et de superviser une consultation citoyenne autour de ce thème. Ce qui fût fait avec la remise d’un livre blanc au début de l’été dans lequel figuraient les principaux traits d’une réforme des retraites, telle que souhaitée par Emmanuel Macron.

Mais depuis quelques semaines seulement, au fur et à mesure que les organisations syndicales prennent connaissance des détails de la réforme, de même que les différentes professions catégorielles, le ton a changé. Jusque-là, le seul point de crispation se trouvait sur l’âge officiel de départ en retraite (62 ans) et l’âge pivot ou l’âge d’équilibre (64 ans) permettant de ne pas subir de décote. À tel point que fin août, Emmanuel Macron a émis l’hypothèse d’un retour en arrière afin que l’on parle de durée de cotisation et non plus d’âge de départ en retraite. Mais cela n’a pas suffi. Et la grogne sociale ne cesse d’enfler depuis quelques jours avec notamment vendredi une grève surprise de la SNCF, un jour de départ en vacances.

 

Un plan B pour les retraites

 

La contestation sociale aura-t-elle raison des plans du gouvernement concernant la réforme des retraites ? C'est possible, si on en croit une information révélée par Les Échos, qui explique qu'un plan B se dessinerait à ce sujet. Alors qu'un appel à une grève interprofessionnelle a été lancé pour le 5 décembre par plusieurs syndicats, Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire aux Retraites, a transmis un nouveau document aux partenaires sociaux en vue de la concertation prévue cette semaine. Dans celui-ci, on apprend que le gouvernement pourrait modifier son agenda pour la mise en œuvre de cette réforme contestée. Le haut-commissaire aux Retraites avance ainsi la possibilité que la génération 1963 (qui aura alors 62 ans) ne soit pas la première à connaître la mise en vigueur du nouveau système de retraite en 2025, comme cela était prévu.

Des professions, comme les policiers (qui seraient concernés à partir de la génération 1968) ou les conducteurs de train (génération 1973), bénéficient quant à elles d'une exception dans le futur système de retraite à points prévu actuellement. Mais des scénarios alternatifs sont envisagés : comme appliquer la réforme aux nouveaux entrants sur le marché du travail ou appliquer cette bascule aux générations postérieures. Cette dernière possibilité permettrait notamment de calmer la grogne sociale, car les manifestants actuels ne seraient plus concernés par cette réforme. On nous a demandé de concerter sur les leviers de la transition, mais nous n'avons pas de scénario technique avec la première génération concernée, explique-t-on du côté de Matignon, sans donner plus de détails.

 

Matignon refuse de parler de reculade

 

Autant dire que si ce Plan B devient l’hypothèse de travail la réforme des retraites envisagée n’aura plus rien à voir avec celle annoncée par le Premier Ministre à la suite des travaux de Jean-Paul Delevoye. Le pire c’est qu’en faisant apparaître au grand jour sa pusillanimité, le gouvernement apporte de l’eau au moulin à tous ceux qui contestent les piliers de cette réforme. La grogne sociale devrait continuer à prendre de l'ampleur selon les informations de WanSquare, puisées au sein des principaux syndicats. En attendant la fameuse journée du 5 décembre, jour de grève interprofessionnelle. La réforme des retraites centralise les mécontentements au point que l'exécutif travaille à modifier des points sensibles voire à reporter le grand changement.

À Matignon on refuse de parler de reculade et on fait mine de ne pas comprendre expliquant que c'est la nouvelle méthode du gouvernement, l'application concrète de l'acte II du quinquennat. Il est normal de prendre en compte les protestations et les inquiétudes légitimes des Français, dit-on dans l'entourage d'Édouard Philippe. Depuis les "gilets jaunes", on a appris à être très prudents, indique un ministre. En clair, il ne faut donner aucun carburant à la contestation sociale en train de s'organiser, désamorcer les tensions pour ne pas faire de la grève prévue le 5 décembre prochain une réussite. Une méthode douce qui agace beaucoup au sein du gouvernement. Dans l'équipe d'un ministre, dont nous tairons le nom, on s'emporte : On ne va pas commencer à lâcher du lest maintenant, il faut rester ferme sur nos positions, sinon cette réforme ne se fera jamais. Un poids lourd de l'exécutif va encore plus loin. À la question : elle est déjà morte votre réforme ? il répond : en tout cas, elle n'est pas très vivante…

 

Le retour de la clause du "grand-père"

 

Sur le papier, le régime universel à points devait fusionner les 42 régimes existants en un seul. La mise en œuvre débutant en 2025 pour durer une quinzaine d'années et s'achever en 2040. Dans la pratique, la mise en œuvre pourrait être retardée, notamment pour les régimes spéciaux. Le Premier ministre Édouard Philippe avait déjà évoqué cette piste devant le Conseil économique, social et environnemental (Cese), à la mi-septembre : "Peut-être le nouveau système ne devra-t-il s'appliquer, pour certains régimes, qu'à des personnes plus jeunes, plus éloignées de la retraite. Là-dessus, je n'ai aucun tabou", avait déclaré le chef du gouvernement. Une manière, de calmer la contestation sociale qui prend de l'ampleur. D’importantes exceptions à la règle sont déjà prévues.

Des concessions plus larges sont également évoquées. Si les protestations deviennent trop fortes, l'exécutif envisage, d'appliquer la réforme uniquement aux nouveaux entrants sur le marché du travailCette hypothèse, que l'on appelle la clause du grand-père, permettrait de repousser l'application de la réforme suffisamment loin pour que la majorité des personnes ne soient pas concernées, et donc ne descendent pas dans la rue. Cette clause du grand-père figure bien, en tout cas, dans un document de travail distribué cette semaine aux partenaires sociaux. Cette option pourrait être limitée aux régimes spéciaux… ou s'étendre à l'ensemble des salariés du régime général. Dans ce cas, le système à points n'entrerait en vigueur qu'à partir des années 2060, dans plusieurs décennies.

 

La grande peur du 5 décembre

 

Il est légitime que le gouvernement explore toutes les solutions. D’autant que les premiers débats publics du Chef de l’État et du Premier Ministre avec des Français à Rodez ou à Lons le Saunier ne se sont pas très bien passées. Mais d’une part, dans le premier schéma, il y avait une grosse tâche qui était l’absence totale d’économies au moment où le régime vieillesse de la Sécurité Sociale voit son déficit se creuser. D’autre part, à donner le sentiment de reculer à plus d’un mois d’une manifestation, qui sera – certes d’une grande ampleur – le gouvernement perd toute marge de manœuvre pour la suite. Et notamment si les mouvements sociaux perdurent après le 5 décembre, comme certains syndicats l’ont laissé entendre.

Au chapitre économique, l’actualité c’est évidemment le Brexit. Surtout dans la mesure où la France serait le troisième pays le plus impacté par cette clause de divorce au sein de l’Union Européenne. On pensait jeudi que ce feuilleton qui dure depuis plus de trois ans avait touché à sa fin après l’accord trouvé dans la nuit entre les représentants du Royaume-Uni et les négociateurs de Michel Barnier. C’était oublier que cet accord était soumis à une ratification par la Chambre des Communes réunie exceptionnellement un samedi. Lors de cette rare séance du samedi, les députés ont voté en faveur du report de la décision sur l'accord auquel Boris Johnson est parvenu à Bruxelles cette semaine, jusqu'à ce qu'il ait obtenu le projet de loi qui l'a promulgué au Parlement.

 

Un feuilleton du Brexit sans fin

 

La loi oblige donc Boris Johnson à envoyer une lettre à Bruxelles pour demander que le départ de la Grande-Bretagne soit reporté au 31 janvier. S'exprimant après le vote, Boris Johnson a déclaré qu'il ne négocierait pas un délai avec l'Union européenne. Mais il a encore une chance de tenir sa promesse de faire sortir la Grande-Bretagne de l'Union européenne d'ici la fin du mois. Un projet de loi sur l'accord de retrait sera présenté au Parlement la semaine prochaine, et il pourrait entrer en vigueur dès mardi. La question qui se posera alors, comme samedi matin, est de savoir si Boris Johnson a les votes nécessaires pour le faire adopter. Ce jour-là, des députés conservateurs, actuels et presque tous ceux qu'il a expulsés le mois dernier, ont dit qu'ils voteraient avec lui, ainsi qu'un petit nombre de députés travaillistes. S'il peut maintenir cette coalition pendant deux semaines, il aura peut-être une chance.

S'il échoue, le pays sera plongé dans une crise politique sans précédent. Les résultats possibles vont du report de Brexit - laisser du temps pour une élection générale ou un second référendum sur le départ - à un départ chaotique et économiquement préjudiciable du bloc sans accord dans seulement 12 jours. Par ailleurs, si Boris Johnson tente de contourner la législation qui l'oblige à demander un délai, comme l'ont déjà menacé ses assistants, il est presque certain qu'il devra faire face à des contestations judiciaires qui pourraient aboutir devant la Cour suprême du Royaume-Uni. Il est donc probable qu'il demandera une prolongation, ce qui nécessiterait l'accord unanime des dirigeants de l'Union européenne.

 

Rumeurs autour du sort de Matthieu Pigasse

 

Vendredi dernier, le président Emmanuel Macron avait dit qu'il ne fallait pas en accorder de nouveaux délais au Royaume-Uni. Mais les responsables de l'Union européenne affirment qu’en dépit de l’avis du Chef de l’État Français, qui avait fait des déclarations similaires avant d'approuver un délai du Brexit en avril, il est peu probable que lui ou un autre dirigeant en refuserait un autre, surtout si le Royaume-Uni se dirigeait vers une élection générale. Si les tentatives d'arrêter un Brexit sans transaction échouent, les conséquences pour la Grande-Bretagne sont susceptibles d'être graves. Selon la propre analyse du gouvernement, un Brexit chaotique sans transaction causerait des perturbations au commerce, aux services financiers et aux approvisionnements alimentaires, et risquerait de provoquer des troubles civils.

En matière de business, l’actualité de la semaine, ce sont les fortes rumeurs d’un probable départ de Matthieu Pigasse de la présidence de Lazard Frères. Un départ lié notamment à la rétrogradation dont il a fait l’objet au printemps dernier au sein de l’activité mondiale de "global advisory" et donc de conseil pour les fusions et acquisitions. L’activité du bureau parisien de Lazard subit la forte baisse du marché du conseil depuis quelques mois. Par ailleurs une ambiance délétère règne boulevard Haussmann où plusieurs associés gérants ont été priés de faire leurs valises quand les plus brillants, comme Nicolas Constant, décidaient d’eux-mêmes d’aller créer la franchise française de la banque d’affaires américaine Center View.

Sollicité tant par WanSquare, que par Mediapart, Ken Jacobs n’a pas voulu démentir les négociations en cours sur un prochain départ de Matthieu Pigasse, alors que l’agence Reuters avait relayé cette information dans le monde entier. Cela n’a rien à voir avec les mésaventures personnelles du banquier d’affaires dans la presse. Notamment les Inrockuptibles, où il perd beaucoup d’argent et sa participation dans le groupe le Monde, dont il a vendu la moitié au tchèque Daniel Kretinsky. Ce qui lui a valu les foudres de la rédaction du quotidien du soir, sans pour autant lui permettre de retrouver une situation financière saine avec des dettes, souscrites notamment auprès de la Banque Palatine, toujours supérieures à ses actifs.

                                                                                                                                               Yves de Kerdrel

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