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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Un climat social qui se tend plus vite que prévu
par Yves de Kerdrel

Les cheminots ont profité des nombreux départs en vacances de la Toussaint pour faire des grèves surprises mais massives, désorganisant la transhumance des vacanciers. Ces mouvements inquiètent d’autant plus l’Élysée et Matignon que la SNCF avait prévu une grève reconductible qu’à partir du 5 décembre. Ce qui augure d’un mois de novembre turbulent sur le front social.

27/10/2019 - 06:45 Temps Lecture 17 mn.

 

Le chef de l'État revient d’un passage de trois jours à la Réunion après une halte à Mayotte où il a parlé immigration clandestine. Pour la première visite d'Emmanuel Macron en tant que président à La Réunion, l'ensemble des syndicats de la péninsule ont lancé un appel à la mobilisation. Face aux difficultés de la vie courante, La Réunion a été le seul territoire d'outre-mer à connaître le mouvement des gilets jaunes pour dénoncer la crise sociale aiguë qui touche la péninsule. Dans ce territoire de plus de 850 000 habitants, 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, le taux de chômage atteint 24 %, et même 42 % chez les jeunes. De plus, le coût de la vie pour un budget moyen de ménage réunionnais, est de 7,1 % plus élevé à La Réunion que dans l'Hexagone, selon l'Insee, alors que le revenu médian réunionnais est inférieur de 30 % au niveau national.

Après trois jours sous haute tension à plusieurs milliers de kilomètres de l’hexagone, le Chef de l’État a retrouvé une France en proie à un climat social très tendu. Sous le prétexte d’un droit de retrait lié à l’accident d’un TER, les cheminots avaient fait une grève générale le week-end dernier, désorganisant les départs en vacances de la Toussaint. Bien que l’État ait menacé – mais seulement menacé – de poursuites juridiques, poussé en cela par Guillaume Pépy, les cheminots ont recommencé leur grève ce week-end et de nombreuses lignes sont perturbées jusqu’à demain soir, notamment tous les trains menant à la façade Atlantique

 

Et si la réforme des retraites n’était qu’un prétexte ?

 

Bien sûr la réforme des retraites en préparation est le facteur déclenchant de ces mouvements sociaux. Mais a longue grève du printemps 2018 sur le changement de statut des cheminots a aussi laissé des traces. Sur fond de concurrence syndicale, il y a un air de revanche dans l’air. Surtout quand se profile une remise à plat de l’ensemble des régimes spéciaux de retraite. Car ce bras de fer entre aussi en résonance avec d’autres conflits qui se multiplient partout en France : aux urgences, dans les Ehpad, chez les pompiers, les agriculteurs. Leur point commun : l’identité et les conditions de travail, la place des uns et des autres dans la société.

Dans ces conditions, la réforme des retraites pourrait, là encore, n’être qu’un prétexte. Alors que se profile une grève intercatégorielle le 5 décembre, la fermeté seule ne suffira pas. Le gouvernement va devoir jouer les démineurs et pas seulement menacer comme il le fait aujourd’hui. Pour avoir voulu court-circuiter, de façon intempestive, les corps intermédiaires au début du quinquennat, le président de la République, comme le Premier ministre, est condamné à courir derrière un train qui menace à tout moment de s’emballer. Et pas seulement à la SNCF. D’autant que la réforme des retraites n’est toujours pas aboutie. On est passé d’un plan A à un plan B. Et dans les deux cas la réforme envisagée ne va générer aucune économie. Alors que le Plan de loi de Finances de la Sécurité Sociale a mis en avant le déficit de la branche vieillesse

 

Une rencontre décisive jeudi avec les syndicats

 

De manière à faire retomber la tension qui monte notamment dans les transports publics, le haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye et le secrétaire d’État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari ont invité les syndicats de cheminots à une première séance de concertation jeudi prochain, selon les informations de WanSquare. Cinq semaines avant la grève du 5 décembre, les quatre organisations représentatives (CGT, Unsa, SUD, CFDT) sont conviées à une réunion multilatérale d’ouverture de processus le 31 octobre à partir de 9 heures. Contacté par nos soins, l’entourage de Jean-Paul Delevoye a confirmé cette date et précisé que le rendez-vous devait avoir lieu au ministère des Solidarités et de la Santé.

Comme pour leurs homologues de la RATP, reçus une première fois ensemble fin septembre, ce premier rendez-vous devrait être suivi de rencontres bilatérales consacrées au régime spécial des cheminots et à sa dissolution au sein du régime universel, voulu par Emmanuel Macron. Derrière cet objectif intangible, de nombreux points restent à trancher : durée de la transition, niveau des cotisations, âge de départ, prise en compte de la pénibilité… Mais la CGT rejette cette réforme en bloc et a déjà montré à la RATP qu’elle n’entendait pas jouer le jeu de la concertation, en déclinant récemment un entretien avec Jean-Baptiste Djebbari.

 

Macron entend tenir bon le plus longtemps possible

 

Naturellement les errements de l’exécutif sur le sujet des retraites et surtout sa peur panique d’assister de nouveau à des défilés violents et multiples donne de l’air à une droite qui vient de se doter d’un nouveau patron en la personne de Christian Jacob. Comme l’a indiqué Éric Woerth : "On prend un temps fou, alors qu’il est pourtant logique de réformer. Mais encore faut-il poser le bon diagnostic. Non, notre système n’est pas injuste. Ce qui est injuste, c’est que le système n’est pas financé. Moi, je suis favorable à un régime universel, mais un régime universel de base, pour toutes les professions, avec en plus des régimes complémentaires. Le gouvernement veut, lui, tout écraser dans la même case, comme on fait toujours en France. Reculer comme il le fait, ce n’est pas apaiser, parce que plus vous laissez un sujet sur la table, plus il est massacré médiatiquement. Là, personne ne sait ce que veut faire le gouvernement."

Ce à quoi le Chef de l’État a répondu lors de son déplacement dans l’Océan Indien. En affirmant que le pays doit débattre, et que des transformations doivent se conduire aussi car nous devons changer beaucoup de choses. Interrogé sur sa persévérance dans la mise en place de la réforme des retraites, le président français a conclu l'entretien en déclarant : "Je n’ai pas l’habitude de m’arrêter en chemin en général".

 

Quand Mercer passe au crible le système français des retraites

 

À noter qu’en fin de semaine, le cabinet Mercer a publié un rapport selon lequel, la France possède un système de retraite performant mais relativement peu viable par rapport à de nombreux pays dans le monde. L'Hexagone se classe à la dix-huitième position de ce palmarès, loin derrière les pays d'Europe du Nord. Pour attribuer une note, Mercer scrute 40 indicateurs, rassemblés en deux critères principaux. D'un côté la performance, qui correspond à la différence entre le dernier revenu d'activité et la pension versée. Et de l'autre, la viabilité qui mesure combien de temps l'État peut pérenniser son système. Si la France est en deuxième position pour la performance avec une note de 79,1, juste derrière l'Irlande (81,5), notre pays se classe à la vingt-huitième position concernant la viabilité, obtenant la note de 41. La moyenne, elle, s'établit à 50,4.

Un dernier critère concerne l'intégrité. Le cabinet détermine si le système s'améliore et à quel degré l'État s'investit. La France obtient une note de 56,8 contre 88,9 pour les Pays-Bas par exemple. Actuellement, les discussions sur la future réforme des retraites laissent penser que le gouvernement souhaite s'attaquer à la viabilité financière à long terme du système par répartition, par une baisse des pensions et la hausse de l'âge de retraite à taux plein souligne Mercer France. Globalement, le cabinet note que l'augmentation de l'espérance de vie met la pression dans de nombreux pays. Les systèmes sud-américains et asiatiques sont particulièrement menacés tout comme ceux de l'Italie et de l'Autriche.

 

L’au revoir de Mario Draghi

 

Au chapitre économique, l’actualité de la semaine a été marquée par la dernière prestation de Mario Draghi, en tant que président de la BCE, qui n’a pas modifié la politique monétaire en vigueur dans la zone euro. Mario Draghi quitte la Banque centrale européenne avec l'image d'un homme ayant sauvé la zone euro de l'effondrement, laissant à Christine Lagarde le soin de ramener le calme au sein d'une institution divisée et de fixer le cap dans des eaux agitées. Comme prévu, la BCE n'a rien sorti cette fois de sa boîte à outils après les mesures fortes prises en septembre, à savoir l'enfoncement du taux des dépôts davantage en territoire négatif et la reprise des achats d'actifs à raison de 20 milliards d'euros par mois pour aussi longtemps que nécessaire.

Sans surprise, Mario Draghi a réaffirmé la nécessité de maintenir une politique monétaire très accommodante tout en appelant à l'unité, les annonces de septembre, et notamment le lancement d'un nouveau programme d'assouplissement quantitatif, ayant clairement déplu aux membres les plus conservateurs des instances dirigeantes de l'institution. Face à un flot de critiques inhabituelles, voire inédit, Mario Draghi a mis en avant jeudi la continuité de son action et confirmé un plan de vol déjà tracé, ce qui ne signifie pas que la nouvelle présidente de la BCE pourra rester les bras croisés. Christine Lagarde s'inscrira prochainement dans sa continuité mais elle devra affronter au moins trois défis majeurs : se libérer des contraintes qui laissent penser que toute nouvelle action monétaire est impossible, intégrer le changement climatique comme facteur de politique d'investissement et accompagner les états souverains dans des politiques fiscales et structurelles plus ambitieuses.

 

Baisse de l’activité du secteur privé en zone euro

 

Quelques heures avant la conférence de presse de Mario Draghi tombaient les résultats préliminaires des enquêtes réalisées par IHS Markit auprès des directeurs d'achat (PMI) sur l'activité du secteur privé au sein de la zone euro. Ce secteur privé est au bord de la contraction, le compartiment manufacturier ayant déjà basculé en territoire négatif, ce qui a permis au président sortant de la BCE de justifier sa politique accommodante mais en a montré également les limites. L'enquête indique que le mandat de Mario Draghi à la tête de la BCE s'achève sur un PIB proche du point mort, un ralentissement de la croissance de l'emploi, une quasi-stagnation des prix et un pessimisme croissant concernant les perspectives. Dans ce contexte, il faudra surveiller, jeudi prochain, la première estimation de la croissance en zone euro au troisième trimestre.

Du côté du conflit commercial entre les États-Unis et la Chine, qui pèse sur les marchés depuis un an et demi, le ciel se dégage un peu avec la perspective d'un accord partiel qui pourrait soutenir les actifs risqués. La bonne tenue des négociations commerciales entre la Chine et les États-Unis sert de fuel au marché pour continuer sa montée. Nous sommes certainement à deux doigts d'obtenir un mini-accord qui pourrait même intégrer un volet sur les changes. Si ce scénario, qui reste optimiste, se réalise, nous pourrions assister à un rallye haussier de fin d'année, estiment un grand nombre d’investisseurs.

 

Une possible baisse des taux de la Fed ce mercredi

 

Du côté du Brexit, en revanche, le brouillard reste épais. Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, a plaidé jeudi soir en faveur de l'organisation d'élections législatives le 12 décembre afin de sortir de l'impasse sur le Brexit. Le chef de file du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, lui a aussitôt, répondu qu'il attendrait la décision des 27 sur la demande de report du Brexit avant de se prononcer sur des élections anticipées. Pendant les travaux sur les tensions commerciales ou le Brexit, l'actualité des entreprises continue, la saison des résultats du troisième trimestre, qui bat son plein, montrant des bénéfices en diminution sans suggérer de catastrophe imminente. Les bénéfices des composants du S & P 500, l'indice de référence des gérants américains, sont ainsi attendus désormais en baisse de 2,3 % en moyenne, contre un repli de plus de 3 % anticipé précédemment.

La Réserve fédérale américaine choisit ce moment pour se réunir avec des annonces de politique monétaire attendues pour mercredi. Une nouvelle baisse de taux de 25 points de base semble acquise dans les prochains mois, avec une forte probabilité qu'elle soit annoncée lors de la réunion du FOMC du 30 octobre. La décélération de la croissance américaine, la persistance des risques de guerre commerciale et la baisse des anticipations d'inflation semblent suffisamment tangibles pour avoir raison du manque de consensus au sein du Comité de politique monétaire sur l'opportunité de continuer à baisser les taux. Quant à la Banque du Japon, qui rendra son verdict jeudi, elle devrait exprimer sa volonté d'être aussi accommodante que nécessaire, comme d'habitude, certains observateurs n'excluant pas une baisse de taux.

Les incertitudes liées au Brexit et au ralentissement économique mondial imposent de maintenir une politique économique accommodante, a déclaré vendredi François Villeroy de Galhau, membre français du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE). "Ce contexte d’incertitude prolongée impose la poursuite d’une politique monétaire accommodante. Ce serait un contresens de relever les taux aujourd’hui", a-t-il dit lors d'une conférence devant la Fédération française de l'assurance.

                                                                                                                                            Yves de Kerdrel

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