éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Désarroi du gouvernement face au climat social tendu
par Yves de Kerdrel
Le grand mouvement de grève reconductible à la RATP et à la SNCF ne doit commencer que dans un mois. Et pourtant les syndicats sont déjà à cran dans ces deux entreprises. Ce qui oblige le gouvernement à revoir ses ambitions sur la réforme des retraites dès maintenant. En pariant sur la fameuse « clause du Grand-père ». Ce qui n’entraînera aucune économie.
Le couple présidentiel s'est octroyé quelques jours de pause à Honfleur dans le Calvados, pour le week-end de la Toussaint. Jeudi après-midi, Emmanuel Macron est allé à la rencontre des Normands dans les rues de la ville. Comme l'an dernier, Le Chef de l’État et son épouse sont arrivés mercredi soir à Honfleur, afin de passer le week-end de la Toussaint en Normandie : une tradition pour la famille. Il s'agit d'un week-end d'ordre privé, note la présidence, au cours duquel la presse est donc tenue à distance. Cela fait près de 20 ans qu'Emmanuel Macron se rend à Honfleur en cette période de l'année. Jeudi après-midi, une centaine de riverains s'est massée devant le restaurant du centre-ville où le Chef de l'État a ses habitudes.
À sa sortie, Emmanuel Macron et son épouse ont donc pris quelques minutes pour saluer et parler avec les habitants et autres touristes. Il a aussi pu prendre quelques photos et serrer les mains des badauds. Le couple Macron séjourne à la ferme Saint-Siméon, un hôtel cinq étoiles dans une auberge normande, comme l'année passée. Le président s'octroie donc quelques jours de vacances avant un voyage diplomatique en Chine prévu la semaine prochaine. Il s’agit de son second voyage dans l’Empire du Milieu, à un moment décisif des discussions sino-américaines, et afin de participer à une importante foire commerciale.
Rechute de la popularité
Malgré tout, la cote de popularité du Président de la République connaît une nouvelle rechute depuis quelques jours. Emmanuel Macron achève le mois d'octobre avec 34,71 % de satisfaction moyenne, en légère baisse de 1,15 point par rapport à sa popularité fin septembre (35,86 % de satisfaction moyenne), selon la cote établie chaque mois par le JDD à partir de sept baromètres différents. Un mois marqué par des colères sociales - de policiers, de pompiers ou encore de cheminots - et par l'échec du Chef de l'État à imposer Sylvie Goulard à la Commission européenne. Plus encore, octobre a vu le débat sur le port du voile monopoliser une bonne partie de l'attention politique et médiatique.
Cette baisse met un terme à une série de progressions ou stagnations pour le chef de l'État. Entre décembre 2018, au cœur de la crise des Gilets jaunes, et septembre dernier, il était parvenu à redresser sa cote de popularité en gagnant 12 points. La hausse était même continue depuis avril dernier. La situation est néanmoins bien meilleure pour Emmanuel Macron que l'année dernière à la même époque. En octobre 2018, sa popularité connaissait un tassement à 30 %, trois mois après l'affaire Benalla et quelques semaines avant la première manifestation des Gilets jaunes. La barre des 40 % d'approbation moyenne, plus atteinte depuis mai 2018, semble loin. D'un institut de sondage à un autre, la cote de popularité du Président varie : Emmanuel Macron perd trois points par rapport à septembre dans le baromètre d'Ipsos (33 %) et dans celui de Kantar-onepoint (29 %), deux points chez Harris Interactive (40 %) et un point dans le baromètre Ifop pour Paris Match (37 %). Il stagne dans les baromètres établis par Elabe (33 %) et BVA (37 %). Il enregistre en revanche une légère hausse dans le baromètre de l'Ifop pour le JDD (34 %), qui mesure la satisfaction vis-à-vis du Président. La popularité d'Emmanuel Macron se place donc dans un intervalle compris entre 29 et 40 % de satisfaction.
Macron prêt pour la "clause du grand-père"
Ces derniers jours de vacances de la Toussaint ont été marqués par un climat social très tendu à la SNCF. Après l’exercice du droit de retrait par des conducteurs de TER et un arrêt de travail affectant les TGV-Atlantique, une mobilisation s’annonce contre la réforme des retraites. Les grèves à la SNCF, cela ressemble à un refrain connu. Les statistiques le confirment : il y en a tous les ans depuis 1947. Après des arrêts de travail la semaine passée contre le dispositif agent seul, de nouvelles perturbations ont touché les TGV Atlantique toute la semaine et le week-end. L’année 2019 ne déroge donc pas aux habitudes : depuis 1947, il ne se passe pas une année sans grève à la SNCF.
Depuis la rentrée, deux principaux syndicats de cheminots, la CGT et Sud Rail, dénoncent la fin de leur régime spécial de retraites, qui sera fusionné dans le nouveau système universel à points à partir de 2025. Ils s'inquiètent aussi de la fin du statut pour les nouveaux embauchés en 2020, avec l'ouverture à la concurrence et la fin du monopole de la SNCF publique sur le rail. Pour protester contre cette "casse sociale", les deux syndicats avaient déjà appelé à une grève le 24 septembre. Et c'est loin d'être terminé : l'Unsa ferroviaire et SUD Rail appellent à un mouvement de grève reconductible à partir du 5 décembre. Un mouvement qui inquiète l’Élysée. À tel point que le Chef de l’État a déclaré : "Je comprends tout à fait quelqu'un à EDF, à la RATP ou à la SNCF, qui a 48 ou 50 ans et qui proteste. Il faut qu'on trouve une solution intelligente"
La SNCF a perdu ses corps intermédiaires
Ce projet de réforme des retraites du gouvernement est d'autant plus contesté par la base qu'il arrive après trois lois ferroviaires, en 2014, 2016 et 2018, et deux autres réformes des retraites, en 2008 et 2010. Ces lois sont toutes allées dans le sens de plus de productivité, plus de suppressions d’emplois, plus de remises en cause des acquis sociaux et tout cela s'est accompagné de plans de performance, de gel des salaires depuis cinq ans. Pour les syndicats, ces réformes ont créé une fracture béante entre la direction et les cheminots. Depuis cinq ans, à chaque fois que le cheminot voit son patron, c'est pour lui annoncer que ses acquis sont remis en cause, que ses accords locaux ne tiennent plus, que son salaire est gelé. Au bout d'un moment, ça crée le climat social qui est celui-là, constate le représentant SUD Rail.
Dans ces "Cocotte-Minute", que sont la RATP ou la SNCF, il n'y aurait plus assez de délégués du personnel pour faire baisser la température. À la SNCF, les ordonnances réformant le Code du travail de 2017 ont abouti à des coupes claires dans les effectifs des délégués du personnel : de 6 250 à 864. Dans le technicentre de Châtillon, la base a en effet débordé les syndicats, en décidant d'arrêter le travail hors de tout cadre légal. Dans un tract consulté par WanSquare, les 200 grévistes justifient ce mode d'action inédit : C'était le seul moyen de se faire entendre. L'entreprise a voulu affaiblir les organisations syndicales pour dérouler sa politique, elle a oublié la nécessité des corps intermédiaires.
Delevoye dépassé par la tâche
De fait, Emmanuel Macron souhaite trouver le temps de la transition pour appliquer la réforme des retraites. Celle-ci pourrait être réservée aux entrants sur le marché du travail. Cela fait partie d'une option, elle est dans mon rapport, explique Jean-Paul Delevoye. C’est peu de dire que le Haut-Commissaire à la réforme des retraites est quelque peu dépassé par les évènements. Comment traiter les régimes spéciaux, alors que le climat social s'annonce difficile, avec une mobilisation à partir du 5 décembre ? Si c'est pour dire : nous avons un contrat avec la nation et nous estimons qu'il y a une rupture avec une perception de souffrance, je leur dis : j'entends cela. Cela peut s'entendre, mais venez donc discuter pour regarder à quelles conditions, comment, avec quel temps nous pouvons passer du système qui est le vôtre aujourd'hui à un système universel, précise Jean-Paul Delevoye.
Au chapitre économique la principale actualité tient au fait que la croissance de l'économie française a été meilleure que prévu au troisième trimestre, soutenue notamment par les dépenses engagées par le gouvernement pour répondre à la crise des "Gilets jaunes" qui ont stimulé la consommation des ménages. La croissance du Produit intérieur brut s'est maintenue à 0,3 %, un rythme identique à celui du deuxième trimestre, selon la première estimation publiée mercredi par l'Insee. Elle est légèrement supérieure aux prévisions des économistes (consensus +0,2 %). La résilience de l'économie française est une bonne nouvelle pour le président Emmanuel Macron alors que les tensions commerciales alimentées par les États-Unis alimentent le ralentissement de la croissance mondiale.
Croissance satisfaisante au troisième trimestre
L'accélération des dépenses de consommation des ménages (+0,3 % après +0,2 % au deuxième trimestre) pourrait aussi donner des arguments supplémentaires à l'Élysée et aux autres responsables qui incitent l'Allemagne, au bord de la récession, à dépenser davantage pour relancer son économie. La nouvelle présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a appelé mercredi les pays membres de l'Union européenne qui ont des excédents budgétaires investir davantage pour soutenir la croissance économique, en citant l'Allemagne et les Pays-Bas. Outre les 10 milliards d'euros débloqués pour les "Gilets jaunes" qui ont surtout bénéficié aux travailleurs à faibles revenus, le gouvernement français s'est engagé à baisser les impôts de 10 milliards d'euros supplémentaires l'an prochain.
Par ailleurs comme nous l’avions laissé envisager la semaine passée, la Réserve fédérale américaine a réduit mercredi son principal taux directeur pour la troisième fois de l'année afin de soutenir l'économie américaine mais elle a laissé entendre qu'elle n'assouplirait pas davantage sa politique monétaire en l'absence d'une dégradation marquée de la conjoncture. Nous avons pris cette mesure pour permettre à l'économie de rester forte face à l'évolution de la situation mondiale et pour apporter une sorte d'assurance contre les risques actuels, a dit son président, Jerome Powell, lors d'une conférence de presse après l'annonce d'une baisse de l'objectif de taux des fonds fédéraux dans une fourchette de 1,5 % à 1,75 % contre 1,75 %-2 %.
En matière de business l’évènement c’est l’accord auquel sont parvenus les conseils d’administration de Fiat-Chrysler et de PSA. Les deux groupes ont officialisé jeudi des négociations en vue d'une fusion entre égaux qui donnerait naissance au quatrième constructeur automobile mondial, avec 8,7 millions de véhicules produits chaque année, et pourrait générer des synergies annuelles estimées à environ 3,7 milliards d'euros. L'action FCA bondit tandis que celle de PSA chute, les analystes saluant la logique industrielle de cette union mais critiquant ses modalités financières. Les opérateurs doutent aussi de la capacité de l'entité fusionnée à réaliser des économies significatives.
Des synergies proches de 4 milliards d’euros
Les deux constructeurs espèrent que l'envergure du groupe fusionné lui permettra d'augmenter sa rentabilité, faible dans ce secteur industriel depuis plusieurs années. Les constructeurs automobiles sont contraints d'investir des milliards de dollars dans leurs activités mais ne parviennent généralement qu'à dégager des marges modestes. Le nouveau groupe réaliserait un chiffre d'affaires consolidé de près de 170 milliards d'euros, un résultat opérationnel courant de plus de 11 milliards d'euros sur la base de résultats agrégés 2018, excluant les équipementiers Magneti Marelli et Faurecia. Pour permettre la réalisation de cette fusion entre égaux, FCA distribuerait, avant l'opération, un dividende exceptionnel de 5,5 milliards d'euros ainsi que sa participation dans la société de robotique Comau, valorisée autour de 250 millions d'euros. PSA, de son côté, distribuerait à ses actionnaires l'intégralité de sa participation de 46 % dans Faurecia, dont la capitalisation boursière s'établit au total à 5,85 milliards d'euros.
Les synergies générées par l'opération s'élèveraient à près de 3,7 milliards d'euros par an, dont 80 % seraient réalisées à partir de la quatrième année. Le coût de réalisation de ces synergies est estimé à 2,8 milliards d'euros par les deux entreprises. Ces synergies découleraient principalement d'une affectation plus efficiente des investissements dans les plateformes de véhicules, les chaînes de traction, les technologies et une capacité d'achats plus importante inhérente à la nouvelle dimension du groupe. Le niveau de synergies annoncé est inférieur aux attentes de plusieurs analystes. Commerzbank estimait ainsi qu'un tel rapprochement devrait générer des synergies proches de celles qui avaient été chiffrées lors du projet de fusion abandonné au printemps entre Renault et FCA, soit 5 milliards d'euros.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
ÉDITORIAUX
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Un climat social qui se tend plus vite que prévu
27/10/2019 - 06:45
de la semaine
Chronique /
Chronique / Pourquoi l’Arabie reste de marbre face à l’Iran… pour l'instant !
21/09/2019 - 09:00

