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Macron et l’escadrille des "emmerdes"
par Yves de Kerdrel

Après les couacs à répétition dans sa majorité et le vague à l’âme de nombreux parlementaires, Emmanuel Macron a fait une séance de câlinothérapie à ses troupes cette semaine en leur annonçant que la fin de son mandat serait marquée par un accent mis sur l’écologie et la sécurité. Mais cela n’empêche pas au Chef de l’État de se voir bousculé par ses amis. Avec notamment l’abandon de Benjamin Griveaux de la campagne parisienne, suite à des révélations sordides.

16/02/2020 - 06:50 Temps Lecture 16 mn.

 

Jacques Chirac avait coutume de dire que "les emmerdes, ça vole toujours en escadrille". Une sorte de phrase qu’on croirait sortie du répertoire de Michel Audiard et qui est passée à la postérité. Chaque président de la République, surtout le précédent a pu le vérifier, notamment à l’automne 2016, où une série de maladresses sont venues l’empêcher de se présenter pour un second mandat. Emmanuel Macron qui, était alors pour François Hollande, l’un de ses principaux "emmerdes" au point d’avoir été obligé de quitter le gouvernement à la fin août 2016 découvre à son tour à quel point l’adage de Jacques Chirac se vérifie.

Pour certains, le Chef de l’État a perdu la main lors de sa visite sur l’île de Saint-Martin il y a dix-huit mois en posant à côté de petits voyous locaux. Une photo qui a détruit son image jupitérienne. Et la réponse à cette transgression présidentielle s’est retrouvée dans la violence – bien sûr excessive – des attaques personnelles à son endroit qui ont débuté avec les Gilets Jaunes et se sont poursuivies lors des manifestations contre la réforme des retraites. Car c’est la première fois qu’un président de la République est l’objet d’une détestation aussi forte qui pourrait avoir pour conséquence en 2022 de voir le symbole du dégagisme être lui-même malmené.

 

Des députés lassés d’être des playmobils

 

Pour d’autres la mauvaise passe que traverse actuellement la majorité présidentielle est liée à la simple multiplication des petits couacs (vote du congé pour le deuil parental, défection de parlementaires du groupe La République En Marche, courrier de parlementaires demandant des éclaircissements sur la réforme des retraites, maladresse de la garde des Sceaux dans l’affaire Mila…). De manière à clore cette mauvaise séquence le Président de la République a convié les députés de sa majorité mardi dernier à l’Élysée pour un échange de plus de deux heures et un exercice de "câlinothérapie". Malheureusement cela a fait plus de mal que de bien.

À tel point que deux jours plus tard les députés de sa majorité ont voté une proposition de loi concernant le handicap, en dépit d’un avis contraire du gouvernement. Ce qui est extrêmement rare. Même si la navette parlementaire remettra sans doute de l’ordre dans cette affaire. Cela signifie que les députés ont décidé de commencer à s’émanciper de la tutelle gouvernementale, lassés d’être comparés à des playmobils. C’est dans le même état d’esprit que les rares "marcheurs" qui partent à l’assaut de grandes villes à l’occasion des municipales occultent sur leurs affiches électorales la mention ou le logo de leur parti qu’ils considèrent sinon comme un repoussoir, du moins comme un handicap dans la bataille électorale qui s’annonce.

 

Emmanuel Macron et les "amateurs"

 

Mais il ne faut pas mettre toute la responsabilité de ce désordre apparent sur les seuls députés et ministres. Emmanuel Macron ne peut s’empêcher de continuer à utiliser des expressions malheureuses. Alors que mardi soir il s’était fixé pour ambition de remobiliser ses troupes, à un mois du premier tour des élections municipales, il a, comme à son habitude, usé de petites phrases pour faire passer son message. Sauf que l'une d'entre elles semble se retourner contre lui et est devenue un argument auprès de l'opposition. "Si les professionnels ce sont ceux qu’on a virés il y a deux ans et demi et que les amateurs c’est vous alors soyez fiers d’être amateurs", a déclaré Emmanuel Macron à ses troupes. Inutile de dire que cette phrase risque de se retourner à nouveau contre son auteur.

Et puis au sein de "l’escadrille des emmerdes" il y a eu en fin de semaine l’abandon de Benjamin Griveaux de la course à la Mairie de Paris à la suite de la diffusion par un site internet inconnu et par des tweets de vidéos à caractère sexuel le concernant très directement et mettant en cause une autre femme que son épouse. Après avoir largement mis en scène sa famille et sa vie privée à l’occasion de sa campagne électorale démarrée il y a un an, l’ancien porte-parole d’Emmanuel Macron n’avait pas d’autre choix que d’arrêter sa campagne, largement poussé par l’Élysée qui s’était à tort englué dans cette bataille en essayant en vain de "débrancher" Cédric Villani.

 

Une campagne parisienne sens dessus dessous

 

Désormais tout reste à reconstruire pour les supporters de Benjamin Griveaux, à un mois exactement du premier tour des élections municipales. On parle de la maire du neuvième arrondissement Delphine Burkli pour le remplacer au pied levé, de manière à garder les liens que Benjamin Griveaux avait tissé avec une partie de la droite parisienne. Idem pour Pierre-Yves Bournazel, ex-membre des Républicains. Mais beaucoup préfèreraient le "marcheur" Mounir Mahjoubi qui a d'ailleurs fait acte de candidature. Il reste que cette défection d’un candidat dont l’étoile avait déjà sérieusement pâli renforce un peu plus le duel entre Rachida Dati et la maire sortante Anne Hidalgo. Deux femmes qui se connaissent bien et qui n’hésitaient pas, il y a peu, à se qualifier d’amies. Pour l’heure Anne Hidalgo conserve son avantage. Mais on vient de le voir : toutes les campagnes électorales à fort enjeu réservent désormais des surprises de dernière minute.

S’agissant de la présidentielle qu’Emmanuel Macron prépare en envoyant des signaux réguliers sur ses deux angles morts : la sécurité et l’écologie, près de trois Français sur quatre ne sont pas satisfaits de l’offre politique actuelle en vue de l’élection de 2022 et ils sont encore plus nombreux à rejeter un nouveau duel Macron/Le Pen au second tour, selon un sondage Elabe diffusé mercredi. Aucune personnalité politique française ne convient actuellement à 72 % des personnes interrogées dans la perspective de 2022. Par ailleurs, pour 59 % des Français interrogés, un duel entre Emmanuel Macron et la patronne du Rassemblement national Marine Le Pen est probable au second tour en 2022, comme ce fut le cas en 2017. Mais ce duel annoncé est massivement rejeté par 80 % qui ne souhaitent pas revoir une telle confrontation, contre 19 % d’un avis contraire. Par ailleurs environ quatre Français sur dix attendent d’un candidat à la présidentielle qu’il ait été un responsable politique (43 %) ou ait exercé des responsabilités associatives (37 %). Un quart (24 %) attend au contraire qu’il n’ait jamais fait de politique. Sans surprise, l’honnêteté est la qualité la plus attendue du chef de l’État avant d’être à l’écoute des Français.

 

L’épidémie de coronavirus n’a pas atteint son pic

 

Pour l’heure Nicolas Sarkozy et une grande partie de la droite républicaine poussent François Baroin à entrer dans la course. Mais ni sa compagne, l’actrice Michèle Laroque, ni sa mère, qui a perdu son mari, assassiné, à cause de la politique, ne veulent qu’il y aille, en dépit de sondages qui lui sont favorables. À tous ceux qui l’interrogent il répond qu’il donnera sa réponse à l’été ou juste après. Tout cela fait naturellement le jeu d’une candidature Xavier Bertrand dont la cote de popularité ne cesse de monter. Le Président de la Région Hauts-de France, qui travaille énormément pour pouvoir éventuellement accéder à la magistrature suprême, renoue de plus en plus avec son ancien parti, Les Républicains, dont il aura nécessairement besoin de l’appui.

Au chapitre économique l’actualité est dominée par l’épidémie de coronavirus qui prend une ampleur stupéfiante, surtout depuis que les autorités chinoises ont changé le mode de décompte des personnes touchées. Pour l’heure l'épidémie ne montre aucun signe de déclin en Chine alors que les autorités sanitaires locales ont fait état vendredi de plus de 5 000 cas de contamination supplémentaires. D’ici peu le nombre de cas mortels atteindra le double de ce qui avait dénombré pour le SRAS en 2003. Alors que beaucoup d’industriels pensaient que la contamination serait vite stoppée, les chiffres communiqués ne laissent pas penser que l'épidémie du coronavirus a atteint un pic. Il semble même y avoir une indication que, alors que les autorités chinoises font de leur mieux pour éviter une propagation du coronavirus, les mesures assez drastiques qu'elles ont engagées à ce jour semblent avoir été trop modestes et trop tardives.

 

Des conséquences supérieures à celles du Sras

 

Chiffrer les conséquences économiques de cette épidémie est un exercice encore difficile tant les délais de retour à la normale sont incertains. Néanmoins, divers économistes revoient déjà des prévisions de croissance à la baisse car le confinement implique nécessairement une réduction de la production et une baisse de la consommation. Les effets immédiats se font sentir sur des activités de service notamment en Chine avec un arrêt de la consommation des ménages pour des activités comme la restauration ou des services de proximité. Pour ces activités-là, il y aura sans doute des pertes sèches. Euler Hermes évalue l'impact sur les services dans le monde à six milliards de dollars par semaine de confinement. À Barcelone, par exemple, le salon du mobile devait générer un demi-milliard d'euros de retombées, or il vient d'être annulé. Le manque à gagner pour le commerce de biens va jusqu'à 18 milliards par semaine car l'onde de choc économique ne manquera pas de se propager.

La Chine pèse en effet de plus en plus. C'est un sixième de l'économie mondiale, donc trois fois plus que lors de l'épidémie de Sras. Et encore ce chiffre sous-estime sans doute le poids réel de l'économie chinoise. D'autant que la Chine joue un rôle central dans beaucoup de chaînes de valeur. Les entreprises du pays sont à la fois clientes et fournisseurs de beaucoup d'autres entreprises dans le monde. Les effets du coronavirus se sont déjà fait ressentir sur le marché des matières premières. La Chine absorbe 50 % de l'acier mondial, 13 % du pétrole. Du côté des clients des usines chinoises, il y a plusieurs secteurs d'activité qui ressortent : l'électronique et l'informatique où la Chine joue un rôle central. Les pays les plus affectés vont sans doute être le Japon ou la Corée du Sud. Ensuite, il y a l'automobile et l'habillement. Dans ces cas-là aussi beaucoup de pays asiatiques seraient les premiers touchés. Si la crise se prolongeait, d'autres seraient aussi pénalisés. L'Allemagne et l'Italie en Europe, par exemple, selon Euler Hermes, ou encore les États-Unis et le Brésil.

 

Des marchés financiers que rien n’affecte

 

S’agissant de la France, l'épidémie de coronavirus pourrait avoir un impact de -0,1 point de croissance sur l'économie française cette année, voire plus si l'épidémie se poursuit et prend encore de l'ampleur, a estimé le ministre français de l'Économie et des Finances. "Ce virus aura évidemment un impact réel sur l'économie mondiale et sur l'économie française", a déclaré Bruno Le Maire avant d’ajouter que "Si on estime que le pic est atteint ou près d'être atteint, notre évaluation c'est que l'impact sur la croissance chinoise sera de l'ordre de 0,2 point de croissance en moins au niveau mondial et 0,1 point de croissance en moins pour la France". Mais le locataire de Bercy reste prudent en affirmant : "Si jamais ça dure, ça persiste, voire que l'épidémie prend encore de l'ampleur, bien entendu que l'impact sera plus important".

Pour l’heure les marchés résistent étonnamment bien à cette grande peur qui est devenue la contrepartie des chances qu’offre la mondialisation. C’est à peine s’ils réagissent au nombre de morts ou aux annonces de blocages de livraisons destinées à de grands industriels. Ce qui témoigne de l’abondance des liquidités qui se déversent sur la Bourse, qui est devenue le seul endroit où l’argent reste rémunéré de manière correcte. De la même manière des entreprises comme Kering ou Pernod-Ricard qui ont publié leurs résultats cette semaine et leur guidance pour les mois à venir ne se montrent pas excessivement inquiètes. Ce qui permet à leurs cours de Bourse de battre de nouveaux sommets. La semaine prochaine les résultats d’Air France KLM seront surveillés de près de même que ceux d’Axa et ceux de Schneider Electric, dont la croissance se fait principalement en Chine.

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