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éditorial / Yves de Kerdrel

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Un climat de plus en plus inquiétant dans le Pays
par Yves de Kerdrel

Alors que le Conseil des Ministres a examiné vendredi le projet de réforme des retraites, maintenant les principaux partenaires sociaux attendent l’ouverture de la conférence, jeudi prochain, proposée et souhaitée par la CFDT. Mais les mobilisations ponctuelles des syndicats se poursuivent de même que les actions « coup de poing ». Ce qui plonge le pays dans un climat où le sur-moi collectif semble avoir sauté, laissant craindre le pire pour le scrutin de 2022.

26/01/2020 - 06:55 Temps Lecture 18 mn.

 

La CFDT a obtenu satisfaction. Comme elle le souhaitait, la conférence de financement du nouveau système de retraites sera lancée jeudi prochain, le 30 janvier au Conseil Économique et Social. Cette conférence rassemblera les partenaires sociaux et c’est Édouard Philippe qui devrait frapper les trois coups par un discours d’ouverture. L'objectif est de trouver, avant fin avril, des solutions convenant à l'exécutif pour que le système de retraite soit à l'équilibre en 2027. En échange, le gouvernement a retiré provisoirement, l'application de l'âge pivot dès 2022, même si cette mesure s'appliquera bien lors de l'entrée en vigueur du système à points à compter de 2027.

Pour beaucoup, cette conférence de financement semble promise au même destin que les négociations sur l'assurance-chômage. Les partenaires sociaux ayant échoué à se mettre d'accord, l'exécutif avait repris la main, en février 2019. Et il avait imposé des mesures qui réduisent, retardent ou annulent l'indemnisation de plus d'un million de chômeurs. Dans les deux cas, le parcours est fléché, tout comme les objectifs financiers à atteindre. Pour financer l'équilibre des retraites d'ici 2027, Matignon exige des partenaires sociaux qu'ils trouvent des mesures permettant de dégager 12 milliards d'euros. Lors des négociations sur l'assurance-chômage en 2019, le gouvernement réclamait aux mêmes interlocuteurs 3,5 milliards d'euros d'économies sur trois ans.

 

Les doutes des syndicats sur la Conférence de financement

 

Deuxième point commun : qu'il s'agisse du chômage ou des retraites, l'exécutif interdit de peser sur le coût du travail, autrement dit d'augmenter les cotisations patronales. Dans sa lettre aux syndicats rendue publique samedi 11 janvier, Édouard Philippe l’a énoncé très clairement. Et c’est heureux. Sinon à quoi bon avoir converti le pays depuis près de trois ans à une politique de l’offre destinée à redonner de l’air aux entreprises. Une politique qui a permis la création de 500 000 emplois depuis l’élection présidentielle.

Troisième ressemblance : en dernier ressort, c'est le gouvernement qui tranche. Il l'a fait pour l'assurance-chômage parce que les partenaires sociaux n'étaient pas parvenus à un accord respectant la lettre de cadrage. Il le refera pour l'équilibre du système de retraite, en prenant par ordonnance les mesures qu'il juge nécessaires à l'issue de la conférence de financement. Seules options envisagées, dans une proportion à définir : des mesures d'âge, y compris l'âge d'ouverture des droits, l'affectation de recettes à l'assurance-vieillesse et la mobilisation du Fonds de réserve pour les retraites. Autant dire que le grand concours Lépine est lancé, et que syndicats et employeurs risquent de se saisir d'abord de la future conférence de financement comme d'une tribune médiatique. Parmi les idées avancées çà et là : le recours au Fonds de réserve pour les retraites, dûment mentionné dans l'avant-projet de réforme, ou encore des jeux d'écriture consistant à puiser dans d'autres caisses, comme celle, par exemple, des accidents du travail ou de la dépendance.

 

Les inconnues du texte de loi

 

La CFDT, qui a demandé cette conférence, sera évidemment de la partie. Son homologue, l'Unsa, veut également y croire. Petit bout par petit bout, l'intelligence collective doit permettre de sortir par le haut. La discussion s'annonce toutefois complexe tant le patronat privilégie des mesures d'âge. Certains de ses représentants estiment notamment qu'il faut revoir le dispositif de carrières longues et vérifier s'il ne concerne que des personnes exposées à des facteurs de danger ou de pénibilité. Le patronat souhaite aussi que la France cesse d’être la championne du monde des départs anticipés, avec 400 000 salariés qui partent ainsi chaque année, car le coût pour la collectivité s'élève à 14 milliards d'euros, selon la Cour des comptes. Cette conférence rendra donc ses conclusions fin avril alors que le texte aura déjà été voté à l'Assemblée nationale.

Pour l’heure, le projet de loi, qui a été examiné vendredi en conseil des ministres explique le système du point. Mais il ne fixe pas pour autant sa valeur. Combien faut-il cotiser pour en gagner un, et combien va-t-il nous rapporter une fois à la retraite ? Ces questions restent encore sans réponse, car ces montants seront fixés par le conseil d’administration de la future Caisse nationale de retraite universelle. Mais, précision importante, l'article 9 affirme que la valeur du point ne pourra pas baisser, même si la règle d'or inscrite un peu plus loin impose au système d'être toujours équilibré sur des périodes de cinq ans.

 

Pourquoi la CGT devient de plus en plus violente

 

Le projet de loi indique par ailleurs que l’âge d’équilibre sera fixé lui aussi par la future caisse nationale, sauf si syndicats, patronat et gouvernement arrivent à se mettre d'accord sur un autre levier pour équilibrer le système d'ici la fin avril, date de fin de la conférence de financement. D’ici là, impossible de savoir combien coûtera la réforme. Enfin, plusieurs articles autorisent le gouvernement à agir par ordonnances, notamment pour définir comment se passera la transition du système actuel vers le système universel. On n’en est qu’au début du parcours du projet de loi, qui va passer ensuite au Parlement, et qui pourra être modifié selon les résultats de la conférence de financement. Si l’exécutif prévoit une adoption de la réforme avant l’été, les négociations, elles, doivent durer encore plusieurs mois.

Le grand perdant de ces dernières semaines, c’est la CGT qui a mobilisé ses troupes et qui a opté pour la politique de la chaise vide à la Conférence de financement. C’est ce qui explique que ce syndicat se radicalise dans ses actions en optant pour des opérations "coup de poing" comme les coupures d’électricité. Cela ne pèse sur la feuille de paie de personne. Mais cela fait toujours parler du syndicat dirigé par Philippe Martinez. Il reste que ce sont des actions illégales qui apportent de l’eau au moulin d’un climat détestable et même "pré-insurrectionnel" si l’on en croit les notes de différents services de renseignement intérieur. Trois nouvelles journées d’action sont programmées la semaine prochaine.

 

Climat "pré-insurrectionnel" dans le Pays

 

À noter ce sondage réalisé par Elabe pour BFM TV qui a révélé en fin de semaine que 69 % des Français ne pensent pas qu’Emmanuel Macron sera réélu à la présidence de la République en 2022. De plus, six sondés sur dix pensent que le chef de l’État devrait accorder plus d’attention à la contestation contre la réforme des retraites. Ils estiment d’ailleurs que ce projet devrait être abandonné. Les Français sont de plus en plus nombreux à se dire déçus du président de la République de manière générale. 62 % des personnes interrogées expriment leur déconvenue. Tout cela fait hélas miel du Front National, dont certains experts pensent désormais qu’il pourrait accéder au pouvoir en 2022. Avec les conséquences dramatiques que l’on imagine pour notre Pays. Par ailleurs la Lettre de L’expansion publie demain un sondage très inquiétant sur le climat pré-insurrectionnel qui s’est installé en France ces dernières semaines.

Au chapitre économique, il faut noter de premiers indices d’activité économique plutôt négatifs en zone euro. La croissance de l'activité du secteur privé en France a ralenti en janvier dans un contexte dominé par les grèves liées au projet de réforme du système de retraites, montrent les premiers résultats de l'enquête mensuelle d'IHS Markit auprès des directeurs d'achats. L'indice PMI flash composite a reculé à 51,5 après 52,0 en décembre, revenant à son plus bas niveau en quatre mois. Les économistes et analystes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne un chiffre de 52,0. Signe encourageant : les entreprises des deux secteurs sont positives concernant les perspectives d'activité pour l'année à venir, l'optimisme étant au plus haut depuis neuf mois. Ces prévisions de croissance solides continuent de tirer les créations d'emplois et devraient permettre au secteur privé de rester en expansion sur le court terme.

 

Activité ralentie en zone Euro

 

S’agissant de la zone Euro, la croissance de l'activité du secteur privé est restée ralentie en janvier, montrent les premiers résultats des enquêtes mensuelles d'IHS Markit auprès des directeurs d'achats, mais certains signes suggèrent que le pire pourrait être passé, notamment dans l'industrie. L'indice PMI flash composite, considéré comme un bon baromètre de l'activité économique globale, est stable par rapport à décembre à 50,9 alors que les économistes interrogés par Reuters l'attendaient en hausse à 51,2. Celui du secteur manufacturier, à 47,8 après 46,3, est inférieur pour le douzième mois consécutif au seuil de 50 au-dessus duquel il traduit une croissance de l'activité. Le consensus Reuters le donnait à 46,8. L'enquête montre toutefois une montée de l'optimisme pour l'année à venir : l'indice composite de la production future a atteint 61,2 après 59,4, au plus haut depuis septembre 2018.

Ces chiffres sont tombés au moment où François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, déclarait lors du Forum économique mondial de Davos que les mesures de relance budgétaire en Europe devraient être plus fortes et plus rapides. "J'aimerais que la relance budgétaire soit plus rapide et plus forte en Europe", a-t-il dit lors d'un débat sur les banques centrales, soulignant que ces dernières étaient "peut-être devenues excessivement centrales" dans la réponse à la crise financière et économique. "Il nous faut un mix politique plus équilibré, y compris une forte relance budgétaire", a-t-il insisté.

 

Les projets de Christine Lagarde pour la BCE

 

La veille, la Banque centrale européenne a donné le coup d'envoi d'un examen en profondeur de sa stratégie qui pourrait aboutir à une nouvelle définition de son principal objectif et des moyens mis en œuvre pour y parvenir. L'institution présidée depuis novembre par Christine Lagarde n'a plus atteint depuis des années son objectif clé d'un taux d'inflation inférieur à mais proche de 2 % en dépit des mesures exceptionnelles prises pour soutenir l'activité et le crédit, et donc en théorie la hausse des prix, durant la présidence de Mario Draghi. Lors d'une conférence de presse, Christine Lagarde a laissé entendre que l'exercice pourrait prendre un an environ, sans exclure qu'il se prolonge en 2021.

Elle a refusé de préciser quels changements elle souhaitait apporter à l'objectif d'inflation, se contentant de dire que la manière dont nous mesurons l'inflation fait clairement partie des sujets que nous devons étudier. L'examen de la stratégie de la banque centrale concernera aussi la manière dont elle intègre l'impact économique du changement climatique dans ses modèles et ses prévisions. En attendant la conclusion de cet exercice, la BCE s'en tiendra à sa stratégie actuelle, a précisé Christine Lagarde. Le Conseil des gouverneurs n'a donc pas modifié sa politique monétaire à l'issue de sa première réunion de l'année et s'est contenté de réaffirmer ses engagements à poursuivre ses achats de titres sur les marchés et à réduire encore les taux d'intérêt, si nécessaire, pour favoriser la remontée de l'inflation vers son objectif.

 

La question clé de l’inflation en zone Euro

 

Le taux de refinancement de la BCE reste donc fixé à zéro, le taux de la facilité de prêt marginal à 0,25 % et surtout, le taux de la facilité de dépôt reste à -0,5 %, ce qui revient à faire payer les banques sur une partie de leurs dépôts auprès de la banque centrale. L'institution poursuit parallèlement ses achats d'actifs au rythme de 20 milliards d'euros par mois, augmentant ainsi un portefeuille de titres qui représente quelque 2 600 milliards d'euros. Le Conseil prévoit que les taux resteront à leurs niveaux actuels ou à des niveaux plus bas jusqu'à ce que les perspectives d'inflation convergent durablement vers un niveau suffisamment proche de, mais inférieur à 2 %. L'inflation dans la zone euro est actuellement de 1,3 % seulement sur un an.

Lors de sa conférence de presse, Christine Lagarde a déclaré que les risques entourant les perspectives de croissance dans la zone euro restaient orientés à la baisse mais qu'ils étaient moins prononcés qu'auparavant, l'incertitude liée aux tensions commerciales internationales ayant diminué. Une éventuelle redéfinition de la stabilité des prix à l'issue de la réflexion sur la stratégie de la BCE pourrait conduire celle-ci à relever son objectif en le portant à 2 % tout en promettant de réagir aussi énergiquement à un éventuel dépassement de ce seuil qu'à une incapacité à l'atteindre. Certains "faucons" du Conseil des gouverneurs, qui plaident depuis longtemps pour une politique monétaire moins accommodante, sont favorables à ce que la BCE tolère des variations du taux d'inflation dans certaines limites au-dessus ou en dessous de 2 %, ce qui réduirait l'incitation à multiplier les mesures de soutien. D'autres préféreraient conserver l'objectif d'inflation actuel ou le réduire.

 

Qui pour aller Rue Cambon ?

 

C’est cette semaine, en principe, que le Chef de l’État doit nommer le nouveau Premier président de la Cour des Comptes après le départ de Didier Migaud pour la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique. Pierre Moscovici se débat toujours comme un diable pour obtenir ce poste, d’autant plus qu’il est issu du corps de la Cour des Comptes. Mais ses relations avec Emmanuel Macron n’ont jamais été très bonnes. Il peut seulement compter sur le soutien d’Alexis Köhler qui a été son directeur de cabinet à Bercy. Éric Woerth a été approché à deux reprises, sans avoir eu pour autant de contact direct avec l’Élysée. Cela au titre du rôle qu’il occupe actuellement comme Président de la Commission des Finances. D’autres évoquent aussi le nom du député du Modem, Jean-Louis Bourlanges qui est ancien conseiller maître de la Maison de la Rue Cambon qu’il connaît très bien.

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