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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Édouard Philippe est allé à Canossa
par Yves de Kerdrel

Comme nous l'annoncions il y a une semaine, hier Edouard Philippe a accepté de retirer provisoirement l'âge-pivot du projet de loi de réforme des retraites, en cours d'examen au Conseil d'Etat. Pendant ce temps-là le conflit social autour des régimes spéciaux se poursuit et bat des records de durée avec des conséquences dramatiques sur l’activité économique de la Région île de France.

12/01/2020 - 06:55 Temps Lecture 15 mn.

 

Emmanuel Macron sera demain et mardi à Pau. Deux journées pendant lesquelles il va côtoyer François Bayrou, qui entretient des relations plutôt difficiles avec Édouard Philippe qui plaide depuis quelques semaines déjà pour des concessions à l’égard des syndicats. Officiellement ce déplacement vise à rendre hommage aux sept parachutistes du régiment d’hélicoptères de combat basé à Pau qui sont morts dans le combat contre un groupe djihadiste. Par ailleurs un sommet réunissant les chefs d’État impliqués par l’opération Barkhane aura lieu dans la ville d’Henri IV. Enfin François Bayrou a demandé au Chef de l’État d’inaugurer une nouvelle ligne de bus à hydrogène, donc totalement écologiques, qu’il a mis en place à Pau.

Ce déplacement en plein conflit social et à la veille de plusieurs cérémonies de vœux, aux armées, puis aux corps constitués, à la presse et aux autorités religieuses, montre à quel point, sur le plan purement médiatique Emmanuel Macron, souhaite rester à distance des discussions sur le projet de loi concernant la réforme des retraites. Un projet de loi qui est maintenant en cours d’examen par le Conseil d’État avec pour ligne de mire une présentation en conseil des ministres le vendredi 24 janvier prochain, après deux jours de visite d’Emmanuel Macron en Israël, afin de célébrer le soixante-quinzième anniversaire de la libération des détenus du camp d’Auschwitz.

 

Deux textes pour une réforme

 

Pour l’heure, les négociations continuent sur le projet de loi concernant la réforme des retraites. Un texte qui a été enfin présenté et discuté vendredi dernier aux partenaires sociaux, même s’il n’est pas encore gravé dans le marbre. Nous avons pu consulter les grandes lignes de ce projet de loi. Il se compose de deux textes : d'une part, un projet de loi ordinaire et d'autre part, un projet de loi organique qui viendra appuyer le projet de loi ordinaire. Il diffère peu - malgré les plus de 35 jours de grève - du rapport Delevoye présenté en juillet dernier. Le gouvernement a procédé à des ajustements, à la marge, autorisant notamment les partenaires sociaux à trouver une autre solution que l'âge pivot pour équilibrer ce système de retraite par points. Mais sans solution des partenaires sociaux, l'âge pivot à 64 ans s'appliquera

Le texte de loi proposera d'appliquer l'âge pivot assorti d'un bonus-malus par défaut. En clair, l'âge d’équilibre – nouveau nom de l’âge pivot — se mettra progressivement en place à partir de 2022, sauf proposition alternative des partenaires sociaux permettant un retour à l’équilibre financier du système de retraite. Le projet de loi fixe également une date : les partenaires sociaux doivent trouver une solution avant le 1er septembre 2021. Cet âge minimal pour une retraite sans décote se mettra progressivement en place à partir de 2022 pour la génération 1960 et atteindra 64 ans pour la génération 1965 qui partira à la retraite à partir de 2027. Par la suite, cet âge d'équilibre évoluera en fonction de l'espérance de vie, précise le texte.

 

L’âge d’équilibre toujours en question

 

Dans un courrier transmis hier après-midi aux organisations syndicales, le gouvernement a finalement annoncé le retrait de l'âge pivot, mesure la plus contestée de son projet. Il laisse aux syndicats le soin de trouver une solution de substitution... et se réserve le droit de trancher si aucun accord n'est trouvé. "Je suis disposé à retirer du projet de loi la mesure de court terme que j'avais proposée, consistant à converger progressivement à partir de 2022 vers un âge d'équilibre de 64 ans en 2027." Voici ce qu'a écrit, samedi, Edouard Philippe aux organisations syndicales.

Dans la lettre transmise aux syndicats, Edouard Philippe reste cependant très ferme sur le principe : il faudra quoi qu'il arrive une mesure pour assurer "l'impératif équilibre du système des retraites". Un impératif qui sera, rappelle-t-il, "inscrit dans le projet de loi". Mais il accepte le principe d'une conférence sur l'équilibre et le financement des retraites, comme l'avait proposé le leader de la CFDT, Laurent Berger. Cette conférence "remettra ses conclusions d'ici à la fin du mois d'avril 2020". L'exécutif propose qu'elle soit animée par Jean-Jacques Marette, ancien directeur général de l'Agirc-Arrco. Le cadre des syndicats est toutefois très contraint. Car Edouard Philippe pose une condition : la mesure de substitution à l'âge pivot ne devra "entraîner ni baisse des pensions, ni hausse du coût du travail". Alors que Laurent Berger a toujours été partisan d'une augmentation des cotisations, cet argument pourrait donc lui être opposé pour refuser cette option. L'annonce du retrait de l'âge pivot a immédiatement, et sans surprise, été bien accueilli par la CFDT. Le syndicat a salué cette décision, preuve selon lui de la volonté de compromis du gouvernement. La centrale de Laurent Berger s'est dit prête à poursuivre les discussions dans le cadre proposé. 

 

Création d’une une Caisse nationale de retraite universelle

 

Concernant la pension de réversion, les assurés pourront la percevoir à partir de 55 ans et non plus 62 ans avec une garantie des maintiens des ressources de 70 % du couple. Ce dispositif remplacera les 13 règles différentes existant actuellement. Il ne s'appliquera qu'à partir de 2037 pour les personnes ayant intégré le nouveau régime. Pour les divorces prononcés avant 2025, les règles actuelles (pensions de réversion proratisées en fonction de la durée de mariage) seront conservées. Après cette date "les modalités de garantie des droits pour les conjoints divorcés" restent à définir et seront détaillées par ordonnance.

Par ailleurs, une caisse nationale de retraite universelle (CNRU) sera mise en place dès le 1er décembre 2020. Elle sera pilotée par un conseil d'administration paritaire composé des organisations syndicales représentatives et des organisations professionnelles représentatives incluant les travailleurs indépendants, les professions libérales et les employeurs publics. Elle fixera les paramètres du système, dans le respect d'une règle d'or imposant l'équilibre financier à horizon de cinq ans à partir de 2025.

 

Édouard Philippe sous pression

 

Reste désormais à connaître la valeur du point et le mode de calcul des pensions (en fonction des cotisations, du nombre d'enfants, conjoints divorcés…). De nombreux points clés encore en discussion feront d'ailleurs l'objet d'ordonnances, notamment les règles de transition en matière d'âge de départ à la retraite et d'âge d'équilibre applicables aux anciens assurés des régimes spéciaux. Ce sera également le cas pour la conservation à 100 % des droits constitués avant l'entrée en vigueur du système universel de retraite, ou encore les modalités de convergence, sur une période maximale de quinze ans, des cotisations dues par les agents publics et leurs employeurs vers celle du régime universel.

Vendredi Édouard Philippe, assisté notamment de Gérald Darmanin – qui avait déclaré la veille qu’il n’était pas question de retirer l’âge pivot – a reçu tous les partenaires sociaux avec un grand tableau dans son bureau montrant que cet "âge d’équilibre" permettrait de rapporter 3 milliards d’euros au système dès 2022 et 12 milliards d’euros en 2027. Une pierre dans le jardin de Laurent Berger qui avait appelé à la convocation d’une conférence de financement des retraites de manière à trouver une autre solution "paramétrique" afin de résorber le déficit du système des retraites. Pour l’heure aucune autre solution n’a été proposée, à part une hausse des cotisations patronales qui serait contraire à la politique de l’offre mise en œuvre par Emmanuel Macron depuis deux ans et demi.

 

Détérioration du moral des ménages

 

En dépit des conséquences – surtout en île de France – de ce conflit social et de l’absence transports depuis près de 40 jours, sur l’activité économique des commerces et cafés, hôtels, restaurants, la croissance de l'économie française devrait s'établir à 0,2 % au quatrième trimestre, selon la troisième estimation réalisée par la Banque de France dans le cadre de son enquête mensuelle de conjoncture à fin décembre. En deuxième estimation, la Banque de France avait également estimé à 0,2 % cette croissance du PIB. L'enquête publiée vendredi par la Banque de France fait en outre état d'une stabilité de l'indicateur du climat des affaires dans l'industrie à 97 en novembre. Dans les services, l'indicateur du climat des affaires s'est établi à 97 le mois dernier contre 99 en novembre.

En revanche le moral des ménages français s'est détérioré le mois dernier dans des proportions supérieures aux attentes, reflétant les préoccupations des consommateurs dans un contexte marqué par le long mouvement social d'opposition à la réforme du système des retraites. L'indice de confiance de l'Insee est tombé le mois dernier de 105 points en novembre (révisé de 106) à 102 alors que les économistes interrogés par Reuters anticipaient un repli limité à 104.

 

La drôle de déclaration de Frédéric Oudéa

 

L'Insee souligne que c'est la première fois que cet indice recule depuis décembre 2018, époque lors de laquelle la France était secouée par le mouvement des "Gilets jaunes". Les manifestations contre la réforme gouvernementale des retraites ont sans doute joué un rôle et risquent de peser encore dans un avenir proche sur l'activité économique. L'enquête de l'Insee montre par ailleurs que les anticipations des ménages sur le contexte économique général et sur leurs propres finances pour l'année qui vient sont tombées à leur plus bas niveau depuis avril.

La semaine qui vient sera marquée par l’ouverture de la saison des résultats annuels. D’abord aux États-Unis avec Schlumberger. Et aussi des chiffres d’affaires avec Casino jeudi prochain. Les anticipations des analystes pour la plupart des valeurs du CAC 40 sont positives. Et il n’y a pas de raison que les sociétés réservent des déceptions. On suivra avec intérêt les chiffres de la Société Générale, après le propos de Frédéric Oudéa affirmant au Financial Times qu’il était ouvert à des fusions dans le secteur bancaire. Le problème, c’est que s’agissant de la SocGen le nombre de mariages possibles est limité. UniCredit regarde maintenant davantage du côté de Commerzbank. Et personne n’ose imaginer un rapprochement avec BNP Paribas qui créerait d’importants doublons. Certains analystes se demandaient si cette déclaration ne consistait pas finalement à mettre un panneau "à vendre" sur les deux tours de la Banque de la Défense.

 

Une piètre défense de Carlos Ghosn

 

Sinon le monde des affaires parle beaucoup de l’évasion et de la conférence de presse de Carlos Ghosn. Un exercice que la presse mondiale a beaucoup critiqué. D’abord parce que les arguments sur le fond de sa défense ont été jugés bien peu convaincants, à commencer par le détournement d’argent à destination d’Oman. Par ailleurs l’ancien patron de Renault a trop joué la carte du complotisme pour être jugé crédible par un auditoire rationnel. Complot initié par Emmanuel Macron lorsqu’il était Ministre de l’Économie. Complot à l’intérieur de Nissan. Complot des autorités japonaises… Trop de justifications finissent par tuer un argumentaire. Chacun sait bien que lorsque l’on veut réussir une communication il faut faire passer un seul message à la fois.

Par ailleurs sur le plan comportemental, Carlos Ghosn n’a guère changé. Pendant deux heures trente de conférence de presse, il n’a jamais abandonné ni son arrogance, ni sa morgue. Avec au premier rang, tous ses proches de la diaspora libanaise, dont certains auraient financièrement participé à son évasion. Il aurait pu montrer qu’il avait changé, surtout devant une salle remplie d’une centaine de journalistes triés sur le volet pour éviter les questions gênantes. L’interview très complaisante sur France Inter de Carlos Ghosn par la journaliste franco libanaise Léa Salamé n’a fait que gâcher ce qui aurait pu être un formidable moment de communication de crise.

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