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Yves de Kerdrel
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Semaine cruciale pour Édouard Philippe
par Yves de Kerdrel
Le Premier Ministre, dont les services ont continué à négocier pendant la trêve des confiseurs, semble prêt à trouver un compromis dès cette semaine sur la réforme des retraites, acceptable par la CFDT et l’UNSA. Ce qui n’empêchera pas la CGT de poursuivre, voire de durcir ses mouvements. En espérant que l’opinion publique cesse de soutenir les grévistes.
C’est Laurent Berger qui avait fait savoir qu’il n’était pas question de négocier en catimini pendant la période des fêtes. Du coup, officiellement, il ne s’est rien passé pendant cette trêve des confiseurs donnant le sentiment que le gouvernement misait sur le pourrissement du mouvement de grèves. Les conséquences tangibles de la grève de décembre sur les feuilles de paye du dernier mois de l’année ont incité un certain nombre de grévistes à reprendre le travail. Si bien que le taux des cheminots (conducteurs de trains) qui avaient cessé le travail n’était plus que de 33 % en fin de semaine. Soit deux fois moins qu’au début du mouvement social. Quant à la RATP, elle était parvenue, ces derniers jours, à refaire fonctionner, même de façon aléatoire, pratiquement toutes ses lignes.
Pendant ses vacances, prises au Havre, Édouard Philippe est resté en contact permanent avec ses équipes de Matignon qui ont poursuivi les discussions avec certains syndicalistes en avançant notamment sur la piste de la pénibilité, de manière à ce que l’âge pivot de 64 ans qui fait figure de "ligne rouge" ne s’applique qu’au cas par cas. De la même manière, selon les informations de WanSquare, le Premier Ministre aurait obtenu du Medef un accord concernant une très légère hausse des cotisations retraites, de manière à montrer que l’équilibre budgétaire du nouveau système ne reposait pas que sur les efforts demandés aux salariés, mais aussi du patronat, comme cela avait été concédé par Pierre Gattaz en 2015. Enfin s’agissant des régimes spéciaux les discussions se sont poursuivies au sein de la SNCF et de la RATP avec l’idée d’instaurer une clause du grand-père, comparable au changement de statut des cheminots adopté dans la réforme du printemps 2018.
Réunion préparatoire à Matignon vendredi dernier
En attendant de retrouver les syndicats ce mardi, Édouard Philippe a réuni plusieurs de ses ministres vendredi matin à 9 h 30. Une réunion exceptionnelle en compagnie du nouveau Monsieur retraites Laurent Pietraszewski, du secrétaire d'État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari, de la ministre des Transports Élisabeth Borne et de la ministre de la Santé Agnès Buzyn. L'objectif de cette réunion à Matignon était de faire un point sur la situation dans les transports publics et l'avancée des négociations sur la réforme des retraites. D’autant que d’autres fronts sont prêts à s’ouvrir. Il y a deux jours : les infirmiers, les kinésithérapeutes et les orthophonistes ont été appelés à se mobiliser contre la réforme du gouvernement. Et ce n’est pas terminé.
Demain, outre les orthophonistes, un appel à la mobilisation est lancé chez les médecins appelés à fermer leurs cabinets, les experts-comptables et les avocats invités à se mobiliser la semaine entière. 80 % des barreaux pourraient suivre la grève. Par ailleurs demain et après-demain, la grève va toucher le secteur aérien et Air France en particulier. Le deuxième syndicat de pilotes Spaf appelle à la mobilisation, le second syndicat d'hôtesses et stewards SNGAF souhaite, lui, une grève de lundi à jeudi. Les syndicats veulent défendre la caisse de retraite complémentaire de la profession, la CRPN, dotée de 5 milliards d'euros de réserves. À ces appels s'ajoutent les mouvements quotidiens à la SNCF et à la RATP. Même si le trafic est un peu meilleur, l'entreprise ferroviaire a connu vendredi son 30ème jour de grève, battant ainsi le record de la grève de 1986-1987.
Menaces de blocage du Pays par la CGT
Cette pression qui remonte à la surface avec la fin des vacances scolaires, la phrase d’Emmanuel Macron lors de ses vœux du 31 décembre, demandant à Édouard Philippe de trouver un compromis, et les avancées obtenues lors des discussions de ces derniers jours constituent ce qu’on appelle un "précipité" en chimie qui pourrait permettre à la réunion du 7 janvier d’entériner des avancées importantes, susceptibles de donner satisfaction aux syndicats réformistes. Ce qui fait dire à Bruno Le Maire que "l'heure du compromis est venue". Dans ces conditions, on pourrait presque toucher à la fin de ce long psychodrame. Même si la CGT ne donnera jamais son aval, puisque son seul credo, c’est le retrait de la réforme. C’est sans doute parce que Philippe Martinez redoute qu’un accord soit constaté le 7 janvier, qu’il a demandé à ses troupes de préparer un blocage du pays à partir du 8 janvier. Sachant que le lendemain une nouvelle grande journée d’action est prévue qui devrait encore perturber l’activité du pays. De même que le samedi 11 janvier.
Si tout ce scénario est validé, alors le texte de loi portant réforme des retraites pourra être transmis au Conseil d’État comme ce qui était prévu, pour le 15 janvier. Sa présentation en conseil des ministres reste toujours prévue le 22 janvier. Dans ces conditions, le travail en commission parlementaire pourrait débuter juste avant la fin du mois de janvier. De manière à ce que le débat parlementaire puisse commencer avant la fin du mois de février. Et donc juste avant les municipales. Ce qui est important pour Emmanuel Macron, dans la mesure où tous les sondages montrent que ce sont les électeurs de droite qui sont les meilleurs supporters de cette réforme.
Montée des tensions entre l’Iran et les États-Unis
Si certains ont été étonnés de la prise de recul du Président de la République sur ce dossier, laissant le Premier Ministre en première ligne, on s’aperçoit que cette stratégie a été payante. Selon le dernier sondage effectué par Harris Interactive pour LCI, la cote de confiance d'Emmanuel Macron est en légère hausse et celle d'Édouard Philippe reste stable. Avec 40 % d'opinions positives, le chef de l'État gagne 6 points auprès des moins de 35 ans et en perd 5 chez les 65 ans et plus. Deux autres enquêtes diffusées depuis la mi-décembre donnent également Emmanuel Macron en légère hausse. En première ligne sur la réforme des retraites, Édouard Philippe, stable à 40 %, chute pour sa part de 8 points auprès des 65 ans et plus mais en gagne autant chez les moins de 35 ans, selon ce sondage pour LCI. Bien qu'en nette baisse, Jean-Yves Le Drian (42 %, -6) reste le ministre en qui les Français ont le plus confiance, devant Roxana Maracineanu (35 %, +3) et Jean-Michel Blanquer (35 %, -1). À droite Xavier Bertrand (34 %, +1) reste en tête des autres personnalités politiques, devant François Baroin (31 %, -2).
Au chapitre économique, les principales Bourses européennes ont trébuché en fin de semaine après la mort d'un important dirigeant militaire iranien tué par des frappes américaines en Irak, une nouvelle escalade de la tension entre Washington et Téhéran qui fait monter les cours du pétrole et incite au repli sur les valeurs refuges comme le yen et l'or. Trois jours après une manifestation violente visant l'ambassade américaine à Bagdad, le Pentagone a annoncé que le général Qassem Soleimani, à la tête de la force Al Qods, unité d'élite des Gardiens de la révolution iraniens, avait été tué dans une frappe aérienne des États-Unis contre son convoi à l'aéroport de la capitale irakienne, sur ordre du président Donald Trump. Le guide suprême de la Révolution islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, a déclaré qu'une vengeance terrible attendait les "criminels" ayant assassiné Qassem Soleimani.
Très belle année boursière 2019
Sur les marchés, ce vif regain de tension géopolitique l'emporte sur les éléments positifs qui ont dominé la tendance des dernières séances, qu'il s'agisse de la détente dans le conflit commercial USA-Chine ou du nouveau soutien de la Banque populaire de Chine à l'économie. Les marchés sont encore assez étroits après les fêtes mais même sur une séance normale, on aurait observé des réactions identiques. De fait, les cours du pétrole ont atteint leur plus haut niveau depuis quatre mois face à l'escalade de la tension entre Washington et Téhéran, qui fait craindre des perturbations dans l'approvisionnement mondial en brut. Le Brent gagnait vendredi 3,09 % à 68,30 dollars le baril et le brut léger américain 2,86 % à 62,93 dollars. Quant à l'or, il profite à plein de son statut de valeur refuge : son cours sur le marché spot gagnait vendredi plus de 1 % et atteignait son plus haut niveau depuis quatre mois à 1 544,88 dollars l'once.
Plus tôt dans la semaine on avait assisté à la clôture de l’année boursière 2019. La Bourse de Paris a terminé la dernière séance de l’année sur une note stable, mais signe sa meilleure performance annuelle depuis 1999 avec un gain de 26,37 %. Les investisseurs se sont bien gardés de prendre la moindre initiative après le récent rallye alimenté par l’espoir d’une détente commerciale entre les États-Unis et la Chine, la perspective d’un Brexit ordonné et l’apaisement des craintes de récession, sans oublier le biais toujours accommodant des grandes banques centrales. Le Footsie londonien a, lui, signé sa meilleure performance annuelle depuis 2016 avec un gain de 12,10 %, à Madrid, l’IBEX 35 s’est adjugé 12 %, du jamais vu depuis 2013 et l’indice européen Stoxx 600 a progressé de 23,09 %, sa plus forte hausse depuis 2009. Le Dax de la Bourse de Francfort s’est adjugé 25,48 % sur l’année, le FTSE MIB milanais 28,28 % et, à Zürich le SMI, a gagné 25,95 %.
Record de l’emploi en Allemagne
À Wall Street, le S&P 500 a bouclé sa meilleure année depuis 2013 avec un gain de plus de 28 %. La politique restera au centre des préoccupations des investisseurs en 2020. La guerre commerciale est loin d’être résolue. Les performances dépendront de la tolérance des investisseurs à leurs craintes dans un monde de faible croissance. L’attention reste focalisée sur la prochaine étape dans les discussions sino-américaines. Le conseiller commercial de la Maison-Blanche, Peter Navarro, a déclaré lundi que la rédaction d’un accord préliminaire est achevée, ajoutant qu’il ne reste plus qu’à le traduire dans les deux langues pour signature, laquelle devrait intervenir cette semaine. Le quotidien de Hong Kong South China Morning Post rapportait lundi sur la foi de sources proches du dossier que le vice-Premier ministre chinois Liu He doit se rendre à Washington dans quelques jours en vue de signer un accord dit de phase 1. La délégation qu’il conduit devrait rester plusieurs jours dans la capitale américaine.
À noter enfin que l'emploi en Allemagne a atteint en 2019 un niveau sans précédent, l'augmentation du taux de participation de la population et l'immigration ayant plus que compensé une évolution démographique défavorable. Le nombre de personnes occupant un emploi a augmenté de 402 000 sur l'année écoulée, une hausse de 0,9 %, pour 45,3 millions de personnes en dépit du ralentissement de la croissance, précise Destatis, l'institut fédéral de la statistique. Cette croissance a profité en premier lieu au secteur des services, dans lequel le nombre de postes occupés a progressé de 319 000 sur l'année, contre 59 000 dans l'industrie manufacturière et 36 000 dans la construction.
En attendant la conférence de presse de Carlos Ghosn
La croissance de l'économie allemande devrait être tombée en 2019 à 0,5 % seulement après 1,5 % en 2018. Les premiers chiffres du produit intérieur brut (PIB) annuel sont attendus le 15 janvier. Pour 2020, le gouvernement d'Angela Merkel table sur une croissance de 1,0 %, grâce entre autres à l'augmentation du nombre de jours ouvrés. En données corrigées des effets de calendrier, l'expansion du produit intérieur brut (PIB) devrait être limitée à 0,6 %.
En matière de business la semaine a été dominée par l’affaire Ghosn après l’annonce lundi soir de la fuite de l’ancien patron de Renault et de Nissan de sa résidence de Tokyo où il était en semi-liberté en échange de la remise de ses passeports et d’une caution de près de 14 millions de dollars. L’enquête du parquet japonais reproche à Carlos Ghosn d’avoir détourné au total, à son profit, pas moins de 100 millions de dollars. Par ailleurs des enquêtes ont été également diligentées à Paris et à Amsterdam sur ses agissements. Pour l’heure Carlos Ghosn séjourne à Beyrouth, mais pas dans son palais, qui est la propriété de Nissan. Il a prévu de s’exprimer mercredi prochain à l’occasion d’une conférence de presse. Plutôt que de justifier ses malversations, il devrait botter en touche en attaquant le traitement qu’il a subi de la part de la justice japonaise.
P.S. : Je profite de cette chronique dominicale pour vous souhaiter une très belle année 2020 pour vous-même, tous ceux qui vous sont chers, vos projets personnels comme votre activité professionnelle. WanSquare, qui vient de fêter ses dix ans d'existence, est désormais le premier média économique français 100 % digital et indépendant. Puissions-nous demeurer toujours d'une qualité à la hauteur de vos exigences. Yves de K.
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Éditorial / Semaine décisive... pour la réforme, la grève et Macron
15/12/2019 - 06:50
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