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Semaine décisive... pour la réforme, la grève et Macron
par Yves de Kerdrel

C’est cette semaine que le gouvernement veut essayer de faire stopper les mouvements de grève, juste avant les départs en vacances pour les fêtes de fin d’année, en jouant à nouveau la carte de la concertation. Mais la porte est étroite d’autant que la CFDT a perdu confiance dans l’Élysée et que mardi, toutes les organisations syndicales, sans exception, seront dans la rue. Une réunion décisive est prévue ce dimanche autour du Chef de l'Etat.

15/12/2019 - 06:50 Temps Lecture 16 mn.

Ça passe ou ça casse. C’est cette semaine que doit se jouer l’issue de la réforme des retraites dont les contours ont été dévoilés mercredi dernier par Édouard Philippe au Conseil Économique Social et Environnemental. Comme nous l’avions annoncé dimanche dernier, cette réforme qui devait être systémique (universelle et à points) avait été vendue comme telle aux organisations syndicales. À commencer par la CFDT avec laquelle Emmanuel Macron avait fini par se réconcilier après des mois de froid polaire, accrus par la rigidité de la réforme de l’allocation-chômage. Mais à Matignon on tenait coûte que coûte à ce que les annonces contiennent des mesures paramétriques, et notamment une mesure d’âge.

Toute la soirée de mardi dernier, une partie du gouvernement a débattu de ce point jusqu’à une heure du matin. Richard Ferrand et Gilles Le Gendre étaient opposés aux souhaits d’Édouard Philippe. Bruno Le Maire et Gérald Darmanin étaient franchement tièdes comme cela est normal de la part de chiraquiens. Finalement ce sont Philippe Grangeon, le très écouté Conseiller politique du Chef de l’État (pourtant très proche de la CFDT), Agnès Buzyn, Muriel Pénicaud et le Premier Ministre qui l’ont emporté en intégrant cette mesure d’âge – avec 64 ans défini comme âge d’équilibre et non plus comme âge pivot à partir de 2027 – selon un calendrier à définir par les partenaires sociaux au sein des organismes paritaires.

 

Impossible de reculer sur les marqueurs de la réforme

 

Jusqu’à mercredi midi, le secret avait été bien gardé. À tel point que le Journal Le Monde (qui boucle à 10 h 30) mettait à sa une que le projet gouvernemental bénéficiait du soutien de la CFDT. Ce qui n’était plus le cas à 13 h lorsque Laurent Berger, furieux, déclarait que la ligne rouge avait été franchie. Dès le soir même, le Premier Ministre a eu beau annoncer qu’il restait ouvert à la concertation et que tout cela n’était pas gravé dans le marbre, que la CFDT appelait ses adhérents à faire grève mardi et à défiler après-demain, sans être à côté de la CGT ou de Force Ouvrière.

Depuis jeudi, tant à Matignon qu’à l’Élysée on essaye de renouer le lien avec Laurent Berger qui est apparu aux yeux de toute la France comme le dindon de la farce. Selon les informations de WanSquare, ce week-end, plusieurs rencontres discrètes sont prévues avec certains partenaires sociaux pour tenter de désamorcer ce psychodrame. Par ailleurs une réunion de crise se tient à l'Elysée ce dimanche autour du Chef de l'Etat et des principaux ministres concernés.  Mais le Gouvernement ne peut pas se permettre de reculer sur les marqueurs de sa réforme. Rien n’a encore été annoncé de manière explicite concernant les régimes spéciaux de la SNCF ou de la RATP. Il est question soit d’une entrée en vigueur de la réforme à partir de la génération 1985, voire même de la clause du grand-père telle qu’elle est appliquée dans la loi réformant la SNCF du printemps 2018. Le gouvernement s’est gardé des marges de manœuvre de ce coté là pour obtenir une fin de la grève avant les fêtes de Noël. Car 8 millions de Français prennent le train pendant les vacances qui démarrent dans quelques jours.

 

Sept Français sur dix inquiets

 

Aujourd’hui on a donc une réforme "historique" sur la table avec un certain nombre de marqueurs positifs, mais le fait est c’est qu’après avoir été très mal vendue aux Français qui sont perdus sur le sort qui leur sera réservé n’a pas été vendue du tout aux organisations syndicales, qui sont donc prêtes à bloquer le pays encore longtemps. Alors qu’en 1995 le gouvernement avait retiré son projet le 15 décembre de manière à ce que les fêtes ne soient pas troublées. Certains, y compris chez La République en Marche, vont même jusqu’à faire un parallèle de cette réforme avec le fameux CPE de Dominique de Villepin qui avait été voté en dépit de protestations montres, mais qui n’avait pas été promulgué.

Ce qui est certain, c’est qu’Édouard Philippe n'a pas réussi à convaincre les Français, mercredi dernier, lors de sa présentation de la réforme des retraites puisque 61 % des personnes qui ont écouté le Premier ministre ou vu des commentaires sur son intervention n'ont pas été convaincues. C’est ce qui ressort du sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour France info et Le Figaro publié jeudi dernier. Si l'intervention du chef du gouvernement a été largement suivie, cela n'a pas suffi à emporter l'adhésion des Français. Selon ce sondage, ce manque de persuasion a plusieurs raisons. Si le Premier ministre a été jugé clair sur la forme de son intervention par 54 % des personnes interrogées, c'est le fond qui pose problème. Sept Français sur dix n'ont pas été rassurés par les détails donnés par Édouard Philippe. Les deux tiers d'entre eux (67 %) estiment qu'il n'a pas fait de concessions importantes aux syndicats et 60 % ne croient pas que la réforme présentée mettra en place un système de retraite juste et durable.

 

Soutien aux grévistes sauf chez En marche et à Droite

 

De fait, le soutien à la mobilisation contre la réforme des retraites reste toujours important. Plus des deux tiers des Français (68 %) estiment que le mouvement de grève est justifié. C'est autant qu'il y a une semaine. À noter qu'il y a plus d'un mois, le 30 octobre, 57 % des Français jugeaient la mobilisation non justifiée. Mais à l'époque, la question ne portait que sur la grève reconductible lancée par les syndicats de la SNCF. Le soutien au mouvement est puissant à gauche comme à l'extrême droite. Neuf sympathisants LFI sur dix (90 %), 78 % des proches du PS et sept EELV sur dix (71 %) appuient les mobilisations. Ils sont 80 % côté des proches du RN. Sans surprise, les deux tiers des Marcheurs (66 %) trouvent ce mouvement non-justifié, tout comme 57 % des proches de LR.

L'enquête met aussi en avant les raisons du rejet de la réforme. Pour les Français, tout le monde ou presque sera perdant : les régimes spéciaux (79 %), les salariés du public dans leur ensemble (66 %), ceux du privé (56 %), et même les femmes (53 %). Seuls les retraités touchant une petite pension, soit moins de 1 000 euros par mois, seront gagnants. C'est ce qu'estiment les deux tiers des personnes interrogées (66 %). Malgré cette défiance toujours présente face à la réforme, plusieurs mesures présentées par le Premier ministre mercredi sont saluées par les Français. La pension minimale de 1 000 euros garantie pour ceux qui ont une carrière complète est plébiscitée par huit personnes sur dix (81 %). La mise en place d'une cotisation plus forte des plus hauts revenus est saluée par 80 % des sondés. Et les Français restent favorables à 63 % à la fin des régimes spéciaux et la mise en place d'un régime universel.

 

Pari largement gagné pour Boris Johnson

 

Au chapitre économique, l’actualité a été forcément dominée par la victoire écrasante du Parti conservateur de Boris Johnson lors des élections législatives de jeudi au Royaume-Uni. Les Tories ont obtenu la majorité absolue à la Chambre des communes. La livre sterling a aussitôt fait un bond de plus de 2 % contre le dollar et l'euro. Et l’ensemble des marchés d’actions étaient orientés à la hausse, satisfaits par la fin de cette très longue période d’incertitude concernant le Brexit. Seule épine dans le pied de Boris Johnson : le Parti national écossais a obtenu 47 des 59 sièges en Écosse. Nicola Sturgeon, sa cheffe de file et dirigeante du gouvernement local, a réclamé la tenue d'un nouveau référendum sur l'indépendance de l'Écosse expliquant que. Boris Johnson a peut-être reçu un mandat pour faire sortir l'Angleterre de l'Union européenne, mais pas de faire sortir l'Écosse de l'Union européenne.

Cette large victoire va permettre au chef du gouvernement de faire ratifier rapidement l'accord de retrait qu'il a négocié avec l'Union européenne, ce qui permettrait au Royaume-Uni de quitter l'Union européenne le 31 janvier. Après cette date, la tâche n'en sera pas pour autant terminée pour Johnson puisqu'il lui faudra négocier un accord de libre-échange avec l'Union Européenne en seulement onze mois, d'ici à la fin de l'année 2020. Cette période de transition peut être prolongée jusqu'en décembre 2022, mais les conservateurs ont promis pendant la campagne qu'elle n'excéderait pas décembre 2020. À Bruxelles, où se déroulait un Conseil européen, la secrétaire d'État française aux affaires européennes Amélie de Montchalin a déclaré que la clarification attendue par l'Europe sur le Brexit semblait avoir eu lieu.

 

Lagarde veut une revue stratégique de la BCE

 

Sur le plan monétaire, Christine Lagarde a promis jeudi, lors de sa première conférence de presse comme présidente de la Banque centrale européenne, de procéder à un examen exhaustif et sans a priori de la stratégie de l'institution, ainsi que d'adopter son propre style de communication. Après l'annonce par la BCE du maintien de sa politique monétaire très accommodante, largement anticipée, l'ex-directrice générale du Fonds monétaire international s'est employée à répondre aux interrogations des marchés et de la presse sur sa capacité à se distinguer de son prédécesseur, Mario Draghi.

Elle a ensuite précisé que la BCE lancerait début 2020 une revue exhaustive de sa stratégie qui devrait être achevée avant la fin de l'an prochain, en s'appuyant sur de nombreuses sources, y compris la société civile et la recherche universitaire. L'objectif sera de ne pas simplement prêcher "l'Évangile que nous pensons maîtriser mais aussi d'écouter". Il n'y a pas de zone d'atterrissage préconçue à ce stade a dit Christine Lagarde à propos de cette revue stratégique, comparable à celle déjà lancée par la Réserve fédérale américaine. La présidente de l'institution a confirmé que cet exercice s'attacherait à des questions de fond telles que l'impact du progrès technologique et du changement climatique sur la politique monétaire ou encore la montée des inégalités.

 

Maintien des taux mais baisse des prévisions de croissance

 

La plupart des analystes s'attendent à ce que la BCE ne modifie pas sa politique monétaire en 2020, un pronostic que les décisions et les déclarations de la Fed n'ont fait que conforter mercredi, la banque centrale américaine laissant entendre qu'elle ne modifierait pas ses taux l'an prochain. Christine Lagarde, qui a pris ses fonctions à la tête de la BCE début novembre, n'a fourni jeudi aucun élément susceptible de remettre en cause ce scénario d'un statu quo prolongé. Le taux de refinancement de l'institution reste fixé à zéro et son taux de dépôt à -0,50 %, son plus bas niveau historique. Le communiqué publié par le Conseil des gouverneurs laisse la porte ouverte à l'éventualité d'une baisse supplémentaire et réaffirme la volonté de la BCE de maintenir les taux à leurs niveaux actuels ou à des niveaux plus bas jusqu'à ce que les perspectives d'inflation convergent durablement vers son objectif, soit une hausse des prix légèrement inférieure à 2 % sur un an.

La BCE avait annoncé en septembre de nouvelles mesures de soutien au crédit avec notamment la reprise - effective depuis le 1er novembre - de ses achats de titres, au rythme de 20 milliards d'euros par mois. Ces achats continueront aussi longtemps que nécessaire. Alors que plusieurs membres du Conseil avaient exprimé publiquement leur désaccord avec ces mesures il y a trois mois, Christine Lagarde a souligné sa volonté de favoriser le consensus. La BCE a par ailleurs légèrement modifié ses prévisions économiques pour la zone euro, disant tabler pour 2020 sur une croissance de 1,1 % seulement, contre 1,2 % prévu en septembre. Pour 2022, année pour laquelle il s'agit de ses toutes premières prévisions, la BCE attend une croissance de 1,4 % et une inflation à 1,6 %.

 

Clamadieu empêché par Bercy de sacrifier Kocher

 

Côté business, un conseil d’administration d’Engie doit se tenir mardi soir. Jean-Pierre Clamadieu qui voulait prendre prétexte de cette séance pour faire voter le non-renouvellement d’Isabelle Kocher, dont le mandat arrive à échéance en mai prochain, a reçu l’ordre de Bercy de se calmer. C’est ce qui l’a amené, à aller à Canossa dans un entretien aux Échos. Bruno Le Maire a demandé que l’on ne touche pas un cheveu de la directrice générale d’Engie, tant qu’un audit sur la stratégie n’aura pas été mené. Audit dont il aura les résultats en février seulement. Par ailleurs depuis quelques jours les pouvoirs publics voient une partie croissante de l’establishment, avec notamment Patricia Barbizet en tête, demander que le Président d’Engie respecte la grammaire du monde des affaires et cesse de déstabiliser un groupe gigantesque au nom de ses seuls caprices.

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