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Macron cherche un nouveau souffle
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’État a gagné son pari. Le projet de loi sur la réforme des retraites sera bien examiné en conseil des ministres vendredi prochain comme il le souhaitait dès le départ. Avec un âge pivot toujours maintenu à compter de 2027. Par ailleurs la SNCF et la RATP parviennent chaque jour à augmenter leur trafic. Il lui reste à trouver un nouveau souffle afin de chasser cette séquence et d’enjamber les élections municipales.

19/01/2020 - 06:45 Temps Lecture 16 mn.

 

Emmanuel Macron sera demain matin à Dunkerque au sein d’une usine AstraZeneca spécialisée dans la fabrication de dispositifs d’inhalation pour personnes asthmatiques, qui s’apprête à bénéficier d’un programme d’investissement majeur : 500 millions d’euros au cours des cinq prochaines années, principalement dédiés à l’industrie, la recherche, l’innovation digitale et les contributions sociales et environnementales. Le Président de la République a choisi de consacrer cette matinée à un investissement étranger majeur pour la France juste avant de rejoindre la troisième édition du sommet "Choose France", dont le thème est "l’attractivité des territoires français" et qui se déroule au Château de Versailles toute l’après-midi.

C’est Édouard Philippe qui est chargé d’ouvrir ce sommet où participeront bon nombre de ministres. Il présidera le déjeuner donné aux 200 dirigeants de grands groupes étrangers qui ont accepté de venir à ce sommet avant de se rendre à Davos pour le World Economic Forum qui se déroule cette semaine. L’après-midi sera consacrée aux ateliers thématiques, notamment sur l’investissement durable et aux rencontres entre dirigeants français et étrangers. Le Président de la République regagnera Versailles en milieu d’après-midi où il aura des rencontres particulières avec un certain nombre de dirigeants étrangers avec lesquels il a des liens privilégiés. Notamment John Chambers, le patron de Cisco. À noter qu’aucun dirigeant de Nissan ou de Renault ne sera présent, alors qu’ils se retrouveront à Davos.

 

Lourdes conséquences financières de la grève

 

Le Président de la République, que beaucoup ont trouvé plus détendu, cette semaine lors des vœux à la Presse faisant même de l’autodérision sur ses propres erreurs, est conscient d’avoir gagné une bataille dans la réforme des retraites. Puisque le texte – même amendé – sera adopté lors du conseil des ministres de vendredi prochain. Un texte où figure bien une mesure d’âge. Puisque si l’âge-pivot (rebaptisé âge d’équilibre) a été provisoirement retiré pour la période 2022-2027, il continue de figurer dans le projet de loi comme un objectif à atteindre à compter de 2027. Ce qui permet au Président de la République de dire qu’il a fait cette réforme à laquelle beaucoup de ses prédécesseurs ont renoncé. Même si trop de professions conservent un régime spécial et que cette réforme n’est pas aussi universelle qu’il le souhaitait. Reste pour lui maintenant à trouver un nouveau souffle. Ce qui était l’objet du séminaire gouvernemental de mercredi dernier.

Il reste bien sûr d’importants mouvements sociaux. Puisque la CGT, très forte à la SNCF, et qui a fait le choix de ne pas participer à la conférence de financement du système des retraites pour la période 2022-2027, continue de bloquer une partie du trafic des chemins de fer et de la RATP. Si bien que la SNCF affiche déjà plus d’un milliard d’euros de pertes depuis le début du mouvement, et la RATP, 200 millions d’euros. Mais surtout elle a réussi à convaincre les dockers et les employés des principaux ports de bloquer les déchargements. Ce qui a un effet, déjà très net, sur les arrivées de pièces de sous-traitants. Et surtout, beaucoup des porte-conteneurs qui devaient décharger à Marseille ou au Havre filent à Anvers ou Rotterdam. Ce qui n’est pas du meilleur effet à la veille du sommet "choose France". A cela s'ajoutent des incidents ponctuels comme celui qui s'est passé vendredi dernier alors qu'Emmanuel Macron était au théâtre, l'obligeant à s'échapper par une porte dérobée. Ce qui laisse craindre un basculement du Pays dans une violence incontrôlable et incontrôlée. 

 

Importante visite présidentielle en Israël

 

Malgré tout, les électeurs de droite sont reconnaissants envers Emmanuel Macron de n’avoir pas trop cédé et d’avoir fait cette réforme. C’est ce qui explique que 45 jours après le début de la mobilisation contre la réforme des retraites, la confiance des Français envers le chef de l'État est en hausse de deux points en janvier, selon un sondage Elabe diffusé jeudi. Avec 32 % des personnes interrogées qui lui font confiance pour affronter les problèmes du pays, le chef de l'État gagne un total de quatre points en deux mois. Environ 63 % sont d'un avis contraire. Emmanuel Macron progresse notamment auprès de ses électeurs du 1er tour de la présidentielle 2017 (+4), mais aussi de ceux de François Fillon (+8) et de Jean-Luc Mélenchon (+6), selon cette enquête pour Les Échos et Radio Classique. En première ligne dans le conflit sur les retraites, Édouard Philippe perd pour sa part un point, avec 29 % d'avis positifs, et 63 % (+1) ne lui font pas confiance.

Si le conseil des ministres est déplacé à vendredi prochain au lieu de mercredi, c’est parce que le Chef de l’État se rend cette semaine en Israël délaissant Davos. Il y sera notamment le 23 janvier dans le cadre du cinquième Forum international sur la Shoah organisé en coopération avec Yad Vashem, et en présence de nombreux dirigeants internationaux. A l’occasion du 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz, devraient également être présents les présidents allemand Frank-Walter Steinmeier, italien Sergio Mattarella et autrichien Alexander Van der Bellen. Cette initiative doit donner aux dirigeants du monde entier l’opportunité unique de s’opposer et de dire stop à l’antisémitisme, à l’intolérance et au racisme, et de mettre fin à la haine, selon la Fondation pour le Forum international sur la Shoah, dirigée par Moshé Kantor.

 

Le mauvais coup du livret A

 

La dernière visite d’Emmanuel Macron en Israël remonte à septembre 2015, quand il était ministre de l’Économie au sein du gouvernement Hollande, et s'était rendu au festival de l’innovation et du numérique de Tel-Aviv. À l’époque, il s'était rendu en Israël avec une délégation de 50 entreprises pour intensifier le lien entre la France et l'État hébreu. Il avait invité les entreprises françaises à venir en Israël et à investir dans le pays et les entreprises israéliennes à s'installer dans l'Hexagone. Mais cette visite est doublement importante. D’une part à cause de la commémoration qui en est le point de départ. Et à cause de la crainte de la communauté juive française contre la montée des actes antisémites en France. Un climat accentué par la décision incompréhensible de la justice française de ne pas considérer comme antisémite le meurtre sauvage d’une vieille dame juive assassinée chez elle par un musulman aux cris de "Allah Akbar".

Le Président de la République a désormais les yeux rivés sur les élections municipales où son parti, la République En Marche, présentera finalement bien moins de candidats que prévu. De fait, il a préféré miser sur des candidats de droite-macron compatibles. Il reste que cette élection, dont les résultats sont toujours difficiles à interpréter en raison du caractère très local du vote, pourrait laisser apparaître une mauvaise surprise pour le parti présidentiel. À cause de la montée du vote populiste et protestataire. Et en raison de la baisse du livret A à 0,5 % qui entrera en vigueur dans quelques jours. Cette décision est très mal vécue par les 60 millions de détenteurs du livret A qui y voit une spoliation de l’État.

 

Une croissance chinoise au plus bas

 

Ce qui n’est pas complètement faux. Car cela fait bien longtemps que les sommes issues de l’ancien petit livret rouge ne financent le logement social que de manière très marginale faute de réserves foncières. De fait la Caisse des Dépôts gère plus de 300 milliards au titre de ce livret A. Ce qui lui génère des revenus financiers importants qu’elle partage directement avec l’État. Dans la tuyauterie du trésor, cette baisse du livret A se traduit donc par une anticipation de plus de produits financiers en provenance de la Rue de Lille. Mais ce calcul de technocrates de Bercy oublie l’attachement des Français au livret A. Jacques Delors lorsqu’il était ministre des finances avait, lui, refusé de baisser le taux du livret parce qu’il n’ignorait rien des conséquences politiques que cela pouvait avoir.

Au chapitre économique de la semaine, l’évènement c’est l’annonce que la croissance de l’économie chinoise a ralenti en 2019 à un plus bas de près de trente ans, sur fond de guerre commerciale avec les États-Unis et de morosité de l’investissement, et de nouvelles mesures de soutien sont attendues de la part de Pékin en 2020 pour éviter un ralentissement plus marqué de l’économie. Mais les données officielles publiées vendredi montrent aussi que la deuxième puissance économique mondiale a terminé 2019 sur une note plus positive, alors que les tensions commerciales s’apaisaient, laissant penser qu’une série de mesures de soutien engagées par le gouvernement chinois au cours des deux années écoulées commencent à porter leurs fruits.

 

Une remontée récente des ventes au détail

 

La croissance du PIB chinois est ressortie à 6,0 % au quatrième trimestre en rythme annuel, montrent les données du Bureau national des statistiques, conforme au consensus et identique à la progression enregistrée pour juillet-septembre, soit à un plus bas depuis près de trois décennies. Sur l’ensemble de l’année 2019, ces données ramènent la croissance à 6,1 %, également comme prévu, soit son rythme le plus faible depuis 1990, après +6,6 % en 2018. Des sources politiques ont déclaré que le gouvernement chinois prévoyait de ramener son objectif de croissance à environ 6 % cette année, contre 6 % à 6,5 % l’an dernier, en s’appuyant sur une hausse des dépenses d’infrastructures pour éviter un ralentissement plus marqué de l’économie. En rythme trimestriel, le PIB chinois a progressé de 1,5 % au quatrième trimestre, conforme au consensus et identique à la progression sur juillet-septembre.

D’autres statistiques officielles communiquées vendredi montrent une accélération inattendue de la production industrielle et une croissance de l’investissement, tandis que les ventes au détail ont progressé à un rythme stable et solide. La production industrielle a progressé en décembre de 6,9 % en rythme annuel, à un plus haut en neuf mois, alors que le consensus donnait un ralentissement à +5,9 % après +6,2 % en novembre. L’investissement en actifs immobilisés a augmenté de 5,4 % sur l’ensemble de 2019, dans la lignée de sa progression sur les onze premiers mois de l’année. Les économistes anticipaient une hausse de 5,2 %. Surtout, les ventes au détail ont connu en décembre une hausse de 8,0 % en rythme annuel, identique au mois précédent et contre une prévision médiane de +7,8 %.

 

Le Gouverneur de la Banque de France gronde les banquiers

 

Plus près de nous le Gouverneur de la Banque de France est remonté au créneau face à la production intense de crédits immobiliers. Les banques françaises doivent exercer une vigilance accrue sur les crédits immobiliers qu'elles accordent à leurs clients ou pourraient être contraintes de provisionner une "surcharge en capital" pour les prêts non conformes, a mis en garde mardi le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. La baisse historique des taux d'intérêt de ces dernières années a conduit de nombreux ménages français à contracter des crédits pour financer l'achat d'une maison ou refinancer de précédents prêts. En un an, les crédits immobiliers en France ont crû de près de 7 %, poussant les cours de l'immobilier et portant l'endettement des ménages à des niveaux record.

Face à ce risque de surchauffe, le Haut conseil de stabilité financière a recommandé le mois dernier que les remboursements liés à un crédit immobilier soient strictement plafonnés à 33 % des revenus des ménages et que la durée d'un prêt n'excède pas 25 ans (5 % des crédits dépassent cette durée, note le Haut conseil). Cette recommandation, a souligné François Villeroy de Galhau, "s'applique à tous les nouveaux prêts déposés depuis ce mois de janvier. Cela veut dire, en clair, que des dérives doivent s'arrêter, et des comportements doivent changer, vite". Avant d’ajouter : "Sinon, nous passerions à une surcharge en capital pour les prêts non conformes, même si cela ne fait pas partie de mes vœux", a-t-il prévenu dans ses vœux aux acteurs de la place financière. Il a également demandé aux banques de mieux gérer leur tarification de sorte que leurs marges soient suffisantes pour couvrir les coûts et les risques associés aux crédits immobiliers.

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