WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Macron ne parvient plus à imprimer auprès des Français
par Yves de Kerdrel

Dix jours après le début de l’affaire Griveaux, la majorité présidentielle reste traumatisée par ce scandale, qui a contraint de surcroît le chef de l’Etat à rendre sa liberté à Agnes Buzyn, l’une de ses meilleures ministres afin qu’elle fasse campagne pour gagner Paris. Mais Emmanuel Macron ne parvient plus à enrayer le doute qui s’est installé dans le pays sur sa politique et à redonner un nouveau souffle à son gouvernement.

 

 

23/02/2020 - 07:00 Temps Lecture 17 mn.

 

Le Chef de l’état a beau prendre la parole sur des sujets majeurs et attendus de tous les Français, cela semble laisser l’opinion publique indifférente. On l’a vu il y a une dizaine de jours sur l’écologie face à un glacier en perdition. Cela n’a eu aucun impact sur les Français, sauf éventuellement, de donner encore plus de crédit au discours des écologistes. Le même phénomène s’est reproduit la semaine passée avec un autre sujet très attendu par les commentateurs politiques : le communautarisme sous toutes ses formes. 

Emmanuel Macron s’est donc rendu mardi, à Mulhouse pour annoncer ses premières mesures de lutte contre le "séparatisme islamiste", un dossier politiquement sensible à un mois des élections municipales. Ce déplacement était la première étape d'une séquence qui s'étendra au delà des élections municipales des 15 et 22 mars, durant laquelle Emmanuel Macron détaillera la stratégie du gouvernement contre la radicalisation et l'islam politique. Soit "le séparatisme islamiste", une dénomination jugée plus précise que celle de "communautarisme", longtemps employée par l'Élysée.

 

Timidité de Macron face à la question de l’Islam 

 

Depuis le début du quinquennat, les oppositions, notamment de droite, pressent Emmanuel Macron d'affirmer sa politique sur ce sujet, le taxant de laxisme. Le débat s'est encore durci ces derniers mois, alimenté par de vives polémiques sur la présence de listes communautaristes aux élections municipales ou sur le port du voile par une mère accompagnant une sortie scolaire. Accompagné de quatre ministres – Christophe Castaner et Laurent Nunez (Intérieur), Gabriel Attal (Jeunesse) et Roxana Maracineanu (Sports) – Emmanuel Macron s’est exprimé sur le financement des lieux de culte, notamment depuis l'étranger, la scolarisation d'enfants dans des écoles hors-contrat et la structuration de l'islam de France. Emmanuel Macron a consacré la seconde partie de son déplacement au volet positif de sa stratégie, à savoir la "reconquête républicaine" des quartiers basée sur des services publics plus présents et efficaces et sur le réseau associatif, dont la vitalité est indispensable pour éviter que les habitants, notamment les jeunes, ne soient tentés par les circuits parallèles. Au cours d'une table ronde, le Président de la République a échangé ainsi avec des associations sociales, cultuelles ou culturelles avant de rencontrer des responsables sportifs. Mais à aucun moment, le chef de l'État ne s’est aventuré sur les dossiers très sensibles de la laïcité et du port du voile ou sur une réforme de l'organisation de l'islam de France, actuellement à l'étude. Si bien que cette journée a représenté une sorte de "coup d’épée dans l’eau". 

 

La Macronie déboussolée 

 

Cette journée illustre bien à quel point Emmanuel Macron ne parvient plus à imprimer auprès des français. Lorqu’il parle islam, cela renforce le Rassemblement National. Et lorsqu’il parle environnement cela renforce les écologistes. Tout cela à trois semaines d’élections municipales où ces deux partis comptent bien s’illustrer. Tout se passe comme si les français lui reconnaissaient une légitimité sur les sujets économiques et sur les grandes questions internationales. De fait, quelque initiative qu’il prenne ne change rien dans l’esprit des Français. Alors que son bilan économique est plutôt satisfaisant avec un taux de chômage en chute libre, un moral des ménages en hausse et une croissance meilleure que celle de nos voisins allemands. 

Depuis l’affaire Griveaux, la campagne électorale parisienne est devenue une nouvelle représentation de l’incapacité de la Macronie à représenter une force politique crédible. Emmanuel Macron a décidé d’envoyer au feu Agnès Buzyn, l’excellente ministre de la santé, qui ne s’est pas faite prier, après avoir été empêchée il y a un an de conduire la liste des marcheurs aux Européennes. De plus, elle était trop contente de se débarrasser de deux dossiers qui l’empoisonnent : celui des retraites et celui de la crise du monde hospitalier. Par ailleurs comme elle a un profil plutôt "droitier" - à tel point qu’en 2012 François Fillon avait voulu en faire sa suppléante lors des législatives dans le septième arrondissement – elle aurait pu renverser la table des sondages qui annoncent un duel Dati-Hidalgo. 

 

Une dynamique pour Rachida Dati à Paris 

 

Le premier sondage fait par Odoxa pour Le Figaro après ce changement de casting pour Paris n’a pas révélé d’effet Buzyn. Mais de surcroît, pour la première fois, il a fait apparaître une avance de Rachida Dati sur Anne Hidalgo. Un second sondage réalisé en fin de semaine par Harris Interactive a confirmé cette première tendance. En ce qui concerne les intentions de vote, nous pouvons retenir que dans le cadre du premier tour (en se rappelant les spécificités du mode de scrutin) les listes conduites par Anne Hidalgo et Rachida Dati sont à égalité (23%), que la liste conduite par Agnès Buzyn se situe en troisième position (17%), que les écologistes (David Belliard) sont crédités de 13% d’intentions de vote tandis que la liste de Cédric Villani est mesurée à 10%. Rappelons qu’il faut dépasser les 10% pour maintenir une liste au deuxième tour dans les arrondissements. 

La dynamique politique semble actuellement être du côté des Républicains. Le changement de tête de liste La République En Marche semble avoir eu un double effet : mobilisation d’une partie de l’électorat de Cédric Villani en faveur d’Agnès Buzyn. Mobilisation d’une partie de l’électorat de droite envisageant préalablement de voter pour Benjamin Griveaux vers Rachida Dati. En fait la maire de Paris et la maire du 7ème arrondissement parviennent à s’appuyer sur leurs électorats de base : Anne Hidalgo parvient à conserver une part nette du vote des électeurs Hamon (51%), voire même de Jean-Luc Mélenchon (43%) ou encore un quart de celui d’Emmanuel Macron (24%). En termes de sympathie partisane, 69% des proches du PS indiquent vouloir voter pour Anne Hidalgo. Quant à Rachida Dati, elle s’appuie sur 67% des électeurs de François Fillon et 13% de celui d’Emmanuel Macron. Politiquement, 82% des proches de Républicains envisagent de déposer un bulletin LR dans l’urne le 15 mars prochain. 

 

Tout dépendra de l’entre deux tours 

 

De son côté Agnès Buzyn ne bénéficie pas d’une dynamique nette d’En Marche : 33% seulement des électeurs d’Emmanuel Macron indiquent avoir l’intention de voter pour elle. Elle s’appuie sur un électorat composite : faiblement sur l’électorat de François Fillon (15%), faiblement sur l’électorat de Gauche. Enfin, notons que seuls 56% des proches de LaREM indiquent avoir l’intention de voter en faveur de l’ancienne ministre de la Santé. Bien sûr Agnès Buzyn peut espérer transformer les 45% d’électeurs de Cédric Villani pouvant voter pour sa liste mais ne "séduit" que 34% des électeurs de Rachida Dati. 

Mais tout peut être chamboulé lors du second tour et en fonction d’éventuelles alliances. Un rapprochement des listes Villani et Buzyn serait apprécié de 60% des électeurs du dissident LaREM et de 89% de la liste officielle. Par ailleurs 59% des électeurs de la liste conduite par David Belliard sont favorables à une alliance au deuxième tour entre la liste pour laquelle ils s’apprêtent à voter et celle de Cédric Villani. 81% des électeurs de ce dernier se déclarent en faveur d’une telle coalition. Sur le plan qualitatif qui est aussi important que les données quantitatives 50% des électeurs estiment qu’Agnès Buzyn ferait une bonne maire de Paris, 48% l’estiment pour Rachida Dati, 47% pour la maire actuelle, 46% Cédric Villani et 43% pour David Belliard. 

 

Chute du secteur manufacturier en France 

 

Au chapitre économique il faut souligner qu’en dépit de l’épidémie de coronavirus, la croissance reste satisfaisante en Europe. Le secteur privé allemand a connu en février une expansion régulière, le ralentissement de la croissance de l'activité dans les services ayant été atténué par une amélioration dans l'industrie bien que l'épidémie de coronavirus puisse menacer les futures exportations. L'indice "flash" composite, qui combine l'activité des services et celle du secteur manufacturier, a reculé à 51,1 contre 51,2 pour le mois en cours alors que les analystes s'attendaient à une baisse plus marquée à 50,8. Le secteur des services a reculé à un plus bas de deux mois, à 53,3 contre 54,2 en janvier. Le secteur manufacturier a lui progressé à 47,8 contre 45,3 en janvier et un repli à 44,8 attendu mais il continue de refléter une contraction de l'activité des entreprises du secteur. De fait, l’industrie allemande a enregistré en février sa meilleure performance depuis janvier 2019. 

La croissance de l'activité du secteur privé en France a progressé plus que prévu en février, le rebond dans le secteur des services après la fin du mouvement de grève dans les transports ayant compensé le ralentissement dans le secteur manufacturier. L'indice PMI "flash" composite a avancé à 51,9, après 51,1 en janvier, montrent les premiers résultats de l'enquête mensuelle d'IHS Markit auprès des directeurs d'achats. Les économistes et analystes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne un chiffre de 51,0. Le PMI "flash" des services est revenu à 52,6, un chiffre bien supérieur au consensus à 51,3, après 51,0 le mois dernier. Celui du secteur manufacturier reculait à 49,7, un plus bas depuis juillet, après 51,1 en janvier. Il passe ainsi sous la barre de 50, séparant contraction et expansion. L'enquête PMI montre que les usines françaises ont vu les nouvelles commandes en provenance de l'étranger chuter au plus bas depuis mars 2019 et que les retards s'accumulaient alors que l'épidémie de coronavirus perturbe les chaînes d'approvisionnement du monde entier.

 

Le FMI prudent sur le coronavirus 

 

L'épidémie de coronavirus a déjà affecté la croissance économique en Chine et sa propagation à d'autres pays pourrait compromettre la reprise "très fragile" attendue pour cette année à l'échelle mondiale, a averti mercredi le Fonds monétaire international. Dans une note rédigée à l'attention des ministres des Finances et des banquiers centraux du G20 qui se réuniront ce week-end en Arabie saoudite, le FMI détaille une longue liste de risques susceptibles de freiner l'économie, parmi lesquels figurent le coronavirus, un regain de tension commerciale entre la Chine et les Etats-Unis ou encore des catastrophes naturelles liées à l'évolution du climat. L'institution basée à Washington maintient néanmoins à 3,3% (après 2,9% en 2019) sa prévision de croissance mondiale 2020, qu'il a réduite il y a tout juste un mois de 0,1 point de pourcentage par rapport à celle présentée en octobre. Mais le FMI explique que la reprise pourrait être remise en cause par une forte augmentation des primes de risque déclenchée par exemple par une nouvelle escalade des tensions commerciales ou une propagation accrue de l’épidémie. "Le coronavirus, une tragédie humaine, perturbe l'activité économique en Chine, la production ayant été interrompue et la mobilité limitée dans les régions touchées" ajoute-t-il. Des répercussions dans d'autres pays sont probables, par exemple par le biais du tourisme, des chaînes d'approvisionnement et des effets sur les prix des matières premières. Le FMI précise également que son scénario actuel s'appuie sur l'hypothèse d'un confinement rapide du virus et d'un rebond économique avant la fin de l'année mais reconnaît que l'épidémie pourrait être plus étendue et plus longue. "Une propagation plus large et plus longue ou une incertitude prolongée concernant la contagion pourraient amplifier les perturbations des chaînes d'approvisionnement et peser durablement sur la confiance, rendant l'impact global plus grave", admet-il dans sa note. Il appelle donc les Etats à maintenir des politiques budgétaires et monétaires accommodantes en soulignant que la faiblesse de l'inflation favorise ce maintien dans la plupart des économies. 

 

Pagaille à tous les étages chez Engie 

 

Cela n’a pas empêché les plus belles entreprises du CAC 40 de publier de très bons résultats au titre de l’année écoulée. Seul le groupe Axa a déçu les investisseurs avec une contre-performance de XL, l’acquisition faite par Thomas Buberl, dès son arrivée à la tête du groupe. Une acquisition qui avait été par ailleurs payée chèrement et difficilement refinancée par le leader français de l’assurance. On notera aussi les performances historiques de Schneider pourtant fortement présent en Chine. Ce qui a entraîné une vive hausse du titre. Belle opération de croissance externe pour ADP enfin qui est devenu cette semaine le leader mondial de la gestion des aéroports en achetant 49 % d’un grand groupe indien. 

Du côté d’Engie, c’est le désordre absolu avec un Jean-Pierre Clamadieu incapable de gérer l’après-Kocher. Comme les résultats du groupe pourraient être bien meilleurs que prévu, l’ancien patron de Rhodia veut les présenter seul aux analystes. Mais pour l’heure faute de transaction financière avec Isabelle Kocher, c’est toujours elle la seule habilitée à faire cet exercice. Par ailleurs en interne l’ambiance est délétère d’autant plus que Clamadieu veut pousser à la place d’Isabelle Kocher, la directrice financière, Julie Hartmann, détestée par tous les autres membres du comité éxécutif. Surtout l’intéressée n’a aucun carnet d’adresses à l’international. Or la représentation du groupe auprès des chefs d’état étrangers représente 50 % du job. Tout cela témoigne de l’amateurisme du duo Clamadieu-Mestrallet dans leur épopée revancharde.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Macron et l’escadrille des "emmerdes"

16/02/2020 - 06:50

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / La Macronie fait trébucher Macron

09/02/2020 - 06:50

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique /

Chronique / Les amateurs russes et le Griveaux-Gate

22/02/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Quelle dissuasion nucléaire face aux états-voyous ?

15/02/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Quelles surprises réserve la présidentielle américaine ?

08/02/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Quel avenir pour le Royaume-Uni après le Brexit ?

01/02/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / La Chine face à la mondialisation des virus

25/01/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Révolution de palais à Moscou

18/01/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Pourquoi l’escalade a pu être évitée autour de l’Iran

11/01/2020 - 09:30