Politique monétaire / Taux directeurs / liquidités / Banque
Politique monétaire
Taux directeurs / liquidités / Banque
Christine Lagarde n'a pas convaincu les marchés
La BCE n'aura pas donc pas cédé à la tentation de baisser les taux directeurs, à la différence de ses consœurs anglaise et américaine. Décision de la Fed et de la BoE, qui on l'a vu, du moins du côté des marchés américains, n'a pas du tout permis de calmer les craintes des investisseurs, quant à l'ampleur de l'impact du Covid-19 sur l'économie mondiale. Plus sage, Francfort a préféré opter pour des mesures ajustées de soutien aux banques et aux PME, estimant qu'elles auraient un impact plus efficace qu'une baisse de ses taux directeurs. "On ne détermine pas notre politique monétaire en fonction de ce que font les autres banques centrales", s'est défendue la présidente, après que la question lui a été posée.
Principal message de la présidente, qui a malgré tout échoué à convaincre les marchés européens : la BCE a fait sa part du travail pour assurer que la liquidité continuera d'être abondante et que des crédits seront encore accordés en zone euro, malgré l'épidémie qui paralyse l'économie mondiale. Aux autorités nationales désormais de prendre des mesures fiscales coordonnées pour éviter que l'économie de la zone euro ne s'effondre. "Une réponse fiscale ambitieuse et coordonnée devra absolument être mise en place pour soutenir les entreprises et les travailleurs les plus exposés", a ainsi affirmé la présidente en préambule de la conférence. "Tous les gouvernements doivent être sur le pont, toutes les institutions européennes doivent se rassembler pour mettre en place des mesures coordonnées", a martelé la présidente.
Qu'a donc fait la BCE de son côté pour soutenir l'économie ? Francfort a tout d'abord annoncé que la BCE accorderait des "conditions nettement plus favorables" aux banques lors des prochaines vagues de prêts qui seront opérées entre juin 2020 -quand une importante échéance d'un TLTRO plus ancien va arriver à échéance- et juin 2021. Ainsi, les banques qui prêteront assez d'argent dans l'économie pourront emprunter à la BCE à un taux jusqu'à 25 points de base inférieur à celui du taux de dépôt, maintenu jeudi à -0,50%. Résultat : les banques recourant au TLTRO seront de fait rémunérées par la BCE quand elles prêtent de l'argent. La BCE va par ailleurs lancer immédiatement un prêt géant non ciblé (LTRO) servant de "relais" en termes de liquidités apportées aux banques avant la prochaine vague de prêts ciblés en juin (TLTRO). Une mesure prise par précaution, la BCE ne percevant pas encore de "signes de pénurie de liquidités sur les marchés monétaires", a précisé la présidente de l'institution.
Enfin, Francfort a décidé qu'une nouvelle enveloppe de 120 milliards d'euros serait allouée aux achats de titres mensuels d'ici la fin de l'année dans le cadre de son programme d'achats de titre (QE). Rappelons que la BCE avait relancé ses achats de titres en septembre dernier, à hauteur de 20 milliards par mois. Cette fois-ci, la présidente a précisé qu'aucun montant mensuel n'avait été décidé, pour permettre à la BCE de dépenser l'enveloppe de façon appropriée en fonction de l'évolution de la pandémie. Les achats concerneront notamment les titres corporate, afin de soutenir les PME, particulièrement fragilisées par l'épidémie. Toutes ces mesures ont été décidées à l'unanimité a précisé la présidente, qui a ajouté qu'aucun gouverneur n'avait opté pour une baisse des taux.
"Elle est révolue l'époque où les experts de la BCE pouvaient disserter sur la forme de la broche que portait la présidente. La 'sage chouette' se retrouve soudainement confrontée avec un choc à plusieurs étages et de très grande ampleur : une combinaison sans précédent d'un choc d'offre et de demande, couplé à de fortes turbulences sur les marchés financiers et le risque que tous ces facteurs aient un impact négatif sur les marchés", résume ainsi Carsten Brzeski, économiste chez ING. Les prévisions macroéconomiques des équipes de la BCE devront d'ailleurs sans doute être revues à la baisse, a prévenu la présidente, puisque leurs estimations ont été réalisées avant que la vitesse de propagation du virus n'accélère, et que l'Italie toute entière soit confinée.
Ainsi la BCE table pour le moment sur une croissance de 0,8% cette année, puis de 1,3% et de 1,4% en 2021 et 2022. De même Francfort anticipe une inflation de 1,1%, 1,4% et 1,6% cette année et les deux suivantes. Mais tout comme pour les chiffres de croissance, ceux de l'inflation pourraient être revus à la hausse, ou à la baisse. Cela dépend des ruptures de stock liées au confinement (qui feront grimper l'indice des prix) et de l'évolution des prix du pétrole (qui s'est effondré de 25% en une semaine).
S'il est vrai qu'une baisse des taux n'aurait pas forcément eu d'impact sur les marchés et ni sur le retournement économique lié au virus, la BCE n'avait de toutes les façons plus beaucoup de munitions pour agir. Rappelons que son taux de dépôt est situé en territoire négatif (à-0,5%) et son taux refinancement à 0%, contrairement aux taux de la Fed et de la BoE. Ce qui explique que Francfort n'ait cette fois-ci pas sorti son bazooka. "Vu la réaction du marché, les mesures annoncées n'ont pas suffi à rassurer. Et nous ne saurons que dans plusieurs mois si elles ont oui ou non permis de soutenir l'économie réelle. Cela dépendra aussi des politiques fiscales mises en place par les gouvernements", conclut Carsten Brzeski.
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