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Politique monétaire / rendement / Italie / BCE

Politique monétaire
rendement / Italie / BCE

La politique monétaire n'est pas un dîner de gala

Hier, la présidente de la BCE a loupé son baptême du feu en prononçant quelques phrases fort maladroites, très mal interprétées par les marchés et certains gouvernements de la zone euro. Son économiste en chef a tenté ce matin de recoller les morceaux. Mais le mal est fait.
Christine Lagarde
BCE
Christine Lagarde BCE

La présidente de la BCE était attendue au tournant hier soir, pour sa troisième conférence de presse en tant que responsable de l'institution, mais sa première avec un réel enjeu de communication. En pleine pandémie de Covid-19, les marchés, comme les gouvernements, s'attendaient à un discours rassurant de la part de la présidente, assorti de dispositifs de politique monétaire à la mesure de la crise sanitaire en cours. Ils ont été déçus sur les deux tableaux.

Du point de vue des mesures tout d'abord, les investisseurs ont jugé que l'enveloppe de 120 milliards d'euros supplémentaires pour acheter des titres dans le cadre de son QE, ainsi que les facilités de refinancement des banques (avec notamment de nouvelles TLTRO) n'étaient pas suffisantes. Mais c'est surtout sur la forme que la présidente a totalement loupé son exercice. En expliquant d'abord qu'à la différence de Mario Draghi, la BCE ne ferait pas tout ce qui était en son pouvoir pour sauver la zone euro, elle a donné l'impression qu'elle abandonnait la partie et les États les plus affectés.

La phrase de trop

Seconde maladresse de la part de Christine Lagarde, sa petite phrase sur le fait que la banque des banques n'était pas là "pour réduire les écarts de taux" entre les pays. Mario Draghi en son époque aurait de manière plus habile déclaré que la stratégie monétaire de la BCE n'était pas destinée à un seul pays en particulier. Le commentaire de Christine Lagarde, lui, a tout bonnement entraîné un effondrement des obligations de l'Italie, pays le plus touché par la pandémie. Le rendement des titres italiens à dix ans a grimpé de 55 points de base jeudi soir, dans la foulée de la conférence de presse, sa plus forte hausse en une journée depuis la crise de 2011. Et le spread de taux Italie-Allemagne a grimpé de 67 points de base, un record historique.

Ce discours fut si peu adapté à la gravité de la situation qu'il a immédiatement suscité des commentaires et des reproches de la part de grands responsables politiques européens. "Mario Draghi nous manque", a tweeté l'ancien président du Parlement européen Antonio Tajani, aujourd'hui membre de l'opposition en Italie. "Lagarde s'est révélée inadaptée à la gravité de la situation d'urgence du coronavirus", a ajouté, amer le responsable politique. Au sein même de l'institution, les critiques ont fusé : un responsable de la BCE, qui n'a pas souhaité donner son nom, a déclaré à Reuters que ce type de gaffe de la part de la présidente démontrait que la présidente avait avant tout une expérience d'avocate, et non de banquière centrale. "Nous savions que cela finirait par arriver", a déclaré la responsable à Reuters sous couvert d'anonymat. "C'est complètement différent que de discuter du changement climatique ou de l'équilibre entre les sexes. Les plus petites nuances comptent ici. Il est important de dire la bonne chose au bon moment".

Les responsables politiques italiens n'ont quant à eux pas caché leur mécontentement à l'égard de la présidente. "Je me bornerai à qualifier ses propos 'd'accidents' car je suis un ministre de la République, sinon j'aurais utilisé un autre mot", a déclaré le ministre du développement économique Stefano Patuanelli, en réagissant aux déclarations de Mme Lagade lors d'une émission sur la chaîne de télévision Rete4. "La présidente Lagarde a objectivement commis une erreur", a jugé l'ancien président du Conseil Matteo Renzi, selon des propos rapportés par l'agence AGI. "J'espère que ce n'est qu'une erreur de communication, pas un changement de doctrine par rapport à la direction Draghi".

Philip Lane au secours de Christine Lagarde

Face à cette horde de critiques, et surtout face à la réaction des marchés boursiers et obligataires, l'économiste en chef de la BCE, Philip Lane, a tenté ce matin de recoller les morceaux, en publiant un article sur le blog de la BCE. L'économiste a tout d'abord rappelé la gravité de la situation. Il a ensuite détaillé point par point les mesures annoncées par sa présidente hier. Surtout, il a indiqué qu'une baisse des taux était possible dans le futur. "Il devrait également être clair que, bien que le taux de la facilité de dépôt (le principal taux directeur à court terme) ait été maintenu hier à sa valeur actuelle de -0,50%, le conseil des gouverneurs conserve la possibilité de réduire le taux directeur à l'avenir, si un resserrement des conditions financières ou une menace pour notre objectif d'inflation à moyen terme le justifiait", peut-on y lire. Il a cependant justifié la décision d'hier de ne pas le modifier par le fait que son scénario de base est celui d'un "choc majeur ", mais "temporaire ".

Malgré les efforts de l'économiste en chef et du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, qui a également tenté ce matin de rassurer quant mesures annoncées par la BCE, le mal est fait. La présidente de la BCE a malheureusement démontré qu'elle n'avait sans doute pas la carrure pour mener la politique monétaire d'une zone de plus de 340 millions d'habitants et de plus de 13.000 milliards d'euros de PIB.

 

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