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Les banques européennes n'ont pas resserré leurs robinets, malgré la crise
L'épidémie de Covid-19 actuelle, qui devrait entraîner la pire récession que le monde ait connue depuis la crise de 1929, est fort différente des précédents épisodes d'effondrement économique, notamment parce que les institutions financières sont cette fois-ci mieux armées pour l'affronter. Ce dont témoigne l'enquête sur les conditions d'octroi de crédit dévoilée ce matin par la BCE. Comme tous les trimestres, Francfort a ainsi interrogé un panel de 144 banques entre le 19 mars et le 3 avril, soit en pleine période de confinement du Vieux Continent, et ces dernières ont répondu à 99 %. Des chiffres représentatifs de l'état d'esprit des prêteuses de la zone euro, qui ont visiblement bien encaissé le choc jusqu'à présent, si l'on en croit leurs réponses.
Ainsi, seules 4 % d'entre elles ont indiqué avoir resserré leurs normes de crédit aux entreprises (définies comme les directives et critères internes des banques pour approuver un prêt), contre 1 % au dernier trimestre 2019. Une proportion très faible si l'on compare ces résultats aux enquêtes réalisées au moment de la crise financière de 2008 et celle de la dette en 2012 : à l'époque elles avaient été respectivement 60 % et 30 % à répondre qu'elles avaient resserré leurs conditions d'octroi de crédit. "Les résultats actuels démontrent l'efficacité des mesures mises en place pour les soutenir, mais aussi la plus grande solidité des banques et de leurs ratios de capital", ont commenté les équipes de la BCE.
Sans surprise, les banques ont justifié le léger durcissement de leurs normes de prêts par le contexte économique général et le risque de crédit supplémentaire que les perspectives des prochains mois représentent pour les entreprises. Les données disponibles pour les quatre principaux pays de la zone euro soulignent par ailleurs que les institutions financières de l'Allemagne et l'Italie ont durci leurs standards de crédit aux entreprises, à la différence des banques françaises, qui les ont au contraire assouplies.
À noter que les banques ont été un peu plus regardantes pour les crédits à la consommation et crédits habitation accordés aux particuliers, puisque 9% d'entre elles ont déclaré avoir resserré leurs standards d'octroi de prêts dans le premier cas et 10% d'entre elles dans le second cas, contre respectivement 1% et 3% au dernier trimestre de l'an dernier. Un durcissement lié à la dégradation de la situation économique des ménages, qui devrait se poursuivre au deuxième trimestre selon les banques, en raison de la hausse du chômage et des diminutions de revenus qui en résulteront au sein des ménages.
Du point de vue des demandes de prêts cette fois, elles ont explosé, d'après les réponses des banques européennes. 26 % d'entre elles ont déclaré que les dossiers de demande avaient augmenté, contre -7 % le trimestre précédent. C'est la conséquence directe des besoins de liquidités supplémentaires des entreprises, confrontées aux effets du confinement. "Principal facteur ayant fait grimper les demandes de prêts des entreprises au cours du premier trimestre : pourvoir aux besoins de financement de leurs stocks et de leurs fonds de roulement. En revanche, les besoins de financement des investissements et des fusions et acquisitions ont diminué en termes nets, en raison de la forte incertitude quant à l'impact de la pandémie de coronavirus", expliquent les rapporteurs de l’enquête. Ces demandes devraient encore s'accroître au deuxième trimestre, selon 77 % des institutions financières interrogées, ce qui constitue le plus haut niveau depuis que cette enquête a été lancée, en 2003. C'est par ailleurs en France et en Allemagne que les demandes de prêts ont le plus progressé (-2 % à 35 % dans l'Hexagone, et 6 % à 40 % outre-Rhin).
Une partie de l'enquête a concerné les mesures instaurées par la BCE depuis l'épidémie, ainsi que les instruments de type LTRO et taux de dépôts négatifs préexistants à la crise. Les réponses sont assez claires sur le premier sujet : le programme d'achats d'urgence et toutes les mesures instaurées depuis que l'épidémie a gagné le Vieux Continent ont largement soulagé les banques. Celles-ci ont indiqué que ces mesures avaient eu un impact positif sur leurs conditions de liquidité et de financement sur les marchés. En revanche, malgré l'instauration d'un système de tiering -depuis le 30 octobre une partie de l’excédent de liquidité n’est pas soumise au taux négatif de la facilité de dépôt- les banques ont majoritairement répondu que le taux négatif de la BCE affectait leur rentabilité. Enfin de nombreuses institutions financières ont répondu qu'elles participeraient aux prochains TLTRO, par précaution, afin de s'assurer qu'elles disposeront de suffisamment de liquidités au moment de la récession.
"Cette enquête souligne que les mesures mises en place par la BCE ont clairement eu l'effet voulu sur les banques en empêchant un resserrement du crédit en zone euro", commente Bert Colijn, senior économiste chez ING. "Toute la question sera désormais de savoir si ces mesures suffiront à combattre la future récession", poursuit-il. À ce titre, la réunion de politique monétaire de la BCE ce jeudi devrait permettre de connaître les projets de Francfort à plus long terme.
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