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Yves de Kerdrel
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Macron veut changer de premier ministre avant le 1er juillet
par Yves de Kerdrel
C’est désormais décidé dans la tête du Chef de l’État. Pour incarner un Acte III, il doit se débarrasser d’Édouard Philippe, qui a capté toute la lumière pendant la crise sanitaire qu’il a très bien gérée. Les élections municipales du 28 juin serviront donc de prétexte à un changement de gouvernement. Avec à Matignon un expert plutôt qu’un politique, de manière à ne plus faire d’ombre à l’Élysée.
Après de multiples tergiversations et après avoir passé en revue toutes les solutions possibles, Emmanuel Macron a finalement arrêté sa décision. Il n’y aura pas de dissolution, bien trop dangereuse, compte tenu des piètres résultats des députés marcheurs et de la fronde qui s’installe chez eux. Il n’y aura pas davantage de référendum. Car la constitution impose de poser une question très précise de manière que cela ne soit pas un plébiscite. Mais chacun sait bien qu’en France, les électeurs ne répondent jamais à la question posée. Mais il faut qu’il se produise un évènement politique fort qui permette de faire oublier tout le programme présidentiel de 2017 et redonne de la légitimité au Chef de l’État.
Avec ses conseillers politiques, notamment le député européen Stéphane Séjourné, Philippe Grangeon, rocardien de la première heure, tendance CFDT, ou Jean-Marc Borello, le patron du groupe SOS, Emmanuel Macron a donc décidé mardi dernier que le second tour des municipales serait l’évènement qui lui permettrait d’acter le départ d’Édouard Philippe. D’autant plus que les résultats du parti présidentiel et de sa majorité à cette élection risquent d’être très mauvais. Le Chef de l’État fera porter le chapeau de cette défaite annoncée au locataire de Matignon qui sera prié de remettre sa démission et celle de l’ensemble du gouvernement le lundi 29 juin au matin. Informé de ces manœuvres Édouard Philippe entend faire bonne figure jusqu’au bout, d’autant que sa popularité est au zénith. Il a donc fait passer une circulaire à ses collaborateurs de Matignon leur interdisant de quitter leur poste de conseiller technique jusqu’à nouvel ordre.
Les municipales comme prétexte pour changer le gouvernement
Selon nos informations, le chef de l’État a acquis la certitude, que le second tour des municipales devait se dérouler le dernier week-end de juin après le rapport du conseil scientifique rendu public le matin même. Et surtout, ce sont les trois heures d'échanges en visioconférence en fin de journée avec une vingtaine de maires de grandes villes et de présidents d'associations de collectivités locales qui l'ont définitivement convaincu. Le président de la République a ensuite rejoint pour le dîner ces parlementaires proches. Participaient également à cette réunion, le Premier ministre, Édouard Philippe, les locataires de Bercy, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, le président du groupe LREM, Gilles le Gendre, François Bayrou, ou encore le patron du groupe MoDem à l'Assemblée, Patrick Mignola.
Naturellement le patron du Modem, qui n’a pas servi à grand-chose depuis 2017, à part faire élire Emmanuel Macron en lui apportant son soutien et son capital de 4 à 5 % de voix entend bien profiter de ce moment stratégique pour participer au choix du futur chef du gouvernement. François Bayrou alterne donc entre des déclarations dans les médias où il apporte son soutien au président et des prises de position à contre-courant de la doctrine gouvernementale. Allié de la première heure d'Emmanuel Macron, l'ancien ministre veut être un faiseur de rois. D’autant qu’il a désormais le pouvoir de peser davantage sur la vie parlementaire, en tant que président du MoDem. La création d'un neuvième groupe à l'Assemblée a redistribué les forces au sein de l’hémicycle. Baptisé "Écologie Démocratie Solidarité", ce nouveau groupe est "indépendant", "ni dans la majorité, ni dans l'opposition". Mais ses membres sont principalement issus de La République En Marche.
L’hypothèse Michel Barnier à Matignon
Il reste qu’Emmanuel Macron n’en fera qu’à sa tête. Comme bien souvent en n’écoutant que lui. Il a mesuré à quel point dans une situation de crise comme celle que la France venait de vivre, une dyarchie à la tête de l’exécutif ne convenait pas. Car les Français entendaient être guidés et rassurés par une seule personne. Et c’est Édouard Philippe qui a parfaitement joué ce rôle-là. Ce qui lui vaut aujourd’hui d’être encensé par tous, y compris par Jean-Luc Mélenchon. Et comme la crise sanitaire va maintenant déboucher sur une terrible crise économique et une possible crise européenne Emmanuel Macron ne veut pas d’un politique pour remplacer Édouard Philippe. Il cherche un expert, une personnalité issue de la Commission Européenne voire un haut fonctionnaire. Avec deux obligations : être loyal et ne pas avoir d’ambition présidentielle pour 2022.
Son banc de touche étant très limité, et après avoir fait le vide parmi les technos qui le conseillaient le choix s’avère compliqué. Mais selon plusieurs sources, il aurait déjà contacté à trois reprises Michel Barnier et l’a fait appeler par Alain Minc. Depuis le mois d’octobre dernier l’ancien ministre a été nommé pour un an à la fonction de représentant de l'Union Européenne chargé de la future relation avec le Royaume-Uni. Un poste où il peut être remplacé facilement. D’autant plus que les Britanniques ont, plusieurs fois, demandé un autre interlocuteur que lui. Ses relations avec Emmanuel Macron ont été très bonnes et puis se sont ternies au cours de l’été dernier, car il espérait devenir commissaire européen, voire davantage. Mais les Allemands s’y sont opposés et le Chef de l’État a préféré jouer la carte Ursula Von der Leyen à la Commission, afin que Christine Lagarde obtienne la BCE.
Un titre de Ministre d’État pour Le Maire
Michel Barnier, qui, selon nos informations a encore réservé sa réponse, répond parfaitement au cahier des charges fixé par le Chef de l’État. Âgé de 69 ans, il ne peut apparaître comme un concurrent. Il n’est pas énarque mais élu de terrain en Savoie après avoir fait Sup de Co Paris. Il a été plusieurs fois ministre et notamment Ministre des Affaires Étrangères de Jean-Pierre Raffarin. Il est toujours membre des Républicains mais largement macron-compatible. Et ce n’est pas une méchanceté de dire qu’il est franchement dépourvu de charisme. En revanche sa connaissance ses rouages Bruxellois sera utile à Emmanuel Macron au moment où ce dernier est engagé dans une initiative européenne avec Angela Merkel, et surtout au moment où cette dernière s’apprête à prendre la Présidence pour six mois de l’Union Européenne.
Si Emmanuel Macron parvient à le convaincre, il pourrait être nommé à la tête d’un nouveau gouvernement dès le 29 juin. À l’Élysée on travaille déjà à des vastes changements de postes. Si Bruno Le Maire sera évidemment maintenu à Bercy, il pourrait devenir Ministre d’État, compte tenu du rôle majeur qu’il aura à jouer dans la crise économique à venir. Jean-Yves Le Drian, qui se serait bien vu succéder à Édouard Philippe pourrait obtenir le même lot de consolation. En revanche Muriel Pénicaud, dont les maladresses ont gêné la gestion du déconfinement pourrait être débarquée, de même que Jean-Michel Blanquer, jugé trop proche d’un François Baroin toujours présidentiable pour 2022, et surtout Christophe Castaner qui a fait la preuve de son impéritie dans la gestion de crise. On parle donc à nouveau de son remplacement par Frédéric Péchenard, l’ancien patron de la Police Nationale sous Nicolas Sarkozy. De la sorte Emmanuel Macron pourrait aboutir à un gouvernement de quasi-union nationale. Car il n’ignore pas que 71 % des Français y sont favorables et notamment 84 % des sympathisants Républicains.
La tentation du Havre… ou celle de la Rue Cambon
Ensuite il lui restera à faire basculer la France dans l’Acte III. Ce sera sans doute l’occasion d’un grand rassemblement des parlementaires en Congrès à Versailles à condition que les consignes de distanciation physique le permettent. Emmanuel Macron avait promis d’y faire une sorte de discours sur l’État du Pays tous les ans. Le premier, écrit par Sylvain Fort, en juillet 2017, et jugé incompréhensible a été raté. Le second en juillet 2018, est passé complètement à côté de la problématique du pouvoir d’achat et a débouché trois mois plus tard sur le mouvement des Gilets Jaunes. De fait l’an passé il n’y en a pas eu. Ce calendrier permettrait de ne pas confondre les changements politiques avec le défilé militaire du 14 juillet au cours duquel un hommage sera largement rendu aux soignants.
Toute la question ensuite pour Emmanuel Macron est de savoir quoi faire d’Édouard Philippe. Il est très difficile de se débarrasser d’un Premier Ministre très populaire, qui sera sans soute amené à s’exprimer. Soit il est élu Maire du Havre, et il est fort possible qu’il retourne sur son Aventin Havrais de manière à préparer tranquillement avec ses réseaux l’élection présidentielle de 2027 pour laquelle il a une longueur d’avance sur tous les autres. Soit il perd la municipale du Havre, et le Chef de l’État aurait prévu de lui proposer la présidence de la Cour des Comptes, poste jadis occupé par Philippe Séguin, et vacante depuis janvier dernier. Le problème c’est qu’Édouard Philippe appartient au Corps du Conseil d’État davantage qu’à la Maison de la Rue Cambon. Par ailleurs, c’est un poste qui impose un devoir de réserve. Ce qui peut être un piège pour quelqu’un qui a beaucoup de choses à dire.
38 millions de chômeurs aux USA en deux mois
Au chapitre économique, il faut souligner – désormais comme chaque semaine – l’inexorable montée du nombre de chômeurs américains. Si les inscriptions hebdomadaires ont diminué la semaine dernière, elles restent à un niveau extrêmement élevé. Les demandes d'allocations-chômage lors de la semaine au 16 mai ont reculé à 2 438 000 contre 2 687 000 (révisé) la semaine précédente, a annoncé jeudi le département du Travail. Les économistes attendaient en moyenne 2,4 millions inscriptions au chômage. Cette statistique, la plus récente sur l'état de santé de l'économie américaine, pourrait fournir des premières indications sur le rythme des embauches à mesure que de plus en plus d'entreprises reprennent leurs activités et sur le succès du dispositif gouvernemental d'aide aux petites et moyennes entreprises.
Les mesures de confinement adoptées à partir de la mi-mars pour contenir la pandémie ont entraîné en avril la plus forte chute du nombre d'emplois depuis la Grande Dépression. On compte désormais 38 millions de chômeurs depuis la mi-mars. Si les inscriptions hebdomadaires au chômage restent à un niveau considérable, elles diminuent progressivement depuis le record de 6,867 millions atteint lors de la semaine au 28 mars. La moyenne mobile sur quatre semaines a baissé pour s'établir à 3 042 000 contre 3 543 000 (révisé) la semaine précédente. Le nombre de personnes percevant régulièrement des indemnités s'est élevé à 25,073 millions lors de la semaine au 9 mai (dernière semaine pour laquelle ces chiffres sont disponibles) contre 22,548 millions la semaine précédente.
Repli marqué du secteur privé
De ce côté-ci de l’Atlantique, le repli de l'activité du secteur privé en France, qui avait touché un plus bas historique en avril, a été moins marqué en mai, selon un indicateur publié jeudi par le cabinet IHS Markit. L'indice flash composite de Markit (activité manufacturière et services) est remonté à 30,5 en mai, contre 11,1 en avril, les premières mesures de déconfinement ayant permis à certaines entreprises de reprendre leurs activités. Il s'agit d'un plus haut de trois mois. Rappelons qu'un chiffre en dessous de 50 indique une contraction de l'activité. Dans le détail, l’Indice Flash de l’activité de services en France s’est redressé à 29,4 (10,2 en avril), un plus haut de trois mois tandis que l’Indice Flash de la production manufacturière s’est redressé à 35,3 (15,1 en avril), un plus haut de deux mois. Enfin, l’Indice PMI Flash de l’industrie manufacturière s’est redressé à 40,3 (31,5 en avril), plus haut de deux mois.
Toutefois, malgré la réouverture de certains établissements, l’activité du secteur privé français dans son ensemble, qui affichait déjà un niveau très bas en avril, a de nouveau enregistré un repli marqué. Le fort taux de contraction enregistré au premier trimestre 2020 après seulement deux semaines de confinement en mars laisse anticiper, au vu des dernières données de l’enquête, une baisse colossale de l’activité économique française au deuxième trimestre. Markit note en outre que la baisse renouvelée de la demande a conduit les entreprises du secteur privé français à réduire de nouveau leurs effectifs en mai, notamment dans le secteur manufacturier. Les entreprises continuent de réduire leurs effectifs dans un contexte toujours aussi incertain, soulignant ainsi les difficultés auxquelles les économies nationales devront faire face alors qu’elles tentent de se relever de la crise.
La France aussi bien que la zone Euro
Enfin, la perspective d'une récession mondiale prolongée a de nouveau pesé sur le moral des entreprises, a pointé l'institut. Les répondants sont toutefois un peu moins pessimistes qu'en avril, certains indiquant espérer une reprise progressive de leur activité à la levée des mesures de confinement. La France fait en tout cas aussi bien que la zone euro. L'indice composite de Markit pour mai se fixe également à 30,5 après 13,6 points en avril, ce qui constituait alors la plus forte contraction de l'activité jamais enregistrée par le cabinet. Si l'activité globale du secteur privé de la zone euro s'est de nouveau très fortement repliée en mai, la crise économique pourrait avoir atteint son point le plus bas en avril. Les gouvernements maintiendront probablement un certain nombre de restrictions en attendant la découverte d'un vaccin ou d'un traitement efficace contre le coronavirus, ce qui engendrera une demande toujours faible. De quoi anticiper une chute du PIB de près de 9 % en 2020 et laisser craindre estime que tout retour au niveau d'avant crise prendra plusieurs années.
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