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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Président cherche Premier Ministre
par Yves de Kerdrel

Alors que la France se déconfine plus vite et mieux que prévu, la réalité de l’après-crise sanitaire se fait encore plus visible. Avec des inscriptions historiques au chômage. Avec une multiplication des dépôts de bilan. Avec le retour de l’ancien monde dans la préparation du second tour des municipales. Et avec une crise politique qui s’amplifie au sommet de l’état.

31/05/2020 - 06:30 Temps Lecture 17 mn.

Le Premier Ministre a gagné son pari. Alors que le 7 mai dernier il était très tendu en annonçant les modalités des premières étapes du plan de dé-confinement préparé par Jean Castex, craignant les signes du retour de l’épidémie comme cela s’était passé dans certains landers allemands, il semblait plus serein jeudi dernier en annonçant la deuxième étape de ce plan. Qui sera suivie par une troisième et dernière étape sans doute le lundi 22 juin prochain. Si le virus est toujours présent, il circule très peu. Et on ne le retrouve que dans certains clusters très isolés. Ce qui permet d’éviter très vite qu’il se répande. Par ailleurs le Ministre de la Santé a confirmé jeudi dernier que la hausse des températures donnait moins d’armes au virus. Avec pour contrepartie, c’est qu’il faut s’attendre à un possible rebond des cas de coronavirus à l’automne prochain.

Cette situation sanitaire bien meilleure que ce que l’exécutif pouvait espérer il y a trois semaines a permis de faire sauter la barrière des 100 kilomètres, de rouvrir les collèges, de rouvrir les terrasses des cafés à Paris et même leur intérieur dans le reste de la France et d’inciter une fois encore les entreprises à reprendre une vie normale. Pendant plusieurs semaines on a vécu au sein du gouvernement un affrontement entre "les sanitaires" représentés par Édouard Philippe, Jean-Michel Blanquer ou Olivier Véran et les "productivistes" incarnés par Bruno Le Maire, Muriel Pénicaud et le Chef de l’État. Finalement tous se sont retrouvés jeudi sur le plan de dé-confinement qui va pouvoir redonner un peu d’air aux derniers commerces encore fermés : les cafés, hôtels et restaurants.

 

Des municipales perdantes pour les marcheurs

 

Tout cela va permettre au second tour des élections municipales de se tenir dans les meilleures conditions possibles. Même si l’exécutif redoute un taux d’abstention plus élevé encore qu’au premier tour à cause de la peur de la contamination et de la date (le 28 juin) qui aura vu beaucoup de français prendre leurs quartiers d’été. C’est pour cette raison que les députés MoDem ont préparé une proposition de loi pour rétablir le vote par correspondance, abandonné en 1975, à l'occasion des élections municipales, selon un texte que nous avons pu consulter. Réclamé par de nombreux élus pour réduire le risque d'une abstention record, le rétablissement du vote par correspondance a été au cœur de discussions, mercredi au ministère de l'Intérieur, avec des représentants de partis et d'associations d'élus. Le ministre Christophe Castaner s’est montré très réservé sur ce point, d'après des élus ayant participé à la réunion, même si selon son entourage "la porte n'est pas fermée". Il souhaite, en tout cas, faciliter les procurations pour le second tour.

Dans la perspective de ce second tour les petits arrangements du "monde d’avant" ont repris comme si rien ne s’était passé. Après un moment de suspense, durant lequel elle était totalement injoignable, Agnès Buzyn a confirmé qu’elle serait candidate et a reconnu, dans une interview, que le mot "mascarade" utilisé par elle pour qualifier la manière dont s’était tenu le premier tour était exagéré. Cependant elle peine à remobiliser ses troupes face à une Anne Hidalgo présente sur tous les terrains et qui aurait entamé des discussions avec Cédric Villani, un député encore très proche du Chef de l’État il y a peu de temps. Autre retournement spectaculaire, celui intervenu à Lyon avec le soutien apporté par Gérard Collomb au candidat LR à la Métropole, où il était en mauvaise posture, en échange d’un soutien des Républicains au candidat de Gérard Collomb à la mairie, Yann Cucherat. Si bien que le parti présidentiel pourrait ne remporter ni Paris ni Lyon ni Marseille. Alors que c’était son ambition initiale.

Dans ces conditions, Emmanuel Macron aura beau jeu de demander dès le 29 juin la démission de son Premier Ministre, dont il détient un exemplaire en blanc dans son coffre de l’Élysée, comme c’est l’usage. Interrogé récemment sur l’élection municipale, Édouard Philippe n’a pas caché qu’il serait très heureux de retrouver sa Mairie du Havre. Comme s’il s’inscrivait déjà dans cette perspective d’un départ forcé. Même si auprès de ses proches il continue d’affirmer qu’il espère que le Chef de l’État changera d’avis. Car son désir est de rester à Matignon où tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il "fait le job". Même si lui comme tous ses collaborateurs ont été épuisés par les dernières semaines de crise. Et qu’il faudra beaucoup d’énergie pour trouver des solutions à la récession majeure qui frappe déjà la France.

 

La crise politique enfle chaque jour

 

Il se murmure que lors de la cérémonie du 8 mai, Nicolas Sarkozy, remonté du Cap Nègre pour l’occasion, avait murmuré à Emmanuel Macron "Il est temps de renverser la table". Beaucoup s’interrogent depuis sur le sens de cette phrase. Certains estiment qu’il s’agit d’une offre de service de la part de l’ancien Président de la République qui se verrait bien "Premier Ministre de crise" avec l’avantage d’avoir une forte popularité et de ne pas avoir d’ambition présidentielle. Ce qui serait un deuxième cas dans l’histoire de France après Poincaré qui a été Président du Conseil après avoir été Chef de l’État. Michel Barnier continue de recevoir des appels de l’Élysée et a réservé sa réponse, même si beaucoup de ses proches l’encouragent. Et Jean-Pierre Raffarin, qui s’est toujours posé en champion de l’Union Nationale tente de vendre à Emmanuel Macron l’idée qu’il est le seul capable de la faire. Mais François Bayrou s’opposerait à sa candidature.

Autant dire que la crise politique couve toujours au sommet de l’état. D’autant plus que l’Élysée a très mal pris la création d’un nouveau groupe parlementaire, le dixième, Agir Ensemble, composé de centristes et de marcheurs de droite. Ils ont tous la particularité d’être des fervents supporters du Premier Ministre. Emmanuel Macron qui continue à recevoir certains députés par petits groupes, a très mal vécu cette initiative, qui continue à amoindrir le nombre de députés du parti présidentiel. Par ailleurs il commence à redouter qu’une fois remercié, et retiré sur son Aventin du Havre, Édouard Philippe devienne le meilleur candidat possible pour 2022 face à un Emmanuel Macron qui va sortir très abîmé de la crise économique qui s’annonce. Quant au chantage exercé par Gérald Darmanin, "vous me nommez à Matignon ou je pars à Tourcoing", il n’a pas impressionné grand monde. Et les candidats ne manquent pas pour aller au Budget, à commencer par Olivier Dussopt qui en rêve.

 

Vers une récession de 10 % dans l’hexagone

 

La crise sanitaire étant quasiment terminée, la France entre donc de plain-pied dans la crise politique et dans la crise économique. Selon l’Insee, l'économie française tournerait à environ quatre cinquièmes de son niveau d'avant crise, contre deux tiers pendant le confinement. Avec la réouverture de la plupart des commerces et le retour au travail de nombreux Français, tous les secteurs ont vu leurs niveaux d'activité se redresser par rapport à la période du confinement. Dans les branches marchandes, les plus touchées par le confinement, la perte d'activité est de -25 % contre -39 % avant le dé-confinement. Elle est de -38 % dans la construction (contre -75 % avant le 11 mai) et de -24 % dans l'industrie (contre -38 %). Si l'activité est repartie prudemment mais nettement, le produit intérieur brut devrait quand même chuter d'environ 20 % au deuxième trimestre, et de plus de 8 % sur l'ensemble de l'année dans un scénario optimiste, a indiqué mercredi l'Insee.

L'activité économique en juin pourrait être de l'ordre de 14 % inférieure à la normale (après -25 % en moyenne en mai et -35 % en moyenne en avril), estime l'Insee, laissant augurer une chute du PIB d'environ 20 % sur le deuxième trimestre, après le recul de 5,8 % enregistré au premier. Il s'agirait de la plus importante récession depuis la création des comptes nationaux en 1948, précise l'institut, qui souligne que cette prévision doit être prise avec précaution, étant donné l'incertitude du rythme de reprise dans les semaines qui viennent. Un retour à la normale prendra vraisemblablement de longs mois, et même si l'activité revenait à son niveau d'avant-crise dès juillet, le PIB français diminuerait de 8 % sur l'année 2020. Mais pas un économiste ne prend ce chiffre au sérieux et désormais l’hypothèse la plus crédible pour cette année est une récession de 10 %.

 

Un chômage record en France

 

C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Macron, qui entend de plus en plus gouverner seul, a installé vendredi un conseil d’économistes qui lui seront directement rattachés. Présidé par deux grands économistes français, le Prix Nobel 2014 Jean Tirole, et l’ancien chef économiste du FMI Olivier Blanchard, ce cénacle va devoir se mettre rapidement au travail. Il rendra un rapport à la fin de l’année et quelques travaux intermédiaires entre-temps. Même si l’objectif de cet aréopage est de réfléchir sur le long terme, les travaux prendront bien sûr en compte le contexte de crise. Ils ont vocation à éclairer la décision publique à partir de l’automne prochain

En plus des deux rapporteurs, la commission compte 24 autres économistes académiques européens et américains. Tous ont été choisis par Jean Tirole et Olivier Blanchard, précise l’Élysée. Parmi ces experts figurent quelques stars américaines comme Lawrence Summers ou Paul Krugman, mais aussi de nombreux Français tels Christian Gollier, Stefanie Stantcheva, Philippe Aghion, Laurence Boone, Daniel Cohen, Emmanuel Farhi, Thomas Philippon ou encore Jean Pisani-Ferry. La commission sera aussi l’occasion pour l’Élysée de tenter d’inciter ceux qui enseignent à l’étranger de revenir sur le territoire.

La première douche glacée de la récession est tombée en fin de semaine avec un nombre de chômeurs qui a enregistré une hausse exceptionnelle sur un mois en avril (+843 000, soit +22,6 %) mais qui s'explique aux trois quarts par le transfert, du fait du confinement, de demandeurs d'emploi précédemment inscrits en activité réduite (B et C), a annoncé Pôle emploi jeudi. Au total, l'effectif des catégories A, B et C ne s'accroît que de 209 300, soit +3,6 %, ce qui constitue néanmoins la plus forte hausse mensuelle jamais enregistrée depuis la création de ces statistiques en 1996 et il franchit pour la première fois la barre des six millions à 6,064 millions. En conséquence, après une hausse déjà historique de 7,1 % le mois précédent, le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A a augmenté de 22,6 % pour s'établir à 4,575 millions, un nouveau record.

 

La BCE prépare sa riposte

 

De leur côté, les États-Unis ont encore enregistré plus de deux millions de nouveaux chômeurs la semaine dernière, pour la dixième semaine consécutive, en raison de la fermeture de larges pans de l'activité dans le cadre des mesures destinées à lutter contre la pandémie de coronavirus. Le nombre des inscriptions au chômage a atteint 2,123 millions lors de la semaine au 23 mai, un chiffre conforme aux prévisions des économistes. Au total, les États-Unis ont enregistré plus de 40,5 millions de nouvelles demandes d'allocations-chômage depuis la mi-mars. Ce chômage de masse, désormais comparable à celui de la grande dépression de 1929, devrait continuer à s’amplifier. Certains économistes américains s’attendent même à une seconde vague de licenciements dans le secteur privé, parallèlement à une accentuation de la réduction des emplois dans le secteur public. Si tel était le cas les États-Unis seraient confrontés à une période prolongée de chômage extrêmement élevé, ce qui ralentirait le rythme et la durée de la reprise de l'économie.

Dans ce contexte peu favorable, la Banque centrale européenne est en train d'élaborer des procédures qui lui permettraient de poursuivre la mise en œuvre de ses programmes d'achats d'actifs sur les marchés sans la Bundesbank au cas où la cour constitutionnelle allemande obligeait cette dernière à se retirer de ce dispositif. Dans le pire des cas, la BCE lancerait une procédure judiciaire sans précédent contre la Bundesbank, son premier actionnaire, pour l'obliger à participer de nouveau aux programmes. La cour constitutionnelle allemande a donné jusqu'à début août à l'institution dirigée par Christine Lagarde pour justifier ses achats massifs d'obligations d'État, faute de quoi la Bundesbank devrait cesser de participer à ces opérations, alors qu'elle assume en théorie plus d'un quart des achats globaux de l'Eurosystème. Néanmoins, les équipes de la BCE et celles des banques centrales nationales se préparent à un scénario dans lequel la cour allemande interdirait bel et bien à la Bundesbank de prendre part aux achats. Dans ce cas, la BCE ou (ce qui est moins probable) les autres banques centrales nationales assumeraient les quotas d'achats de la Buba dans le cadre du Public Sector Purchase Programme (PSPP), et achèteraient donc des obligations allemandes.

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