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Macron veut reprendre la main
par Yves de Kerdrel

À deux semaines des élections municipales le Chef de l’État a choisi d’intervenir ce soir à la télévision. Il entend tordre le bras de son Premier Ministre en accélérant le dé-confinement, en relâchant tous les freins qui pèsent sur l’économie et en calmant le débat sur les violences policières et sur le racisme. En attendant un nouveau discours sur « la France d’Après » avant le 14 juillet.

14/06/2020 - 06:30 Temps Lecture 16 mn.

De toutes ses consultations avec des chefs d’entreprise, avec les patrons de think-tank, avec les partenaires sociaux et même avec son comité scientifique, Emmanuel Macron a retenu que le plan de dé-confinement mis en place en trois étapes, le 11 mai, le 2 juin et le 22 juin, était beaucoup trop long et reposait sur une prudence excessive dictée par Matignon. Cela fait déjà plusieurs jours que le Chef de l’État et le Premier Ministre s’opposent sur ce rythme et ces excès de précaution. D’où l’interview surprenante du Professeur Delfraissy, dimanche dernier dans le JDD, revenant même sur l’idée du "confinement". D’où surtout le départ en catimini de Jean Castex, pourtant intronisé il y a deux mois "ministre du dé-confinement" et qui a vu tous ses plans remis en cause par l’Élysée. L’ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée sous Sarkozy est retourné s’occuper des Jeux Olympiques sans la moindre communication officielle, et avec un silence gêné de Matignon.

C’est cette volonté de tirer un trait définitif sur la crise sanitaire - maintenant que le conseil scientifique a écrit noir sur blanc le 10 juin que l’épidémie était sous contrôle dans le Pays - alliée à une occasion unique de reprendre l’initiative face à son Premier Ministre hyperprésent et bien trop populaire à son goût, qui a décidé le Chef de l’État à convoquer les chaînes de télévision pour une allocution solennelle ce soir à 20 heures. Selon les informations obtenues par WanSquare, dans son entourage, Emmanuel Macron souhaite prendre à témoin l’opinion sur la lenteur du dé-confinement et exiger ainsi que l’on brûle les étapes, quitte à humilier en public celui qui est en charge de tout cela, à savoir son Premier Ministre. Au préalable il a réuni vendredi le conseil scientifique, qui considère que son travail est achevé et qui souhaiterait que l’on mette fin à sa mission. Puis un conseil de défense pour apprécier l’état de préparation du Pays au risque – encore très aléatoire – d’une seconde vague de l’épidémie.

 

Une pierre dans le jardin d’Édouard Philippe

 

Il s’agit donc d’une intervention tactique de la part du Chef de l’État, destinée à se montrer aux yeux des Français comme l’incarnation de l’optimisme et de la confiance dans l’avenir. À un moment où tous les indicateurs économiques sont au rouge. Ce qui a contraint le gouvernement à examiner mercredi dernier une troisième loi de finances rectificative. À l’Élysée on juge injuste la piètre cote de popularité du Chef de l’État qui est inférieure de quinze points à celle du Premier Ministre. Et le but est donc de reprendre la main face à une opinion qui ne fait toujours pas confiance (à hauteur de 54 % des Français) à l’exécutif dans la gestion de cette crise sanitaire et de ses conséquences économiques. De fait, selon nos informations, et afin de marquer les esprits d’un grand coup, Emmanuel Macron devrait aborder la question de l'école. Le président pourrait, en particulier, évoquer l’allègement voire la suppression du protocole sanitaire dans les établissements scolaires, en raison duquel très peu d’enfants peuvent actuellement être accueillis à l’école. Car ce sujet est devenu très politique et l'opinion publique y est particulièrement sensible. Selon lui, il n'y a désormais quasi plus ou peu de méfiance face au virus à l'école et le protocole sanitaire est devenu un fardeau pour l'organisation des parents. Le Chef de l’État n'aurait donc que des points à marquer à lever les barrières encore en place dans les établissements scolaires.

Mais Emmanuel Macron devrait aussi aborder la question des vacances, alors que le mois de juin est déjà bien entamé et que se profile la saison touristique. Il pourrait par exemple annoncer l'allègement du protocole sanitaire sur les plages. Enfin, le chef de l'État devrait évoquer la question de la réouverture des frontières, alors que la France s'est prononcée en faveur de la réouverture des frontières intérieures de l'Europe à compter du 15 juin, sans quatorzaine pour les voyageurs. Mais elle a souligné qu'elle appliquerait la réciprocité si jamais certains pays imposaient des quarantaines à ses ressortissants. De la sorte la prochaine conférence de presse du Premier ministre, initialement prévue autour du 18 juin pour annoncer les dernières étapes du dé-confinement, avec notamment la réouverture des restaurants en zone orange, n’aura plus lieu d’être. Ce sera ensuite à Édouard Philippe et peut-être aussi à Olivier Véran, qui s’était rangé du côté des "prudents" en raison du risque pénal qui pèse sur lui, à en tirer les conclusions.

 

Un rappel à l’ordre républicain

 

Naturellement cette allocution ne pourra pas passer sous silence ce qui se passe depuis une quinzaine de jours dans les cités avec les suites de l’affaire Traoré, du nom de cet individu, membre d’une famille qui compte une petite dizaine de condamnés à de la prison, mort en 2016 à la suite de son interpellation. Les manifestations organisées par la famille Traoré, qui ont déjà réuni, à deux reprises plus de 15.000 personnes – alors qu’elles étaient interdites du fait des mesures sanitaires – ont trouvé d’autant plus d’écho auprès la population des cités et de certaines associations communautaristes, qu’elles avaient un effet miroir avec l’affaire Floyd aux États-Unis. Ce qui a conduit Christophe Castaner à tenir des propos irresponsables sur les 136.000 policiers et gendarmes, dont il est le responsable. Et ce qui a amené Nicole Belloubet à rompre l’indépendance de la justice en invitant Place Vendôme – sur la suggestion d’Emmanuel Macron – la famille Traoré. Alors qu’une instruction est en cours. Ce qui place le juge chargé de l’affaire sous une pression inédite et insupportable. De surcroît son invitation a été rejetée, humiliant l’Etat comme au temps de l’affaire Leonarda. Là-dessus, le Président de la République, qui n’en finit pas de soutenir Christophe Castaner, ne peut rester silencieux.

Toute cette situation, à l’intérieur du pays comme à l’intérieur du couple exécutif ne peut conduire qu’à un changement de gouvernement, ainsi que nous l’écrivons dans ces colonnes depuis un mois. Dans son allocution de ce soir Emmanuel Macron en rappelant les centaines de milliards d’euros mis sur la table pour faire redémarrer l’économie - alors que Matignon était très réservé sur l’ampleur du déficit public ainsi créé (11,4 % du PIB) – va, de fait, demander à Édouard Philippe de se remanier, faute de quoi, il devra rejoindre à la Mairie du Havre après le 28 juin. D’autant que les sondages lui donnent 53% de chances d’être élu dans sa ville de prédilection. Car il s’est creusé un fossé entre Matignon et l’Élysée, pendant cette crise, tant sur le plan de la gestion sanitaire, que des mesures économiques. À tel point qu’Édouard Philippe a été totalement absent de ce volet-là, laissant Bruno Le Maire capter toute la lumière. Ce que ce dernier apprécie en plus de travailler en ligne directe avec le Chef de l’État. Mais tant le Premier Ministre que son directeur de cabinet, Benoit Ribadeau-Dumas, en bons conseillers d’Etat qu’ils sont, ont du mal avec le logiciel hyper-interventionniste et hyperdépensier d’un état nounou.

 

L’hypothèse Le Drian revient en force

 

Emmanuel Macron devrait donc essayer d’éviter de ne pas renouveler l’erreur commise par Nicolas Sarkozy qui n’avait pas osé changer de Premier Ministre après la grande crise de 2008, alors que l’idée l’avait démangé. Les observateurs du microcosme parisien auront noté le très large portrait consacré par Paris Match cette semaine à Jean-Yves Le Drian, alors que ce dernier n’a jamais cherché à faire parler de lui. Il s’agirait donc de la première étape de la mise en piste du Ministre des affaires Étrangères comme futur Premier Ministre. Même si, dans l’entourage d’Emmanuel Macron on affirme que toutes les éventualités sont sur la table. Les noms de Michel Barnier ou de Thierry Breton continuent de circuler. En revanche le scénario d’un référendum est désormais exclu. De même que celui d’une dissolution de l’assemblée. La pseudo-information du Figaro Magazine évoquant une démission du Chef de l’État suivi d’une présidentielle anticipée semble tout aussi farfelue. D’autant que l’article mentionne qu’elle aurait été tenue devant les donateurs londoniens de l’élection de 2017 lors d’une conférence zoom. Or tous ceux que nous avons pu joindre nient même qu’une telle visioconférence ait eu lieu.

Alors que le Chef de l’État va célébrer cette semaine le quatre-vingtième anniversaire de l’appel du 18 juin 1940, il s’est construit un calendrier qui doit le remettre en selle auprès des Français jusqu’au 14 juillet. Avec une nouvelle grande allocution avant la fête nationale sur "la France d’Après" dans un cadre qui n’est pas encore prévu. Pour cet anniversaire gaullien, les services de l’Élysée sont toujours en discussion à cette heure avec ceux de Boris Johnson afin de savoir si, en dépit des mesures de quarantaine mises en place par les Britanniques, Emmanuel Macron peut se rendre à Londres jeudi prochain. Son intention était de décorer la capitale britannique, lieu d’accueil du général de brigade de Gaulle, de la légion d’honneur, d’aller se recueillir à Carlton Gardens dans les bureaux du Chef de la France Libre et de s’entretenir avec le locataire du 10 Downing Street. Mais tout n’est pas encore réglé. En cas d’échec le Chef de l’État devra se contenter de la traditionnelle cérémonie au Mont Valérien et d’une visite du Musée de l’ordre de la Libération. Mais ce sont là des moments qui seront retransmis en direct et qui peuvent donner lieu à des déclarations martiales à un moment où le pays est à nouveau fracturé du fait des affaires raciales.

 

Nouvelle fébrilité des marchés

 

Au chapitre économique, les marchés sont repartis à la baisse dans le sillage de Wall Street du fait des déclarations peu optimistes du président de la Réserve Fédérale et de la reprise de l’épidémie dans certains états qui avaient déconfiné trop rapidement ou de manière trop imprudente. Ce qui a fait naître le spectre d’une seconde vague d’attaque du virus. En France la semaine a été marquée par les nouvelles projections économiques de la Banque de France. La deuxième économie de la zone euro devrait se contracter de 10,3% cette année avant de rebondir en 2021 avec un PIB en croissance de 6,9% puis de 3,9% en 2022, précise la banque centrale sur la base de l’hypothèse que le Covid-19 continuerait de circuler dans les mois à venir mais que la France, affectée comme l’ensemble des économies dans le monde, s’adapterait progressivement.

À la suite d’un redressement graduel de l’activité, le PIB en volume retrouverait en 2022 son niveau de fin 2019. L’économie française devrait parallèlement perdre près d’un million d’emplois cette année et la détérioration du marché du travail, retardée mais importante du fait des mesures d’amortissement, pousserait le taux de chômage à un pic historique de 11,8% à la mi-2021. Il diminuerait ensuite progressivement en dessous de 10% fin 2022, poursuit la Banque de France. Dans un scénario sévère où il pourrait être nécessaire de maintenir des mesures sanitaires fortes pour empêcher une nouvelle et significative augmentation de la mortalité liée au Covid-19, la perte de PIB sur l’année 2020 pourrait être de près de 16% et le rebond plus faible, à 6% seulement en 2021 et 4% en 2022. Finalisée le 25 mai, cette projection ne prend pas en compte l’impact potentiel du plan global de relance que l’exécutif doit annoncer dans les prochains mois.

 

"Objectivement nous sommes en risque"

 

À fin mai, selon la Banque de France, la perte d’activité serait de l’ordre de 17% en dessous de ses niveaux normaux et devrait revenir autour de - 12 % fin juin. Néanmoins, les semaines de confinement signifient que le PIB devrait probablement se contracter de 15% au deuxième trimestre par rapport au premier, où il s’était déjà réduit de 5,3% par rapport aux trois derniers mois de l’année 2019. À l’occasion de la présentation de ces chiffres sur France Info, François Villeroy de Galhau a été interrogé sur la dette qui, dans la loi de finances rectificative représente plus de 120 % du Produit Intérieur Brut. Il a montré une vraie préoccupation, trop rare, hélas, chez les responsables publics. En rappelant notamment que : "en une génération, le sac à dos que nous laissons à nos enfants et nos petits-enfants, a doublé de poids. Cette dette incombe aux générations futures, elle sert juste à gagner du temps. C'est aussi le fait que, depuis la précédente crise de 2009, la dette publique française, en proportion du PIB, a augmenté deux fois plus vite que la moyenne européenne." Avant de conclure avec la sagesse du banquier central : "Il ne faudrait pas que la confiance de nos prêteurs diminue à proportion de l'augmentation trop rapide de notre dette, objectivement nous sommes en risque."

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