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Politique monétaire / Karlsruhe / QE / BCE

Politique monétaire
Karlsruhe / QE / BCE

La BCE répond aux juges de Karlsruhe

Une grande partie des minutes de la dernière conférence de politique monétaire est consacrée au QE en tant qu'instrument destiné à combattre la faiblesse des prix. Une façon détournée de répondre aux juges de Karlsruhe, selon lesquels la BCE n'a pas suffisamment démontré le caractère proportionnel de ses achats de titres.
Philip Lane
Philip Lane

Toutes les occasions sont bonnes pour la BCE de fournir une réponse détournée aux juges de Karlsruhe. Rappelons que la Cour constitutionnelle allemande a décrété en mai dernier que le QE était partiellement inconstitutionnel et donné à Francfort jusqu’à fin juillet pour prouver que "les objectifs de politique monétaire recherchés via les achats de titre instaurés en 2015 ne sont pas disproportionnés par rapport à l'impact économique et fiscal du programme". En façade, la BCE a tenu à montrer son détachement et déclaré à plusieurs reprises qu'elle avait pris bonne note des remarques des magistrats allemands. Mais que la Cour constitutionnelle allemande n'était pas compétente pour juger des actions de Francfort, uniquement redevable devant la Cour de Justice de l'UE ; cette dernière ayant validé le PSPP en décembre 2018, la BCE n'a plus rien à prouver. Voilà pour la réponse officielle.

Mais, afin d'apaiser les tensions et surtout s'assurer que la Bundesbank ne cessera pas ses achats de titres début août comme les juges ont menacé qu'elle le fasse, la BCE a subtilement fourni quelques précisions au sujet de son QE. Par la voix de son économiste en chef Philip Lane tout d'abord, qui lors d'un discours à Francfort organisé par le landerneau financier de la ville hier, a fourni des arguments détaillés sur l'instauration du programme d'urgence pandémique et les raisons ayant conduit à augmenter sa taille début juin. Certes, il ne s'agit pas directement du PSPP, via lequel Francfort a acheté depuis mars 2015 plus de 2.000 milliards de titres. Mais les raisons avancées pour instaurer le PEPP pourraient s'appliquer au PSPP : l'économiste en chef a ainsi expliqué que la faiblesse de l'inflation et des perspectives de croissance avaient justifié d'augmenter la taille des achats de 600 milliards d'euros, à 1.350 milliards. Selon la BCE en effet, l'inflation devrait tout juste atteindre 1,3% fin 2022 soit loin de l'objectif de 2% visé par Francfort. Philip Lane a également présenté plusieurs modèles de calculs destinés à mesurer l'impact attendu des mesures de politique monétaire prises depuis mars. Selon Lane, les mesures prises augmenteraient l'inflation de quelque 0,4 point de pourcentage en 2021 et 2022 et la croissance du PIB de 0,3 à 0,6 point de pourcentage chaque année de 2020 à 2022.

Philip Lane a par ailleurs démontré comment la politique monétaire expansionniste permettait de lutter contre tous les risques associés à la désinflation : "en évitant un effondrement des marchés financiers, en fournissant un filet de sécurité en matière de liquidités, en freinant l'évaluation excessive des risques et en empêchant tout ce qui pourrait déclencher un resserrement du crédit, notre paquet de politique monétaire réduit l'ampleur des risques autour de la tendance centrale des perspectives économiques", a ainsi déclaré l'économiste de la BCE. Une façon discrète de rappeler aux juges allemands l'utilité d'un programme de rachats de titres.

Les minutes de la dernière réunion de politique monétaire du 4 mai, dévoilées cet après-midi, ont constitué une seconde occasion pour Francfort de justifier le QE. "Le procès-verbal comporte trois références explicites à la proportionnalité. Il est intéressant de noter qu'il ne fait pas seulement référence à l'actuel PEPP mais aussi à la décision de 2015 de commencer les achats d'actifs", souligne ainsi Carsten Brzeski, chef économiste macro chez ING. "Les achats d'obligations d'État dans le cadre du PEPP et du PSPP ont été un outil efficace pour atteindre l'objectif de stabilité des prix assigné par le traité", expliquent ainsi les gouverneurs dans les Minutes. "Le PEPP et le PSPP ont constitué des mesures proportionnées dans les conditions actuelles pour poursuivre l'objectif de stabilité des prix, avec des garanties suffisantes ayant été intégrées dans la conception de ces programmes pour limiter les effets secondaires négatifs potentiels, y compris les risques de domination fiscale, et pour répondre à l'interdiction de financement monétaire", précise également le compte rendu. Des phrases directement destinées aux sages allemands. La BCE a donc trouvé une façon élégante de répondre aux juges de Karlsruhe et de clore le débat avant la trêve estivale.

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