Macro-économie / Taux / INSEE / taux de chômage / BIT / coronavirus / 2020
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INSEE / taux de chômage / BIT / coronavirus / 2020
France : le taux de chômage baisse pour de mauvaises raisons
L’Insee rapporte qu’au deuxième trimestre, le nombre de chômeurs au sens du BIT a baissé de 271.000 pour atteindre 2 millions de personnes. Le taux de chômage au sens du BIT, lui, a diminué sur le trimestre de 0,7 point, à 7,1 % de la population active en France (hors Mayotte), après avoir connu une baisse de 0,3 point le trimestre précédent. Au total, il est inférieur de 1,3 point à son niveau du deuxième trimestre 2019. À première vue cela apparaît comme un miracle. En effet, la France a connu une contraction inédite de sa richesse nationale entre avril et juin quand dans le même temps, le taux de chômage a diminué. D’ordinaire, les deux variables que sont la croissance du PIB et le taux de chômage évoluent en sens inverse. Cette étrangeté tient en fait à la nature de la crise que nous vivons et à la définition du chômage au sens du BIT.
Concrètement, un chômeur au sens du BIT est une personne âgée de 15 ans ou plus qui satisfait à plusieurs critères. Elle doit être sans emploi pendant une semaine donnée, disponible pour travailler dans les deux semaines à venir, avoir effectué au cours des quatre dernières semaines une démarche active de recherche d’emploi ou avoir trouvé un emploi qui commence dans les trois mois, rappelle l’Insee. Ainsi, deux éléments expliquent cette baisse en trompe-l’œil du taux de chômage.
D’une part, les données fournies par l’institut statistique indiquent que pendant la période du confinement (soit la moitié du deuxième trimestre), il y a eu une forte chute du nombre de personnes effectuant une recherche active. L’Insee l’explique par des secteurs d’activité complètement à l’arrêt (hébergement-restauration, activités culturelles, etc.) qui ont découragé les chômeurs à chercher un emploi, le confinement rendait également ces démarches moins aisées. Concrètement, parmi les personnes de 15 à 64 ans sans emploi et souhaitant travailler, la part de celles ayant effectué une démarche active de recherche d’emploi a dégringolé au début du deuxième trimestre, avec un écart pour certaines semaines allant jusqu’à 30 points par rapport à l’année passée. D’autre part, autre raison de la baisse du nombre de chômeurs : l’absence de disponibilité. La difficulté à sortir de son domicile pendant le confinement, les soucis d’organisation du quotidien liés à la garde d’enfants ou un état de santé dégradé pour les personnes affectées par le virus de Covid-19 ont pu conduire certaines personnes à se considérer comme non disponibles pour occuper un emploi, décrypte l’Insee.
Comme le taux de chômage est le rapport entre les chômeurs et les actifs, sa baisse s'explique donc par la chute du nombre des premiers car ils ne rentraient pas dans les critères pour être considérés comme tels. Toutefois, ces considérations sémantiques ne doivent pas camoufler le chaos qui règne sur le marché du travail français. De fait, d’autres indicateurs de l’Insee envoient des signaux inquiétants.
Tout d’abord, les destructions nettes d’emplois privés qui se sont élevées à 616 900 lors du premier semestre, soit 3 400 par jour. Par ailleurs, le taux d'emploi des 15-64 ans a diminué de 1,6 point, à 64,4 %, soit son plus bas niveau depuis début 2017. Une baisse particulièrement marquée pour les jeunes de moins de 25 ans, de -2,9 points à 26,6%, un plus bas historique depuis que l'Insee le mesure (1975). Une autre variation inédite est celle du "sous-emploi" - les personnes employées à temps partiel qui souhaiteraient travailler davantage - qui atteint désormais 20% des personnes en emploi, soit 12 points de plus qu'au premier trimestre.
Enfin, reflet du dispositif de chômage partiel, le nombre moyen d'heures hebdomadaires travaillées par emploi a reculé de 12,9% par rapport au premier trimestre et de 18% sur un an.
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