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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Une rentrée crépusculaire
par Yves de Kerdrel

La reprise de l’activité économique - que l’on attendait dynamique après l’été - va rester bridée par la circulation active du virus, et par les mesures – parfois excessives – prises par les pouvoirs publics. Face à ce nouveau défi sanitaire, le plan de relance qui sera annoncé jeudi prochain, risque de ne pas être à la hauteur du drame que connaissent de plus en plus d’entreprises.

30/08/2020 - 06:30 Temps Lecture 16 mn.

 

Le Chef de l’État qui est rentré de Brégançon lundi dernier a décidé de donner la priorité, en cette rentrée, à la situation sanitaire. C’est ce qui l’a amené à différer à ce jeudi, le 3 septembre, l’annonce du plan de relance qui devait être faite le 25 août. C’est aussi ce qui l’a amené à convoquer d’emblée un conseil de défense afin d’évaluer la préparation du pays à l’arrivée d’une seconde vague du Covid-19. Ce conseil a par ailleurs traité, selon des informations confidentielles qui nous sont parvenues, de l’avenir de la mission Barkhane après le coup d’état intervenu au Mali, qui rebat les cartes dans la région.

De même qu’il a été question du fort regain de tension dans les eaux de la Méditerranée à la suite d’interventions de la marine turque. La France dispose désormais de quatre bâtiments sur place et cherche à éviter à la fois un affrontement entre la Turquie et la Grèce, et une trop forte présence militaire de la Turquie. Le silence de l’OTAN, dont la Turquie est la deuxième composante par le nombre de ses militaires, témoigne de l’absurdité de ce "machin", destiné uniquement à vendre du matériel américain aux armées européennes.

 

Une gestion sanitaire critiquable

 

Pour en revenir à la crise sanitaire – puisque ce sont les mots utilisés par les pouvoirs publics – l’État a décidé de durcir le ton et les mesures, sans grande subtilité et en multipliant les annonces et les démentis. Une manière d’installer, nolens volens, la défiance dans l’opinion publique. C’est ainsi que les Marseillais ont très mal vécu l’obligation de porter le masque à l’air libre ou celle fixant à 23 heures la fermeture des bars venue depuis Paris. Une mesure qui a précédé de quelques heures un verdict de même nature concernant les parisiens.

Bien sûr que le taux de reproduction du virus est passé de 0,7 dans la capitale en juin dernier à 1,4. Bien sûr que le nombre d’hospitalisations par semaine est passé dans le même temps de 500 à 800. Bien sûr que la multiplication des dépistages fait apparaître de plus en plus de cas positifs, notamment au sein d’une population jeune qui a mis la distanciation de côté pendant ses vacances. Mais imposer le port du masque à l’air libre ou brider l’ouverture des bars et restaurants ne changera pas grand-chose. D’abord parce que ceux qui veulent faire la fête continueront à la faire. Ensuite, parce que ceux qui ont peur du virus s’auto-confinent depuis longtemps. Enfin parce que les épidémiologistes qui ne voient aucun avantage au port du masque à l’extérieur, redoutent que la population prenne en grippe ce masque, nécessaire dans les lieux publics fermés.

 

Le risque d’une décroissance molle

 

Après avoir expliqué au début du mois de mars que le port du masque ne servait à rien, les pouvoirs publics imposent celui-ci au bureau, dans les transports, et même au grand air. Ce qui témoigne de l’incapacité du nouveau premier ministre à faire le tri, parmi les recommandations des "mandarins" entre celles qui ont un véritable avantage et celles qui n’en ont aucun, mais qui au contraire vont plomber la confiance qui commençait à revenir dans le rebond économique.

Chacun fait mine de découvrir que le virus continue de circuler. Mais cela n’est pas une surprise. Une pandémie de ce type ne prend pas fin à cause des vacances scolaires. En revanche beaucoup de choses ont été apprises et retenues depuis six mois en fonction de la manière dont chaque pays a réagi. Tout cela se trouve parfaitement résumé dans le livre de Jacques Attali "l’économie de la vie" qui redoute que l’Occident prenne goût à la décroissance qu’elle s’est imposée avec le confinement puis avec la limitation des transports.

 

Le Plan de relance et ses oublis

 

Dans ce contexte on peut se demander quel va être le véritable impact du plan de relance qui sera annoncé jeudi prochain et qui a été conçu à Bercy avec un axe fort mis sur la transition écologique et un autre sur l’innovation. Ce plan comporte certaines mesures sectorielles déjà annoncées, notamment pour l’automobile ou l’aéronautique. Il devrait essayer de relancer le fret ferroviaire. Très bien. Mais encore faudrait-il qu’il y ait des marchandises à transporter.

Comme le signalent les Gracques dans leur dernier manifeste, il y a un grand risque pour que ce plan de relance favorise une économie telle qu’on la rêve dans les ministères, et non pas telle qu’elle existe partout en France. Jean Castex ne cesse de mettre en avant les territoires sans rien annoncer de concret. Il y a pourtant un secteur d’activité qui est présent partout en France et qui a été fortement impacté, c’est celui du bâtiment. Or il apparaît, jusqu’ici, comme un trou dans la raquette des différentes mesures de relance. L’autre cible qui, pour l’heure n’a pas le droit à la vigilance de l’État, c’est la jeunesse en dépit de la prime de 4 000 euros accordée pour l’embauche d’un jeune payé moins de deux fois le SMIC. Une fois encore la formation est la grande laissée pour compte. Alors que dans une période de changement radical, elle pourrait être utile aux 600 000 nouveaux chômeurs qui pointent à Pole Emploi depuis le début de l’année.

 

Des PGE aux prêts participatifs

 

Dans une interview accordée la semaine passée aux Échos, Bruno Le Maire n’a pas caché qu’il redoute des difficultés pour un grand nombre de PME et de TPE. À tel point qu’elles ne pourront pas rembourser les prêts garantis par l’état qui leur ont été accordés en mars ou avril dernier à taux pratiquement nul. Ces prêts sont remboursables au bout d’un an ou bien amortissables sur au moins cinq ans. À un taux que les banques voudraient voir établi entre 3 et 5 % compte tenu du coût du risque et que l’état préférerait voir fixé entre 1 et 3 %. Compte tenu du succès allemand des subventions en fonds propres accordées à de très nombreuses PME d’outre-Rhin, le locataire de Bercy n’a pas caché qu’il réfléchissait à un mécanisme de prêts participatifs, considérés comme des quasi-fonds propres. Mais avec une enveloppe globale de seulement 15 milliards d’euros.

Ce plan de relance devrait être massif, compte tenu des circonstances, et ne laisser aucun secteur sur le bord du chemin. Surtout après les statistiques publiées vendredi par l’Insee. Le produit intérieur brut de la France, qui mesure la richesse nationale, a chuté de 13,8 % au deuxième trimestre de 2020, a confirmé nos statisticiens français. Après un recul du PIB de 5,9 % au premier trimestre, la France est donc officiellement entrée en récession à l'issue du premier semestre.

 

Un rebond de la consommation en juillet

 

Si la levée progressive des restrictions a conduit à une reprise graduelle de l'activité économique aux mois de mai puis de juin, après le point bas atteint en avril, le trimestre porte les stigmates de l'obligation imposée aux Français de rester chez eux : les dépenses de consommation ont ainsi chuté de 11,5 %, ce qui accroît fortement le taux d'épargne (27,4 % contre 14,9 % en moyenne en 2019). La pandémie qui a touché la plupart des pays du monde a affecté également la demande extérieure, les exportations s'inscrivant en baisse de 25 %. Les importations n'ayant pas baissé dans les mêmes proportions (-16,4 %), le commerce extérieur contribue négativement à la croissance du PIB à hauteur de 2,5 points sur ce trimestre.

L'Insee prévoit un rebond du PIB de 19 % au troisième trimestre mais pour l'ensemble de 2020, le gouvernement table sur un recul historique de 11 %. Le PIB ne devrait retrouver son niveau d'avant-crise qu'en 2022, où une croissance de 1,4 % est attendue. La bonne nouvelle, c’est que les dépenses de consommation des ménages en France ont augmenté en juillet sur un mois, retrouvant quasiment leur niveau de novembre 2019. Le mois dernier, les dépenses de consommation des ménages en biens se sont inscrites en hausse de 0,5 % sur un mois, après un bond de 35,5 % en mai et de 10,3 % en juin. Le niveau des dépenses de consommation des ménages en biens entre avril et juin 2020 a été revu à la baisse, soit, par rapport à février, -32,1 % au lieu de -31,7 % en avril, -8 % au lieu de -6,2 % en mai et +1,5 % au lieu de +2,3 % en juin, a ajouté l'Insee. En juillet, les dépenses de consommation des ménages ont crû de 0,6 % par rapport au même mois en 2019, a précisé l'institut.

 

Le Gouverneur tient un langage de confiance

 

La reprise économique en France se passe globalement conformément aux prévisions même s'il est possible que 2020 soit un peu meilleure que prévu, a déclaré jeudi François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France. "En gros, la reprise se passe à peu près selon nos prévisions et donc, vu d'aujourd'hui, il n'y a pas de raison de penser que les chiffres vont changer significativement", a dit François Villeroy de Galhau lors d'une intervention à l'université d'été du Medef, en rappelant que la Banque de France prévoyait fin juin une récession de 10 % en 2020 avant une croissance de 7 % en 2021 et de 4 % en 2022. "S'il y a changement, c'est sans doute que 2020 soit un peu meilleure que prévu et que du coup, mécaniquement, le rebond sur 2021, 2022 soit un peu moins fort que prévu dans les chiffres que j'ai cités", a-t-il ajouté. Le Gouverneur de la Banque de France s’était éclipsé momentanément du forum de Jackson Hole qui se tient cette année de manière virtuelle et qui réunit les principaux banquiers centraux.

À cette occasion, la Réserve fédérale américaine a dévoilé jeudi une nouvelle stratégie visant à ramener les États-Unis au plein-emploi et à favoriser la remontée de l'inflation, des objectifs ambitieux dans une période marquée par une croissance et une inflation faibles qui semblent appelées à persister. Cette nouvelle approche, exposée dans une nouvelle déclaration sur les objectifs à long terme et la stratégie de politique monétaire approuvée par les 17 plus hauts responsables de l'institution, prévoit que la Fed visera une inflation de 2 % en moyenne sur la durée, si besoin en laissant filer pendant un certain temps les prix à la hausse pour compenser des périodes d'inflation inférieures à l'objectif. Ce qui constitue une sorte de révolution copernicienne pour les économistes.

 

Un changement de paradigme pour la Fed

 

La nouvelle déclaration s'engage aussi à faire en sorte que les États-Unis ne s'éloignent pas d'un "objectif large et inclusif" d'emploi maximal, une expression qui fait référence à l'égalité raciale et à son rôle dans la croissance économique. La Fed reconnaît toutefois que "les risques à la baisse sur l'emploi et l'inflation ont augmenté" et promet d'utiliser tous les moyens à sa disposition pour atteindre ses objectifs.

La Fed a lancé il y a près de deux ans une réflexion sur la refonte du cadre de son action qui a donné lieu à de nombreux débats et auditions, afin d'étudier les moyens d'adapter sa politique monétaire à un environnement de taux d'intérêt durablement bas. La présentation des conclusions de cet exercice intervient au moment où l'économie américaine est en récession, où plusieurs dizaines de millions d'Américains sont sans emploi en raison de la crise du coronavirus et où la campagne pour l'élection présidentielle du 3 novembre, qui bat son plein, est marquée entre autres par des tensions liées aux inégalités sociales et raciales. La nouvelle stratégie de la Fed pourrait la conduire à maintenir des taux quasi nuls plus longtemps encore qu'anticipé jusqu'à présent, même si elle ne s'engage pas explicitement sur ce point.

 

Une aubaine pour les marchés d’actions

 

Ce changement de paradigme pour la principale banque centrale au monde va peut-être influencer la revue stratégique de la BCE mise en place par Christine Lagarde. Il reste que cela signifie que les taux de rendement des obligations d’état vont rester durablement bas. Ce qui va avoir un impact sur les marchés d’actions qui ont déjà franchi de nouveaux records – aux États-Unis - lors du mois d’août, et pour les emprunteurs. Qu’il s’agisse des particuliers comme des entreprises. Cette visibilité sur un critère essentiel de gestion financière pourrait donner le déclic d’une nouvelle vague de fusions et acquisitions à travers le monde. Après dix-huit mois marqués par une nette décélération.

 

 

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