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Sur les marchés / Marchés financiers / Nasdaq / Indices

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Marchés financiers / Nasdaq / Indices

Les bourses marchent-elles sur la tête ?

En pleine épidémie de Covid et alors que l'économie mondiale devrait connaître sa pire récession depuis la crise de 1929, les Bourses ont connu le mois dernier leur plus forte hausse depuis août 1986. Explications. 
Bull and bear - Bourse - marchés (hausse, baisse) - Francfort
Bull and bear - Bourse - marchés (hausse, baisse) - Francfort

Les investisseurs boursiers sont-ils schizophrènes ? La question mérite d'être posée alors que le mois d'août vient de s'achever sur un nouveau record pour les places financières mondiales, qui ont affiché sur les 31 derniers jours leur plus forte hausse depuis août 1986. Les Bourses des pays développés ont progressé de 6,6 % sur le mois. La performance des indices américains est encore plus impressionnante, puisqu'ils ont désormais dépassé leurs niveaux d'avant Covid, pour le Nasdaq et le S&P, le premier ayant progressé de 20% par rapport à son niveau de mi février et de 77% par rapport à son point bas du 13 mars.

Une envolée boursière à première vue surprenante, alors que les États-Unis sont officiellement entrés en récession au deuxième trimestre, avec une chute de leur PIB annualisé de 31,7% après un recul de 5% entre janvier et mars, ramenant l'économie du pays à son niveau du quatrième trimestre 2014. Le tableau n'est pas plus rose de l'autre côté de l'Atlantique, la France ayant quant à elle affiché un recul de 13,8% de son PIB au second trimestre et de 10,1% pour l'Allemagne. Une récession historique pour l'ensemble de la planète et qui a déjà profondément affecté les entreprises, malgré les plans de relance mis en place par les gouvernements. Les investisseurs pourtant, continuent d'afficher leur optimisme et d'acheter sur les marchés boursiers, malgré les fondamentaux actuels. Si la progression est plus raisonnable sur les bourses européennes, où ni le DAX ni le CAC 40 n'ont retrouvé leurs niveaux de pré-confinement, le premier étant toujours en recul de 17% depuis le 1er janvier et de 1,57% pour l'indice allemand, tous sont en hausse quasi constante depuis le point bas de mars. 

Plusieurs motifs expliquent cet apparent décalage entre économie réelle et places financières. La politique monétaire est bien sûr l'un des principaux vecteurs de la hausse des indices boursiers depuis leur point bas de mars. Au total, les Banques centrales ont injecté 24 000 milliards de dollars depuis le début de l'année, soit environ un quart du PIB mondial, pour éviter un effondrement des marchés. Et selon les derniers calculs de Bank of America Merrill Lynch (BofA), ce chiffre devrait atteindre 28 000 milliards de dollars d'ici la fin de cette année (et ce, sans prendre en compte les milliers de milliards d'instruments de liquidités en Chine). Cette injection massive de liquidités a contribué à rassurer les investisseurs sur l'implication sans limite des Banques centrales. Selon les stratégistes de Bank of America Merrill Lynch, le S&P 500 est devenu le "bénéficiaire ultime" des liquidités injectées. Dans un rapport publié le 8 juin, la banque américaine a ainsi estimé que depuis la fin mars, la liquidité a été le moteur de 90% du rallye. "Aujourd’hui on constate qu’il y a une corrélation exacte (et presque effrayante) entre le S&P 500 et l’ensemble des bilans des plus grandes banques centrales (Fed, BCE, BoJ et PBOC)", explique pour sa part John Plassard, de Mirabaud. Selon les calculs de Deutsche Bank, une augmentation de 1% du bilan de la Banque centrale a entraîné une hausse de 0,9% du S&P 500. Les injections de liquidité ont donc compté pour 55% de la hausse de presque 10% en trois mois.

La promesse des banques centrales et de la Fed la semaine dernière de maintenir les taux durablement bas, même en cas de remontée de l'inflation - 81 d'entre elles ont baissé leurs taux directeurs depuis le 1er janvier, et ce à 134 occasions - a par ailleurs contribué à pousser les investisseurs à se tourner vers le marché actions. Puisqu'il représentent désormais le seul placement rémunérateur (avec l'or, qui a grimpé de 37% depuis le début de l'épidémie). Selon la règle dite "de 72", utilisée pour calculer combien de temps il faudra pour qu'un investissement double compte tenu d'un taux de rendement fixe, il faudrait environ 14 ans aux investisseurs en actions pour doubler leur mise contre plus de 100 ans à un investissement en obligations du Trésor à10 ans pour faire de même et 900 ans pour le cash. Et, selon les stratégistes d'Evercore ISI, la ruée vers les marchés actions aux Etats-Unis devrait se poursuivre, alors que les niveaux de cash au sein des fonds communs de placement en instruments de marché monétaire américains (Money Market Fund) ont atteint des niveaux records fin août. 

Au sein de cette hausse des marchés boursiers, la flambée de l'indice technologique américain Nasdaq est un cas particulier et tient beaucoup à la progression de certains noms de la cote, dont les GAFAM bien entendu, dont la performance a été de 53% depuis le début de l'année et qui représentent 40% de l'indice. Rappelons que le seul cours d'Apple a grimpé de 70% depuis le 1er janvier, pour peser désormais plus de 2000 milliards de dollars en bourse, récupérant son titre de première capitalisation boursière mondiale ; signe qui ne trompe pas sur l'envolée spectaculaire du titre, la firme à la pomme a procédé hier à un split de son cours, soit une division de son cours en quatre, ce qui signifie que les investisseurs ont reçu hier trois titres supplémentaires pour une action déjà en portefeuille. Faut-il pour autant craindre une nouvelle bulle sur les valeurs technologiques américaines ? Non selon les gérants et experts, qui estiment qu'à la différence des années 2000, les entreprises technologiques sont désormais rentables et créent de la valeur. Par ailleurs, la période de confinement a pleinement profité aux entreprises technologiques, avec le développement du télétravail et dans le cas d'Amazon, l'envolée des achats sur Internet. Apple et Amazon ont d'ailleurs affiché des chiffres d'affaire en hausse de respectivement de 11% et 40% sur un an au deuxième trimestre. 

Le retournement des marchés n'est donc à priori pas le scénario principal que retiennent gérants et experts d'ici la fin de l'année. Certes, l'élection du candidat démocrate aux Etats-Unis pourrait entraîner un mouvement de repli et quelques perturbations sur les places financières. Mais la garantie pour les investisseurs que les Banques centrales continueront d'abonder le marché à moyen terme et l'espoir d'une amélioration progressive de la conjoncture, avec à terme la mise sur le marché d'un vaccin laissent penser que les Bourses devraient conserver leur optimisme les trois prochains mois au moins. 

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