Entreprises / Actions / Europcar / Europcar Mobility Group / Eurazeo
Entreprises / Actions
Europcar / Europcar Mobility Group / Eurazeo
Le couperet tombe pour Europcar
Les 307 millions d’euros de financement apportés début mai n’auront pas suffi : Europcar Mobility Group a annoncé hier soir son intention de négocier une restructuration financière. "L’objectif du groupe est de parvenir à une structure capitalistique soutenable, adaptée à son niveau de chiffre d’affaires, avec un endettement corporate [qui exclut la dette liée à la flotte automobile] réduit et un niveau de liquidité approprié", indique le loueur de véhicules dans son communiqué. Pour cela, il va solliciter la nomination d’un mandataire ad hoc ou d’un conciliateur. Pour cela, ils doivent obtenir l’accord de plusieurs créanciers financiers. Europcar s’est entouré de la banque Rothschild et des cabinets d’avocats Darrois Villey Maillot Brochier, Gide Loyrette Nouel et Kirkland & Ellis.
Les négociations sont cruciales : elles ont pour objectif d’éviter le déclenchement d’un événement de crédit, ce qui ferait d’Europcar le premier défaut d’une entreprise d’envergure ayant souscrit un PGE (prêt garanti par l’Etat). Une publicité dont chacun - entreprise comme pouvoirs publics - se passerait bien.
Cette décision tient d’un double constat : une structure capitalistique et une liquidité inadaptées au nouvel environnement, ainsi qu’une forte incertitude quant au rythme et à l’ampleur de la reprise. Le premier semestre s’est déjà avéré catastrophique pour Europcar, frappé de plein fouet par l’arrêt des déplacements provoqué par les mesures de confinement décidées à travers le monde. Au deuxième trimestre, période la plus concernée, le loueur a subi un effondrement de 70% de son chiffre d’affaires ; une dégringolade qui l’a conduit à afficher une perte nette de 286 millions d’euros et un flux de trésorerie négatif de quasiment 300 millions d’euros, pour une trésorerie corporate de 452 millions fin juin, dont 160 millions immédiatement disponibles. Un montant qui paraissait déjà "bien maigre" à Alain Lopez, analyste-crédit chez Octo Finances.
Pris à la gorge, Europcar a dû recourir à des prêts à garanties publiques françaises et espagnoles à hauteur de 307 millions d’euros début mai, dont 281 millions sont comptabilisés dans la structure financière corporate d’Europcar au 30 juin. Ce qui a fait grimper son endettement corporate brut à 1,7 milliard d’euros – même si la restructuration ne concerne pas le PGE. Il ne modifiera pas pour l’instant les modalités de son plan de transformation "Connect 2021-2023", annoncé fin juillet, au moment de la publication de ses comptes semestriels.
Les conséquences de cette annonce ne se sont pas fait attendre, même s’il est difficile d’être surpris par ce dénouement. L’action s’est effondrée de 40% pendant la séance, les négociations signifiant très probablement une augmentation de capital ou une conversion de dette en fonds propres, donc une importante dilution pour les actionnaires actuels. Sollicité par Wansquare, la société d'investissement Eurazeo, principal actionnaire du groupe (avec 29,9% de son capital), n’a pas souhaité faire de commentaires, notamment indiquer s’il participerait à une injection d’argent frais. L’investisseur avait manifesté en novembre 2019 sa volonté de vendre tout ou partie de sa participation, qu’il pourrait à nouveau avoir à déprécier dans ces comptes. Par effet de contagion, son action a d’ailleurs perdu jusqu’à 3,8% à la Bourse de Paris pendant la séance. Les intentions du fonds activiste CIAM, qui détenait en mars 10,5% du capital d’Europcar mais qui a déclaré le 11 septembre être passé sous les 5%, ne sont pas non plus connues.
Mais les créanciers obligataires ne sont pas nécessairement beaucoup mieux lotis. "Pour les obligations Europcar 2024 et 2026, l’addition pourrait être salée à cause de leur subordination structurelle (par rapport aux 281 millions de prêts garantis par les Etats) et contractuelle (par rapport aux 632 millions d’euros de RCF) et du levier financier significatif des filiales opérationnelles. Ce double levier financier […] risque donc de se traduire par un taux de récupération très faible", craint Alain Lopez. Avant la nouvelle d’hier, la souche 2024 cotait environ 50% et la souche 2026 49% sur le marché obligataire. Cet après-midi, les deux étaient tombées à environ 41%.
"Un scénario où une partie de la dette sera convertie en actions et/ou une injection de 'new money' pour renforcer la liquidité ne peut être exclue, en rappelant que la capitalisation boursière est actuellement d'environ 200 millions d’euros, ce qui entraînerait mécaniquement une forte dilution", souligne ainsi le courtier Oddo BHF, qui ajoute que le flux de trésorerie disponible "pourrait rester très limité même en 2021, de sorte que l’endettement restera au cœur des interrogations à court terme".
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

