Politique monétaire / Taux directeurs / QE / coronavirus
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Taux directeurs / QE / coronavirus
Euro/dollar : exercice de communication raté pour Christine Lagarde
Comme les marchés le prévoyaient, la BCE a maintenu le statut quo aujourd'hui, en ne modifiant ni ses taux directeurs (à 0%, 0,25% et -0,50%), ni la taille de ses différents programmes de rachats de titres. La présidente a justifié cette décision par l'amélioration des données macroéconomiques depuis la dernière réunion de juillet, bien que les derniers indicateurs dans les services se soient essoufflés très récemment. La présidente a donc réaffirmé que les achats d'urgence pandémique, d'un total de 1350 milliards d'euros, se poursuivraient et ce jusqu'en milieu d'année prochaine au moins - et "dans tous les cas jusqu'à ce que le conseil des gouverneurs juge que la crise du coronavirus est terminée". Christine Lagarde a tout de même précisé que la totalité de l'enveloppe serait dépensée vu le contexte économique actuel, une information qu'elle n'avait pas jusqu'ici précisée.
Pour justifier cette décision de ne rien changer à sa stratégie, pour le moment, la présidente a dévoilé les nouvelles prévisions économiques de ses équipes : celles-ci ont été légèrement revues à la hausse pour cette année, au vu des premiers signes de reprise apparus depuis le déconfinement. La BCE anticipe ainsi désormais un recul du PIB de 8% en 2020, contre -8,7% lors de ses dernières prévisions de juin, suivi d'une hausse de 5% et 3% en 2021 et 2022 (contre 5,2% et 3,3% anticipés en juin). La BCE a toutefois publié deux scénarios alternatifs, l'un plus optimiste et l'autre plus noir, afin de tenir compte des nombreuses incertitudes liées à la possible reprise de l'épidémie. "L'équilibre des risques reste orienté à la hausse", a précisé la présidente, afin de nuancer son discours.
Mais c'est sur un tout autre sujet que la présidente était attendue cet après-midi : les marchés espéraient ainsi qu'elle donnerait quelque indication sur la stratégie de la BCE pour combattre l'appréciation de l'euro, la monnaie unique ayant progressé de plus de 10% contre le dollar depuis son point du 18 mars. En début de journée, il s'échangeait ainsi à 1,18 contre le billet vert, après avoir franchi brièvement la semaine dernière le seuil des 1,20. Certes, la présidente a déclaré en introduction qu'au "vu du contexte d'incertitudes actuel, le conseil des gouverneurs observera avec attention toutes les informations notamment celles concernant l'évolution du taux de change, en lien avec son implication sur l'objectif d'inflation de moyen terme de la BCE". Une phrase qui était absente du dernier communiqué de la conférence de presse de juillet et qui souligne que le sujet a du moins été discuté par les gouverneurs.
Mais en ajoutant que "le taux de change ne faisait pas partie du mandat de la BCE", la présidente a annulé l'effet voulu de sa communication, en laissant entendre qu'elle ne pourrait pas faire grande chose pour empêcher la monnaie unique de s'apprécier. "La parité euro dollar est donc sous surveillance, sans plus de précision. Pas sûr que ces déclarations puissent agir dans le sens d'un repli de l'euro face à la monnaie américaine", commente ainsi Emmanuel Auboyneau, gérant associé chez Amplegest. En fin d'après-midi, l'euro/dollar s'appréciait ainsi de 0,6%, à 1,1885.
Les marchés ont été d'autant plus surpris que la BCE n'a pas modifié ses perspectives d'inflation pour cette année et maintenu son estimation d'indice des prix, à 0,3% pour 2020, avant une lente reprise de 1% l'an prochain puis 1,3% en 2021. Et ce alors, que l'inflation est tombée en territoire négatif au mois d'août, en raison du ralentissement de la demande et la détérioration du marché de l'emploi. "Mettre l'accent sur le fait que la BCE a révisé à la hausse ses perspectives d'inflation sous jacente risque de renforcer la hausse de l'euro", estime ainsi Carsten Brzeski, économiste en chef chez ING. "La tonalité générale de la conférence de presse a été relativement équilibrée et en tout état de cause plus 'dovish' que prévu. Ni la chute de l'inflation sous jacente ni l'appréciation de l'euro n'ont causé beaucoup de trouble au sein des gouverneurs", note ainsi Dirk Schumacher économiste chez Natixis. La présidente n'aura donc malheureusement pas réussi aujourd'hui à inverser la tendance sur l'euro/dollar, au risque que son appréciation ne pèse sur la timide reprise du Vieux Continent.
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