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Aéronautique / Publication des résultats / latécoère
Les difficultés de Latécoère symbolisent les incertitudes des équipementiers
Confinement et conditions sanitaires obligent, le trafic aérien a été interrompu pendant de longues semaines et il est très timide dans le retour à la normale. En conséquence, ce sont toutes les entreprises du secteur qui sont à la peine, comme Latécoère, fournisseur de premier rang des grands constructeurs aéronautiques. Le groupe toulousain a ainsi publié une perte nette de 94 millions d’euros au deuxième semestre 2020, alors qu’il ne perdait "que" 5,9 millions d’euros au premier semestre 2019. Cette chute s’explique par un chiffre d’affaires en dégringolade, avec une baisse de 36,8% à taux de change constant sur un an pour atteindre 231,9 millions d’euros.
Pour Philip Swash, directeur général du groupe, l’explication est simple : "La crise de la Covid-19 a conduit un certain nombre de nos principaux clients à réduire la production d'avions, ce qui a freiné les tendances de croissance du chiffre d'affaires que connaissaient nos divisions Aérostructures et Systèmes d’Interconnexion dans la période "pré-Covid"". C’est la branche Aérostructures qui est la plus touchée par la crise, avec une baisse de 41,7% du chiffre d’affaires sur un an et une perte opérationnelle courante de 17,7 millions d’euros. Surtout, " l'anticipation d'une lente reprise du trafic aérien et les effets d'entraînement sur l'industrie aéronautique ont conduit le groupe à déprécier certains actifs de la division Aérostructures pour 28,2 millions d’euros et à amortir les actifs d’impôts différés restants encore comptabilisés au bilan pour 10,1 millions d’euros ". En comparaison, la branche systèmes d’interconnexion voit son chiffre d’affaires diminuer de "seulement" 30,2%. Mais le ROC reste fortement négatif : -16,4 millions d’euros, alors qu’il était de 2,1 millions d’euros au premier semestre 2019.
Perspectives
Mais, au-delà de ces problèmes conjoncturels qui, nécessairement, dégradent les résultats, ce sont les choix ayant des conséquences sur l’avenir qui inquiètent. Car le plan d’adaptation mis en œuvre au cœur de la crise, notamment porté sur la suppression de 35% de ses effectifs à l’étranger en 2020 et la réduction des programmes d’achat via une baisse de 40% des dépenses en matières premières, fournitures et sous-traitance, va devoir faire face à des difficultés de long terme. Latécoère anticipe ainsi une chute de son chiffre d’affaires de 40% sur l’ensemble de l’année 2020, plus importante donc que ce deuxième semestre (36,8%). La restructuration à l’étranger, qui a d’ailleurs entraîné des coûts non récurrents d'un montant total de 1,6 million d'euros, devrait continuer à peser au second semestre.
Surtout, les dépenses d’investissements ont été largement réduites, de l’ordre de 60%, de 16,2 millions d’euros au premier semestre 2019 à 6,4 millions d’euros au premier semestre 2020. Indéniablement, dans un secteur comme l’aéronautique, cette baisse ne peut être qu’un mauvais signe. Et même si le groupe se défend de conserver la même somme dans la R&T qu’en 2019 (environ 5,5 millions d’euros), pas sûr que cela suffise pour conserver un rythme d’innovation et de développement suffisant. Pire, le groupe précise que "Latécoère ne prévoit pas de publier son chiffre d’affaires au troisième trimestre et réévalue l'opportunité de maintenir une déclaration trimestrielle de son chiffre d’affaires de façon permanente". Contacté hier dans l'après-midi sur ces baisses d'investissements et cette réflexion concernant la publication de ces résultats, Latécoère n'avait pas répondu aux questions de WanSquare à l'heure de cette publication. Plus que la difficulté d‘une entreprise, cette réflexion traduit les difficultés d’un secteur qui ne peut se prononcer sur son avenir tant les incertitudes demeurent.
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