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Yves de Kerdrel
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La polémique sanitaire brouille la rentrée
par Yves de Kerdrel
La reprise de l’épidémie de coronavirus, qui ne touche pas les mêmes victimes qu’au printemps dernier, et qui n’impose donc pas des mesures coercitives, sème le trouble dans l’opinion publique. Le Chef de l’État, qui a opté pour une appréciation sélective de la situation, afin de protéger la reprise économique, doit se battre contre les adeptes de la sani-terreur, dont fait partie, Olivier Véran.
Décidément la crise sanitaire, qui a débuté il y a maintenant sept mois, continue de faire la une de l’actualité. Et de la même manière qu’au mois de mars. C’est-à-dire avec une multiplication de propos contradictoires entre le Conseil Scientifique – auditionné il y a quelques jours par le Sénat – le Premier Ministre, et son ministre de la Santé. Seul le Chef du gouvernement a essayé de ne pas être alarmiste et continue, déplacement après déplacement, à rappeler les Français à la responsabilité individuelle plutôt que d’en appeler aux mesures coercitives.
Le problème, c’est que cette semaine, c’est Olivier Véran, le ministre de la Santé, et mandarin de son état, qui a tenu des propos anxiogènes en signalant que si les courbes actuelles étaient extrapolées, le nombre de lits de réanimation serait bientôt insuffisant à Marseille et Bordeaux, voire à Nice et Lyon. Allant même jusqu’à évoquer le retour d’un scénario de crise à Paris. C’est à se demander pourquoi le masque est désormais obligatoire au bureau, dans les transports et dans les rues. Ce à quoi les Français se plient volontiers. Alors qu’au printemps dernier la grande différence, c’est qu’il n’y avait pas de masque.
L’appel à la responsabilité individuelle face à l’épidémie
Le Chef de l’État qui était intervenu il y a dix jours, en conseil de défense pour prendre le contre-pied du Conseil scientifique qui appelait à prendre "des mesures difficiles" a dû rappeler à l’ordre son ministre de la Santé. Il faut dire que tous ces. Propos contradictoires sèment la confusion dans l’esprit des Français et les autorisent à croire qu’il va y avoir une seconde vague aussi forte que le "tsunami" du printemps. Alors que les personnes testées positives sont très majoritairement âgées de moins de 45 ans et sont souvent asymptomatiques. Par ailleurs trois semaines après la rentrée scolaire le nombre d’écoles fermées est ridicule par rapport aux 60 000 établissements scolaires. Et les directeurs veillent à confiner les cas contact qui leur sont signalés.
Le principal foyer de contamination reste les entreprises où l’obligation de porter le masque n’est pas toujours très bien respectée. Ce qui maintient un niveau de télétravail important (environ 2 millions de salariés au lieu de 5 millions au printemps). La seconde cause de cluster est liée aux évènements familiaux ou privés où les gestes barrière et le port du masque sont vite oubliés et où participent des personnes plus âgées et donc à risque. D’où les appels à la responsabilité individuelle concernant ces Français de plus de 60 ans, obèses ou fragiles. De manière qu’ils pratiquent une sorte d’auto-confinement dont les pouvoirs publics ne veulent pas dire le nom. Par peur d’être accusés de discrimination.
L’inutile polémique sur la 5 G
À cette polémique s’est ajoutée cette semaine la querelle des anciens et des modernes sur la 5 G après une tribune de maires écologistes appelant le gouvernement à repousser les enchères sur cette nouvelle technologie de téléphonie mobile. Intervenant devant la fine fleur de la fintech française réunie à l’Élysée, le Président de la République a déclaré qu’il ne se laisserait pas impressionner par ces "amish". Un mot souvent utilisé lors des débats de la Commission Attali auxquels il avait participé et qui avait demandé en vain la suppression du principe de précaution. Mais repris par l’ensemble des médias ce mot a résonné de manière aussi méprisante que lorsqu’il avait fait référence aux "Gaulois réfractaires".
Il est vrai que cette querelle lancée par des maires écologistes, déjà à l’étroit dans leur municipalité, et qui rêvent d’un destin national est totalement fantaisiste. D’abord par des études d’impact ont déjà eu lieu en France et à l’étranger sur les ondes 5 G, sans montrer la moindre nocivité. Surtout, comme l’a très justement fait remarquer Stéphane Richard, le patron d’Orange : pour le même trafic de data la 5 G permettra de consommer dix fois moins d’énergie que la 4 G. Le problème, c’est que ce terme "d’amish" va maintenant rester gravé dans le marbre de tous les débats sur cette technologie qui est essentielle au déploiement du haut débit en France. Ce qui montre, que même après trois ans de présidence, et trois directeurs de la communication, Emmanuel Macron ne peut cacher son absence de surmoi.
Les petits cailloux de Xavier Bertrand
Si Xavier Bertrand continue à semer des petits cailloux à droite pour la prochaine présidentielle, aidé, nolens volens, par les couacs ministériels sur l’absence de politique sécuritaire, Emmanuel Macron qui prend sa candidature très au sérieux voudrait convaincre Barbara Pompili, élue des Hauts de France de se présenter contre lui lors de l’élection régionale du mois de mars. Pour l’heure l’hypothèse de la candidature de la Ministre de l’écologie est distillée dans les médias comme un ballon d’essai. Cette candidature assurerait Xavier Bertrand d’une réélection à la région. Néanmoins, elle l’obligerait à radicaliser son discours anti-écologiste et donc à perdre, avant la présidentielle, le soutien de l’électorat de droite modérée sensible à la transition écologique.
De son côté, Valérie Pécresse n’a pas affaire à un long fleuve tranquille concernant les prochaines régionales. Lors de sa dernière élection, elle avait bénéficié du soutien du Modem et n’avait remporté le scrutin que sur le fil avec 50 000 voix d’avance. Cette fois-ci, le Modem soutiendra le candidat de la République En Marche qui n’est toujours pas trouvé. Emmanuelle Wargon a décliné tout en acceptant d’être tête de liste dans le Val de Marne. Gabriel Attal a également refusé tout en voulant bien être porte-drapeau dans les Hauts de Seine. Si bien que certains spéculent sur l’ancienne juppéiste Aurore Bergé qui vient de se faire retoquer à l’élection de la présidence de son groupe parlementaire.
Le retour médiatique de François Baroin
François Baroin devrait réapparaître de nouveau sur les plateaux de télévision d’ici quelques jours à l’occasion de la sortie de son livre "la Nouvelle Donne" publié par les Éditions de l’Observatoire, où il dresse un état de la France, très fragmentée et "archipelisée" et où il plaide pour le retour à une République sans concession sur laïcité de manière à lutter contre toutes les formes de séparatisme. Naturellement il sera interrogé sur son éventuelle candidature à la présidentielle. Et à un moment ou à un autre, il ne pourra plus esquiver la réponse, au risque de porter tort à son camp.
Nicolas Sarkozy qui l’a beaucoup poussé ne cache plus à ses visiteurs qu’il ne croit plus dans une candidature Baroin. Mais il pense que le Chef de l’État pourrait ne pas franchir le premier tour, compte tenu de la "détestation" qu’il a provoquée auprès de nombreux Français des classes moyennes. Tout cela redonne un peu d’oxygène à la gauche avec comme figure de proue, Anne Hidalgo, que le magazine Le Point, a fait tester par sondage. La Maire de Paris est perçue à la fois comme socialiste et écologiste. À condition de quitter son image de "Parisienne", et de partir à la conquête des autres métropoles ou de renouer avec les milieux populaires, elle pourrait être assurée de réaliser entre 20 et 25 % au premier tour, selon la plupart des experts.
Des banques centrales dans le brouillard
Au chapitre économique l’actualité a été marquée par la dernière intervention de Jérôme Powell, le patron de la Réserve Fédérale, dont la parole se fait plus libre, à l’approche de l’élection présidentielle américaine. Une intervention qui faisait largement écho à celle de Christine Lagarde, il y a une dizaine de jours. De fait, il est bien difficile de déterminer la direction que s'apprêtent à suivre des marchés financiers qui semblent un peu perdus face à des banques centrales devenues indécises et des perspectives économiques toujours aussi floues. Tout en affirmant chacune leur volonté de demeurer accommodante, la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine viennent de marquer une pause justifiée par leur manque de visibilité.
Elles ne savent en effet pas plus que quiconque comment évoluera une pandémie qui a touché plus de 30 millions de personnes dans le monde et plongé les économies qu'elles cherchent à soutenir dans une récession sans précédent. Les banques centrales voient en outre s'approcher une élection présidentielle américaine susceptible de créer de la volatilité et constatent à la fois l'impasse sur un deuxième plan de relance de l'économie américaine, la persistance des tensions entre Washington et Pékin et les difficiles négociations entre Londres et Bruxelles sur la gestion de leur divorce.
Un sentiment partagé sur l’évolution des marchés
Dans ce contexte tendu, la reprise, soutenue jusqu'à présent par les mesures de stimulation monétaires et budgétaires massives mises en œuvre dans de nombreuses économies développées, semble marquer le pas, pénalisée notamment par un ralentissement de la demande et une accumulation de l'épargne qui pèse sur la croissance. Les instituts d'émission sont parfaitement conscients du problème, la Banque d'Angleterre allant jusqu'à envisager un éventuel recours à des taux d'intérêt négatifs. La BCE, elle, s'en tient au statu quo sur les taux mais continuera à surveiller l'inflation dans la zone euro, passée en territoire négatif au mois d'août, tout en gardant un œil sur la monnaie unique, dont l'appréciation face au dollar la préoccupe. Du côté de la Fed, qui vient de faire savoir qu'elle ne relèverait pas ses taux avant longtemps, l'inquiétude est réelle. Tout comme les décideurs monétaires, les intervenants de marché ne savent pas de quoi demain sera fait. Une enquête que vient de réaliser de Natixis Investment Managers auprès de ses analystes et ceux de ses affiliés résume parfaitement leur état d'esprit. Pour 53 % des stratégistes interrogés, un mouvement à la vente sera observé sur les actions d'ici à la fin de l'année, 47 % estimant au contraire que la séquence de hausse en cours va se poursuivre malgré les signes d'essoufflement qui se manifestent.
Le bel optimisme qui a suivi la dislocation des marchés au mois de mars et a pu paraître à certains en déconnexion avec l'économie réelle a donc cédé la place à la prudence avec l'amorce d'une rotation sectorielle. Les valeurs de croissance en font les frais, à commencer par les géants américains de la technologie, dont les valorisations extrêmement tendues ne se justifient plus aux yeux de nombreux investisseurs. À l’inverse, les valeurs cycliques, durement frappées par la crise sanitaire et devenues très abordables, reprennent des couleurs, à l'exception toutefois des secteurs menacés d'une crise durable, comme les transports, le tourisme et les loisirs.
L’OCDE fait preuve d’un optimisme sans modération
Il reste que les bonnes nouvelles l’emportent, pour le moment sur les mauvaises. L'économie mondiale est en train de se redresser plus rapidement qu'on ne le pensait juste avant le début de l'été après le choc provoqué par le nouveau coronavirus, en raison notamment du dynamisme de la reprise aux États-Unis et en Chine, a déclaré mercredi l'Organisation de coopération et de développement économiques. L'économie mondiale devrait néanmoins connaître une récession de 4,5 % cette année, un plongeon sans précédent dans l'histoire récente mais moins prononcé que la chute de 6 % anticipée en juin dans les précédentes prévisions de l'OCDE. Si l'épidémie due au coronavirus n'échappe pas à tout contrôle d'ici là, l'économie mondiale devrait renouer avec la croissance en 2021 au rythme de 5 %, a ajouté l'OCDE, un niveau cette fois inférieur à la progression de 5,2 % attendue en juin.
Cependant, une accélération de la propagation de l'épidémie ou un durcissement des mesures pour la contenir pourraient enlever 2 à 3 points de pourcentage aux prévisions pour l'année prochaine, a averti l'organisation basée à Paris. Elle précise que ses prévisions se fondent sur l'hypothèse de foyers épidémiques contenus à l'aide de mesures ciblées localement à la place de confinements nationaux tels que ceux mis en œuvre au printemps à travers le monde. Elle suppose aussi qu'aucun vaccin ne sera largement disponible avant le courant de l'année prochaine. Par ailleurs, l'OCDE juge que les mesures budgétaires des gouvernements et les initiatives de politique monétaire des banques centrales pour soutenir les revenus des ménages et des entreprises ont contribué à éviter une récession plus profonde et devraient ainsi être poursuivies. Pour la France, l'OCDE prévoit une récession de 9,5 % cette année, soit 1,9 point moins forte qu'en juin, avant une croissance de 5,8 % en 2021 alors qu'elle l'attendait à 7,7 % juste avant l'été.
La curieuse attitude d’Engie
À Paris les financiers n’ont d’intérêt que pour la bataille boursière engagée par Veolia sur Suez, en proposant un rachat d’ici le 30 septembre du bloc d’actions détenu par Engie. Le conseil de ce groupe, dont l’état est actionnaire, et qui est présidé par Jean-Pierre Clamadieu, a de nouveau réclamé cette semaine un prix plus élevé. Mais à la différence de sa première intervention il a vivement souhaité qu’ait lieu le rapprochement des deux groupes, champion de la distribution d’eau et du recyclage des déchets. Une déclaration qui n’a guère été appréciée par Bruno Le Maire, qui demande des études d’impact d’un tel rapprochement, et qui craint à la fois la destruction d’un des deux groupes et la casse sociale qui en résultera.
Les protagonistes de cette opération doivent être auditionnés cette semaine à l’Assemblée Nationale. Curieusement, le patron d’Engie a décliné l’invitation, qui est en fait une convocation. On peut encore espérer qu’il optera pour un comportement plus respectueux des institutions du Pays dans les jours qui viennent. Mais cette attitude vient s’ajouter à un climat de plus en plus électrique autour de cette affaire sur laquelle travaille tout ce que la place compte de banquiers. Avec en perspective l’annonce par Suez pour les prochains jours d’une solution alternative à celle de Veolia afin de permettre à Engie de réaliser la cession de cet actif qui ne l’intéresse plus.
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