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S&P / Notation / Espagne
S&P Global Ratings garde l’Espagne à l’œil
En ces temps de déliquescence des comptes publics, les agences de notation ne peuvent rester dans l’ombre et s’abstenir de fournir des jugements sur la solvabilité des États. C’est ainsi que S&P Global Ratings vient d’annoncer que si elle maintenait la notation souveraine de l’Espagne à court et long termes (A/A-1), elle a révisé la perspective associée de "stable" à "négative". En d’autres termes, cela signifie que la note de l’Espagne est susceptible d’être dégradée dans un horizon de 24 mois si les craintes de S&P à son propos venaient à se matérialiser.
Très durement touchée économiquement par la crise sanitaire en raison de son exposition au tourisme et de la sévérité de son confinement, l’Espagne devrait connaître une chute de son Produit intérieur brut (PIB) de 11,3 % en 2020, pour ne pas retrouver son niveau d’avant-crise avant 2022 : elle rebondirait de 8,2 % en 2021, 4,3 % en 2022 et 2,6 % en 2023, selon S & P Global Ratings. C’est la forte dégradation des comptes publics qui inquiète l'agence de notation ; en effet, sous l’effet conjugué des plans de soutien budgétaires et des baisses de recettes fiscales, le déficit public espagnol pourrait s’élever à 12 % du PIB en 2020.
Il pourrait retomber à 6,4 % du PIB en 2021, toutefois des considérations politiques pourraient freiner ce redressement car "les efforts pour réduire le déficit budgétaire pourraient s'essouffler si la coalition gouvernementale ne parvient pas à combler le déficit de financement du système de sécurité sociale espagnol, qui en 2019 était à l'origine de la moitié du déficit", avance S&P Global Ratings. Mauvaise nouvelle pour la soutenabilité de la dette, même une fois que les effets de la crise se seront quelque peu dissipés, le solde public primaire (hors charges d’intérêts) pourrait tout de même rester déficitaire jusqu’en 2024 ou 2025. Logiquement, la dette, elle, pourrait bondir de 22 points de PIB pour atteindre 108 % du PIB, avant de refluer à partir de 2021 (de 3 points), puis de 3 et 2 points en 2022 et 2023 respectivement.
Mais si sa dette augmente, l’Espagne peut s’estimer heureuse de ne pas voir sa charge d’intérêts s’accroître - elle décroît même en valeur absolue, signale S&P Global Ratings. Ce phénomène est le produit d'émissions obligataires souveraines aux taux d’intérêt toujours plus faibles en raison des achats massifs de la Banque centrale européenne. D’après nos calculs, depuis le début de l’année, l’institution de Francfort a racheté pour au moins 67,81 milliards d’euros de dette publique espagnole. "D'ici la fin de 2020, nous prévoyons que les obligations souveraines espagnoles détenues par la Banque d’Espagne approcheront un quart de l'encours, alors qu’elle ne détenait que 5 % de leur encours avant que la BCE ne lance son assouplissement quantitatif en mars 2015", indique S&P Global Ratings.
Le marché ne semble pas s'être ému de ce léger changement de perception de l'agence de notation américaine, le 10 ans espagnol, s'échange toujours aux alentours de à 0,25 %.
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