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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Regain de défiance
par Yves de Kerdrel

Les nouvelles mesures annoncées en milieu de semaine par Olivier Véran pour lutter contre la propagation de l’épidémie ont jeté un froid sur l’économie. Dans un contexte où les marchés financiers redoutent des reconfinements même partiels. Le moral des patrons, qui s’était amélioré, se trouve cassé net. Avec à la clé des conséquences sur les investissements, l’emploi et la consommation.

27/09/2020 - 06:45 Temps Lecture 20 mn.

Moins de deux semaines après une intervention sans intérêt et sans annonce particulière de Jean Castex sur la crise sanitaire, le Président de la République a tenu mercredi matin un nouveau conseil de défense. Au cours de celui-ci Olivier Véran et Jean-François Delfraissy, le président du conseil scientifique lui ont présenté des simulations de ce que pourrait devenir la situation hospitalière si aucune mesure n’était prise rapidement. Un vif débat a eu lieu sur la politique de tests qui reste le maillon faible de la France, alors que de l’autre côté du Rhin, une personne testée a son résultat le soir même et peut donc se mettre en quarantaine sans créer de cas contacts. Olivier Véran qui était sur la défensive a promis que la mise en place de tests salivaires, déjà pratiqués en Grande-Bretagne et aux États-Unis allait permettre de résoudre ce problème.

Même si Emmanuel Macron s’est rangé depuis un mois dans le camp de ceux qui veulent que les Français continuent à vivre le plus normalement possible, il s’est résolu à ce que le Ministre de la Santé annonce des mesures restrictives à Marseille et Paris concernant les bars ou les salles de sport. Mais, une fois encore, l’annonce de ces nouvelles mesures a été très mal gérée. Alors qu’Olivier Véran intervenait à la télévision à 19 h 30 mercredi dernier, il n’a prévenu la Maire de Marseille qu’à 18 h 30, et le Président de la Région PACA, un peu plus tard. De quoi susciter la colère des élus locaux, des restaurateurs - qui vont revivre le même enfer qu’au printemps - et de l’ensemble de la population. Ce qui a justifié le recours judiciaire de Renaud Muselier contre ces mesures.

 

Le mauvais remède d’Olivier Véran

 

À Paris où le taux de contamination est désormais plus élevé qu’à Marseille, il n’a été décidé qu’une fermeture des bars à partir de 22 heures. Ce qui ne sert pas à grand-chose. Puisque les jeunes qui fréquentent ces établissements poursuivent leurs soirées en appartements, moins bien aérés et ventilés que les terrasses des cafés parisiens. Le remède du Docteur Véran risque donc d’être plus violent que le mal lui-même et amplifier la contamination au sein d’une population qui, heureusement n’est pas à risque.

Ce sont les simulations de saturation des lits de réanimation présentées en conseil de défense par Olivier Véran qui ont été reprises par Jean Castex jeudi soir lors de l’émission politique mensuelle "Vous avez la parole". Le Premier Ministre a d’ailleurs insisté que le seul indicateur à regarder est celui des entrées en réanimation, qui sont pourtant en recul à Marseille depuis dix jours, mais qui augmentent nettement dans les hôpitaux parisiens. Le problème que tout cela révèle, est qu’aucune des mesures annoncées lors du "Ségur de la Santé" n’a été appliquée. Si bien que tant la médecine de ville, que les hôpitaux et les laboratoires de biologie restent aussi démunis qu’au printemps dernier, avec de surcroît des personnels épuisés et qui ne pensaient pas revivre une "seconde vague" aussi forte.

 

Détérioration du moral des patrons

 

Au-delà de ce que ces annonces traduisent de la mauvaise gestion de la crise sanitaire avec le grand raté des tests après celui des masques au printemps, il y a surtout le regain de défiance que cela fait peser sur tous les agents économiques. Au sein du Medef où l’on collecte les remontées du terrain, on constatait une nette amélioration du moral des patrons de PME depuis la fin août. Et celle-ci a été cassée net il y a un peu plus d’une semaine. Or c’est à la fin septembre que les entreprises petites ou grosses préparent leurs budgets pour 2021. Ce qui signifie que ce climat anxiogène va peser sur les investissements, les embauches, et du côté des ménages sur la consommation.

Bien sûr il n’y aura pas de reconfinement. Et le Chef de l’État fera tout pour qu’il n’y en ait pas. Bien sûr certaines mesures de soutien sont prolongées notamment en ce qui concerne le chômage partiel. Bien sûr le projet de loi de finances qui sera présenté demain pour 2021 va comporter les suites d’autres mesures de soutien en plus des dépenses budgétaires liées au Plan de relance. Mais tout cela n’empêche pas les patrons de PME ou d’ETI d’avoir peur de l’avenir à court terme, compte tenu des annonces gouvernementales qui traduisent le peu de visibilité de l’exécutif. Or sans la confiance, la meilleure des politiques de l’offre ne peut pas permettre aux entrepreneurs de redresser leur activité et aux consommateurs de dépenser comme s’il ne se passait rien.

 

Fin d’état de grâce pour Castex

 

Tout cela explique pourquoi l’état de grâce du Premier Ministre est terminé. La majorité des Français a désormais une mauvaise opinion de Jean Castex, selon un sondage BVA pour RTL et Orange réalisé du 23 au 24 septembre 2020. Nommé début juillet, le chef du gouvernement bénéficiait, au mois d'août encore, d'une certaine "bienveillance", explique l'institut de sondage, Jean Castex restant très peu connu pour une grande partie de la population. Il se retrouve désormais majoritairement impopulaire, les bonnes opinions à son sujet ayant chuté, en un mois, de 55 % à 48 %, tandis que les mauvaises opinions sont passées de 43 % à 51 %. En cause : son "allégeance" au président de la République, et des "couacs de communication" qui lui sont reprochés.

La chute est particulièrement importante chez les sympathisants LR, où le Premier ministre passe de 80 % à 64 % de bonnes opinions. Au demeurant, Jean Castex reste plus populaire qu'Emmanuel Macron, qui récolte 62 % de mauvaises opinions. C’est justement en cette période de fin d’état de grâce qu’Édouard Philippe a choisi d’occuper à nouveau le terrain en envoyant plusieurs "cartes postales". Lors d’une réunion de soutien à une candidate aux élections sénatoriales de ce jour, il a annoncé de nombreuses tempêtes à venir. Vendredi il est intervenu auprès d’un groupe de jeunes maires de centre droit. Et il a prévu de faire de nouvelles interventions dans les mois qui viennent. Avec toujours la même préoccupation : capter l’électorat de droite et de centre droit.

 

En Marche, en panne

 

Comme si l’ancien Premier Ministre qui culmine dans les sondages de popularité (ce qui ne veut rien dire, comme en témoignent les expériences Juppé ou Hulot) se préparait à être candidat au cas où Emmanuel Macron serait empêché de se présenter. Pour l’heure le Chef de l’État ne voit pas ce qui pourrait l’interdire de briguer un renouvellement de son mandat. Pas même les attaques de Xavier Bertrand, dont il se méfie tout de même. Mais si la gestion de la crise sanitaire continue d’aller de Charybde en Scylla viendra peut-être un moment où il ne pourra plus faire porter le chapeau à Agnès Buzyn, Jérôme Salomon, Olivier Véran et même Jean Castex.

D’autant que parallèlement les démissions se succèdent au sein du parti La République En Marche ainsi qu’au sein du groupe parlementaire avec des transferts au Modem ou chez Agir. À tel point que le Chef de l’État ne s’intéresse même plus à ce parti qu’il a créé il y a seulement quatre ans. Et les élections sénatoriales qui se passent aujourd’hui risquent de se révéler catastrophiques pour la macronie.

 

Un FMI un peu plus optimiste

 

Au chapitre économique, il faut noter qu’au niveau mondial les perspectives sont plutôt meilleures que prévu. Elles ne sont pas aussi défavorables qu'on ne le craignait il y a trois mois, a déclaré jeudi un responsable du Fonds monétaire international en évoquant des indicateurs meilleurs qu'attendu en Chine et dans plusieurs économies avancées. Gerry Rice, porte-parole de l'organisation internationale, a toutefois ajouté que l'horizon restait assombri par la pandémie de coronavirus et son impact sur de nombreux secteurs. La situation reste précaire dans beaucoup de pays en développement et émergents en dehors de la Chine a-t-il noté, en soulignant que le FMI était préoccupé par l'augmentation de la dette.

Le FMI doit présenter ses nouvelles perspectives économiques mondiales le 13 octobre. En juin, il avait dit tabler sur une contraction de 4,9 % de l'économie mondiale cette année, contre -3,0 % prévu en avril. Les indicateurs économiques récents suggèrent que les perspectives sont peut-être un peu moins sombres qu'au moment de l'actualisation des perspectives économiques mondiales le 24 juin, certains pans de l'économie mondiale commençant à tourner la page, a dit Gerry Rice lors d'un point de presse. Cela ne veut pas dire que nous sommes tirés d'affaires. Car les perspectives restent très difficiles, particulièrement pour de nombreux marchés émergents et pays en développement autres que la Chine.

 

Ralentissement de l’activité en France

 

S’agissant de la France, L'activité du secteur privé a ralenti pour la première fois depuis quatre mois en septembre en raison de nouvelles perturbations liées à la pandémie de Covid-19, selon les données préliminaires publiées mercredi par IHS Markit. L'indice PMI composite de la France s'est replié à 48,5 en septembre, un point bas de quatre mois, contre 51,6 août. Un chiffre supérieur à 50 indique une expansion de l'activité par rapport au mois précédent, tandis qu'un chiffre inférieur à 50 dénote un recul.

Dans le détail, l'indice PMI du secteur des services a reculé à 47,5 en septembre, son plus faible niveau en quatre mois, après 51,5 en août. L'indice PMI du secteur manufacturier s'est en revanche redressé à 50,9, son plus haut niveau depuis deux mois, contre 49,8 en août. Les économistes interrogés par Dow Jones Newswires prévoyaient pour septembre un indice PMI des services à 51,7 et un indice PMI du secteur manufacturier à 50,5.

 

Le patron de la Fed prêt à faire plus

 

Du côté des banques centrales il faut retenir une nouvelle intervention de Jérôme Powell, le patron de la Fed, pour lequel l'économie américaine a montré des signes d'amélioration depuis que la pandémie de coronavirus l'a plongée en récession mais le chemin à parcourir reste très incertain et la Réserve fédérale se tient prête à en faire davantage si nécessaire. Jerome Powell a noté le rebond de l'emploi et des dépenses de consommation depuis le creux touché par la première économie du monde au printemps et au début de l'été mais il s'est montré prudent pour la suite.

Toutefois, le chemin devant nous reste très incertain, a-t-il dit devant la Commission des services financiers de la Chambre des représentants, la première des trois auditions du patron de la banque centrale américaine prévues cette semaine au Congrès. Une reprise complète ne sera susceptible de se produire que lorsque les gens seront confiants qu'il est sûr de s'engager à nouveau dans une large gamme d'activités, a-t-il ajouté en faisant référence à la prudence provoquée par la crise sanitaire. En attendant, "nous demeurons engagés à utiliser tous nos instruments pour faire ce que nous pouvons, pour aussi longtemps que nécessaire, pour s'assurer que la reprise sera aussi forte que possible et pour limiter les dégâts durables pour l'économie", a-t-il ajouté.

 

Comment la BCE apprécie l’inflation

 

Comme en écho à ce discours, François Villeroy de Galhau, a expliqué vendredi que la Banque centrale européenne, doit envisager de reformuler son objectif d'inflation dans le cadre de la révision du cadre de sa politique monétaire. La BCE s'efforce actuellement de porter l'inflation à moyen terme à un taux inférieur à, mais proche de 2 % mais elle n'est pas parvenue à la faire remonter à ce niveau depuis plusieurs années malgré des injections massives de liquidités dans l'économie. L'objectif, a expliqué François Villeroy de Galhau, est symétrique en ce sens qu'il ne s'agit pas d'un plafond et que la BCE peut donc tolérer un dépassement pendant un certain temps sans resserrer sa politique.

Le Conseil des gouverneurs a souvent réaffirmé son engagement en faveur de la symétrie. Nous devons néanmoins vérifier si la formulation actuelle entretient un doute, a dit le gouverneur de la Banque de France dans un discours prononcé à l'occasion du Forum officiel des institutions monétaires et financières. La BCE doit non seulement réfléchir à la formulation précise de son objectif mais elle doit aussi réexaminer sa définition de l'inflation en y incluant les logements occupés par leurs propriétaires, comme le fait la Réserve fédérale américaine, a-t-il précisé. La Fed a dévoilé le mois dernier une nouvelle stratégie de politique monétaire incluant un objectif d'inflation moyenne, qui implique qu'elle puisse laisser l'inflation dépasser son objectif afin de compenser des périodes de faible hausse des prix. Si nécessaire, la BCE dispose d'une grande marge de manœuvre, a ajouté François Villeroy de Galhau.

 

Villeroy remet l’église de la BCE au milieu du village

 

Dans cette intervention très riche, le Gouverneur de la Banque de France a relativisé la différence entre les mandats respectifs attribués à la Fed et à la BCE. "Pour la plupart des observateurs, a rappelé François Villeroy, notamment les hommes politiques, c’est le point le plus frappant : la Fed a un double mandat, qui recouvre la stabilité des prix et le plein-emploi, et sa revue stratégique a déplacé son attention sur ce dernier. La BCE, quant à elle, a un objectif principal de stabilité des prix, selon les Traités. Bien sûr, notre devoir est de rester fidèles aux Traités et notre revue stratégique ne s’en écartera pas d’un iota. Permettez-moi toutefois de vous rappeler que notre mandat juridique n’est pas, comme on le pense souvent, un "mandat unique" à proprement parler : c’est plutôt un mandat à deux niveaux qui inclut au moins deux autres objectifs sans préjudice de la stabilité des prix : "apporter son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union", ce qui contribue entre autres objectifs à une "économie sociale de marché, qui tend au plein-emploi et au progrès social" et la "stabilité du système financier".

"En outre, a-t-il ajouté, j’aimerais faire remarquer qu’il y a moins de différence qu’on ne le pense généralement entre un mandat double et un ciblage d’inflation flexible : notamment les mesures que nous avons prises pour neutraliser les effets de chocs négatifs tels que la crise financière mondiale ou la crise sanitaire ont un effet direct sur la croissance et sur l’emploi. En ce qui concerne les chocs de demande, les prescriptions de politique monétaire sont identiques. En principe, des conflits apparaissent lorsqu’il y a choc d’offre, mais les banques centrales ciblant l’inflation ont également tendance à ne pas réagir à des chocs d’offre temporaires mais répondent seulement si des signes d’effets de second tour apparaissent. La BCE prend également acte des estimations du taux de chômage naturel mais reconnaît que ces estimations sont entourées d’une incertitude considérable – comme les estimations de toutes les autres variables dites "naturelles". La BCE ne resserrerait pas sa politique sur le seul fondement d’un écart de chômage estimé."

 

P-S. : WanSquare a appris avec une très grande tristesse le décès soudain de Denis Tillinac, essayiste, romancier, journaliste, polémiste et éditeur. C'était un ami personnel. Ensemble nous partagions le refus des extrêmes, le goût du débat, la passion de la France, et une certaine idée de la droite sociale. En plus de notre voisinage en Corrèze. A sa femme Monique, nous adressons nos condoléances attristées.

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