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L’État français fait moins bien que les autres avec les enchères 5G
Les enchères pour l’attribution des fréquences de la bande 3,4 – 3,8 GHz ont pris fin hier soir après avoir été repoussées sur fond de crise sanitaire. Initialement prévues sur dix jours, il aura finalement suffi de trois jours pour départager les 4 opérateurs télécoms. Et le résultat est conforme, voire légèrement supérieur aux attentes : Barclays prévoyait dans une note publiée lundi un gain d’environ 2,5 milliards d’euros pour l‘État français, ce sont finalement 2,786 milliards d’euros qui iront dans les poches de la puissance publique. Le prix plancher étant fixé à 2,17 milliards, Cédric O était hier satisfait des résultats : "grosso modo entre le prix pour les finances publiques, puis le fait d’avoir passé cette étape importante et de pouvoir passer dans le déploiement de cette technologie, je pense qu’il y a tout lieu d’être satisfait ". Pourtant, la somme est bien éloignée de celle de certains de nos voisins : l’État allemand a engrangé 6,55 milliards d’euros en juin 2019 grâce à de telles enchères, alors que l’État italien gagnait 6,5 milliards d’euros à l’automne 2018. Ce dernier prévoyait pourtant 2,5 milliards d’euros de gains…
Cet écart s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, les enchères chez nos voisins n’ont pas toujours été un long fleuve tranquille. En témoigne les 497 tours entre les 4 opérateurs allemands pour parvenir aux acquisitions finales. Pour Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l'analyse de marchés chez eToro, "déjà en retard, l’État ne voulait sûrement pas que les opérateurs se déchirent". Mais, pour le Secrétaire d’État chargé du numérique, c’est aussi parce que des contreparties ont été négociées par la puissance publique. "On a mis des obligations de couverture de territoire avec 25% des antennes d’ici 2025 qui devront être installées en zones peu denses", a justifié Cédric O.
Dans le détail, 11 blocs de fréquence de 10 mégahertz étaient en vente pour une durée de 15 ans, avec un prix minimum de 70 millions d’euros par bloc. Ce prix s’est finalement établi à 126 millions d’euros. Orange est sorti gagnant, acquérant 90 mégahertz pour 854 millions d’euros, alors que SFR a acquis 80 mégahertz pour 728 millions d’euros. Bouygues Télécom et Iliade (Free) ont acheté chacun 70 MHz pour 602 millions d’euros. Courant octobre, d’autres enchères doivent se tenir concernant le positionnement sur la bande passante. Pour Antoine Fraysse-Soulier, "Orange sort gagnant. Sans payer trop cher, il remporte le plus de fréquences alors qu’il possède déjà le plus de fréquences 4G et 3G. Il augmente donc son avantage comparatif sur les autres opérateurs". L’opérateur ne s’y trompe d’ailleurs pas et s’est empressé de faire savoir que "l’acquisition de ces fréquences est un investissement industriel crucial pour maintenir et renforcer la position acquise par Orange des leaders réseaux mobiles".
Mais l’analyste d’eToro n’oublie pas de mettre le doigt sur ce qui s’avère désormais être le vrai défi financier des opérateurs : le déploiement de cette 5G. "Ce qui coûte vraiment cher, c’est le déploiement de cette 5G. L’achat d’antennes, le raccordement… Il faut s’imaginer qu’un seul pylône coûte 200.000 euros." Bouygues estime lui qu’un réseau 5G performant coûtera entre 8 et 10 milliards d’euros. Or, les temps sont incertains pour les télécoms. Les performances boursières d’Orange, qui perd 33% depuis le début de l’année contre seulement 19% pour le reste du CAC, assombrissent des résultats financiers corrects dans le contexte incertain de pandémie. Ce qui explique d’ailleurs peut-être pourquoi l’État a voulu calmer les ardeurs des enchères. Mais la valorisation de tels investissements, colossaux donc, pourrait bien passer par un prix plus cher payé par le consommateur final. Alors qu’Ericsson estime que 3,5 millions de français pourraient basculer en 5G d’ici à un an, les défis s’annoncent nombreux : déploiement technique de la 5G, rentabilité et retour sur investissements pour les groupes… sans même parler du principe même de la 5G qui fait encore débat.
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