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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Il y a un problème Castex
par Yves de Kerdrel

Cela fait cent jours que le Premier Ministre est aux commandes. Il voulait réconcilier Paris et les territoires. Mais la reprise de l’épidémie de Covid a accentué la fracture entre la Capitale et le reste du Pays. Par ailleurs, l’absence de confiance pèse sur la reprise économique. Au point que l’amélioration de la croissance attendue au quatrième trimestre n’aura pas lieu.

11/10/2020 - 06:30 Temps Lecture 18 mn.

 

L’ambiance est plutôt terne à Matignon en ce week-end où Jean Castex passe le cap de ses cent premiers jours comme Chef du gouvernement. Alors que l’épidémie de Covid-19 poursuit sa progression, seulement 32 % des Français interrogés par Elabe pour Les Échos et Radio Classique accordent leur confiance à Emmanuel Macron pour affronter efficacement les problèmes qui se posent au pays. La cote de confiance du Président recule pour le deuxième mois consécutif, avec un repli de 7 points depuis août et se retrouve au plus bas depuis le début de la crise du Coronavirus. "Seuls" 6 % des Français lui font tout à fait confiance ce mois-ci. À l’inverse, 63 % (+6) affirment ne pas lui faire confiance. Emmanuel Macron enregistre cependant une cote de confiance nettement supérieure à celle enregistrée par François Hollande à la même période de son mandat (22 %).

La cote de confiance du Premier ministre, Jean Castex, s’établit à 28 %, enregistrant une baisse de 4 points, (-8 points en deux mois). 59 % des Français (+8) ne lui font pas confiance. En deux mois, le Premier ministre a perdu près d’un quart de ses soutiens dans l’opinion publique. D’un point de vue politique, sa cote de confiance est toujours majoritaire auprès des électeurs de premier tour d’Emmanuel Macron, malgré une baisse de 6 points (59 %) et reste quasi stable auprès des électeurs de François Fillon (43 %). Notons que Jean Castex obtient une confiance légèrement supérieure à celle d’Emmanuel Macron auprès des électeurs de François Fillon et de Marine Le Pen. Mais auprès des électeurs d’Emmanuel Macron le différentiel est de 16 points en sa défaveur.

 

Édouard Philippe au firmament

 

Édouard Philippe accentue son avance sur le classement des personnalités politiques, à la faveur d’une hausse de 1 point (55 %). Le podium reste néanmoins inchangé et est complété par Roselyne Bachelot (45 %, -3) et Nicolas Hulot (44 %, -2). Plus loin Nicolas Sarkozy (35 %) devance Bruno Le Maire (33 %), qui gagne deux places, et Olivier Véran (32 %), qui en perd une. Ce dernier enregistre un recul de 7 points depuis août 2020 (39 %).

Auprès des sympathisants de "La République En Marche !" et du Modem, Édouard Philippe est toujours premier et cumule 92 % d’image positive (-1). Il devance 7 membres du gouvernement. En revanche, auprès des sympathisants de droite, Nicolas Sarkozy (77 %) reste en première position et devance toujours Édouard Philippe (70 %). François Baroin (63 %, +4) prend la troisième place, devant Xavier Bertrand (62 %), Bruno Le Maire (62 %) – qui enregistre un net rebond de 14 points – et Valérie Pécresse (57 %).

 

Un retour au Conseil d’État

 

Le maire du Havre et Emmanuel Macron se sont revus il y a quelques jours. Et il a été convenu entre les deux hommes que le Chef de l’État se rendrait prochainement dans la ville d’Édouard Philippe afin de le décorer des insignes de Grand Officier de la Légion d’Honneur. Une dignité qui est réservée aux premiers ministres ayant effectué plus de deux années consécutives de mandat. En novembre 2017, Emmanuel Macron avait déjà décoré Édouard Philippe des insignes de grand-croix de l’ordre du Mérite National. Une dignité accordée après six mois passés à Matignon. Mais le discours fait à cette occasion par le Chef de l’État était resté confidentiel.

On ne sait pas encore si la prochaine remise de décoration sera publique. Au cours de ce dîner l’ancien Premier Ministre s’est bien gardé d’apporter une réponse à la proposition que lui avait faite Emmanuel Macron, lors de son remplacement à Matignon par Jean Castex, de jouer le rôle d’animateur de la majorité. Ce n’est un mystère pour personne qu’Édouard Philippe n’a jamais prétendu appartenir à la Macronie. La plupart de ses amis sont des personnalités de droite, souvent issues de la famille chiraquienne et juppéiste. À noter qu’un arrêté du premier ministre publié il y a quelques jours au Journal Officiel mentionnait la réintégration d’Édouard Philippe au sein du Conseil d’État, son corps d’origine.

 

Le pouvoir est partout ailleurs qu’à Matignon

 

S’agissant de Jean Castex, il est manifeste qu’au bout de cent jours il a échoué à réconcilier Paris et les territoires, priorité qu’il s’était fixée. Celui qui avait parfaitement réglé les détails du confinement semble avoir été dépassé par la reprise de l’épidémie à partir du 15 septembre. Si bien qu’après une intervention creuse sur le perron de Matignon et une émission politique ratée sur France 2, son image est déjà très abimée. Bien sûr il multiplie les déplacements en province sur tous les thèmes et à chaque fois qu’un fait divers lui en donne l’occasion. Bien sûr il tente de mettre de brosser les maires, les présidents de régions et les élus dans le sens du poil.

Mais tout laisse croire que le pouvoir est partout ailleurs qu’à Matignon. Olivier Véran a désormais repris seul la main sur la gestion de la crise sanitaire et décide – bien sûr de concert avec l’Élysée – des mesures coercitives afin de réduire la circulation du virus. Sur le plan économique, Bruno Le Maire, qui a été fortement secoué par sa contamination au Covid, a les prérogatives d’un premier ministre bis avec un champ économique très large, compte tenu des sommes allouées au soutien des entreprises affectées par la crise sanitaire et de celles dédiées au plan de relance.

 

Un problème d’incarnation

 

L’autre problème de Jean Castex, est qu’il n’est ni le chef de la majorité ni le vrai chef du gouvernement, rôle incarné par Emmanuel Macron. C’est ce qui explique la multiplication des couacs entre ministres. Comme en ont témoigné les joutes entre Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti ou celles entre certains députés de la majorité et Barbara Pompili à propos du vote sur la possible utilisation de certains pesticides par les producteurs de betteraves. Par ailleurs en ayant exigé, dès son arrivée, à Matignon le départ de Marc Guillaume, le très efficace Secrétaire Général du Gouvernement, remplacé par Claire Landais, il s’est privé d’un homme-clé dans le dispositif propre au bon fonctionnement de Matignon.

Parallèlement à cette difficulté à incarner le personnage du Premier Ministre, Jean Castex doit composer avec un Chef de l’État qui a décidé de se retirer publiquement de la gestion quotidienne du pays afin de se consacrer – du moins aux yeux des médias – à l’international, à l’Europe, et aux grands sujets de société comme le séparatisme. Par ailleurs ce n’est un secret pour personne que le Président de la République passe du temps à préparer les prochaines élections. En essayant de pousser Jean-Michel Blanquer en île de France face à Valérie Pécresse et en tentant d’empêcher une trop belle victoire de Xavier Bertrand dans les Hauts de France. D’autant plus que, de semaine en semaine, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy grappille des points dans les sondages. Et cela devrait s’accentuer avec la défection officielle de François Baroin pour la prochaine présidentielle.

 

Une fin d’année au mieux atone

 

À tout cela s’est ajoutée cette semaine une mauvaise nouvelle sur le front économique. Les prévisions pour la fin d’année deviennent de plus en plus incertaines en France en raison de la résurgence de l’épidémie de coronavirus, a en effet prévenu l’Insee, pour qui les nouvelles mesures de restrictions sont susceptibles de faire rechuter l’activité économique en fin d’année. Comme depuis le début de la crise sanitaire, c’est l’évolution de l’épidémie qui devrait en grande partie conditionner celle de l’activité économique des tout prochains mois, indique l’Institut national de la statistique dans sa note de conjoncture du mois d’octobre publiée mardi.

Depuis mardi, Paris et la petite couronne ont été placées en alerte maximale face à l’épidémie, ce qui a entraîné l’instauration d’un nouveau régime de restrictions prévoyant notamment la fermeture des bars. Cette dégradation de la situation sanitaire se traduit déjà dans les indicateurs d’activité pour septembre, pointe l’Insee. Les enquêtes de conjoncture signalent une activité en retrait et certains autres indicateurs, comme les montants agrégés de transactions par carte bancaire, suggèrent un ralentissement de la consommation des ménages le mois dernier, selon l’institut. Si bien que dans un scénario où, au quatrième trimestre, les services les plus affectés reviendraient à leur niveau d’activité de juin dernier et où l’investissement resterait, par attentisme, à un niveau proche de celui du troisième trimestre, la croissance serait nulle en fin d’année, estime l’Insee. L’institut prévient toutefois qu’un durcissement durable des restrictions sanitaires pourrait provoquer une nouvelle contraction du PIB au quatrième trimestre. Pour l’ensemble de l’année, sa prévision reste toutefois inchangée avec une contraction attendue du PIB de l’ordre de 9 %.

 

Très forte hausse du chômage

 

Selon l'Insee, toujours, le taux de chômage en France doit grimper à 9,7 % de la population active en fin d’année. Soit une augmentation de 1,6 point. Malgré la baisse de l’emploi, le taux de chômage avait paradoxalement reculé au premier semestre (à 7,1 %). En effet, pendant le confinement, un grand nombre de personnes sans emploi avaient interrompu leurs recherches, conduisant à une baisse du nombre de chômeurs. Mais cet effet, spécifique au confinement, s’estompera en grande partie au second semestre avec un taux de chômage prévu à 9 % au troisième trimestre puis à 9,7 % fin 2020. En septembre, l’Insee tablait sur un taux autour de 9,5 %.

Cette hausse est la conséquence des suppressions d'emploi massives intervenues au premier semestre (715 000 emplois salariés), qui doivent augmenter très légèrement au second semestre pour atteindre 730 000 emplois salariés et 840 000 emplois au total. Ce net recul de l’emploi (de l’ordre de -3 % en moyenne annuelle) serait cependant beaucoup moins marqué que celui du PIB (-9 %), du fait tout à la fois du dispositif d’activité partielle, ponctuel ou de plus longue durée, mais aussi d’un phénomène de rétention de main-d’œuvre de la part de certaines entreprises qui conserveraient à ce stade une grande partie de leurs effectifs malgré la contraction de leur activité, selon l’Insee.

 

L’avertissement du Gouverneur sur la dépense publique

 

Pendant que Bruno Le Maire déclare "la dette, c’est de l’investissement" avant d’ajouter : "il faut dépenser vite, très vite", le Gouverneur de la Banque de France a tenu à faire entendre une autre musique, plus responsable. Le niveau de croissance des dépenses publiques françaises a atteint un niveau d'alerte, même en tenant compte du plan de soutien adopté en réponse à la crise du coronavirus, a prévenu notre grand argentier. "Il y a une vraie alerte. Il faut que nous retrouvions la maîtrise des dépenses publiques", a déclaré François Villeroy de Galhau sur France Inter. Avant d’ajouter : "nous ne pouvons pas tout nous offrir, tout le temps", a-t-il insisté, en rappelant que les dépenses publiques de la France ont augmenté "de 1 % en moyenne, après inflation" au cours des dix dernières années.

Aujourd'hui, les dépenses hors-Covid augmentent encore plus vite qu'avant, a mis en garde le gouverneur de la Banque de France en citant une étude du Haut conseil des finances publiques. La France a dévoilé un plan de soutien de 100 milliards d'euros le mois dernier, ce qui correspond à 4 % du produit intérieur brut (PIB). François Villeroy de Galhau a souligné que la France a un niveau de dépenses publiques déjà plus élevé que celui de nos voisins alors que nous avons le même niveau social, ce qui traduit selon lui un problème d'efficacité. Tout en précisant : "Il y a une dette justifiée qui est la dette Covid et il y a une dette dangereuse qui est celle où nous vivrions durablement au-dessus de nos moyens."

 

Capitalisme de l’ancien monde et du nouveau monde

 

Sur le front du business l’affaire Veolia-Suez a connu sa première étape marquante avec la décision prise par Engie lundi dernier vers 20 heures de céder un bloc représentant 29,9 % du capital de Suez à Veolia sur la base de 18 euros par titre. Dès le lendemain, et en dépit de certaines tracasseries juridiques, le mouvement de titres avait lieu, et Engie encaissait la somme de 3,4 milliards d’euros. Le groupe conserve encore 1,82 % du capital de Suez selon un avis publié par l’AMF. Vendredi soir, à la surprise générale, le tribunal judiciaire de Paris, saisi par les comités sociaux et économiques de Suez, a ordonné la suspension de l'opération de Veolia, dont l'OPA à venir, tant que ces derniers n'auront pas été consultés. Engie et Veolia font appel de la décision. C'est la première étape d'une riposte juridique tous azimuts qui irai de la dénonciation d’une action de concert à celle d’une cession dolosive, en passant par l’accusation de contrôle de fait...

Après cette bataille qui nous a renvoyés pendant six semaines dans les méandres d’un capitalisme du "très ancien monde", l’annonce vendredi du rachat par Euronext de Borsa Italiana dans des conditions de respect exemplaire de l’identité de la société acquise tout en poursuivant la construction d’un modèle fédéral de plate-forme boursière à dimension pan-européenne a eu des allures d’opération comme en rêve le capitalisme "du nouveau monde". D’autant que si l’action Euronext a baissé vendredi, uniquement en raison de la perspective d’une importante augmentation de capital, ce deal devrait créer beaucoup de valeur. Et permettre à Euronext d’asseoir son leadership sur les transactions cash en Europe devant Deutsche Börse. Le caractère profondément européen de cette transaction a été salué par Clément Beaune, le Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes, qui s'est félicité dans un tweet de la naissance d'un "vrai champion européen... pour s'affirmer dans l'Europe de l'après-Brexit."

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