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Yves de Kerdrel
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Reconfinement inévitable
par Yves de Kerdrel
Progressivement les pouvoirs publics préparent les esprits à des reconfinements partiels et locaux mais drastiques. Avant cela le seuil des couvre-feux sera abaissé à 19 heures dès la semaine prochaine, dans les principales métropoles. Du coup le quatrième trimestre sera à nouveau en décroissance et de surcroît l’Etat devra assumer quelques milliards de plus liés à ces mesures coercitives.
"Quand nous regardons les données que nous fournissent les épidémiologistes et les modélisateurs, nous avons le sentiment d’être face à un mur". Voilà ce que nous déclarait en milieu de semaine l’un des plus proches conseillers de Jean Castex. Avant d’assurer : "bien sûr qu’il va falloir abaisser à 19 heures le déclenchement du couvre-feu dans les métropoles. Et très probablement il va falloir reconfiner à l’issue des vacances de la Toussaint afin d’éviter une envolée des contaminations dans la foulée des transhumances d’automne.
Tout cela explique les accents graves du Premier Ministre au cours de la conférence de presse qu’il a donnée jeudi dernier. Une intervention au cours de laquelle il a considérablement élargi le couvre-feu à de nombreux départements, y compris très ruraux. Si bien que 46 millions de Français vivent désormais sous ce régime qui n’est rien d’autre qu’un confinement entre 21 heures et 6 heures du matin. En attendant sans doute un véritable reconfinement, de manière à casser les chaines de contamination et à protéger le système de santé, au moment où il commence à être débordé. C'est du moins ce qu'a laissé entendre hier soir le Professeur Arnaud Fontanet sur LCI.
Réduire la vie sociale au maximum
Il faut reconnaître que la France a dépassé vendredi le seuil symbolique du million de personnes infectées par le coronavirus après un nouveau record journalier de contaminations qui intervient sur fond de durcissement des restrictions à travers le pays. Selon le dernier bilan de Santé Publique France, le pays a recensé 42 032 contaminations dues au coronavirus lors des dernières 24 heures, ce qui porte le total à 1 041 075 personnes infectées par le virus apparu en décembre dernier en Chine. Le nombre de nouveaux cas recensés vendredi marque un nouveau record journalier après celui enregistré la veille (41 622 cas).
Le président de la République a prévenu vendredi les Français qu’il leur faudrait vivre avec le coronavirus au mieux jusqu’à l’été prochain. La question c’est comment vivre avec le virus dans cette période. "Dans la phase où nous sommes, nous n’avons d’autre choix, compte tenu du nombre d’infections par jour, que de freiner c’est-à-dire de réduire notre vie sociale au maximum, limiter les contacts pour casser sa circulation", a-t-il ajouté, précisant qu’il était trop tôt pour dire si des mesures de confinement seraient à nouveau nécessaires. Un premier bilan sur l’effet du couvre-feu sera fait en milieu de semaine prochaine. Avec 298 décès supplémentaires recensés lors des dernières 24 heures, la France dénombre désormais 34 508 morts liées au coronavirus. Le nombre de patients hospitalisés en raison du COVID-19 s’élève désormais à 15 008, dont 2 441 en réanimation. Quant au taux de positivité des tests, il continue de grimper, passant de 14,3 % jeudi à 15,1 % ce vendredi, selon SPF.
Un coût supplémentaire de 2 milliards
Les mesures de couvre-feu en France pour tenter d’endiguer la deuxième vague épidémique auront un coût d’un peu plus de 2 milliards d’euros pour les finances publiques. Tout en ajoutant "qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir, car nous avions anticipé ce risque sanitaire". Et d’ajouter : "nous pouvons tenir jusqu’à la fin de l’année, début de l’année prochaine avec les sommes que nous avions prévues" précisant par exemple que sur les 9 milliards d’euros anticipés pour le Fonds de solidarité, six seulement avaient été dépensés à ce stade de la crise.
Bruno Le Maire a ajouté qu’il y avait un risque de contraction du produit intérieur brut au quatrième trimestre. Il a indiqué que les services de Bercy avaient intégré, dans le calcul d’estimation de la conjoncture, un recul du PIB sur ce dernier trimestre de l’année. "Tout cela, nous l’anticipions et de la même manière que je vous dis qu’au quatrième trimestre nous risquons d’avoir un chiffre de croissance négatif, je vous dis qu’il y aura un fort rebond de l’économie française en 2021 et que nous pourrons retrouver en 2022 notre chiffre de développement économique de 2019", a-t-il poursuivi.
Pas d’union nationale après le drame de Conflans
Cette actualité a chassé la macabre décapitation du professeur Samuel Paty par un islamiste radical et l’hommage national qui lui a été rendu. En dehors des efforts déployés par le gouvernement pour prendre des mesures fortes comme l’expulsion de musulmans radicalisés et fichés ou la fermeture de centres sportifs et de mosquées, il est difficile de savoir à qui profite politiquement cette nouvelle manifestation de l’islam radical sur notre territoire.
Marine Le Pen a évité de trop parler pensant que les seuls faits jouaient en sa faveur. Xavier Bertrand est monté au créneau en demandant une réforme de la constitution. Une chose est sûre, ce drame n’a pas provoqué d’union nationale. Et le discours sur le séparatisme d’Emmanuel Macron prononcé le 2 octobre dernier apparaît bien fade à la relecture après ces derniers évènements.
Où l’on reparle d’un report des élections
En plus de cela vient se greffer la question du report des prochaines élections, pour cause d’état d’urgence sanitaire. Officieusement, c’est surtout parce que le Chef de l’État craint une défaite plus cinglante qu’aux municipales. Pour leur seul un report des élections territoriales (départementales) serait acté. Reste la question des Régionales. Jean Louis Debré a été chargé d’une mission afin de sonder les reins et les cœurs des chefs de parti et des présidents de région.
En dehors de toute considération sanitaire – on ignore ce que sera la situation à la fin mars prochain, les intéressés sont très opposés à un tel report. Le but du Chef de l’État est surtout d’éviter une victoire triomphale de Xavier Bertrand dans les Hauts de France, qui lui servirait de piédestal pour les présidentielles. Il faudra attendre encore quelques semaines avant de connaître le verdict présidentiel.
Contraction de l’activité en octobre
Au chapitre économique, il faut noter une nouvelle contraction du secteur privé en octobre en zone Euro. Celle-ci est retombée en territoire de contraction en octobre sous l'effet des mesures de restriction mises en place pour contrer la deuxième vague de la pandémie de coronavirus, montrent les résultats préliminaires de l'enquête mensuelle que réalise IHS Markit auprès des directeurs d'achat. L'indice composite, qui combine l'activité des services et celle du secteur manufacturier, s'affiche à 49,4, soit sous le seuil de 50 séparant la contraction de la croissance, après 50,4 en septembre.
Cet indice composite est pénalisé par celui des services, tombé à 46,2 après 48,0 en septembre. L'activité du secteur manufacturier a en revanche dépassé les attentes avec un indice à 54,4, au plus haut depuis 26 mois, contre 53,7 en septembre. La perspective d'un retour en récession mettra davantage de pression sur la Banque centrale européenne pour mettre en œuvre des mesures supplémentaires de soutien et sur les gouvernements pour aider à absorber l'impact des mesures de confinement.
Une baisse du moral des patrons
Le secteur privé français est resté en contraction en octobre, pénalisé par les nouvelles mesures de restriction mises en place pour tenter d'endiguer la résurgence de la pandémie de coronavirus. L'indice composite, qui combine l'activité des services et celle du secteur manufacturier, est tombé à un creux de sept mois à 47,3, contre 48,5 le mois précédent, montrent les résultats préliminaires de l'enquête mensuelle réalisée par IHS Markit auprès des directeurs d'achat (PMI). Il reste ainsi sous le seuil de 50, soit en territoire de contraction.
L'indice manufacturier a baissé légèrement mais reste en zone de croissance, à 51,0 contre 51,02 en septembre. L'indice des services a touché de son côté un creux de cinq mois, à 46,5 contre 47,5 le mois précédent. Les dernières données sur les PMI apportent encore des mauvaises nouvelles pour les entreprises françaises, affirme-t-on chez IHS Markit. Ces résultats suggèrent que la récente progression des cas de COVID-19 et les mesures de restriction prises en conséquence ont eu un effet négatif notable sur les conditions d'activité pour les entreprises.
Baisse également du climat des affaires
À ces statistiques s’ajoutent celles sur le climat des affaires en France qui s'est dégradé en octobre, le rebond de l'épidémie de Covid-19 pesant sur les perspectives d'activité, selon les données publiées jeudi par l'Institut national de la statistique et des études économiques. L'indicateur synthétique du climat des affaires en France a perdu 2 points en octobre, à 90. Le climat des affaires retrouve son niveau d'août, bien inférieur à sa moyenne de long terme (100), a souligné l'Insee.
Le recul est marqué dans les services, en particulier dans l'hébergement-restauration, secteur affecté par le renforcement des mesures d'endiguement sanitaire, a expliqué l'Insee. Le repli est plus modéré dans l'industrie. Dans le commerce de détail, le climat des affaires est stable. Les perspectives d'activité déclarées par les chefs d'entreprise du bâtiment se stabilisent également, a ajouté l'institut. Dans le secteur de l'industrie, le climat des affaires a baissé d'un point en octobre, à 93. Le climat de l'emploi a reculé de 3 points en octobre, pour s'établir à 89.
Le BCG voit un essoufflement de la relance
Mais le fait le plus intéressant de la semaine a été la publication par le Boston Consulting Group de son cinquième baromètre de la reprise économique. Car le document fait clairement état d’un essoufflement de la relance. Selon le cabinet de conseil, la stratégie du gouvernement ne permettra pas tout de suite d’inverser cette tendance. Après avoir sombré au printemps et connu une reprise plus forte qu’anticipée cet été, l’économie mondiale présente des nouveaux signes de rechute, résume le BCG dans son baromètre. Certains pays résistent mieux que d’autres.
C’est le cas de la Chine et des États-Unis. Le premier pays peut capitaliser sur le redémarrage de ses exportations tandis que le second s’est montré moins sévère dans ses mesures de confinement… Au détriment de la santé ? Avec plus de 220 000 morts, les États-Unis constituent la nation la plus endeuillée par la pandémie de Covid-19.
Décrochage de l’économie française
En Europe, l’apparition de nouveaux clusters a cassé la dynamique de reprise. L’activité des consommateurs a diminué de 6 % entre février et septembre. La France est particulièrement concernée. Il y a un décrochage de l’économie espagnole et de l’économie française, notamment par rapport à l’Allemagne, fait remarquer Sylvain Duranton, directeur monde de BCG Gamma, l’entité du cabinet dédiée à l’intelligence artificielle.
L’Allemagne affiche ainsi un baromètre d’activité des consommateurs à 98 en septembre (100 représentant le niveau d’activité en septembre 2019). De son côté, la France est descendue à 94 contre 95 début septembre. Une baisse modérée mais préoccupante. C’est un signe un peu avant-coureur de la dynamique économique pour les semaines qui vont venir. Cet indicateur, qui avait beaucoup porté le rebond depuis mai, se stabilise, analyse Sylvain Duranton. La mécanique de rebond s’est enrayée.
Des plans de relance bien trop tardifs
En fait le BCG regrette un plan de relance principalement fondé sur une stratégie de moyen terme. Certains plans de relance, dont le plan français, sont trop orientés sur des programmes d’investissements et de modernisation dans des secteurs d’avenir, observe Sylvain Duranton qui note l’absence de vrais stimuli de la demande à très court terme. Pour que cette reprise continue à se matérialiser, il faut absolument que les ménages continuent de dépenser.
Avec cette accumulation d’épargne chez les entreprises et les ménages, le BCG redoute que la crise contamine les institutions financières. Aujourd’hui, grâce aux mécanismes de support dans la plupart des pays, il y a eu relativement peu de faillites et de défaillances qui ont entraîné le non-remboursement des crédits bancaires. À l’évidence, un certain nombre d’entreprises sont potentiellement défaillantes et sont sous perfusion. Ce qui inquiète énormément les institutions financières.
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