WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Les jours de plomb
par Yves de Kerdrel

Le reconfinement que nous annoncions dimanche dernier s’est fait dans la précipitation et s’applique depuis vendredi à 0 h 00. Même si, à la demande du Medef il n’empêche pas les usines de tourner, les chantiers de fonctionner, cet échec dans la gestion de la crise sanitaire risque de plomber le climat économique et la confiance des chefs d’entreprise comme des consommateurs. Dans une période marquée par la succession d’attentats meurtriers.

01/11/2020 - 08:52 Temps Lecture 17 mn.

Rien ne va plus. Ainsi que WanSquare l’annonçait dans ces mêmes colonnes dimanche dernier, le reconfinement est devenu inévitable, tant les chiffres de circulation de virus se sont subitement accélérés. Et avec eux, ceux des hospitalisations et des admissions en réanimation. En valeur absolue, ces chiffres sont moins inquiétants qu’en mars dernier. Mais leur cinétique est beaucoup plus forte, et risque de s’accélérer encore avec le retour du froid et l’arrivée de la grippe saisonnière.

C’est ce qui a conduit Emmanuel Macron à prendre conscience lundi matin qu’un reconfinement – qu’il s’était promis d’éviter – devait être mis en œuvre. Officiellement jusqu’au 1er décembre "a minima" comme il l’a lui-même déclaré dans une allocution solennelle mercredi soir à 20 h 00. Mais sans doute pour une période de trois mois, assurent les médecins qui le conseillent, et les proches de Jean Castex. De fait cela comprendra les vacances de Noël et les fêtes de fin d’année. Surtout cela pèsera fortement sur l’activité commerciale – toujours très forte – au mois de décembre.

 

Une forme de constat d’échec

 

À l’Élysée on estime qu’il s’agit d’un constat d’échec. L’Allemagne a décidé de fermer un certain nombre de commerces. Mais la plupart de nos voisins européens, à l’exception de l’Irlande n’ont opté que pour des reconfinements partiels. Cela peut laisser penser que le déconfinement – organisé par Jean Castex – avant qu’il devienne Premier Ministre a été mené trop rapidement, que les Français n’ont pas été maintenus en état de précaution pendant les vacances d’été, et que les avertissements publiés fin juin par le Conseil Scientifique, n’ont pas été suffisamment pris au sérieux.

Par ailleurs ce reconfinement intervient au moment où le Général Lizurey, ancien patron de la Gendarmerie Nationale jusqu’à l’an dernier, qui avait été chargé par Édouard Philippe de veiller sur la bonne application du premier confinement, vient de publier un rapport très sévère sur le manque de rigueur dans l’application des mesures du printemps dernier, et notamment sur les résistances de certaines hautes administrations.

 

Un nouveau coût de 50 milliards par mois pour le PIB

 

Naturellement, c’est Geoffroy Roux de Bézieux qui a le plus bataillé afin que ce reconfinement n’empêche pas la France de travailler. De fait, cette fois-ci les usines pourront continuer à tourner, les artisans pourront travailler, les chantiers pourront se dérouler. Mais trop de commerces sont maintenus sous cloche pour ne garder ouverts que les activités dites "essentielles". La question des librairies restées en débat pendant 48 heures a finalement été tranchée de manière négative. Ce qui est absurde en cette période de prix littéraires et de journées plus courtes.

En dépit des aménagements obtenus par le Medef le coût estimé de ce reconfinement serait de 40 à 50 milliards d’euros par mois, auquel il faudra ajouter les nouvelles mesures de soutien annoncées jeudi soir par Bruno Le Maire. Avec plus de liquidités mises à la disposition des indépendants, déjà exsangues, une extension de la pratique des prêts garantis par l’État et toujours le recours au chômage partiel qui est nécessaire pour les commerces obligés de fermer, mais très coûteux pour l’État.

 

Et quel impact sur la confiance ?

 

Le problème c’est que ce second coup de massue, en l’espace de six mois, sur la tête des Français, des entrepreneurs et de l’économie tout entière, sans compter les impacts terribles sur la vie sociale – l’homme est un animal social disait Aristote - a des effets terribles sur la confiance en général. Sur la confiance que chacun peut avoir à l’égard des pouvoirs publics, à l’égard de la communauté scientifique, et surtout à l’égard de l’avenir.

Ce reconfinement qui tombe au moment précis où les entreprises mettent la dernière main à leurs budgets va évidemment entraîner des mesures de gel d’investissements ou d’embauches qui sont catastrophiques pour le rebond attendu en 2021. Idem pour les consommateurs, à commencer par ceux frappés par le chômage partiel, qui vont continuer à épargner autant que possible par crainte de l’avenir. D’autant qu’une étude du King’s College avait prévenu que ce type de pandémie ne pourrait être endiguée que par une suite de confinements, déconfinements et reconfinements. Si bien que certains se demandent déjà quand aura lieu le troisième reconfinement.

 

Un climat plombé par la multiplication des attentats

 

Tout cela est intervenu alors que la France essayait de chasser les fantômes de l’horrible décapitation du Professeur Samuel Paty. Un acte terroriste qui avait donné lieu à un hommage national où certains propos du Chef de l’État ont donné lieu à des scènes d’hystérie anti-française dans les Pays du Golfe et notamment en Turquie. Ce qui a conduit Emmanuel Macron à rapatrier notre ambassadeur à Ankara. Tout cela dans le silence assourdissant de l’OTAN qui réunit dans son alliance militaire la France… et la Turquie entres autres pays.

Et jeudi, jour anniversaire de la naissance de Mahomet, trois attentats ou tentatives d’attentats ont eu lieu contre des Français. Dont un horrible triple meurtre commis dans la basilique de Nice, où un tunisien arrivé récemment de Lampedusa, a égorgé deux personnes et en a décapité une troisième à 9 heures du matin alors que Jean Castex annonçait son nouveau plan sanitaire à l’Assemblée. De quoi plomber un peu plus une France, désarmée politiquement, face à ce terrorisme islamique, et par ailleurs affaiblie par le confinement.

 

Dérive en douceur de la pratique institutionnelle

 

Dans ce contexte très particulier on assiste tout doucement à une dérive inquiétante de la pratique institutionnelle par le Chef de l’État. On se souvient qu’en mars dernier, il avait songé à recourir à l’article 16 de la constitution qui permet au Président de la République de s’arroger "les pleins pouvoirs". Une disposition utilisée une seule fois, par le Général de Gaulle lors du putsch d’Alger, et à laquelle s’était fortement opposé Marc Guillaume, très fin constitutionnaliste. Ce qui lui a sans doute coûté son poste de Secrétaire Général du Gouvernement quelques semaines plus tard.

Il reste qu’Emmanuel Macron n’a plus de Premier Ministre, puisque Jean Castex est officieusement un directeur de cabinet. Et surtout les conseils de défense ont désormais tendance à supplanter les conseils des ministres. Ces conseils de défense qui sont prévus par la constitution dans un cadre précis, se tiennent désormais plusieurs fois par semaine (trois fois la semaine passée). Ils permettent au Chef de l’État de choisir quels ministres ont le droit d’y assister et de convier des personnalités "civiles". Par ailleurs ils ne donnent pas lieu à un compte rendu officiel, et sont couverts par le secret-défense. Et le Premier Ministre n’y fait que de la figuration. À cette dérive institutionnelle préoccupante, qui s’ajoute à une régression constante des libertés publiques, va venir se greffer le report probable des prochaines élections pour cause d’état d’urgence sanitaire qui vient à échéance le 16 février 2021. Ce qui empêche toute campagne électorale !

 

Et pourtant le troisième trimestre fut bon !

 

Au chapitre économique il y a bien sûr de nouvelles préoccupations sur la croissance. Alors que le produit intérieur brut de la France a rebondi de 18,2 % au troisième trimestre, par rapport au trimestre précédent, ainsi que l’a annoncé vendredi l’Insee dans sa première estimation. Au deuxième trimestre, le PIB du pays avait reculé de 13,7 % par rapport aux trois mois précédents. Sur un an, le PIB demeure nettement en dessous de son niveau d'avant la crise sanitaire, avec un repli de 4,3 %, a indiqué l'Insee.

Toutes les composantes de la demande intérieure ont rebondi nettement au troisième trimestre. C'est le cas en particulier des dépenses de consommation des ménages (+17,3 % au troisième trimestre) qui se rapprochent de leur niveau d'avant-crise (-2,1 % en glissement annuel), ainsi que des dépenses de consommation des administrations publiques qui le dépassent même légèrement (+0,4 % en glissement annuel), a expliqué l'Insee. En revanche, la formation brute de capital fixe (FBCF) demeure fortement en retrait (-5,1 % en glissement annuel), malgré son rebond au troisième trimestre (+23,3 %), a noté l'institut.

 

Vers une récession de 11 % en 2020

 

Naturellement le gouvernement va revoir à la baisse sa prévision concernant le produit intérieur brut en 2020 afin de tenir compte du confinement, a annoncé vendredi le ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire. "Nous fixerons la récession à -11 % pour 2020", a affirmé le membre du gouvernement sur France Inter. L'exécutif prévoyait auparavant une chute du PIB de 10 % pour l'année en cours. "Oui nous allons avoir un quatrième trimestre difficile, forcément, puisque nous sommes confinés", a reconnu Bruno Le Maire. Néanmoins la révision de la prévision d'activité pour 2020 demeure "modérée", a souligné le ministre, notamment en raison du fort rebond du PIB au troisième trimestre. Mais les prévisions du locataire de Bercy sont encore peu affinées et ne tiennent pas compte du comportement des agents économiques au cours des deux mois à venir.

La deuxième vague de l'épidémie de COVID-19 va provoquer une nouvelle contraction de l'économie française au quatrième trimestre même s'il est à espérer qu'elle sera moins forte que la récession du premier semestre, a déclaré, pour sa part, François Villeroy de Galhau. "Le Covid a provoqué une chute sans précédent du PIB français aux premier et deuxième trimestres et sa deuxième vague déclenchera une nouvelle contraction au quatrième trimestre, moins grave espérons-le", a dit le gouverneur de la Banque de France lors d'une conférence sur le climat et la finance à Paris.

 

La BCE prépare des mesures pour décembre

 

La Banque centrale européenne a laissé jeudi sa politique monétaire inchangée mais a ouvert la porte à des mesures de soutien supplémentaires en décembre pour contrer les dégâts économiques de la deuxième vague de la pandémie de coronavius qui déferle sur l'Europe. Si elle n'a pas modifié les paramètres de sa politique, l'institution de Francfort a laissé entendre très clairement qu'elle se tenait prête à les ajuster dès sa prochaine réunion, répondant ainsi aux attentes des marchés.

"Nous reconnaissons tous le rôle et l'importance de la force motrice de la pandémie, et l'augmentation de la contagion, ainsi que l'impact que les mesures de restriction vont avoir sur l'économie", a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde, à l'issue de la réunion du Conseil des gouverneurs de l'institut d'émission. "C'est sur ce constat et cette reconnaissance que nous nous sommes entendus, tous, sur la nécessité d'agir et donc de recalibrer nos instruments lors de la prochaine réunion de notre Conseil des gouverneurs", a-t-elle ajouté lors de sa conférence de presse.

 

Poursuite du PEPP

 

En attendant, la BCE a laissé le taux de la facilité dépôt fixé à -0,5 %, le taux de refinancement à zéro et le taux de la facilité de prêt marginal à 0,25 %. Parallèlement, la banque centrale s'engage à poursuivre ses achats de titres sur le marché dans le cadre du "programme d'achats d'urgence face à la pandémie" (pandemic emergency purchase programme, PEPP), dont l'enveloppe totale a été portée en juin de 750 milliards à 1 350 milliards d'euros. De nouvelles mesures en décembre sont désormais quasiment certaines, indiquent les termes choisis pour le communiqué. Qu’on en juge : "En décembre, les nouvelles projections macroéconomiques des services de l’Eurosystème permettront une réévaluation approfondie des perspectives économiques et de la balance des risques" affirme le communiqué de la BCE.

Lors de sa conférence de presse, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a expliqué que les prévisions de croissance à court terme se dégradaient clairement et que les pressions sur les prix demeuraient contenues. L'augmentation des cas de COVID-19 et l'intensification des mesures de restriction qui en découle pèsent sur l'activité, ce qui constitue un facteur de détérioration net pour les perspectives à court terme.

 

Toujours pas de plan de relance européen !

 

Ces annonces sont conformes aux prévisions des intervenants de marché, qui estimaient majoritairement que la BCE attendrait sa réunion de décembre pour agir face à la deuxième vague de COVID-19 qui vient de conduire la France et l'Allemagne à annoncer de nouvelles mesures de confinement susceptibles de peser sur leurs économies. La BCE n'a plus beaucoup de marges de manœuvre mais les marchés s'attendent néanmoins à la voir annoncer en décembre qu'elle augmente le volume de ses achats d'actifs et qu'elle offre aux banques des conditions de financement encore plus favorables.

Christine Lagarde devrait également maintenir la pression sur les gouvernements européens afin qu'ils assurent un soutien budgétaire massif et mettent rapidement en application un plan de relance de 750 milliards d'euros. La réaction des marchés aux annonces de jeudi a été relativement modérée. L'euro a légèrement creusé ses pertes face au dollar et les rendements des emprunts d'État de référence de la zone euro ont peu varié. Les indices boursiers européens, qui s'étaient retournés à la baisse avant même la publication du communiqué de la BCE, ont légèrement accentué leur repli dans un premier temps avant de se retourner à la hausse.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Les jours de plomb

01/11/2020 - 06:30

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Reconfinement inévitable

25/10/2020 - 06:30

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Viva España

28/10/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / It is morning in America

24/10/2020 - 09:30

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Le testament de Rocard

20/10/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / La Chine triomphe en silence

17/10/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Comment Poutine a été mis sous tutelle

10/10/2020 - 09:30

Chronique / Amélie Blanckaert

Chronique / Faux débat

08/10/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Les États-Unis au pied du mur

03/10/2020 - 09:30