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Yves de Kerdrel

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Le confinement dans l’impasse
par Yves de Kerdrel

Pendant que les États-Unis attendent que Donald Trump reconnaisse enfin sa défaite face à la victoire désormais certaine de Joe Biden, la France vit à l’heure du deuxième confinement. Il est trop tôt pour en mesurer les effets. Mais il est critiqué de toutes parts. Par la sphère médicale qui ne le trouve pas assez strict. Par les commerçants qui le trouvent trop strict. Et par les experts qui estiment qu’il va plomber trop longtemps l’économie française.

08/11/2020 - 06:45 Temps Lecture 17 mn.

Autant le premier confinement, qui a débuté le 17 mars dernier et a pris fin le 11 mai a été bien accepté par tous et surtout bien compris, autant ce second confinement continue de poser de très nombreux problèmes, une dizaine de jours après le début de sa mise en œuvre. Et les tensions qui se sont manifestées à l’Assemblée Nationale, les emportements excessifs d’Olivier Véran, et les aménagements impromptus – comme celui à destination des lycéens communiqué précipitamment jeudi dernier dans la soirée – ne font qu’ajouter à la confusion.

Bien sûr cette seconde vague épidémique semble plus forte que ce qui avait été anticipé. Bien sûr le nombre de contaminations atteint un chiffre record bien que l’on connaisse mal sa répartition entre personnes à risques et cas asymptomatiques. Bien sûr le système hospitalier, qui n’a pas tiré les leçons de la première vague du virus est saturé et ses soignants sont épuisés. Mais tout cela n’empêche pas certains, dans le premier cercle du pouvoir, de s’interroger sur la réelle opportunité d’un confinement dont les effets risquent par ailleurs d’être moins saillants que le premier comme l’a révélé une note rédigée par le Directeur de la Santé.

 

Un autoconfinement pour les personnes à risques

 

Comme nous l’écrivions ici même il y a deux semaines l’Élysée a cherché par tous les moyens à organiser un confinement pour les seules personnes à risques. C’est-à-dire pour les Français âgés de plus de 65 ans et pour tous ceux atteints d’une comorbidité (diabète, surpoids, problèmes cardiaques ou pulmonaires et baisse des défenses immunitaires). Déjà au mois de mai dernier le Conseil Scientifique avait souhaité que le premier confinement ne soit pas levé pour ces 18 millions de personnes.

Mais après une forte intervention de Brigitte Macron, concernée par des mesures d’âge, et des menaces d’illégalité venues du Conseil d’État, le gouvernement s’est finalement résolu à lever le confinement pour tous les Français. Il y a bien à nouveau, et comme lors du premier confinement, cohabitation sur ce sujet entre l’Élysée qui veut assouplir autant que possible ces mesures coercitives et très dommageables pour l’économie, l’activité et le commerce à 45 jours de Noël, et Matignon ainsi que l’Avenue de Ségur où l’on veut faire preuve de la plus grande rigueur. L’échec du déconfinement géré par Jean Castex explique sans doute sa volonté de ne pas persévérer dans l’erreur avec un confinement qui mécontenterait tout le monde.

 

Olivier Véran de plus en plus critiqué

 

Dans ce climat de plus en plus tendu entre les deux têtes de l’exécutif, la représentation nationale a eu à s’exprimer sur la mise en place de l’état d’urgence sanitaire. Olivier Véran, avec l’accord de l’Élysée qui voulait ainsi torpiller les campagnes électorales du printemps prochain, avait fixé une date d’échéance de cet état d’urgence au 16 février 2021. Mais compte tenu de la jauge à 50 % des députés en séance, de l’incapacité de Christophe Castaner à tenir le groupe des députés marcheurs, les députés ont voté une fin d’état d’urgence sanitaire avant Noël.

C’est ce qui a rendu hystérique Olivier Véran qui, revenant de la visite d’un service de réanimation avec Jean Castex a piqué une grosse colère devant les députés, les invitant même à sortir de l’Assemblée… (ce qui est une démarche curieuse). Pour finir le texte a été revoté avec un état d’urgence prolongé jusqu’à la mi-février. Ce qui va une nouvelle fois restreindre les libertés publiques des Français. Sans que l’on sache vraiment en quoi cet état d’urgence sanitaire est de nature à endiguer la pandémie.

 

Un confinement accepté par les cadres

 

Selon un sondage réalisé par Elabe, l’adhésion au confinement national est approuvée par 71 % des Français, en hausse de 4 points en un peu moins d’une semaine. Une approbation majoritaire et qui progresse mais qui reste bien inférieure à celle enregistrée au début du premier confinement (93 % le 18 mars 2020). À l’inverse, 29 % des Français y sont opposés. La quasi-totalité des électeurs d’Emmanuel Macron sont favorables au confinement national (88 %) L’approbation est majoritaire au sein de l’électorat de François Fillon, mais contrairement aux autres, celle-ci recule (73 %, -2).

Si l’adhésion au reconfinement est plus importante chez les 65 ans et plus (79 %, +3), qu’au sein des autres tranches d’âges, elle enregistre une forte progression chez les 18-24 ans (65 %, +13). D’un point de vue socio-économique, l’approbation au confinement progresse fortement chez les cadres (73 %, +13), et légèrement chez les professions intermédiaires (72 %, +6) et les employés (63 %, +5), tandis qu’elle recule chez les ouvriers (63 %, -6). Par ailleurs 90 % des Français déclarent bien respecter les mesures de confinement mises en place depuis vendredi dernier. 64 % estiment que le confinement est bien respecté par les gens autour d’eux. Enfin, 8 Franciliens sur 10 déclarent qu’ils respecteraient de manière stricte un couvre-feu s’il était mis en place dans leur région

 

Un confinement critiqué par les médecins eux-mêmes

 

Tout le problème de ce confinement qualifié de "light" à l’Élysée est qu’il ne satisfait pas les représentants du corps médical. Le Directeur Général de la Santé, Jérôme Salomon, qui fait l’objet de poursuites dans le cadre de la gestion de la première vague de la pandémie, a estimé dans une note à son ministre que "compte tenu de son caractère allégé", ce deuxième confinement pourrait rater ses objectifs. En principe c’est en fin de semaine prochaine que l’on devrait commencer à voir une inflexion des hospitalisations.

Si tel était le cas ce serait la double peine pour les Français qui pourraient voir ce confinement prolongé bien après les fêtes de Noël. D’une part pour être plus efficace. Et d’autre part pour éviter autant que possible les brassages de générations au moment des fêtes de fin d’année. Car, c’est l’une des rares certitudes de cette pandémie, le premier foyer de contaminations réside dans les réunions de famille, repas en nombre en milieu clos, mariages et enterrements.

 

Chute de la confiance dans l’exécutif

 

L’autre grand problème de ce confinement porte sur ses modalités d’exécution, s’agissant notamment des commerces obligés de fermer et des grandes surfaces contraintes de fermer certains rayons. Ce qui fait les beaux jours du commerce électronique et notamment d’Amazon. Une clause de revoyure prévoit une éventuelle adaptation de ces modalités de fermeture en fin de semaine prochaine. Et les discussions entre Bercy, qui a reçu toutes les fédérations professionnelles impactées, et Matignon risquent d’être très tendues.

Ces imbroglios expliquent sans aucun doute pourquoi la confiance envers l’exécutif pour lutter efficacement contre l’épidémie enregistre une forte baisse de 7 points, et retrouve son niveau le plus bas (35 %) depuis le début de la crise, toujours selon Elabe. À l’inverse, 64 % ne font pas confiance à l’exécutif pour gérer correctement cette deuxième vague. Politiquement, la confiance en l’exécutif baisse fortement chez les électeurs de François Fillon (35 %, -16) et ceux d’Emmanuel Macron (63 %, -11). D’un point de vue socio-économique, la confiance en l’exécutif baisse auprès de toutes les catégories socioprofessionnelles, mais de façon particulièrement forte chez les cadres (37 %, -14).

 

Le désolant spectacle américain

 

L’actualité de la semaine, et pour encore quelques jours a été focalisée par l’élection américaine. Un scrutin beaucoup plus serré que ce que les instituts de sondage l’imaginaient avec un record de mobilisation. Il semble que le vote populaire se soit mobilisé à la toute dernière minute en faveur de Donald Trump. Mais celui-ci n’arrive pas à l’emporter en dépit d’une victoire éclatante en Floride, grâce au vote latino. Cela l’a rendu d’autant plus furieux. Et décidé à multiplier les recours.

Certains tribunaux l’ont déjà débouté. Mais même s’il devait y avoir recomptage des bulletins de vote dans deux ou trois états, cela ne devrait pas empêcher Joe Biden d’accéder à la Maison Blanche, depuis qu'il a remporté hier la Pensylvanie, avec un vote des grands électeurs prévu le 14 décembre prochain. Toute la question sera de savoir quelle sera sa marge de manœuvre en matière de politique de budgétaire avec un Sénat qui devrait rester républicain. Il reste que sur le plan international, ce sera un motif de soulagement surtout s’il nomme Condie Rice à la tête du Secrétariat d’État. Ce qui permettrait d’envisager une nouvelle et vraie relation transatlantique et une nouvelle approche de l’islam radical.

 

La commission européenne est inquiète

 

Au chapitre économique il convient de noter que, compte tenu de la prolongation de la crise sanitaire, la Commission européenne prévoit désormais une contraction de 7,8 % de l'économie de la zone euro en 2020 avant un rebond de 4,2 % en 2021 puis de 3 % en 2022, selon les prévisions publiées jeudi par l'exécutif européen. Dans ses précédentes prévisions publiées en juillet, la Commission avait dit tabler sur une contraction de 8,7 % cette année et sur une croissance de 6,1 % l'an prochain. La Commission européenne prévient qu'en raison de la dégradation de la situation sanitaire, qui a obligé plusieurs pays européens à réinstaurer des mesures de confinement, les incertitudes et les risques sur la fiabilité de ses dernières prévisions automnales sont exceptionnellement importants.

Dans ses dernières perspectives, la Commission part du principe que les restrictions liées à la pandémie seront maintenues jusqu'en 2022 mais progressivement assouplies dès l'année prochaine. Elle suppose également qu'il n'y aura pas d'accord commercial entre l'Union européenne et la Grande-Bretagne au 1er janvier 2021. Pour la France, la Commission table sur une contraction du produit intérieur brut (PIB) de 9,4 % en 2020 avant un rebond de 5,8 % en 2021 puis de 3,1 % en 2022. De son côté, le gouvernement français prévoit une baisse de l'ordre de 11 % de l'activité économique du pays cette année. Malgré l'ampleur de la récession, le chômage dans la zone euro n'augmentera qu'à 8,3 % cette année contre 7,5 % en 2019 grâce aux mesures de chômage partiel mises en œuvre au début de la crise sanitaire. Il s'élèvera à 9,3 % en 2021, avant de retomber à 8,9 % en 2022.

 

L’AFT revoit à la hausse ses besoins de financement

 

Compte tenu du nouveau confinement qui a entraîné le vote d’une quatrième loi de finances rectificative, l'agence France Trésor a annoncé que les besoins de financement de la France s'élèveraient en 2020 à 361,6 milliards d'euros, un montant en hausse de 16,9 milliards d'euros par rapport à celui annoncé en septembre dans le cadre du projet de loi de finances pour 2021. Cette nouvelle modification est contenue dans le quatrième projet de loi de finances rectificative pour 2020, présenté mercredi par le gouvernement. Cette révision tient compte de l'augmentation du déficit budgétaire due aux mesures prises par l'exécutif pour lutter contre la seconde vague de la pandémie.

Les émissions de dette à moyen et long terme nettes des rachats prévues pour l'ensemble de l'année 2020 demeurent inchangées à 260 milliards d'euros. La variation nette de l'encours des titres de l'État à court terme (BTF) a elle été revue à 53,3 milliards d'euros, contre 42,8 milliards d'euros précédemment. L'Agence France Trésor a émis jeudi pour 10,994 milliards d'euros d'obligations assimilables du Trésor lors d'une adjudication. Elle prévoyait de lever entre 9,5 milliards et 11 milliards d'euros au cours de cette opération, qui portait sur la réouverture de lignes existantes. Sur les échéances à dix ans, le rendement moyen s’est établi à -0,38 %.

 

La Réserve Fédérale inquiète de la seconde vague

 

Enfin, en plein suspense sur l’issue du vote américain, la Réserve fédérale des États-Unis a laissé sa politique monétaire inchangée jeudi et redit qu'elle ferait le nécessaire pour soutenir la reprise de l'économie, menacée par les retombées de la pandémie de coronavirus et confrontée aux incertitudes liées à l'élection présidentielle. La banque centrale n'évoque pas le scrutin dans le communiqué de politique monétaire publié à l'issue de deux jours de débats. L'objectif de taux des fonds fédéraux reste fixé entre zéro et 0,25 %, son plus bas niveau historique, comme attendu par tous les économistes et analystes interrogés par Reuters.

Le président de la Fed, Jerome Powell, a déclaré lors d'une conférence de presse que la reprise de l'économie américaine avait ralenti après avoir profité dans un premier temps du soutien de la politique budgétaire et de la réouverture d'une partie des entreprises. Il a souligné que la remontée récente du nombre de cas d'infection par le coronavirus aux États-Unis comme à l'étranger était particulièrement préoccupante. Parallèlement, la Fed continuera d'acheter au moins 120 milliards de dollars par mois d'emprunts du Trésor et d'utiliser tous les autres instruments et programmes déployés depuis le début de la crise.

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