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Yves de Kerdrel
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Le défi du vaccin
par Yves de Kerdrel
Alors que les études sur plusieurs des vaccins présentés comme efficaces contre le Covid-19 ne sont pas terminées, le gouvernement a décidé de ne pas attendre. Et de vacciner un million de Français dès le mois de janvier. Notamment les personnes âgées. Le discours officiel reste ambigu. Officiellement la vaccination n’est pas obligatoire. Mais elle est présentée comme un geste altruiste.
Dans une semaine, la France abordera une nouvelle phase dans l’allègement du deuxième confinement. Les attestations de sortie ne seront plus obligatoires. Les Français pourront se déplacer. Notamment à l’occasion des vacances scolaires et des fêtes de fin d’année. Mais certaines restrictions demeurent. La plus incompréhensible étant l’ouverture des stations de ski, mais la fermeture des domaines skiables. Ce qui crée une très forte distorsion de concurrence avec l’Espagne, la Suisse ou l’Autriche.
Même si seulement 10 % des Français ont exprimé leur désir d’aller passer les fêtes à la montagne, cette mesure absurde fait beaucoup de mécontents. À commencer par les commerçants des stations de ski. Sans compter les 120 000 saisonniers qui travaillent chaque année, comme moniteurs de ski, ou loueurs de matériels de ski. La mesure étant tellement absurde qu’elle a entraîné une autre mesure stupide, celle de la rétorsion contre les Français qui iraient skier hors de France. Avec à la clé une mise en quarantaine à leur retour en France.
De nouvelles mesures ubuesques
Cela montre que le gouvernement ne fait pas beaucoup de progrès dans sa gestion de la crise sanitaire. Il s’est fait retoquer par le Conseil d’État sur la jauge de 30 personnes acceptées dans les lieux de culte. Ce qui l’a amené à communiquer en fin de semaine sur une nouvelle jauge établie en fonction de l’espacement entre les personnes désirant se rendre dans les lieux de culte. Une jauge, qui cette fois-ci, se fait au détriment des petites églises et des chapelles de la France profonde.
À vouloir tout édicter, l’Élysée comme Matignon vont de stupidités en stupidités alors que la deuxième vague est bel et bien terminée et que le nombre de contaminations est désormais infime. De la même manière, les pouvoirs publics ont édicté cette semaine une jauge pour les repas de fêtes limitant à six adultes le nombre de convives. Une jauge qui ne pourra pas être respectée. Sauf à compter sur la délation ou à créer une "brigade du foie gras" chargée d’aller inspecter dans les appartements parisiens ou dans les maisons très éclairées des grandes métropoles.
La parenthèse de l’hommage à Giscard
Mais à l’Élysée on a fini par se rendre compte qu’il fallait arrêter avec ces mesures affectant la vie privée des Français, et qu’aucun autre pays européen ne s’autorise à prendre. D’autant plus qu’une crise politique est apparue sur le fameux article 24 de la loi de sécurité globale, qui a amené Emmanuel Macron à piquer une grosse colère contre son Ministre de l’Intérieur, jugé bien trop rigide, et incapable de comprendre la sensibilité de ce sujet alors que les cas de violences policières sont de plus en plus médiatisés.
La mort de Valéry Giscard d’Estaing, intervenue mercredi dernier à 94 ans des suites du Covid, a permis aux médias de tourner la page de la pandémie et des ratés politiques pendant quelques jours. De la même manière qu’elle a permis à Emmanuel Macron de faire une allocution solennelle qui l’amène à ne pas parler – ou presque – de cette crise sanitaire.
Le grand désarroi des cafés, hôtels et restaurants
Il reste que si la seconde vague de cette crise semble aujourd’hui bien loin, les cafés, hôtels et restaurants sont contraints de rester fermés jusqu’au 20 janvier, soit encore plus d’un mois, alors que certains pubs ont rouvert outre-Manche et que les restaurants ont tous rouvert de l’autre côté de la frontière espagnole. Cette profession, pour laquelle Bruno Le Maire ne prévoit que des aides ponctuelles et non une indemnisation pour fermeture administrative, ne comprend plus pourquoi elle est à ce point sacrifiée.
À cela s’ajoute maintenant le report des soldes au 20 janvier prochain, alors que dans tous les autres pays européens elles sont maintenues aux dates habituelles. Ce qui abat un peu plus des commerçants qui ont été malmenés pendant les deux confinements et qui se retrouvent avec des stocks colossaux sur les bras. Notamment s’agissant du textile et de la collection automne-hiver.
Moins de 60 % des Français prêts à se faire vacciner
Jean Castex a donc choisi de tourner la page de ces différentes mesures, lors de sa dernière conférence de presse en présentant la stratégie vaccinale du gouvernement. Le but des autorités de santé, c’est de parvenir à vacciner 90 % de la population. Le seul problème, c’est le manque de confiance des Français envers les différents vaccins, d’autant plus que deux d’entre eux ont été mis au point avec une nouvelle technologie basée sur l’ARN, donc la thérapie génique.
Tout cela explique pourquoi seulement 59 % de nos concitoyens sont d’accord pour se faire vacciner. Ce qui est trop peu aux yeux du Ministre de la Santé qui n’a pas hésité à manier les méthodes de "père la morale" en expliquant que c’est nécessaire pour chacun d’entre nous, mais c’est aussi nécessaire pour protéger les personnes que nous rencontrons. Il a donc été convenu de "vendre" cette vaccination comme un acte altruiste. En se fiant au réseau de médecins généralistes afin d’établir un climat de confiance qui est nécessaire.
Une chaîne logistique bien préparée pour les vaccins
Sur le plan logistique, le Ministre de la Santé a longuement détaillé toutes les mesures qui ont été prises afin de faire en sorte que les trois vaccins disponibles soient achetés en quantité suffisante (100 millions d’unités pour une population de 67 millions de Français), soient stockés dans des congélateurs achetés pour l’occasion et soient ensuite acheminés vers les centres de vaccination dans un délai maximal de cinq jours.
Après le ratage des masques au printemps dernier et celui des tests en septembre et octobre, Olivier Véran a tenu à ce qu’il n’y ait aucun grain de sable dans la chaîne logistique très complexe qui est liée à cette vaccination de masse. Et cela est d’autant plus important que selon le cabinet Astérès, si la France n’atteint l’immunité collective (grâce aux vaccins) qu’en décembre 2021 au lieu de juin prochain, elle perdra 60 milliards d’euros de Produit intérieur brut et subira un surcoût de 30 milliards d’euros pour les finances publiques.
L’hypothèque de la troisième vague
Il a donc été décidé de vacciner en priorité, et si possible dés janvier, un million de Français, à commencer par les personnes âgées et notamment les résidents des EHPAD. Suivront ensuite les personnels soignants mais tous les Français que l’on a qualifiés comme étant en première ligne, les livreurs, les agents de caisses, les agents de sécurité, et tous ceux qui seront nécessaires à la logistique du vaccin.
Ce n’est qu’à partir de mars et jusqu’en juin prochain que la majorité des Français pourront se faire vacciner. Toute la question est de savoir si les brassages de population qui auront lieu à partir du 15 décembre, vont entraîner une seconde vague. D’autant plus que l’on annonce un mois de décembre froid, favorable à la propagation de la pandémie. Il y aura sans doute autour de la mi-février un passage difficile avec encore trop peu de Français vaccinés et un risque de troisième vague.
L’OCDE fait part d’un optimisme prudent
En attendant l’arrivée de ces vaccins a rendu l’OCDE assez optimiste quant à ses prévisions pour l’année prochaine. Selon l’organisation du Château de la Muette, l’économie mondiale devrait afficher en 2021 une croissance de 4,2 % après une contraction du même ordre prévue cette année. L’OCDE a par ailleurs réduit l’ampleur de la baisse en 2020 par rapport au chiffre communiqué en septembre (-4,5 %). L’organisation a cependant abaissé sa prévision de croissance de l’économie mondiale en 2021 par rapport à l’estimation indiquée en septembre, en raison de la deuxième vague de coronavirus qui a frappé une grande partie de l’Europe et des États-Unis. La prévision précédente pour 2021 était initialement de +5 %.
Nous ne sommes pas sortis du bois, nous sommes toujours en pleine crise pandémique, ce qui signifie que la politique a encore beaucoup à faire, a déclaré Laurence Boone, économiste en chef de l’OCDE. Dans l’ensemble, le produit intérieur brut (PIB) mondial devrait revenir aux niveaux d’avant la crise d’ici la fin de 2021, à la faveur notamment d’une forte reprise en Chine, anticipe l’OCDE. Cette reprise mondiale prévue masque toutefois de grandes disparités, le PIB de nombreux pays étant attendue en 2022 à environ 5 % en dessous du niveau d’avant-crise.
La Chine à la pointe de la croissance l’an prochain
La Chine sera le seul pays suivi par l’OCDE à enregistrer une croissance cette année, estimée à 1,8 %, un chiffre inchangé par rapport aux dernières prévisions données en septembre. La croissance chinoise devrait ensuite accélérer à 8 % en 2021 avant de ralentir à 4,9 % en 2022. La contribution des États-Unis et de l’Europe à l’économie mondiale sera plus faible au regard de leur poids. Après une contraction anticipée de 3,7 % cette année, l’économie américaine devrait rebondir de 3,2 % en 2021 et de 3,5 % en 2022, en prenant en compte l’hypothèse d’un plan de relance. En septembre, l’OCDE prévoyait pour le PIB américain une contraction de 3,8 % cette année et un rebond de 4 % l’an prochain.
L’économie de la zone euro se contractera, pour sa part, de 7,5 % cette année, selon les prévisions de l’OCDE qui anticipe par ailleurs une récession à deux chiffres dans plusieurs pays d’Europe après les deux mesures de confinement imposées pour freiner l’épidémie de coronavirus. La croissance ne devrait revenir en Europe qu’en 2021 avec 3,6 % anticipée cette année-là et 3,3 % attendue en 2022. En ce qui concerne la France, l’OCDE table sur une croissance de 6 % l’an prochain (contre -9,1 % cette année) puis +3,3 % en 2022. En septembre, les prévisions mondiales de l’OCDE étaient encore plus pessimistes avec respectivement une contraction de 7,9 % en 2020 et un rebond de 5,1 % l’an prochain.
Une récession de 9 % pour la France en 2020
L'économie française devrait se contracter de 4,5 % au quatrième trimestre, période marquée par la résurgence de l'épidémie liée au coronavirus et la mise en place de mesures restrictives dont les répercussions seront toutefois moins rudes que lors de la première vague, a déclaré mercredi l'Insee. L'Institut national de la statistique tablait dans ses précédentes estimations sur une chute comprise entre 2,5 % et 6 % pour les trois derniers mois de l'année. Après un vif rebond en partie mécanique au troisième trimestre, l'activité économique française chuterait à nouveau lors d'un quatrième trimestre en partie confiné, écrit l'Insee dans sa note de conjoncture de décembre.
L'Insee y rappelle que le produit intérieur brut (PIB) a rebondi de 18,7 % au troisième trimestre après un plongeon historique de 13,8 % sur la période avril-juin. L'impact du deuxième confinement, instauré en France le 30 octobre, devrait ainsi être nettement moins brutal que le premier, qui avait duré deux mois, de mi-mars à fin mai. Ce dernier diffère du confinement du printemps quant à son périmètre et sa durée, ce d'autant plus en considérant l'apprentissage induit par l'expérience du printemps. Ainsi, l'écart d'activité avec le niveau d'avant-crise se serait certes creusé à nouveau en novembre, à – 12 %, mais de façon moindre qu'en avril (–30% environ), précise l'institut, en s'appuyant sur les enquêtes de conjoncture et des données à haute fréquence. Pour l'ensemble de l'année, l'Insee table sur un recul d'environ 9 % du PIB.
Une "perte" de consommation moins forte que prévu
Le gouvernement, pour sa part, prévoit une contraction de 11 % mais le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a suggéré il y a deux semaines que la baisse définitive pourrait être moindre. Avec la levée par paliers des mesures de confinement, la situation économique devrait s'éclaircir prudemment en cette fin d'année, avec notamment une reprise progressive de la consommation, estime l'Insee. La perte de consommation par rapport au niveau d'avant-crise devrait être limitée à 6 % en décembre contre -14 % en novembre. Alors que la consommation des ménages a subi une chute de 11,4 % lors du deuxième trimestre, elle ne reculerait que de 6 % sur l'ensemble du quatrième trimestre, du fait du caractère un peu moins contraignant du deuxième confinement, mais aussi avec la poursuite de la forte dynamique des ventes en ligne observée dès l'entrée en confinement.
L'activité du secteur privé en France s'est fortement contractée en novembre, mais un peu moins qu'estimé initialement, selon les données définitives publiées jeudi par IHS Markit. L'indice PMI composite de la France a reculé à 40,6 en novembre, un point bas en six mois, contre 47,5 en octobre. L'estimation préliminaire publiée le 23 novembre, se situait à 39,9. Un chiffre supérieur à 50 indique une expansion de l'activité par rapport au mois précédent, tandis qu'un chiffre inférieur à 50 dénote un recul. Un net recul de l'activité était attendu en novembre, le gouvernement français ayant réintroduit de strictes mesures de confinement pour lutter contre la deuxième vague de Covid-19.
La réforme des retraites attendra
Enfin le Chef de l’État semble avoir mis un terme, cette semaine, lors d’un déjeuner avec quelques sénateurs avec sa volonté de relancer la réforme des retraites. Une réforme qualifiée, il y a une semaine de "priorité absolue" par Bruno Le Maire, qui cherche toujours à être le meilleur élève du gouvernement et à montrer son indépendance vis-à-vis de Jean Castex pour lequel il n’a pas une grande considération.
Même le Medef ne considère pas cette réforme comme une priorité, alors que les principaux indicateurs à surveiller sont la fragilité des PME, leur niveau de trésorerie qui est au plus bas et les nombreux plans sociaux qui sont attendus, une fois que le mécanisme du chômage partiel aura pris fin. Emmanuel Macron devra donc trouver autre chose pour tourner la page de la crise sanitaire et rebondir en 2021, s’il veut être en position de pouvoir se présenter moins de dix-huit mois face aux Français.
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