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Yves de Kerdrel

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Le retour de "la petite politique"
par Yves de Kerdrel

Les nombreux ratés de la stratégie vaccinale sont corrigés progressivement. Mais la forte présence sur le territoire du variant anglais laisse envisager une accélération de la contamination. Ce qui a amené le Premier Ministre à généraliser le couvre-feu à 18 heures partout en France et à ne pas exclure un reconfinement. En attendant la politique politicienne reprend ses droits. À droite, à gauche, et dans la macronie.

17/01/2021 - 06:45 Temps Lecture 18 mn.

 

Revoilà les chiffres de contamination du mois d’octobre dernier. La France a enregistré 21 406 nouveaux cas de contamination par le coronavirus au cours des dernières 24 heures et 196 décès supplémentaires dans les hôpitaux, montrent les chiffres publiés hier soir par les autorités sanitaires. Le pays compte 24 985 patients hospitalisés pour une infection au COVID-19, 24 de moins en 24 heures, et 2 731 patients traités dans les services de réanimation (+15). Le nombre de Français vaccinés dépasse désormais les 400 000 personnes. Le taux de reproductivité R est de 1,14 et la tension hospitalière à 53 %. Ce qui confirme que l'épidémie est en progression.

Tout cela a donc amené le conseil de défense et de sécurité nationale de mercredi dernier à durcir les mesures sanitaires. Le couvre-feu dès 18 h 00 est étendu depuis hier samedi à toute la France pendant au moins 15 jours, a annoncé Jean Castex jeudi lors d'une conférence de presse qui a acté l'accélération de la campagne de vaccination contre le COVID-19, ouverte lundi prochain aux personnes fragiles et aux plus de 75 ans. Il apparaît que cette mesure a une efficacité sanitaire, a expliqué à propos du couvre-feu le Premier ministre, qui était entouré de six autres membres du gouvernement pour ce point hebdomadaire sur l'épidémie qui a fait plus de 69 000 morts dans le pays.

 

L’hypothèse d’un nouveau confinement

 

Mais le propos le plus marquant du locataire de Matignon a été celui-ci : "La situation sanitaire n'exige pas que nous mettions en place un nouveau confinement. Si nous constatons une dégradation épidémique forte, nous serions conduits sans délai à un nouveau confinement" a-t-il prévenu, alors que plusieurs pays d'Europe sont de nouveau sous cloche. Tous les lieux recevant du public, commerces compris, sont concernés par le couvre-feu à 18 h 00 qui concernait jusqu'à présent 25 départements métropolitains de l'Est et du Sud-Est.

Face à une situation épidémique maîtrisée mais fragile, selon les termes de Jean Castex, la vigilance va s'accroître dans les écoles, qui resteront ouvertes, avec un protocole sanitaire renforcé dans les cantines et la suspension des activités sportives en intérieur. Le gouvernement a fixé comme objectif d'effectuer 300 000 tests par semaine dans les établissements scolaires. Le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a annoncé pour les lycées la prolongation au-delà du 20 janvier de l'enseignement en mode hybride, en présentiel et à distance. Depuis début novembre, les deux tiers des lycées sont rentrés dans ce fonctionnement.

 

Enfin un geste à l’égard des étudiants

 

Sa collègue de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a constaté pour sa part la situation extrêmement difficile des 2,7 millions d'étudiants qui ont le sentiment que la crise sanitaire a volé leurs plus beaux moments. Pour faire face au mal-être, le nombre de psychologues en milieu étudiant sera doublé ce semestre. Dans l'enseignement supérieur, le gouvernement autorisera à partir du 25 janvier la reprise par demi-groupes des travaux dirigés des élèves de première année puis, si la situation sanitaire le permet, aux étudiants des autres niveaux.

Alors que l'épidémie flambe ailleurs, Jean Castex a annoncé un renforcement des contrôles aux frontières, qui obligera à partir de lundi tout voyageur en provenance d'un pays extérieur à l'Union européenne à se soumettre à un test PCR avant de venir en France. Pour les voyageurs en provenance de l'Union Européenne, un cadre de coordination sera élaboré par les ministres en vue du Conseil européen du 21 janvier, a dit le Premier ministre. C’est une mesure que demandaient depuis plusieurs semaines les oppositions de droite et de gauche.

 

Accélération de la vaccination

 

Les variants plus contagieux observés à l'origine au Royaume-Uni et en Afrique du Sud sont présents sur le territoire national, a précisé le ministre de la Santé, Olivier Véran. Alors que le nombre de personnes vaccinées atteint 318 000 selon les chiffres officiels, le gouvernement a confirmé l'accélération de la campagne dédiée, qui a commencé fin décembre à un rythme lent, plaçant le gouvernement sous le feu des critiques.

À partir de demain, 800 000 personnes considérées comme vulnérables pourront se faire vacciner dans quelque 700 centres. Olivier Véran a cité les personnes traitées pour un cancer, atteintes de trisomie, souffrant d'insuffisance rénale sévère ou ayant subi une transplantation d'organe. En comptant les personnes de plus de 75 ans, qui pourront elles aussi se faire vacciner à partir du 18 janvier, 6,4 millions de Français seront appelés à se faire vacciner dès lundi, a détaillé le ministre.

 

L’intendance prolonge ses mesures d’aide

 

Par ailleurs, le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, a fait savoir que le dispositif d'aide en vigueur, via un fonds de solidarité, durera aussi longtemps que cela sera nécessaire. Le remboursement des prêts garantis par l'État accordés pour soutenir les entreprises frappées par la crise sanitaire pourra être différé d'une année supplémentaire. Ce qui faisait l’objet d’une discussion tendue en début de semaine entre le cabinet du Ministre et les représentants du secteur bancaire. Ceux-ci n’étaient prêts qu’à faire un geste en faveur des cafés, hôtels et restaurants.

Bruno Le Maire a précisé à destination des restaurateurs que la vente à emporter et les livraisons à domicile ne seraient pas intégrées dans le calcul du chiffre d'affaires pour prétendre au fonds de solidarité. Hors les coûts liés à l'activité partielle, les aides publiques coûteront 4 milliards d'euros par mois, a-t-il précisé. Notons que dans la loi de finances pour 2021, le coût du chômage partiel est compté pour 0 euro. Ce qui laisse envisager à très court terme une loi de finances rectificative.

 

Le Conseil Scientifique inquiet du variant anglais

 

Dans un avis du Conseil Scientifique rédigé le 12 janvier mais publié seulement vendredi soir, les sages expliquent que le variant anglais VOC 202012/01 semble être le principal facteur d’accélération de l’épidémie au Royaume-Uni, en Irlande et peut-être au Danemark. Ce variant est apparu en France mi-décembre. Il est plus transmissible mais ne paraît pas plus pathogène. Le conseil estime qu’en France, la situation épidémiologique est paradoxale : apparemment meilleure que dans d’autres pays européens, elle est néanmoins préoccupante. En effet, le nombre de nouveaux cas et les hospitalisations pour COVID19 augmentent lentement mais régulièrement depuis la mi-décembre alors qu’il y a déjà un taux d’occupation élevé des lits d’hôpitaux et que nous sommes en couvre-feu depuis le 15 décembre 2020. Le Conseil scientifique insiste donc sur le fait de pouvoir faciliter l’accès à la vaccination des personnes de plus de 65 ans qui ne peuvent pas se déplacer, s’inscrire sur des listes d’attente, les précaires ou loin des systèmes de soins. Pour ce faire, il faut leur offrir des possibilités de vaccination à domicile dès que des vaccins plus faciles d’utilisation seront disponibles (notamment AstraZeneca et Johnson & Johnson). Devant la situation préoccupante actuelle, le Conseil recommande entre autres d’installer un confinement aménagé du même type que celui mis en place fin octobre ou d’installer un confinement strict proche de celui mis en place en mars pour une période limitée suivie d’une période de couvre-feu.

 

Défilé de candidats potentiels à la présidentielle

 

Si les critiques sur les ratés du démarrage de la campagne vaccinale se sont un peu estompées ces derniers jours, en revanche on a vu réapparaître de la petite politique politicienne liée à la proximité des élections présidentielles. Notamment à gauche, avec la multiplication des déplacements d’Anne Hidalgo, les prises de paroles de Yannick Jadot et d’Éric Piolle, les déclarations de Jean-Luc Mélenchon à être plus "aimable" avec la presse. Et surtout la création d’un mouvement autour d’Arnaud Montebourg qui vise à réunir les souverainistes de gauche et de droite.

Pour l’heure la multiplication de ces ambitions à gauche n’a pas de quoi inquiéter le Chef de l’État qui parie toujours sur un duel avec Marine Le Pen. Sans s’inquiéter du premier tour. À droite, Xavier Bertrand poursuit sa percée et étoffe son programme tout en se consacrant pour l’heure à 120 % de son temps à l’élection régionale de juin prochain. Le seul autre candidat déclaré chez Les Républicains est Bruno Retailleau qui bénéficie de l’assise du mouvement Force Républicaine, mais qui ne pèse pas lourd dans les sondages et dont le charisme est proche de zéro.

 

Concours Lépine de mesures absurdes

 

Leurs déclarations à tous égrènent désormais l’actualité politique. Et le gros problème est que, comme la pandémie a amené l’exécutif à multiplier les transgressions - notamment économique, en instaurant la santé comme une valeur suprême, bien au-dessus de la liberté et de la responsabilité individuelle – chacun fait se livre à un concours Lépine de mesures plus transgressives les unes que les autres. La France Insoumise estime que l’on peut annuler la dette. Une idée reprise par certains anciens frondeurs inscrits dans ce qu’il reste du Parti Socialiste, par des députés macronistes, par Arnaud Montebourg et son conseiller, le père jésuite et économiste Gaël Giraud et même par des députés Républicains.

Il en est de même pour le Revenu Universel introduit dans le débat en 2017 par Benoit Hamon et désormais plébiscité par toute la gauche, une partie de la macronie et le député Républicain Aurélien Pradié. Une invention pire que les 35 heures qui finirait par anéantir la "valeur travail" et qui n’a strictement rien à voir avec "l’helicopter money" prévu dans le dernier plan de relance américain. Enfin une garantie de revenus pour les moins de 25 ans, lancée à titre expérimental par François Hollande, revient dans le débat. Beaucoup au centre et à gauche y sont très favorables, par empathie avec la situation misérable de notre jeunesse. Mais le chef de l’État y est heureusement opposé. C’est inquiétant que des digues aussi solides de notre dogme économique se trouvent ainsi ébranlées par cette pandémie. Et il faut souhaiter que la campagne de 2022 reste sur des terrains "raisonnables".

 

Villeroy tente de clore le débat sur l’annulation de la dette

 

S’agissant du débat de plus en plus présent sur l’annulation de la dette, selon ses partisans, cette annulation n’aurait pas à être assumée par les créanciers privés de l'Hexagone. Non, l’acteur qui devrait prendre ses pertes n’est nul autre que la Banque de France qui détenait, fin décembre 2020, aux alentours de 600 milliards d’euros de dette publique française dans ses coffres. Du côté de Bercy, Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, a rejeté fermement cette suggestion tandis qu'Agnès Bénassy-Quéré, la cheffe économiste de la Direction générale du Trésor, s'est livrée à un exercice de pédagogie. Pour François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, une telle idée est une chimère.

"C’est une illusion séduisante mais ce n’est pas une solution", a-t-il déclaré devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale. Pour des raisons juridiques, ce choix est impossible aujourd’hui, selon le grand argentier. En effet, cela "reviendrait à financer directement les États, ce qui est interdit par les traités fondateurs de l’euro dans lesquels la France s’est engagée, a-t-il avancé. Aussi, au regard du dissensus existant en Europe à propos d’une telle solution, rendant donc de fait la modification des traités illusoire, le gouverneur de la Banque de France a affirmé que cette décision "signifierait quitter l’euro". Fermez le ban !

 

Le dossier Carrefour et le "niet" de Le Maire

 

La surprise de la semaine a été l’annonce de discussions entre le québécois Couche-Tard et le groupe Carrefour, avec une opération en capital à la clé, naturellement poussée par les groupes Arnault, Moulin et Diniz, principaux actionnaires du distributeur français. À peine dévoilé, ce projet a été déclaré "non grata" par le libéral Bruno Le Maire. Au nom de la sécurité alimentaire et de la souveraineté économique, Carrefour étant le plus gros employeur privé de France.
Ces déclarations ont été examinées par les parties prenantes lors d'un consell d'aministration qui s'est tenu hier soir. Les deux groupes ont décidé de maintenir le partenariat industriel et logistique qui est à la base de leur projet, en laissant de côté pour l'instant l'aspect capitalistique. Couche-Tard est conseillé par Cyrille de Montmarin chez Rothschild & Co et par Pierre-Yves Chabert, partenaire de Cleary Gottlieb (par ailleurs conseil de Veolia). Alexandre Bompard est conseillé par Lazard Frères (Jean-Louis Girodolle et Andrea Bozzi) et par les avocats Jean-Michel Darrois et Antoine Gosset-Grainville.

Après les déclarations du locataire de Bercy Alain Bouchard, le patron de Couche-Tard qui était reparti au Québec a repris aussitôt l’avion pour présenter son projet à Bruno Le Maire. Celui-ci l’a fait attendre 45 minutes et l’a reçu 18 minutes. Avec comme seule explication à son veto : "A quinze mois des présidentielles vous ne pensez tout de même pas qu’on va laisser Carrefour passer dans des mains étrangères". Oubliant qu’il y a quelques semaines il s’est félicité de l’entrée du canadien Bombardier au capital d’Alstom. C’est bien hélas le retour de "la toute petite politique". Au détriment du bien commun.

 

P.-S. : L’auteur de ces lignes a écrit son éditorial sous la pression d’une forme sévère de la Covid-19. Il sollicite des lecteurs leur indulgence et leur mansuétude pour des imperfections liées à une très grosse fatigue.

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