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Euro/Dollar : Lagarde contre Yellen
L'euro va-t-il reprendre sa course folle contre le dollar ? Après avoir grimpé de plus de 8% en cinq mois, entre fin juillet et début janvier, passant de 1,14 à 1,235, la monnaie unique a marqué une pause et s'est repliée de 2% depuis le 5 janvier. "Depuis le 6 janvier, l'euro a abandonné près de 300 points face au dollar et évolue désormais sur les niveaux de début décembre. Ce n'est qu'une partie du rallye de 850 points de l'euro face au dollar depuis novembre et l'élection américaine mais c'est une pression qui retombe un peu sur la devise européenne", résume ainsi Alexandre Baradez, responsable de l'analyse marchés chez IG France.
Un affaissement de l'euro contre le billet vert à la fois dû à l'accélération de la propagation du variant anglais du virus dans le Vieux Continent, qui a contraint de nombreux pays à renforcer les restrictions sanitaires, et plus récemment à des tensions politiques en Italie, où le Premier ministre Giuseppe Conte pourrait perdre son poste si le Sénat ne lui accorde pas sa confiance lors d'un vote. "L'incertitude politique en Italie et une stabilisation du dollar pourraient brièvement conduire l'euro/dollar autour de 1,198 à la fin de cette semaine", expliquent ainsi les stratégistes devises d'ING. À plus long terme pourtant, les forces en présence laissent plutôt penser à une poursuite de l'appréciation de la devise européenne contre le billet vert. Pourquoi ?
L'euro/dollar surveillé comme le lait sur le feu
Certes, la présidente de la BCE s'est déjà dite inquiète de la forte hausse de l'euro et indiqué lors de la dernière réunion de décembre que les gouverneurs surveillaient l'évolution de la devise de très près. A ce titre, la réunion de politique monétaire de jeudi devrait une nouvelle fois permettre de mesurer la sensibilité de l'institution à la question du niveau de l'euro. L'appréciation de la monnaie unique a effectivement un impact négatif sur l'objectif d'inflation de 2% de la BCE, entraînant de fait une diminution des prix des produits importés. Mais comme l'institution l'a maintes fois rappelé, "le taux de change ne constitue pas un objectif de la politique de la BCE". Ainsi, peut-on lire dans une note explicative sur le site de la banque centrale sur le sujet, "la BCE ne cherche pas à influencer ce taux de change à travers ses opérations de politique monétaire. Les plus grandes économies du monde, réunies au sein du G 20, se sont engagées à ne pas recourir aux dévaluations compétitives et à ne pas avoir d’objectifs de taux de change à des fins concurrentielles, tout en refusant toute forme de protectionnisme".
Si Christine Lagarde continue de surveiller l'euro/dollar, elle ne dispose donc que de peu de marge de manœuvre pour tenter d'en influencer le cours ; puisque même l'annonce en décembre d'une hausse de 500 milliards d'euros d'achats de titres supplémentaires dans le cadre du PEPP, n'a pas permis d'apaiser les tensions sur la devise, en faisant remonter les anticipations d'inflation. Selon les projections macroéconomiques de décembre 2020 pour la zone euro établies par les services de l’Eurosystème, l'inflation annuelle devrait avoir atteint 0,2 % en 2020, 1,0 % en 2021, 1,1 % en 2022 et 1,4 % en 2023. Des prévisions revues à la baisse par rapport aux dernières projections macros de la BCE.
Une évolution amibgüe du dollar
Une appréciation du dollar est également difficile à anticiper. Certes, l'annonce d'un plan de soutien de 1900 dollars par le nouveau président a fait baisser le billet vert, liftant les anticipations d'inflation dans le pays. Mais l'envergure du plan de relance risque néanmoins de l'emporter sur les anticipations d'inflation et l'évolution du billet vert, qui devrait demeurer sous pression ces prochains mois. Janet Yellen, qui sera auditionnée cet après-midi par la commission des finances du Sénat afin de confirmer sa nomination au poste de secrétaire du Trésor, devrait d'ailleurs aborder le sujet du taux de change. L'ex-présidente de la Fed devrait ainsi affirmer l'engagement des États-Unis à laisser le dollar évoluer selon les règles du marché. Et ajouter que le pays ne cherche pas à affaiblir sa devise pour des questions d'avantages compétitifs, selon ce que des officiels de l'équipe de Joe Biden ont laissé entendre ce week-end dans le Wall Street Journal. Des déclarations qui dénotent avec celles de la précédente administration: le président Donald Trump a maintes fois exigé que la Fed agisse pour faire baisser le dollar lors de ses quatre ans de mandat, rompant avec la tradition d'indépendance monétaire de la Réserve américaine.
L'euro en somme, se trouve dans une position assez complexe face au dollar, tiré à la hausse par une politique monétaire toujours très accommodante de la Fed mais "sous pression" des membres de la BCE qui ne veulent pas le voir s'envoler. Le tout au milieu d'un sentiment haussier sur l'évolution de l'inflation à venir outre-Atlantique qui a pas mal évolué en quelques semaines", conclut Alexandre Baradez.
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