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La prudence de Christine Lagarde
Comme le consensus le prévoyait, la BCE a maintenu le statut quo pour sa première conférence de politique monétaire de l'année 2021 et conservé une politique extrêmement accommodante, face à l'évolution encore très incertaine de la pandémie dans le Vieux Continent. Sans surprise, la banque centrale a donc annoncé que les taux directeurs demeureraient inchangés (0%, 0,25%, -0,50%) et que les achats effectués dans le cadre de l'APP se poursuivraient à un rythme de 20 milliards d'euros par mois et leurs remboursements au titre du principal seraient réinvestis "pendant une période prolongée après la date à laquelle la BCE remontera ses taux d'intérêt directeurs". Christine Lagarde a également confirmé que les opérations de prêts ciblées de long terme pour les banques se poursuivraient, soutenant de fait les banques dans leur octroi de crédit aux ménages et entreprises.
Enfin, et ce dernier aspect a davantage interrogé les médias présents, la présidente de la BCE a affirmé qu'elle poursuivrait ses achats dans le cadre du programme d'achats d'urgence face à la pandémie (PEPP), et que l'enveloppe globale de 1850 milliards d'euros pourrait ne pas être entièrement dépensée si "les conditions de financement favorables pouvaient être maintenues". Une précision qui a donné lieu à de longues explications sur ce que la BCE entendait par des "conditions de financement favorables". "Selon Christine Lagarde, l'évaluation des conditions financières n'est pas guidée par un seul et unique facteur mais par une approche holistique comprenant l'observation des enquêtes de crédit auprès des banques, les conditions d'emprunt des États et les taux d'intérêt corporate", explique ainsi Carsten Brzeski, chef économiste chez ING. Qui enchaîne en disant que les éclairages de Christine Lagarde ne l'ont pas vraiment aidé à comprendre le sujet ! Quoi qu'il en soit, la présidente a surtout immédiatement temporisé son propos en ajoutant que l'enveloppe pourrait au contraire être "recalibrée si cela s'avérait nécessaire pour contrebalancer le choc négatif lié à la pandémie sur la trajectoire de l'inflation".
Toutes les options sont donc envisageables pour les prochains mois, en fonction de l'évolution de la situation économique et de l'inflation en zone euro, la présidente ayant à la fois souligné les aspects positifs de la conjoncture depuis la dernière réunion de décembre et ceux nécessitant d'être prudent. Au chapitre des bonnes nouvelles, Christine Lagarde a rappelé que l'UE et le Royaume-Uni étaient parvenus à un accord alors que la BCE misait sur un no deal en décembre dernier, et estimé que l'élection de Joe Biden serait favorables aux relations transatlantiques. Côté sanitaire, le début de la campagne de vaccination est naturellement un élément d'espoir pour les prochains mois même si l'immunité collective ne devrait pas être atteinte avant la fin de l'année. "La résurgence récente de la pandémie et les mesures de confinement qui en ont découlé font peser un risque sur notre scenario même s'il est moins prononcé qu'en décembre", a en revanche déclaré la présidente.
La présidente ne s'est pour l'instant pas inquiétée outre mesure du resserrement des conditions de crédit dont les banques ont témoigné lors de l'enquête sur le sujet publiée cette semaine. Selon elle, les opérations de prêts ciblées TLTRO III devraient aider les banques à continuer d'accorder des crédits. Et ajouté qu'il était de leur responsabilité de vérifier que leurs emprunteurs disposaient des garanties suffisantes pour rembourser. "Il n’y a pas pour l’heure de raison de s'inquiéter, car les entreprises ont accumulé d’amples coussins de liquidité l'année dernière et la création de crédit continue à un rythme régulier. Au-delà de cela, des banques adaptent les conditions d'octroi de nouveaux prêts afin de limiter les risques d’éventuels défauts de remboursement d’entreprises à l'avenir", explique de son côté Marion Amiot, économiste senior chez S&P Global Ratings.
Dans ce contexte d'amélioration de la conjoncture internationale et de résurgence du risque à court terme, la BCE a estimé que ses prévisions de croissance pour cette année demeuraient valides (3,9% pour la zone euro en 2021). Notamment parce que les économistes de Francfort avaient déjà anticipé en décembre que le premier trimestre 2021 serait pénalisé par la contraction du PIB du quatrième trimestre 2020. "Rappelons qu'en décembre dernier, la BCE prévoyait une croissance de 0,6% au premier trimestre 2021, ce qui nous semble un petit peu optimiste vu les évolutions récentes de l'épidémie", souligne Carsten Brzeski. Selon lui, la BCE devrait néanmoins conserver cette même stratégie monétaire d'attentisme au moins jusqu’à l'été, à moins d'un sévère retournement de conjoncture. "Il n'y a donc pas grande chose à attendre de Francfort dans les prochains mois. La BCE se contentera de conserver toutes ses options ouvertes", conclut l'économiste.
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