WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Tous les scénarii sont à revoir
par Yves de Kerdrel

Alors que la campagne vaccinale rattrape son retard, la progression du variant britannique fait exploser le nombre de contaminations. De fait le gouvernement n’exclut pas de procéder à un troisième confinement d’ici quelques jours. Tout cela va obliger les différents instituts de prévisions de revoir sérieusement à la baisse les perspectives de rebond et à la hausse les mesures d’aides pour les secteurs touchés.

24/01/2021 - 06:45 Temps Lecture 16 mn.

Il y a un an la ville de Wuhan se claquemurait et avec elle toute la province du Hubei face à l’arrivée d’un respiratoire dont on ne savait pas grand-chose et dont les chinois se gardaient bien de dire ce qu’ils savaient. En optant pour le confinement, à la différence de leur voisin de Corée du Sud, ils ont créé un précédent que l’économie mondiale continue de payer un an plus tard et va encore payer longtemps.

Car maintenant que la Chine est pratiquement débarrassée de ce virus, et qu’elle a renoué avec la croissance les pays occidentaux jouent au chat et à la souris avec les variants britanniques, sud-africains et brésiliens, beaucoup plus contaminants, même s’ils ne sont pas plus dangereux. Quoique le Royaume-Uni enregistre actuellement 1 000 morts par jour. De même que l’Allemagne. La France a passé le cap des 70 000 morts. Pour mémoire rappelons que pendant toute la guerre 39-45, le nombre de morts civils n’a jamais dépassé les 50 000, dont une très grande partie lors de l’exode de juin 1940.

 

Reconfinement et vacances allongées

 

Si la campagne vaccinale est repartie sur de bons rails en France grâce à l’ouverture de 800 centres de vaccination, et si à fin janvier il y aura finalement 1,3 à 1,4 million de Français vaccinés pour un objectif de 1 million, le problème est la course de vitesse entre la montée en puissance du variant anglais, qui atteindra son paroxysme en mars, et le nombre de personnes fragiles vaccinées.

De manière à se donner des marges de manœuvre, le gouvernement n’exclut pas de reconfiner dès la fin de la semaine prochaine. Une mesure qui s’appliquerait aux écoles dans la mesure où il déciderait de procéder à des vacances de février d’un mois. Mais toujours sans remontées mécaniques. Et avec des restaurants fermés jusqu’à la mi-avril. Le conseil scientifique intervient largement dans les médias pour plaider en faveur de ce reconfinement.

 

Un problème d’acceptabilité sociale

 

Mais si Olivier Véran et Jean Castex n’y sont pas opposés, Emmanuel Macron cherche toujours à éviter une solution radicale. D’abord parce que cela va peser largement sur le timing du rebond de l’économie. Ensuite, parce que cela va nécessiter des mesures d’accompagnement très coûteuses. Enfin, parce qu’avec le couvre-feu à 18 heures on a atteint les limites de l’acceptabilité sociale.

Il reste que face à la hausse fulgurante des chiffres d’hospitalisation, le Chef de l’État n’aura sans doute pas le choix. Dans ce cas la croissance économique qui était attendue à près de 6 % cette année pour n’être que de 2 % après une récession de 9 % l’an passé. Par ailleurs le gouvernement a sérieusement renforcé les mesures de contrôle pour l’entrée sur le territoire français. Un dispositif qui était demandé par tous les représentants de l’échiquier politique.

 

Castex entraîne Macron dans sa baisse

 

Tout cela n’est évidemment pas bon pour le couple exécutif. Selon le baromètre Odoxa Dentsu-Consulting de janvier pour France Inter et la Presse régionale, le Premier ministre Jean Castex ne protège plus Emmanuel Macron de la chute : les deux hommes politiques, comme leur ministre de la Santé, sont en baisse dans l'opinion. Suite au démarrage difficile de la campagne de vaccination, la popularité de Jean Castex est encore en recul ce mois-ci : désormais, deux tiers des Français (64%) se disent mécontents de son action, contre 35 % convaincus.

Malgré tout, le Premier ministre continue d'être sur tous les fronts pour défendre son action, comme lundi soir, pendant plus d'une heure, sur le plateau de l'émission C à vous. Emmanuel Macron est lui aussi en baisse de popularité : 40 % des Français et Françaises, qui ont répondu au sondage, estiment qu'il est un bon président de la République, contre 60 % qui pensent l'inverse. Parmi les membres du gouvernement, la situation semble s'inverser : alors que Bruno Le Maire est en hausse depuis plusieurs mois et gagne un point de popularité en janvier, Olivier Véran, lui, est en baisse (-3 points). Ainsi, les deux ministres se retrouvent seulement à un point de popularité de différence. Mais la personnalité politique préférée des Français, elle, a quitté le gouvernement : c'est toujours l'ancien Premier ministre Édouard Philippe, qui, malgré un recul de 4 points, reste à 44 % d'adhésion.

 

Toute la zone Euro affectée

 

Une chose est certaine, le gouvernement qui espérait encore à la Toussaint que cette crise sanitaire serait terminée fin 2020 va devoir se faire à l’idée qu’elle durera au moins jusqu’à l’automne. Ce qui signifie jusqu’à la Toussaint 2021. Ce qui risque d’entraîner une nouvelle année blanche sur le plan économique. Et il en sera de même pour la plupart de nos voisins et partenaires économiques. Dans ces conditions il va falloir revoir toutes les prévisions des mois à venir, qui étaient largement surévaluées.

L'économie de la zone euro devrait repartir de l'avant cette année après le choc de la pandémie de coronavirus mais ce rebond s'annonce moins dynamique qu'il y a quelques mois et il faudra attendre 2022 pour retrouver le niveau d'avant-crise, montre une enquête publiée vendredi par la Banque centrale européenne. Les économistes professionnels interrogés tablent désormais sur une croissance de 4,4 % du produit intérieur brut de la zone euro, contre 5,3 % dans l'enquête précédente il y a trois mois. Pour 2022, l'enquête montre que l'économie des 19 pays ayant adopté la monnaie unique devrait bénéficier d'une croissance de 3,7 % contre 2,6 % prévue dans l'enquête d'octobre.

 

Le FMI inquiet de nos finances publiques

 

La France doit travailler dès maintenant à un plan qui lui permettra d'assainir ses finances publiques dès que l'économie aura surmonté la crise due au coronavirus, a déclaré mardi le Fonds monétaire international. Dans son rapport annuel sur l'économie française, le FMI dit s'attendre à un rebond de 5,5 % du produit intérieur brut (PIB) de la deuxième économie de la zone euro après une contraction de 9 % environ en 2020. Mais il ajoute que la tendance de croissance à moyen terme devrait rester inférieure à son niveau d'avant la crise - l'économie de l'Hexagone affichait alors des performances supérieures à celles de plusieurs autres pays de la zone euro - car la situation financière des entreprises et le chômage élevé vont continuer à peser sur l'activité.

Alors que la crise devrait laisser le déficit budgétaire du secteur public à 7,7 % du PIB cette année, le FMI exhorte le gouvernement à ne pas perdre de temps et à élaborer des plans pour réduire les dépenses une fois que la reprise économique sera installée. La dette en France est élevée et nous pensons que le moment est venu d'élaborer et d'approuver un plan d'assainissement budgétaire crédible à moyen terme, a déclaré le chef de la mission du FMI en France, Jeffrey Franks, lors d'une conférence téléphonique. Le ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, a pris note de ce rapport en assurant partager l'analyse du FMI sur la nécessité de continuer à soutenir les entreprises, la pertinence d'un plan de relance ambitieux et l'importance d'élaborer dès à présent une stratégie de rééquilibrage des finances publiques. La semaine dernière, Bruno Le Maire avait estimé que la prévision du gouvernement d'une croissance de 6 % du PIB cette année n'était pas hors d'atteinte, disant tabler sur un rebond soutenu au deuxième semestre.

 

Prudence de Christine Lagarde

 

Très attendue, la Banque centrale européenne a averti jeudi que la recrudescence des cas d'infection par le coronavirus représentait un risque supplémentaire pour la reprise dans la zone euro et elle a renouvelé sa promesse de maintenir des coûts de financement très bas pour soutenir l'économie. Six semaines après l'annonce de nouvelles mesures massives de soutien au crédit, son Conseil des gouverneurs a choisi de laisser sa politique monétaire inchangée tout en appelant les gouvernements à prendre le relais. Mais la BCE n'a pas pour autant caché son inquiétude face à l'évolution récente de la crise sanitaire et aux mesures prises par les autorités pour tenter de l’endiguer, qui sont autant de freins à l'activité économique. La résurgence des contaminations par le COVID-19 et le prolongement des mesures de confinement imposées dans de nombreux pays de la zone euro perturbent l'activité économique, a déclaré la présidente de l'institution, Christine Lagarde, lors d'une conférence de presse.

Les dernières mesures de confinement, la lenteur du démarrage des campagnes de vaccination et la vigueur de l'euro devraient freiner la croissance au premier trimestre, au risque de remettre en question les prévisions de la BCE, qui table sur une reprise soutenue à partir du deuxième trimestre. Christine Lagarde a salué dans le début de la vaccination une étape importante en dépit de certaines difficultés et elle a précisé que les données les plus récentes disponibles étaient en ligne avec les prévisions de la banque centrale. Elle a reconnu parallèlement que l'appréciation de l'euro freinait la remontée de l'inflation et réaffirmé que la BCE surveillait très attentivement l'évolution du taux de change. Si elle a perdu environ 1 % depuis le 1er janvier en données pondérées des échanges, la monnaie unique affiche encore une hausse de près de 7 % sur un an sur cette base, et de plus de 10 % face au dollar américain. Jeudi, elle s'échangeait contre 1,2160 dollar vers 15h35 GMT après un pic d'une semaine à 1,2173.

 

Préoccupations de court terme

 

Au cours de sa conférence de presse, Christine Lagarde a surtout évoqué les risques à la baisse entourant les perspectives économiques de la zone euro, une formulation qui signifie que la BCE juge l'hypothèse d'un assouplissement accru de sa politique plus probable que celle d'un resserrement. Mais elle a précisé que ces risques avaient commencé à refluer, en particulier grâce à l'accord entre Bruxelles et Londres sur l'après-Brexit. Les nouvelles concernant les perspectives de l'économie mondiale, l'accord sur les futures relations entre l'UE et le Royaume-Uni et le début des campagnes de vaccination sont encourageantes, a-t-elle dit. Mais la poursuite de la pandémie et ses implications sur les conditions économiques et financières restent des sources de risques à la baisse.

Ces préoccupations de court terme ne devraient toutefois pas remettre en cause les perspectives d'amélioration à plus long terme, a-t-elle expliqué. Une fois que l'impact de la pandémie se dissipera, la reprise de la demande, soutenue par des politiques budgétaires et monétaires accommodantes, exercera une pression à la hausse sur l'inflation à moyen terme, a-t-elle dit. Elle a en outre rappelé que le programme d'achats d'obligations PEPP, lancé en mars dernier, pouvait encore mobiliser quelque 1 000 milliards d'euros en cas de besoin. La BCE répète toutefois qu'elle pourrait ne pas utiliser la totalité de cette enveloppe, augmentée de 500 milliards en décembre pour rassurer les marchés. Si des conditions de financement favorables peuvent être maintenues avec des flux d'achats d'actifs qui n'épuisent pas l'enveloppe sur l'horizon d'achats du PEPP, l'enveloppe n'aura pas besoin d'être utilisée en totalité, a expliqué Christine Lagarde. Le taux de refinancement de la BCE reste fixé à zéro, celui de la facilité de dépôt à -0,5 % et celui de la facilité de prêt marginal à 0,25 %.

 

Veolia et Suez condamnées à se parler

 

Après l’épisode tragicomique du refus opposé par Bruno Le Maire au rapprochement de Carrefour par le québécois Couche-Tard, le ministre n’a pas fait part des mêmes préventions face à la solution alternative à l’offre de Veolia sur Suez présentée par Ardian et un fonds américain GIP. Le plus curieux dans cette offre c’est qu’il est impossible d’en connaître le contenu. Même Philippe Varin, le président de Suez n’en dispose pas d’un exemplaire.

Il faut souhaiter que la présence de cette offre ramène désormais Suez et Veolia autour de la table des discussions. C’est l’appel lancé aussi bien par Bruno Le Maire que par Éric Lombard, le patron de la Caisse des Dépôts. Il faut aussi espérer que cette bagarre décidément bien lassante soit l’objet de plus de transparence, tant dans ses procédures que dans ses aléas. C’est la moindre des choses dues aux actionnaires de Suez comme à ceux de Veolia. Il est peut-être temps que l’AMF siffle la fin de la récré.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Le retour de "la petite politique"

17/01/2021 - 06:45

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Où sont passées les Oies du Capitole ?

10/01/2021 - 06:45

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique /

Chronique / Les défis de l’ère Biden

23/01/2021 - 09:30

Chronique /

Chronique / L’affaire Jack Ma salit la Chine

16/01/2021 - 09:30

Chronique /

Chronique / L’Iran de plus en plus isolé

09/01/2021 - 09:30

Chronique / Amélie Blanckaert

Chronique / 2021 ou les vœux en marche arrière

04/01/2021 - 09:00

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Bella Ciao

21/12/2020 - 10:00

Chronique /

Chronique / Quelles équations planétaires en 2021

19/12/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Le Royaume Uni après le Brexit

12/12/2020 - 09:30