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Yves de Kerdrel
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L’économie et la vie
par Yves de Kerdrel
Contrairement à toutes les spéculations, le chef de l’État a refusé d’opter pour un nouveau confinement. Il a été averti de la très mauvaise acceptabilité sociale d’une telle mesure. Par ailleurs les indicateurs sanitaires, s’ils ne sont pas bons, ne sont pas dramatiques. De fait, il a imposé pour la première fois sa volonté contre celle du Conseil scientifique et des apôtres de la « sani-terreur ».
Les abonnés de WanSquare pardonneront à l’auteur de ces lignes cet éditorial dominical raccourci mais, étant hospitalisé pour une forme sévère de la Covid, il lui est difficile de faire un long exercice de commentaires de l’actualité de la semaine.
Ce qu’il faut retenir, et qui est un point très important depuis le début de la pandémie il y a un an, c’est le refus du chef de l’État de procéder à un troisième confinement en dépit des pressions de toutes sortes : politique, syndicale, médicale voire sociétale. On savait depuis le mois de mars dernier qu’Emmanuel Macron n’était pas un fanatique du confinement. Lors de son allocution du 16 mars dernier il avait pris soin d’éviter de prononcer ce mot. Ensuite pendant tout le printemps il s’est heurté avec Édouard Philippe qui souhaitait maintenir le confinement le plus longtemps possible alors que le locataire de l’Élysée voulait redonner vie à l’économie. Ce n’est pas pour le chef de l’État une question de finances publiques car chaque mois de confinement coûte 50 milliards d’euros environ. Ce n’est pas non plus une conviction médicale, lui qui est fils de deux parents médecins. Mais il veut autant que possible donner sa chance à l’économie, à la vie en société et affecter le moins possible le quotidien des Français. Il a été très hostile aux mesures destinées à fermer les théâtres et les lieux culturels, de même que les remontées mécaniques. Le rapport Fontanet sur les lieux de contamination a montré que les deux principales sources de contamination étaient les foyers familiaux et les restaurants. Dans ces conditions, ne pouvant agir sur les foyers, il n’est prêt aujourd’hui à admettre que la fermeture des restaurants, café, bars et hôtels.
La réunion du Conseil de défense de vendredi soir avait été précédée d’échanges houleux à l’intérieur du gouvernement, à tel point que le ministre de l’Éducation Nationale n’a pas été convié, lui qui souhaitait étaler les vacances scolaires sur quatre semaines. Le principal document étudié par les membres du Conseil de défense a porté sur la santé mentale des Français après deux confinements et deux couvre-feux. Alors qu’il y a un an 95 % des Français acceptaient de bon cœur le confinement, cette proportion a été divisée par deux en un an. Ce qui aurait pu laisser craindre des troubles, comme aux Pays-Bas ou au Danemark, contre ces mesures coercitives.
Reste la situation sanitaire d’autant plus compliquée avec l’apparition des variants. La dernière enquête flash de Santé Publique France disponible vendredi soir montrait que le variant britannique était source de 10 % des contaminations, soit 2 500 par jour. Il reste que les nouvelles contaminations sont actuellement inférieures de moitié à ce qu’elles étaient le 30 octobre dernier à la veille du second confinement. C’est parce que la situation est grave mais qu’elle est loin d’être désespérée, notamment en comparaison avec nos voisins européens, qu’Emmanuel Macron a imposé cette ligne de "la vie" et de "l’économie" contre les dogmatiques de la "sani-terreur". Peut-être devra-t-il changer son fusil d’épaule d’ici quelques jours si les contaminations s’emballent, mais c’est une chance d’avoir un Président de la République qui a su résister au pouvoir des experts et des médecins. Et c’est un malade de la Covid, au fond de son lit d’hôpital, et sous oxygène, qui écrit ceci en toute connaissance de cause.
S’agissant de l’économie, l’ampleur de la récession pour 2020 a été inférieure aux dernières prévisions INSEE, ce qui est une bonne chose. En revanche le chômage est en forte hausse, et surtout le nombre de plans sociaux en préparation bat tous les records, ce qui pose un problème dans la mesure où les entreprises qui s’apprêtent à licencier massivement ont bénéficié des largesses de l’État pendant un an avec les mesures de chômage partiel, prêts garantis par l’État, et sont encore sous perfusion de morphine. Sur cette question-là, tant le pouvoir en place que l’opposition se montrent bien silencieux. On se demande bien à quoi peuvent servir des "raisons d’être" ou des "entreprises mission" si chères à Bruno Le Maire dans sa loi PACTE lorsque, dès que le gouvernement a les yeux tournés, les plans sociaux tombent comme les feuilles en automne.
Avant de conclure je tenais à corriger une erreur publiée dans le dernier éditorial. Le nombre de morts de la Covid en France, soit 75 620, est encore inférieur au nombre de morts de l’exode de mai-juin 1940 (100 000), contrairement à ce que j’écrivais il y a une semaine. En revanche aux États-Unis où l’on approche du seuil des 500 000 morts, il faut comparer ce chiffre aux 58 000 morts de la guerre du Vietnam qui a entraîné un traumatisme profond sur plusieurs générations. Et encore faut-il préciser que la moyenne d’âge des morts était de 22 ans alors que la moyenne d’âge des morts de la Covid aux États-Unis est de 81 ans.
Autre correction : dans sa précédente chronique Alexandre Adler expliquait que le nouveau secrétaire d’État américain, totalement francophile et francophone, Antony Blinken, était le gendre de Samuel Pisar. En fait, il n’en est que le beau-fils. Les lecteurs voudront bien excuser cette inexactitude.
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