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Yves de Kerdrel
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Le pari pascalien de Macron
par Yves de Kerdrel
Si l’épidémie de coronavirus continue de se développer à un niveau élevé, avec malheureusement un nombre important de décès, l’exécutif persiste à ne pas durcir l’arsenal de mesures prises pour lutter contre la pandémie. En espérant que la campagne vaccinale sera plus rapide que la propagation des nouveaux variants qui frappent durement nos voisins européens. Un pari qui, pour l’instant fonctionne.
C’est ce type de décision qui marque un quinquennat. Depuis le début de l’année, Emmanuel Macron subit l’assaut du lobby sanitaro-médical afin de reconfiner quoi qu’il en coûte à l’économie, à la vie en société et à l’acceptabilité de cette mesure coercitive par nos concitoyens. Tous "les grands patrons" se sont succédé sur toutes les ondes possibles et les plateaux de télévision pour alerter sur la vitesse de propagation des nouveaux variants et la nécessité de remettre la France sous cloche une troisième fois en un an.
Comme l’a redit Jean Castex, jeudi dernier lors de sa traditionnelle conférence de presse quinzomadaire, l’éventualité d’un nouveau reconfinement n’est pas totalement exclue du panel des solutions examinées lors de chaque conseil de défense et de sécurité sanitaire. Mais la consigne de l’Élysée est de tout faire pour éviter de passer par là. Même si curieusement plus de 50 % des Français sont désormais demandeurs d’une telle solution, contre 40 % il y a une semaine.
Course à la montre avec les vaccins
Le scénario auquel Olivier Véran, les modélisateurs de l’Institut Pasteur et Emmanuel Macron se raccrochent est le suivant. Oui les variants bouleversent la donne et ont contraint presque tous nos voisins à reconfiner. Oui, c’est une nouvelle épidémie qui vient se greffer à la pandémie apparue il y a un an. Mais pour l’heure le nombre d’hospitalisations, quoi que toujours élevé, est gérable, avec des déprogrammations d’interventions chirurgicales. Les réanimations progressent moins grâce à une meilleure prise en charge des malades avant ce stade difficile.
Surtout l’idée du trio Macron-Castex et Véran est que la campagne vaccinale ayant rattrapé son retard, à la fin du mois de février, 8 millions de doses auront été injectées. Ce qui devrait permettre de mettre à l’abri des variants les Français les plus fragiles. Ensuite, il restera les autres Francais, qui devraient tous être vaccinés – au moins ceux qui le veulent – d’ici septembre. C’est un scénario qui fonctionne à condition de surveiller les chiffres jour après jour. Et c’est ce qui explique qu’après la décision de ne pas reconfiner prise il y a dix jours, le gouvernement a décidé de laisser se dérouler les vacances scolaires sans restriction de circulation.
L’inconnue de nouveaux variants
Ce pari d’Emmanuel Macron est pascalien. Soit il marche, et il aura été le seul en Europe à avoir eu le courage de ne pas reconfiner et de protéger l’économie, la stabilité sociétale et la santé mentale de ses administrés. Soit il échoue, et il sera condamné à reconfiner. Un scénario devenu banal mais qui coûte cher à tous points de vue. Et que sont en train de connaître les Allemands comme les Britanniques, voire les Portugais et les Espagnols. De la sorte ce ne sera pas un échec pour lui. Juste une remise à niveau de la France comme le sont ses principaux voisins.
La seule inconnue de ce pari – et elle est importante – c’est l’arrivée de nouveaux variants, trop nombreux pour que les fabricants de vaccins adaptent leurs antidotes, et la mutation presque à l’infini de ce virus. Israël qui a fait ce même pari, et qui était cité en exemple il y a encore un mois, connaît des déboires importants à cause du déferlement des variants. Comme l’a rappelé récemment le Professeur Delfraissay, président du conseil scientifique, et très prestigieux virologue mondial, ce virus est diabolique et très intelligent. C’est ce qui conforte l’idée qu’il est une création humaine, échappé – de gré ou pas – d’un laboratoire de Wuhan et que tel l’apprenti sorcier, il sera très difficile à maîtriser au niveau mondial.
Olivier Véran de plus en plus critiqué
Le choix de l’exécutif n’est pas tellement remis en cause par les différentes forces politiques. Seule la manière d’agir d’Olivier Véran, son mépris pour le débat parlementaire et l’absence de mise à plat de la situation devant la représentation nationale sont discutés à juste titre. La France est le seul pays, où cette crise se traite sans discussion avec les députés et les sénateurs et par délibérations en conseils de défense, donc sans compte rendu.
Il reste qu’aucun représentant d’autre parti n’a de solution alternative. La situation est un peu comparable à celle de la guerre de 14 – qui a précédé l’épidémie de grippe espagnole apportée par les alliés – où la situation a conféré de fait à Clémenceau, alors Président du Conseil, tous les pouvoirs. Même face aux militaires (les médecins dans le cas présent) qui étaient finalement bien contents d’avoir un homme à poigne pour servir de "parapluie".
Les scenarii de l’Insee
Selon les dernières estimations de l’Insee, l’activité économique hexagonale évoluait, comme en décembre, 4 % en dessous de son niveau d’avant-crise - quatrième trimestre 2019. Concrètement, l’activité aurait légèrement progressé par rapport à décembre dans l’industrie, quand, au sein des services principalement marchands, elle serait restée stable. Sans surprise, ces derniers demeurent fortement affectés par les secteurs directement concernés par les mesures de restrictions.
Lors de la présentation de son nouveau point de conjoncture, l’Insee n’a pas fait que regarder dans le rétroviseur. En effet, l’institut statistique a présenté trois scénarios concernant l’évolution du Produit intérieur brut français lors du premier trimestre 2021. Dans le cas d’un statu quo jusqu’à la fin du trimestre des mesures de restrictions sanitaires actuelles, l’activité pourrait poursuivre sa lente progression, sous l’essor de la dynamique de l’industrie. Néanmoins, dans les services, l’activité resterait pénalisée par celle des secteurs toujours affectés par les mesures de restriction ; le PIB progresserait ainsi de l’ordre de 1,5 % au premier trimestre – en glissement trimestriel.
Nette reprise de l’investissement
Alors que l’hypothèse d’un troisième confinement n’est pas écartée par l’exécutif, l’Insee s’est efforcé de calculer quel pourrait être son impact. L’institut statistique estime qu’avec un confinement d’une durée d’un mois - selon les mêmes modalités qu’en novembre - et en faisant l’hypothèse que le reste du trimestre connaisse le même niveau d’activité qu’en janvier, la croissance du PIB serait nulle sur les trois premiers mois de l’année. La France ne replongerait ainsi en récession que dans le troisième scénario de l’Insee qui suppose un confinement de sept semaines, là encore aussi restrictif qu’en novembre, et qui conduirait l'économie à se contracter de 1 %.
Il reste que les chefs d'entreprise de l'industrie manufacturière française anticipent une hausse de 10 % de leurs investissements en 2021 par rapport à 2020. Certes, ce n’est pas suffisant pour rattraper la chute de 2020 (-13 %) mais c’est mieux que lors des dernières prévisions de l’Insee – en octobre dernier – où le rebond envisagé n’était que de 4 %. En chutant dans la même proportion que le PIB en 2020, l’investissement des entreprises a bien mieux tenu lors de cette crise que lors des précédentes (1975, 1993 ou 2009) où il avait décroché à un rythme 6 fois plus élevé que le PIB.
Semaine historique pour L’Oréal
Pour l’heure l’actualité recommence à être dominée par les publications de comptes annuels. Après les très bons résultats de BNP Paribas, on attend cette semaine ceux de Total et de L’Oréal. Ce seront les derniers présentés par Jean-Paul Agon en tant que Président-Directeur général du groupe de cosmétiques, poste qu’il a occupé pendant quinze ans, avec des performances records. Lors de la prochaine assemblée il cédera la direction générale à Nicolas Hiéronimus tout en restant Président non exécutif.
Rappelons que L’Oréal détient toujours 10 % de Sanofi. Autant L’Oréal est un modèle de bonne gestion. Autant Sanofi est un cas d’école de prises de décisions catastrophiques et de communication encore plus dramatique. Certes, le groupe pharmaceutique a publié des résultats en hausse de 340 % pour 2020, et des dividendes en hausse. Le problème c’est que cette performance ne vient pas du succès des recherches. Mais des 7 milliards d’euros de plus-value sur la vente de sa participation dans Regeneron, une bio tech US. Et que fait Regeneron ? Elle développe des anticorps de synthèse pour soigner le Covid. Cherchez l'erreur… !
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