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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Le tremblement de terre
par Yves de Kerdrel

La réussite relative par Marine Le Pen de son débat face à Gérald Darmanin et la conviction grandissante, auprès de certaines élites, que plus personne ne pourrait la battre au second tour – en tout cas peut-être pas Emmanuel Macron – créent un malaise grandissant. Notamment auprès des proches du Chef de l’État. Moins à droite où l’on croit dans les chances de Xavier Bertrand.

14/02/2021 - 06:45 Temps Lecture 15 mn.

 

L’ancien Premier ministre Édouard Philippe et la dirigeante du Rassemblement national Marine Le Pen arrivent en tête d’une liste de personnalités qui "feraient mieux" que le président Emmanuel Macron "si elles étaient aujourd’hui au pouvoir", selon un sondage publié ce jeudi 11 février. Quelque 22 % des personnes interrogées par IFOP-Fiducial pour CNews et Sud Radio pensent qu’Édouard Philippe ferait mieux que celui qui l’avait nommé à Matignon en 2017, et 20 % jugent que cela serait le cas de Marine Le Pen.

Les sondés sont 15 % à penser que le maire du Havre ferait moins bien que l’actuel chef de l’État, et 63 % jugent qu’il ferait "ni mieux, ni moins bien". Dans le cas de la dirigeante d’extrême droite, 42 % pensent qu’elle ferait moins bien qu’Emmanuel Macron, et 38 % ni mieux ni moins bien. Viennent ensuite le dirigeant La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon (14 %), le président de la région Hauts de France Xavier Bertrand (12 %, 24 %, 64 %), l’ex-allié de Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan (11 %), la maire de Paris Anne Hidalgo (9 %), la présidente de la Région Île-de-France Valérie Pécresse (9 %), l’ex-ministre Arnaud Montebourg (9 %) et le dirigeant écologiste Yannick Jadot (5 %).

 

La grande peur de 2002

 

Ce sondage a créé un véritable tremblement de terre à l’Élysée et dans toute la gauche dans la mesure où l’on se rend compte que "le dégagisme" commence à prendre corps dans l’opinion à quinze mois de la présidentielle. Et surtout un certain nombre de conseillers politiques et d’experts ès études politiques estiment que la Présidente du Rassemblement National n’est plus "taboue" dans l’opinion. De fait si elle se retrouve au second tour, il sera très difficile de la battre.

Du coup le scénario du premier tour de 2002 revient sur le devant de la scène avec une balkanisation du champ politique (plusieurs candidats de droite et plusieurs candidats de gauche) et des personnalités ne parvenant pas à atteindre le seuil de 20 %. En 2002 Jacques Chirac avait pu être réélu au second tour malgré un piètre 19,88 % au premier tour. Et Jean-Marie Le Pen était encore à un niveau inférieur à 17 %. Depuis tous les candidats, sauf Nicolas Sarkozy en 2007, ont joué à la roulette russe en faisant en sorte de se retrouver face à l’extrême droite au second tour. On se souvient du mal-à-l’aise créé par le dîner à La Rotonde le soir du premier tour en 2017 où Emmanuel Macron fêtait une victoire certaine deux semaines plus tard. Alors que la France aurait dû s’inquiéter de voir la candidate d’extrême-droite à un niveau si élevé.

 

L’échec de Darmanin

 

D’autant que Marine Le Pen a beau ne pas être très intelligente, elle a appris depuis quatre ans. D’une part elle s’est séparée de Florian Philippot et de tous ceux qui militaient pour "un Frexit" dont les Français – et notamment les personnes âgées et les épargnants – ne veulent pas. D’autre part, tétanisée par la peur de sa nièce, elle s’est posée, comme on a pu le voir face au débat, jeudi dernier face à Gérald Darmanin où c’est le Ministre de l’Intérieur qui avait revêtu les habits de "l’excité" instable.

Et il reste encore quinze mois avec une opinion publique qui répète sondage après sondage qu’elle ne veut pas d’une confrontation "imposée par les médias" Macron-Le Pen. De la même manière qu’elle expliquait il y a cinq ans qu’elle ne voulait pas d’un match Juppé-Le Pen. Reste à savoir quelle va être l’attitude du Chef de l’État face à ces sondages et après la prestation télévisuelle de Marine Le Pen. A ses proches, lui répond que cette fois-ci tout sera différent à cause de la pandémie. Mais il n’est pas certain que la gestion de ce drame soit une aide pour le Chef de l’État.

 

Un retour à la normale au printemps 2022 ?

 

Pour l’heure son bras de fer contre le complexe sanitaro-médical fonctionne. Et cela fait trois semaines que les demandes de reconfinement restent vaines. Pour la plus grande satisfaction des Français. Même si la vie quotidienne est celle d’un pays en semi-confinement (avec un couvre-feu de 18 heures à 6 heures), sans aucune vie culturelle, sociale (avec des restaurants fermés sans doute jusqu’en avril, voire mai) et des Français à nouveau contraints au télétravail.

Dans ces conditions, et en fonction de la campagne vaccinale, il se peut qu’au début 2022 la France sorte guérie de cette pandémie (Christine Lagarde parle de mars 2022). Mais dans quel état sera le pays ? Et la victoire aura forcément beaucoup de pères alors que la défaite est une classique orpheline. Par ailleurs quand on regarde dans le rétroviseur des grandes épreuves du pays, ceux qui ont eu à mener et à gagner les batailles ont été ensuite vite remerciés (Clémenceau comme de Gaulle).

 

La balkanisation du premier tour

 

C’est bien ce climat si particulier qui permet à Xavier Bertrand aujourd’hui crédité de 16 ou 17 % d’espérer pouvoir l’emporter sur Marine Le Pen, s’il parvient à battre le Rassemblement National dans sa région en juin. C’est ce qui fait croire à Yannick Jadot ou à Éric Piolle qu’après cette pandémie, les Français voudront qu’on leur parle d’écologie dans le monde d’après. C’est ce qui permet à des personnalités "ramasse-miettes" comme Anne Hidalgo ou Arnaud Montebourg d’espérer faire bonne figure au premier tour.

Le plus surprenant, dans ce contexte, est l’absence totale d’effort programmatique de la part de la droite de gouvernement. Neuf ans après la défaite de Nicolas Sarkozy, la droite républicaine n’a toujours pas de programme identifié, en matière économique, sociétale, européenne ou environnementale. Alors que jamais les sujets n’ont été aussi importants. Ce vide en termes de propositions, fait pour l’instant le jeu d’Emmanuel Macron – devenu de fait un candidat de droite – et à l’autre bout de l’échiquier de Marine Le Pen qui, elle, affirme des idées claires.

 

Prudence contenue de Bruxelles

 

Au chapitre économique il faut retenir les nouvelles prévisions faites par la Bruxelles qui anticipe une croissance plus forte en 2022. Selon ses experts le produit intérieur brut des 19 pays partageant la monnaie unique devrait croître de 3,8 % cette année et en 2022 après une contraction de 6,8 % en 2020, estime la Commission européenne. Dans ses précédentes prévisions publiées en novembre, elle avait dit tabler sur une croissance de 4,2 % en 2021 et de 3,0 % en 2022 après une contraction de 7,8 % en 2020.

Les perspectives à court terme de l'économie européenne semblent plus faibles que prévu à l'automne dernier alors que la pandémie a resserré son emprise sur le continent, a déclaré l'exécutif européen. L'économie européenne devrait donc avoir bouclé 2020 et commencé la nouvelle année sur une base faible. Cependant, la lumière est maintenant visible au bout du tunnel. Alors que les campagnes de vaccination prennent de l'ampleur et que la pression sur les systèmes de santé diminue, les mesures de restrictions devraient s'assouplir progressivement.

 

Un retour de la hausse des prix

 

Les mesures de confinement étant toujours en place, l'activité économique de la zone euro devrait baisser à nouveau au premier trimestre après avoir reculé au cours des trois derniers mois de 2020. L'activité devrait reprendre modestement au cours du deuxième trimestre et plus vigoureusement au troisième, sous l'impulsion de la consommation privée avec un soutien supplémentaire du commerce mondial à mesure que les campagnes vaccinales s'accélèrent, a déclaré la Commission.

Bruxelles estime que la France et l'Espagne connaîtront cette année les reprises les plus importantes, avec respectivement une croissance du PIB prévue de 5,5 % et 5,6 %. Les deux pays compteront parmi les pays à la plus forte croissance également en 2022. Par ailleurs la croissance des prix à la consommation devrait s'accélérer pour se rapprocher de l'objectif de la Banque centrale européenne, à savoir une croissance inférieure à (mais proche) de 2 % à moyen terme. Elle anticipe un taux d'inflation de 1,4 % en 2021 et de 1,3 % en 2022 contre 0,3 % en 2020.

 

La BCE et la question climatique

 

Il y a une semaine Christine Lagarde est montée au créneau dans la presse et à la télévision pour tenter de mettre fin aux controverses sur l’annulation de la dette-Covid. Plus récemment c’est François Villeroy de Galhau qui est intervenu sur la question climatique. Le gouverneur de la Banque de France propose d'appliquer des critères environnementaux aux achats de dettes d'entreprises menés par la Banque centrale européenne, ceci afin de réduire les risques financiers liés au changement climatique.

Deux arguments au moins plaident en faveur d'une telle priorité : il est très difficile de différencier les politiques climatiques des États de la zone euro. À l'inverse, les entreprises non financières sont clairement identifiées comme les acteurs dont les activités sont les plus intensives en carbone, a-t-il détaillé. Ainsi, l'Eurosystème (qui regroupe la BCE et l'ensemble des banques centrales nationales de la zone euro) pourrait limiter ses achats de titres concernant les émetteurs dont la performance climatique ne serait pas compatible avec l'accord de Paris. À l'inverse, les titres émis par des entreprises alignées pourraient être achetés en plus grande quantité, a souligné François Villeroy de Galhau. Une seconde étape viserait à étendre la stratégie de décarbonation aux titres émis par les institutions financières, propose-t-il encore.

 

Faber en position de plus en plus difficile

 

La semaine passée a été marquée par l’annonce du rachat de Natixis par un groupe BPCE en bonne santé, par les résultats décevants de la Société Générale, par les très bonnes performances de Legrand et de Pernod-Ricard. Mais surtout par L’Oréal au moment où son patron "iconique" et à la fois si humble s’apprête à quitter son mandat de directeur général. Et cela, au terme de quinze années marquées par la meilleure performance du CAC 40, par une croissance incroyable des différents business du groupe, par sa transformation digitale et par la conversion de L’Oréal aux préoccupations extra-financières.

Le contre-modèle de L’Oréal est aujourd’hui Danone qui se trouve aujourd’hui cerné par deux fonds activistes sans personne pour prendre sa défense. Bien sûr à un moment ou à un autre Emmanuel Faber sera sauvé par une intervention des pouvoirs publics. Mais la question que pose le cas Danone est aussi celle d’un discours qui a trop porté sur les questions extra-financières. Alors que la culture Riboud était celle que prêche aujourd’hui Jean-Paul Agon : faire aller de pair le développement économique et social, l’un profitant à l’autre et réciproquement.

 

Vivendi va enfin coter sa pépite

 

Enfin Vivendi a annoncé hier matin qu'il prévoyait de distribuer 60 % du capital d'Universal Music aux investisseurs, sous réserve de l'approbation des actionnaires, et qu'il comptait, par ce biais inscrire à la cote son actif le plus précieux, qui abrite des chanteuses telles que Lady Gaga et Taylor Swift, d'ici la fin de l'année. Le projet d'introduction en Bourse d'Universal fait partie d'un processus lancé par le premier actionnaire de Vivendi, le milliardaire français Vincent Bolloré, qui a rendu sa rentabilité et sa valeur à cette filiale.

Le groupe français a déclaré que la distribution prendrait la forme d'un dividende spécial. UMG, une société holding actuellement en cours de constitution aux Pays-Bas, demandera à être cotée sur Euronext à Amsterdam. Ce projet a reçu un avis favorable du consortium dirigé par le groupe technologique chinois Tencent, qui contrôle désormais 20 % d'UMG, après avoir acheté la participation en deux vagues successives qui ont évalué UMG à 30 milliards d'euros. Vivendi tiendra une assemblée générale extraordinaire des actionnaires le 29 mars pour modifier les statuts de la société et rendre la distribution possible. En outre, Vivendi proposera de distribuer un dividende de 0,60 euro par action pour son exercice 2020 lors d'une assemblée générale prévue le 22 juin.

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