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Yves de Kerdrel
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Le bout du tunnel ?
par Yves de Kerdrel
Alors que les contaminations ont tendance à baisser, de même que les hospitalisations, Emmanuel Macron, satisfait de ne pas avoir cédé aux demandes de ceux qui le suppliaient de reconfiner, songe éventuellement à desserrer certaines contraintes. Tout dépendra de l’évolution des variants, de la manière dont se fait la rentrée des vacances scolaires et de l’accélération de la campagne vaccinale.
Lors du dernier conseil de défense et de sécurité sanitaire qui s’est tenu mercredi, Emmanuel Macron a évoqué un scénario de résilience, avec un allégement des contraintes sanitaires. Jérôme Salomon qui assiste à ce conseille et qui est le directeur général de la santé est donc au travail pour évaluer plusieurs hypothèses. D’autant que le Chef de l’État a évoqué cette hypothèse d’un allègement des mesures actuelles vendredi lors d’un échange par visioconférence avec une quinzaine de parlementaires de sa majorité, selon les informations de WanSquare.
Le locataire de l’Élysée a souligné la nécessité de travailler dès maintenant sur une sortie des dispositifs de contraintes, explique son entourage. Un scénario qui pourrait intervenir si la tendance à la baisse des contaminations enregistrée ces deux dernières semaines se confirmait. Un scénario où l'on tient selon les propos d’Emmanuel Macron rapportés par un participant. Selon plusieurs parlementaires, le président de la République envisage prendre une décision dans 10 à 15 jours.
Des chiffres en baisse
En cas de nouvelle accélération de l’épidémie, un deuxième scénario est étudié, pour resserrer, soit au niveau national, soit localement, selon les propos d’Emmanuel Macron, qui n’a toutefois pas prononcé le mot reconfinement note un des députés connectés à la réunion. Le choix n'est pas fait, explique-t-on à l’Élysée, mais à la question de savoir s'il existe une perspective de sortie, dans l'esprit d’Emmanuel Macron, la réponse aujourd'hui, c'est oui.
Alors que l’on s’apprête à "commémorer" le premier anniversaire de l’arrivée massive de la pandémie sur le sol français, la plupart des indicateurs semblent indiquer une sorte de "faux plat" de la propagation du virus. Sur les dix jours écoulés, les contaminations sont en baisse de même que les hospitalisations. Les entrées en réanimation sont stables. En revanche le nombre de décès quotidiens demeure à un niveau élevé (entre 200 et 300). Pour l’heure il n’y a toujours pas de troisième vague comme annoncé par une cohorte d’experts et de médecins.
L’inconnue des variants
Cela ne présage pas de l’avenir. Dans un premier temps les autorités sanitaires vont surveiller comment se passe le retour des enfants à l’école après plusieurs semaines de transhumance. Même si les remontées mécaniques sont restées fermées beaucoup de familles ont pris la destination de la partie est de la France, celle où le virus circule le plus. Et le protocole fixé par l’éducation nationale va changer dans les jours qui viennent. Désormais lorsqu’un enfant sera déclaré positif, toute la classe sera mise à l’isolement pendant une durée de dix jours et non pas de sept jours. On risque même d’assister à la fermeture d’un grand nombre d’écoles et de collèges.
La grande inconnue reste le variant britannique qui représente désormais près de 40 % des contaminations au lieu de 10 % il y a un mois. Il est très présent en Ile de France. Et pour l’heure les scientifiques ont des avis divergents sur la manière dont les différents vaccins peuvent servir de bouclier face à ce virus mutant. C’est ce qui amène plusieurs membres du conseil scientifique à recommander l’auto-confinement des personnes les plus âgées, même si elles ont reçu la première injection.
Le pari gagné de Macron
En termes politiques, Emmanuel Macron a, quoi qu’il en soit, gagné le pari pascalien qu’il avait fait il y a quelques semaines en renonçant à un reconfinement demandé par les plus grands médecins. Les faits et les chiffres lui ont donné raison. Et cela même s’il ne faut pas oublier que la France est toujours en situation d’état d’urgence sanitaire, avec un couvre-feu de 18 heures à 6 heures qui est très contraignant pour les commerçants, avec des milliers d’amendes distribuées chaque jour à des français qui rentrent du travail trop tard et avec une forte recommandation au télétravail. Sans oublier la fermeture des cafés, bars et restaurants depuis quatre mois et sans doute jusqu’en mai prochain.
Toute la question est de savoir comment le Chef de l’État va capitaliser sur ce choix courageux qu’il avait fait. On l’a dit, Emmanuel Macron parle de plus en plus à des parlementaires directement. Il refait de la politique, prépare les élections régionales et départementales et sort de plus en plus. Il a aussi participé à une importante visioconférence sécurisée sur le dispositif Barkhane où il a suivi les recommandations du Général Lecointre, le Chef d’état-major des armées, qui lui demandait de ne pas baisser la garde maintenant.
Des sondages à la hausse
Par ailleurs deux enquêtes parues en cette fin de semaine indiquent la bonne santé relative de l'exécutif dans l'opinion. Le président de la République Emmanuel Macron et son premier ministre Jean Castex ont vu leurs cotes de popularité nettement augmenter au mois de février par rapport au mois de janvier, selon un sondage BVA publié vendredi, tandis que le dernier baromètre de l'IFOP pour Paris Match place lui aussi le président de la République en bonne posture. Les Français interrogés par BVA - à travers une enquête réalisée mercredi et jeudi - sont 42% à déclarer avoir une bonne opinion d'Emmanuel Macron. Il s'agit d'un résultat en hausse de cinq points par rapport au mois précédent et qui rejoint les niveaux d'octobre et novembre, selon cette étude réalisée pour Orange et RTL.
Les opinions favorables progressent bien au-delà des sympathisants de son propre camp. Jean Castex est désormais crédité de 42% de bonnes opinions également, en hausse de 6 points par rapport au mois dernier. Ce résultat met un point d'arrêt à la baisse continue de sa popularité depuis sa nomination (de 56% en juillet jusqu'à 36% en janvier) et il n'est plus distancé par le chef de l'État. Sa popularité est en hausse quelle que soit la sensibilité politique des Français, avec néanmoins une dynamique positive plus marquée chez les sympathisants Les Républicains. Le couple exécutif bénéficie directement et nettement de ses choix concernant la crise sanitaire, avance l'institut qui ajoute que la dynamique est encore plus nette pour son Premier ministre qui, rappelons-le, avait porté l'annonce du non-reconfinement. Près des deux tiers des Français déclarent approuver cette décision de ne pas reconfiner, même localement,
La politique reprend ses droits
Face à une opposition toujours morcelée et peu présente sur le terrain des idées, Emmanuel Macron retrouve donc un peu d’air. Et à condition que les variants stoppent leur démultiplication et que la campagne vaccinale se poursuive sans accroc, le Chef de l’État pourra se retrouver en situation de se présenter. Chez WanSquare, nous redoutons que même si son bilan est plutôt honorable tant sur le plan de la crise sanitaire que sur le plan économique, le dégagisme l’empêche d’atteindre le seuil de 20 % au premier tour. Et nous continuons à penser qu’il y aura une forte balkanisation de l’opinion pour le premier tour de scrutin.
Quant au second tour, il restera dominé par la pression du Rassemblement National, avec une vraie possibilité de voir Marine Le Pen approcher la majorité. Emmanuel Macron le sait. Il a prévu de multiplier les déclarations à connotation régalienne et sécuritaire dans les mois qui viennent. Mais peut-être est-il trop tard. Et surtout, il ne faut pas oublier que les adeptes de la France Insoumise refuseront de choisir au second tour entre le candidat de la raison et celui de l’extrême. Ce qui peut permettre, hélas, à ce dernier d’être élu par défaut.
Contraction de l’activité en France
Au chapitre économique, il faut retenir que la contraction de l'activité du secteur privé en France s'est intensifiée en février, les mesures visant à endiguer la propagation de l'épidémie de Covid-19 ayant continué de peser sur l'activité globale, selon les données provisoires publiées vendredi par IHS Markit. L'indice PMI composite de la France a reculé à 45,2 en février, son plus bas niveau depuis trois mois, contre 47,7 en janvier.
Un chiffre supérieur à 50 indique une expansion de l'activité par rapport au mois précédent, tandis qu'un chiffre inférieur à 50 dénote un recul. Dans le détail, l'indice PMI du secteur des services s'est inscrit en baisse à 43,6 en février, son plus faible niveau depuis trois mois, après 47,3 en janvier. L'indice PMI du secteur manufacturier s'est en revanche redressé à 55 en février, 51,6 en janvier, ce qui constitue son niveau le plus élevé depuis trois ans. Les économistes interrogés par DowJones s'attendaient à ce que l'indice du secteur des services ressorte à 47 en février et celui du secteur manufacturier, à 51.
Une BCE à l’affût mais pas inquiète
La publication des minutes de la BCE montre que les dirigeants de la Banque centrale européenne ont exprimé leur préoccupation face à l'appréciation de l'euro lors de leur réunion de janvier mais n'ont pas semblé inquiets de la hausse des rendements des emprunts d'État. La BCE avait laissé sa politique monétaire inchangée le 21 janvier tout en soulignant que la recrudescence des cas d'infection par le coronavirus pourrait freiner la reprise économique dans la zone euro et empêcher la remontée de l'inflation. Si le cours de l'euro n'a pas beaucoup bougé ces dernières semaines, les membres du Conseil des gouverneurs ont tenu à exprimer leur inquiétude face à l'éventualité que le taux de change pèse sur les prix des importations et nuise à la compétitivité des exportations.
Des préoccupations ont été exprimées, cependant, sur l'évolution du taux de change, qui pourrait avoir des implications défavorables pour les conditions financières dans la zone euro et, au final, des conséquences sur les perspectives d'inflation, explique le compte rendu des débats. Les membres du Conseil se sont accordés sur l'importance de réaffirmer leur engagement à maintenir des conditions de financement favorables mais n'ont pas semblé particulièrement préoccupés par la hausse récente des rendements obligataires, notant qu'ils demeuraient proches de leurs plus bas historiques une fois ajustés de l'inflation. Il a été maintenu que toute hausse des rendements nominaux ne devait pas être interprétée comme un resserrement indésirable des conditions de financement et déclencher une réponse correspondante de la politique monétaire, explique la BCE. Ce qui importe du point de vue de la politique monétaire, c'est l'évolution des taux réels, qui sont tombés à des plus bas records au cours des dernières semaines, ajoute-t-elle.
Des résultats historiques pour le CAC 40
Mais la semaine a surtout été marquée par les publications de résultats annuels concernant cet exercice 2020 insolite. Avec de bonnes surprises comme cela a été le cas pour Carrefour ou pour Hermès. Avec des chiffres dramatiques pour Air France et pour Renault, même s’ils ne sont pas surprenants. Mais aussi pour ADP qui a déjà pris les mesures sociales et économiques d’un retour à une situation meilleure ou pour Airbus.
La surprise a porté sur les résultats de Kering qui, tout en étant à un niveau élevé, sont plus bas qu’attendus avec des ventes qui sont restées en terrain négatif au quatrième trimestre, notamment chez Gucci. Et cela à la différence de ce qu’ont pu enregistrer des groupes comme L’Oréal, LVMH ou Hermès. Il est sans doute possible que le centenaire de Gucci cette année soit l’occasion d’un rattrapage soutenu par le lancement de nouveaux produits et le retour de fortes dépenses publi-promotionnelles.
Danone fait le dos rond face aux activistes
Sous le feu des critiques de deux de ses actionnaires, Danone n'a pas répondu vendredi aux demandes de changement de gouvernance à l'occasion de la publication de ses résultats annuels mais a dit miser sur un retour de la croissance de son activité au deuxième trimestre. Le groupe agroalimentaire et son PDG, Emmanuel Faber, sont sous la pression de deux actionnaires, la société de gestion Artisan Partners et le fonds activiste Bluebell Capital, qui contestent la gestion et la stratégie. Les deux investisseurs réclament notamment la séparation des fonctions de président et de directeur général.
Emmanuel Faber a reconnu vendredi que le cours de l'action, qui évolue à un plus bas de sept ans, était en-deçà des attentes et a appelé à un dialogue ouvert avec les actionnaires. Mais aucune annonce n'a été faite concernant la gouvernance. "C'est peut-être un sujet pour l'avenir, mais vous ne pouvez pas vous attendre à d'autres commentaires à ce sujet aujourd'hui", a déclaré le PDG lors d'une conférence téléphonique avec des analystes concernant la séparation des fonctions de direction.
Une marge opérationnelle en net repli
L'an dernier, Danone a subi de plein fouet les effets de la crise du coronavirus, qui a lourdement pénalisé sa division Eaux et pesé sur ses marges. Il a lancé en novembre un plan prévoyant le passage à une organisation par zones géographiques et non plus par catégories de produits, ce qui devrait se traduire par la suppression d'environ 1.500 à 2.000 postes dans les sièges mondiaux et locaux. Une journée investisseurs est prévue le 25 mars pour détailler la nouvelle stratégie.
Face aux difficultés, Danone a annoncé vendredi qu'il allait réduire de 8% son dividende au titre de 2020, à 1,94 euro par action. L'an dernier, le chiffre d'affaires du groupe s'est replié de 1,5% en données comparables, à 23,62 milliards d'euros et la marge opérationnelle courante est tombée à 14%, contre 15,2% en 2019. Des performances bien inférieures à celles du grand concurrent suisse Nestlé, qui affiche une hausse de 3,6% de ses ventes en 2020 et une marge opérationnelle de 17,7%. Le groupe espère toutefois renouer avec la croissance au deuxième trimestre et dit anticiper un retour à une croissance rentable au second semestre de l'année. Au final, la marge opérationnelle courante en 2021 sera en ligne avec celle de 2020.
Faber contraint de recruter un patron
La société de gestion Artisan Partners, que conseille un ancien dirigeant de Danone, a salué vendredi l'augmentation de transparence de Danone dans la présentation de ses résultats financiers tout en jugeant que cela ne changeait rien à ses préoccupations fondamentales sur la gouvernance et la stratégie du groupe agroalimentaire français. "Nous étudions les informations fournies par Danone lors de ses résultats annuels. Nous trouvons encourageant l’augmentation de transparence dans les résultats présentés, ainsi que la tentative de traiter certaines des questions que nous avons soulevées dans notre analyse présentée à certains membres du conseil d'administration le 16 février dernier", a déclaré Artisan dans un communiqué.
"Toutefois, nos préoccupations fondamentales concernant la gouvernance et la stratégie demeurent inchangées." Danone n'a pas répondu vendredi aux demandes de changement de gouvernance à l'occasion de la publication de ses résultats annuels mais a dit miser sur un retour de la croissance de son activité au deuxième trimestre. Plusieurs administrateurs ont commencé à expliquer à Emmanuel Faber qu’il devait recruter d’urgence un COO ou un patron des opérations qui gère le groupe au quotidien et surveille l’évolution des marges. Sans quoi la grogne continuera de monter, et il sera contraint de se replier sur l’Aventin d’une présidence non exécutive, en confiant la gestion à un CEO imposé par les grands actionnaires.
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