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Taux-dette souveraine / pepp / coronavirus
La BCE inquiète de la hausse des taux réels
La hausse des taux américains s'est propagée aux marchés européens, où les taux souverains des principaux pays du Vieux Continent ont eux aussi sensiblement progressé depuis un mois. Certes, ils restent encore historiquement bas, et cette progression est le fruit d'une amélioration des perspectives de croissance, liée à l'accélération de la campagne de vaccination. Mais leur hausse est cependant suivie de très près par les responsables de la BCE, qui redoutent qu’elle pèse sur la timide reprise économique.
En début de semaine déjà, Christine Lagarde indiquait devant le Parlement européen que son institution observait au jour le jour l'évolution des taux souverains, car leur niveau était "utilisé par les banques comme une référence pour fixer le prix de leurs prêts aux ménages et entreprises". Une hausse des rendements entraînerait donc un resserrement des conditions financières, nocif pour le redémarrage économique.
Une hausse des rendements souverains européens
Or, depuis la fin du mois de janvier, l'ensemble des rendements de la zone euro s'est tendu : le taux de l'OAT dix ans est ainsi passé de -0,38 % à -0,147 %, soit une hausse de 23 points de base en l'espace de trois semaines, tandis que le rendement du Bund a grimpé de 20 points de base depuis le 29 janvier, jusque -0,351 %. Le taux des obligations espagnoles de même échéance, repassé en territoire positif depuis la mi-janvier a également progressé de plus de 35 points de base sur la même période. Des niveaux qui restent donc proches de zéro, grâce à la politique de rachats de titres massifs de la BCE depuis le début de la pandémie -854 milliards d'euros de titres achetés au 19 février- et qui permettent aux États d'emprunter à moindre coût.
Mais la banque centrale pourrait intervenir davantage en cas d'accélération de la hausse des taux, comme l'a déclaré Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE lors d'une interview à l'agence de presse lettone LETA aujourd'hui. "La Banque centrale européenne (BCE) combattra toute augmentation importante des taux réels qui pourrait compromettre la reprise économique de l'Union européenne", a-t-elle ainsi expliqué. "Nous veillerons à ce qu'il n'y ait pas de durcissement injustifié des conditions de financement. Car une augmentation trop brutale des taux d'intérêt réels - ou ajustés de l'inflation - en raison de l'amélioration des perspectives de croissance mondiale pourrait compromettre la reprise économique", a-t-elle ajouté. Rappelons que les équipes de la BCE prévoient une croissance de 3,9 % cette année, après une récession de 7,3 % en 2020, mais que ces anticipations pourraient être révisées lors de la publication des nouvelles prévisions macroéconomiques de mars. Cette réunion de politique monétaire pourrait également être l'occasion pour la BCE d'indiquer la façon dont elle compte contrer la hausse des taux souverains.
Accroître les achats de titre dans le cadre du PEPP
"Si les rendements européens continuent de grimper dans les prochaines semaines, la BCE n'aura pas d'autre choix que d'accroître ses achats de titres dans le cadre de son PEPP pour empêcher un resserrement des conditions financières", explique ainsi Erik Nielsen, chef économiste d'UniCredit dans une note. Sur les 1 850 milliards d'euros que prévoit l'enveloppe, moins de la moitié a été utilisée. La BCE pourrait simplement accroître ses achats hebdomadaires, le temps que les tensions sur les marchés souverains s'apaisent. Ce qu'elle a d'ailleurs déjà commencé à faire : Francfort a acquis pour 17,2 milliards de titres la semaine dernière, soit le montant le plus élevé depuis la semaine achevée le 15 janvier.
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