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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Éradiquer le virus ou bien vivre avec ?
par Yves de Kerdrel

Un an après l’arrivée en France de l’épidémie de coronavirus, nous sommes contraints, malgré toutes les mesures prises de « vivre avec », de s’accommoder de la fermeture des musées, des restaurants, des théâtres, des cinémas, du couvre-feu et de nombreuses restrictions de libertés. D’autres pays ont choisi d’éradiquer le virus et de l’empêcher de revenir. Ils s’en sortent mieux.

28/02/2021 - 06:45 Temps Lecture 16 mn.

 

La question n’est pas de faire un bilan d’une année de pandémie que l’exécutif en place et les autorités sanitaires ont tenté de gérer au mieux de leurs capacités et en tenant compte du bien commun. Bien sûr il y a eu des ratés, comme dans beaucoup de pays. Sur les masques d’abord avec une vraie faute politique de l’actuel Directeur Général de la Santé. Sur les tests ensuite, dont les résultats étaient fournis trop tardivement pour être utilisés de manière intelligente. Sur les vaccins enfin où le démarrage de la campagne vaccinale a donné lieu à beaucoup de polémique.

Mais en Grande-Bretagne, les critiques sont encore plus virulentes. En Allemagne, qui a été longtemps le bon élève de la classe européenne, la situation est nettement moins favorable depuis deux mois. Quant à l’Italie et l’Espagne qui ont rouvert leurs restaurants, elles se sont enfermées dans une politique de stop-and-go qui désoriente leurs habitants. Il reste qu’aujourd’hui la France se retrouve avec un taux de létalité proche de la Suède, qui est le plus mauvais élève de la classe pour avoir refusé d’opter pour un premier confinement.

 

Une guerre sans volonté de chasser l’ennemi

 

En l’espace d’un an la France a donc connu un confinement drastique suivi d’un déconfinement trop rapide qui a ouvert la voie à une seconde vague de contamination, suivi d’un confinement très léger qui a permis de passer les fêtes sans grosses difficultés pour les ménages comme pour le système de santé. Mais même si chacun s’accommode des restrictions de libertés, des mesures désormais territorialisées de reconfinement, ou du couvre-feu, tout indique que la France comptera 90 000 morts de la Covid-19 à la mi-mars, juste un an après le début du premier confinement. Et même si nous vivons dans une civilisation qui ne supporte plus la mort - même à la guerre - nous restons désormais impassibles chaque jour à l’annonce des 250 ou 300 décès quotidiens. Il y a un an Emmanuel Macron annonçait "une guerre" contre le virus. Pour l’heure, cette guerre nous ne l’avons pas gagnée.

Il y a, en revanche des pays qui ont décidé d’éradiquer le virus, comme on éradique le terrorisme et qui y sont arrivés. Et il ne s’agit pas que de la Chine avec les moyens disproportionnés de la dictature qu’elle est. Il y a aussi la Corée du Sud, qui ne compte plus de décès depuis des mois, la Thaïlande, Singapour, mais aussi la Nouvelle-Zélande, voire l’Australie. Et après une période dure de véritable guerre contre le virus, ils sont tous arrivés, avant même l’arrivée du vaccin, à casser les chaînes de contamination, à bouter le virus dehors et à empêcher qu’il revienne. Cela demande les moyens d’une "guerre" contre un ennemi invisible. Mais le propre de tous ces pays, c’est qu’ils vivent aujourd’hui de manière "normale", qu’ils n’ont pas à subventionner des restaurants qui sont tous ouverts et qu’ils connaissent tous une croissance économique soutenue.

 

Le virus continuera d’affecter l’économie

 

Il y avait bien deux stratégies possibles. Et assez curieusement toute l’Europe a choisi de vivre avec le virus, plutôt que de l’éradiquer. Au risque de saturer son système de santé. Au risque de compter chaque jour un nombre croissant de décès. Au risque de devoir mener des politiques de "stop-and-go" en matière de circulation des individus et de libertés publiques. Et donc au risque de ralentir une reprise économique qui était attendue de façon ample cette année après la forte récession de 2020.

Pouvait-on vraiment éradiquer le virus dans un pays comme la France entremêlé à 26 pays de l’Union Européenne, qui est pour beaucoup la porte d’entrée du continent et qui n’a pas – comme la Nouvelle Zélande ou Singapour – les avantages d’une île. Certains commencent à regretter que l’on n’ait pas réussi à s’adapter à cette guerre contre le virus, en attendant que la campagne de vaccination immunise collectivement le pays. À ce jour on ne perdrait pas de temps à imaginer un reconfinement local à venir dans 20 départements, dont toute l’île de France.

 

La guerre des vaccins

 

Il reste que, nous aussi nous nous sommes trompés. Et nous le reconnaissons avec toute l’humilité que nécessite ce sujet. Nous avons cru et écrit que le coup de poker d’Emmanuel Macron visant à ne pas reconfiner en dépit de l’appel des plus grands scientifiques serait gagnant. L’apparition des variants et la circulation interrégionale pendant les vacances scolaires, ont chamboulé toutes les hypothèses. Si bien qu’aujourd’hui à Matignon on explique être face à un "Mur" de malades à venir. Des malades plus jeunes, mais aussi plus malades qu’il y a un an, car les variants produisent des effets différents.

En préparant les esprits à de multiples reconfinements locaux, Jean Castex, a voulu contrebalancer son discours avec l’avancée de la campagne vaccinale. Il reste que 30 % des soignants seulement ont accepté d’être vaccinés avec les fioles d’AstraZeneca. Et les commentaires négatifs portés sur ce vaccin lorsqu’il est sorti, et lorsque la Grande-Bretagne l’a utilisé massivement n’aident pas aujourd’hui les médecins à traiter leurs patients atteints de pathologies sévères.

 

La question du passeport vaccinal

 

Lors du conseil de défense sanitaire, mercredi dernier, le président de la République a demandé à ses ministres d’imaginer les outils qui permettraient aux Français de revivre – quasi – normalement dans les mois et les années à venir, quand bien même le coronavirus rôderait toujours. Le chef de l’État penserait à différentes mesures qui apparaissaient pourtant comme choquantes ou liberticides aux yeux des Français. Au menu : un passeport vaccinal pour traverser les frontières, mais aussi pour fréquenter les salles de sport, de cinéma, ou encore les restaurants. Un objet qu’Emmanuel Macron manie avec précaution puisque, pour rappel, il a promis que la vaccination ne sera pas obligatoire.

L’application TousAntiCovid pourrait être demandée à l’entrée des restaurants avec un QR code à flasher afin de tracer les cas contacts. Roxana Maracineanu, ministre des Sports, souhaiterait qu’un masque compatible avec l’activité sportive soit homologué. Pour un ministre, le confinement généralisé ne peut pas être la solution éternelle à la crise sanitaire. Si les vaccins ne sont plus efficaces face aux variants et que nous sommes partis pour trois ans avec le virus, notre approche de l’épidémie doit changer, nous ne pourrons plus faire de confinement généralisé, souligne-t-il. Par ailleurs il serait inéquitable d’établir un passeport vaccinal tant qu’un vaccin n’a pas été proposé à tous les Français. Il reste que cette manière de penser montre que nous sommes désormais encore plus entrés dans la logique de vivre avec le virus que de l’éradiquer.

 

Le thème de la reflation s’installe

 

Au chapitre économique il faut souligner la bonne tenue de la Bourse de Paris. L’appétit pour les actifs à risque est de retour au Palais Brongniart, ravivé par l’engagement des banques centrales à maintenir une politique accommodante. Jerome Powell a de nouveau minimisé les risques de tensions inflationnistes en garantissant que la Fed est loin de durcir ses conditions. La BCE se tient également prête à agir fermement contre toute hausse significative des taux réels susceptible de compromettre la reprise dans la zone euro, a déclaré Isabel Schnabel, membre du directoire de la banque centrale européenne dans un entretien à l’agence lettone LETA. "Nous veillerons à ce qu’il n’y ait pas de resserrement injustifié des conditions de financement", a-t-elle assuré.

Les investisseurs n’en testent pas moins la détermination des banques centrales en poussant le rendement des emprunts souverains vers de nouveau plus hauts, celui du 10 ans américain a touché un nouveau pic d’un an à 1,4484 %. Si, comme l’affirment plusieurs responsables de la Fed, des taux plus élevés sont la conséquence logique des anticipations de reprise de l’économie, cette évolution est surveillée de près alors que la Chambre des représentants s’apprête à voter sur le plan de relance de 1 900 milliards de dollars de Joe Biden. "Le thème principal sur les marchés est la reflation, affirme Gregory Perdon, coresponsable des investissements à la banque Abruthnot Latham, ce qui provoque un mouvement vendeur sur les obligations. Si vous pensez que l’inflation s’oriente vers les 2 %, il n’y a pas de raison de détenir une obligation offrant un rendement inférieur", explique-t-il. Le rendement des obligations augmente lorsque leur cours baisse.

 

Croissance forte aux États-Unis

 

Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, repoussant les suggestions selon lesquelles une politique monétaire souple risquait de déclencher l'inflation et les risques financiers dans ce qui pourrait être un boom économique émergent, a déclaré que la banque centrale resterait concentrée sur le retour des Américains au travail. "La politique monétaire est accommodante et elle continue de devoir être accommodante ... Attendez-vous à ce que nous agissions prudemment, patiemment et avec beaucoup d'avertissement préalables", avant tout changement, a déclaré Powell en réponse aux questions des législateurs républicains sur la question de savoir si la reprise nécessitait encore une assistance au niveau de la crise.

Powell, qui témoignait devant le comité bancaire du Sénat américain, a reconnu que la croissance était sur une pente assez soutenue alors que la crise du coronavirus s'atténue et que les vaccinations se développent. Les mises à jour à venir des perspectives de la Fed pourraient montrer que l'économie connaît une expansion de l'ordre de 6 % cette année et que la production globale reviendra vraisemblablement dans les prochaines semaines au niveau prépandémique.

 

Jérôme Powell rassure les marchés

 

Un tel rebond aurait été impensable même il y a quelques semaines, mais le déploiement des vaccins, associé à un soutien fiscal fédéral qui a renforcé le revenu des ménages, a stimulé les perspectives économiques pour l'année. Lorsqu'on lui a demandé quel était son message aux marchés financiers, Powell n'a pas parlé des risques d'une hausse des rendements obligataires ou d'un possible pic d'inflation, mais des quelque 10 millions d'emplois toujours manquants par rapport à il y a un an, et de la nécessité pour la Banque centrale américaine de rester accommodante jusqu'à ce que cela soit réglé.

Les taux d'intérêt resteront donc bas et les 120 milliards de dollars d'achats mensuels d'obligations par la Fed se poursuivront "au moins au rythme actuel jusqu'à ce que nous progressions encore sensiblement vers nos objectifs ... ce que nous n'avons pas vraiment fait", a déclaré Jérôme Powell lors de l'audience. La première depuis que les démocrates ont remporté la Maison Blanche et le contrôle des deux chambres du Congrès. Il y a eu peu de réactions du marché aux remarques de Powell, même si une récente forte hausse des rendements des bons du Trésor, liée en partie aux craintes que l'inflation pourrait augmenter et que la Fed resserre sa politique monétaire plus tôt que prévu, ait été largement freinée.

 

Danone cherche un nouveau patron

 

À Paris les publications de résultats demeurent intenses. Avec de très bonnes surprises comme Axa, Scor, Saint-Gobain, ou Casino dont la restructuration du business comme du bilan restera comme un cas d’école. L’affaire Danone se poursuit avec le fonds activiste BlueBell qui demande à Emmanuel Faber de se retirer d’urgence et à Gilles Schnepp de prendre la présidence non exécutive, charge au nouveau conseil de trouver un nouveau CEO. Du côté du fonds Artisan, les propos contre le patron de Danone sont encore plus durs.

Mais surtout on commence à voir les administrateurs actuels ne plus soutenir le successeur de Franck Riboud. Car ils ne veulent pas être jetés avec l’eau du bain. Pour eux, la seule solution est donc de révoquer Emmanuel Faber. D’intenses discussions ont eu lieu entre eux le week-end dernier et vont se poursuivre ce week-end. Alain Minc tenterait d’imposer Alexandre Bompard. D’autres échanges ont commencé avec de grosses pointures de l’industrie alimentaire mondiale. Le fait est que les jours d’Emmanuel Faber sont comptés. Et s’il y a une dizaine de jours certains étaient encore d’accord pour lui accorder le siège de Président non exécutif, aujourd’hui ils sont beaucoup plus rares. Le conseil ad hoc qui se tient demain pourrait être décisif en la matière, d'autant que le secrétaire général de Danone, Mathias Vicherat a, par ses maladresses, alimenté la fronde anti-Faber.

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