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Yves de Kerdrel
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La candidature de Macron d’ores et déjà dans la balance
par Yves de Kerdrel
Alors que le Président de la République s’efforce de limiter les reconfinements et tente de tracer des perspectives positives à l’horizon de mi-avril, le bilan d’un an de pandémie reste très mauvais en France et la campagne vaccinale affiche des ratés de plus en plus nombreux. Pendant ce temps la Chine se fixe des objectifs de croissance ambitieux avec à la clé un renversement géopolitique.
Difficile de ne pas penser que la France s’apprête à commémorer le premier anniversaire du premier confinement. En un an la pandémie n’a pas seulement bouleversé nos modes de vie, elle a changé – pas en bien – la pratique du pouvoir par l’exécutif, elle a détruit des centaines de milliers d’emplois, créé une crise économique atypique, fait exploser les critères de Maastricht et va sans doute accélérer le processus schumpetérien de destruction créatrice qui fait évoluer le capitalisme.
Lorsque cette pandémie aura disparu – on ne sait quand puisque le porte-parole du gouvernement promet le retour à une vie normale vers la mi-avril et la multiplication des variants fait dire à de nombreux experts que cette épidémie pourrait durer jusqu’en 2025 – il y aura sans doute un vaste bilan anthropologique à faire. Nous ne croyons pas à un monde d’après. Mais il y aura un rapport différent au travail, à la santé, à l’environnement, au choc des générations - dans un pays où les seniors ont pris le pouvoir (dans les urnes) – et surtout à la mort.
Une société qui ne tolère pas la mort
Actuellement l’épidémie reste à un stade élevé en France et notamment dans certains départements du Nord, de l’île de France, de l’Est et du Midi qui sont placés sous surveillance renforcée, sans que le pouvoir ait décidé de multiples reconfinements locaux. Le talon d’Achille du moment porte sur le nombre de réanimations qui atteint un niveau critique. Quant aux décès, ils varient entre 250 et 350 par jour. Plus personne n’y fait très attention. Cela veut dire que d’ici une semaine à dix jours la France aura franchi le cap des 90 000 morts.
C’est un aspect très curieux de cette crise dans la mesure où nous vivons dans une société qui ne tolère plus la mort, conséquence lointaine d’un siècle de déchristianisation. Ce sont les premiers morts de l’épidémie, il y a un an, qui ont amené un très grand nombre de pays à mettre en place des confinements drastiques, au risque d’une crise économique grave et donc d’une déstabilisation géopolitique profonde. Et pourtant aujourd’hui le nombre de décès reste élevé – à tel point qu’en l’espace de deux semaines – le Covid fait plus de morts que les accidents de la route en un an.
La liberté est plus importante que la santé
Après avoir voulu gérer cette épidémie en "chef de guerre", Emmanuel Macron a été le premier à annoncer – un peu trop tôt le retour "des jours heureux". Cornaqué par un conseil scientifique de très haut niveau il a d’abord fait, nolens volens, de la santé de ses concitoyens une valeur suprême de la République. Ce que tout le monde a accepté contre mauvaise fortune.
Au mépris de la liberté qui, elle, est une valeur transcendantale. Et aujourd’hui nous nous trouvons à front renversé, avec un Chef de l’État qui ne compte plus les morts et qui ne veut pas reconfiner, même si la France vit sous l’insupportable chape de plomb du couvre-feu qui tue toute vie sociale, notamment pour les plus jeunes.
Forte méfiance dans l’exécutif
Selon un nouveau sondage réalisé il y a quelques jours par Elabe pour Les Échos et Radio classique, 34 % des Français accordent leur confiance à Emmanuel Macron pour sa façon d’affronter les problèmes qui se dressent devant le pays, soit un léger recul (de deux points) après deux mois de hausse. Toutefois, 60 % des personnes interrogées ont dit ne pas se fier à lui, dont 31 % catégoriquement. Elabe précise dans ce contexte qu’en ce qui concerne l’âge, la cote de confiance d’Emmanuel Macron baisse fortement auprès des 18-24 ans (37 %, -10).
Après avoir endossé les habits d’un commandant en chef contre ce virus invisible, Emmanuel Macron semble d’avantage se comporter comme un joueur de poker en jouant à quitte ou double avec les conseils toujours très coercitifs du complexe sanitaro-médical, en refusant toute restriction supplémentaire de liberté, et en misant sur les apports d’une campagne vaccinale toujours aussi poussive. En un an il a donc totalement changé de comportement, gérant de manière très politique cette crise, comme si tout était désormais dicté par la perspective de la prochaine élection présidentielle qui se déroulera dans quatorze mois.
Macron peut-il faire élire Marine Le Pen par défaut ?
Dans ce contexte, il y a aujourd’hui deux cas de figure. Soit son dernier coup de poker qui consiste à donner un grand coup d’accélérateur à la vaccination – quitte même à obliger les 70 % de soignants refusant le vaccin à se faire piquer et à mettre en place plus vite que prévu une sorte de passeport vaccinal ou de passe sanitaire – fonctionne et avec une météo plus clémente le virus prend ses quartiers d’été. Soit les ratés de la vaccination, la multiplication des variants, et la moindre acceptabilité des Français aux gestes barrière et aux restrictions de liberté, ne changent rien à l’expansion de la pandémie en France et alors l’automne prochain sera compliqué pour Emmanuel Macron.
Car le Chef de l’État sera alors jugé sur un bilan sanitaire très négatif, un bilan économique désastreux, avec une croissance beaucoup plus faible que prévu pour 2021, et une absence totale de réforme, voire de transformation du pays, comme il l’avait promis. À cela s’ajoute le fait qu’en cas de second tour Macron-LePen, le dégagisme aidant, il y a désormais fort à craindre que la patronne du Rassemblement national soit élue. Et cette responsabilité historique viendrait s’ajouter à son passif.
Pourquoi la voix de Sarkozy a encore de l’importance
Dans ce cas ils sont très peu à pouvoir prendre le relais, après un abandon en rase campagne. Xavier Bertrand est prêt bien sûr, mais est-on sûr qu’il pourra rallier toute la droite, même la plus centriste ? En revanche son atout c’est sa fermeté contre le Rassemblement National, deuxième force politique de la Région Hauts de France. L’autre solution c’est Édouard Philippe qui peut faire un grand rassemblement de droite, du centre et de la gauche libérale, mais qui peut aussi risquer d’être victime du "dégagisme". Il y a un an il était encore à Matignon et sans son idée des 80 kilomètres heure, il n’y aurait sans doute pas eu la crise des gilets jaune. En tout cas ce n’est un secret pour personne que le Maire du Havre se prépare et y pense tous les jours, et sans doute pas seulement qu’en se rasant.
C’est dans ce contexte que la condamnation à de la prison ferme (suspendue par un appel) de Nicolas Sarkozy va jouer un rôle déterminant. L’ancien Président de la République n’a jamais pensé se présenter en 2022, même si d’autres, comme Christian Jacob, l’espéraient bien. En revanche, son influence sur une droite sans chef, dans un pays très largement positionné à droite sera déterminante. Dans un match Macron-Le Pen, sa voix peut-elle éviter l’échec du candidat sortant ? Peut-être. S’il ne garde qu’un pouvoir c’est celui de "faire les rois". Emmanuel Macron le sait bien. Et c’est pourquoi il l’a appelé lundi dernier dans l’après-midi, après sa condamnation, pour lui faire part de sa sympathie et de son amitié.
Objectif de croissance élevé pour la Chine cette année
Au chapitre économique l’un des évènements majeurs de la semaine, trop peu souligné par la presse occidentale tient aux ambitions de l’Empire du Milieu. La Chine a donc fixé vendredi un objectif de croissance économique annuel supérieur à 6 % et s'est engagée à créer plus d'emplois dans les villes que l'année dernière, alors que la deuxième économie mondiale prévoyait une évolution jusque-là plus prudente sur une année perturbée par les suites de la pandémie. En 2020, la Chine a abandonné son objectif de croissance du produit intérieur brut pour la première fois depuis 2002 après que la pandémie a eu dévasté son économie. Le PIB de la Chine a augmenté de 2,3 % l'année dernière, le plus faible en 44 ans, mais ce qui en fait la seule grande économie à afficher une croissance.
En tant qu'objectif général, le taux de croissance de la Chine a été fixé à plus de 6 % pour cette année, a déclaré le Premier ministre Li Keqiang dans son rapport de travail 2021. En fixant cet objectif, nous avons pris en compte la reprise de l'activité économique, a-t-il déclaré. Mais cet objectif est nettement inférieur au consensus des analystes, qui prévoyaient que la croissance pourrait battre 8 % cette année. L'objectif de croissance conservateur de la Chine reflète un effort public pour démontrer un retour à la stabilité économique après le bouleversement du Covid-19 de l'année dernière, tout en gardant un œil la dette.
Forte augmentation des dépenses de recherche
Le Président Li s'est engagé à stimuler la consommation intérieure et l'innovation, dans le cadre d'un plan visant à réduire la dépendance à l'égard des marchés étrangers et de la technologie pour le développement à long terme. À ce titre, la Chine prévoit d'augmenter ses dépenses annuelles de recherche et développement de plus de 7 % chaque année jusqu'en 2025. Par ailleurs en 2021, la Chine visera à créer plus de 11 millions de nouveaux emplois urbains, a déclaré Li dans son rapport présenté à l'ouverture de la réunion du parlement de cette année, contre un objectif de plus de 9 millions l'année dernière et en ligne avec les dernières années. Le gouvernement vise, par ailleurs, un déficit budgétaire 2021 d'environ 3,2 % du PIB, soit moins que l’objectif de 3,6 % fixé l'an dernier, tout en laissant la possibilité de financer les infrastructures et d'aider les petites entreprises. Le maintien de la latitude budgétaire est un objectif plus significatif que l'objectif de croissance.
La Chine n'a pas non plus l'intention d'émettre des bons du Trésor spéciaux cette année, ayant émis de telles obligations pour la première fois en 2020 pour soutenir l'économie. Dans un plan quinquennal publié séparément vendredi, la Chine a omis tout objectif de croissance du PIB pour 2021-2025 - contrairement aux 6,5 % fixés pour le plan 2016-2020 - mais elle a déclaré qu'elle conserverait sa croissance annuelle moyenne cinq prochaines années dans une fourchette "raisonnable". La croissance annuelle du revenu disponible par habitant au cours des cinq prochaines années sera "en ligne avec la croissance du PIB", contre un objectif 2016-2020 de plus de 6,5 %.
La tension sur les taux européens anime le débat
En Europe l’actualité a été animée par les tensions sur les rendements de certains emprunts d’État alors que la BCE a assuré vouloir tout faire pour éviter une remontée des taux. Cette hausse récente des coûts du crédit dans la zone euro pourrait refléter l'amélioration des perspectives de croissance et d'inflation, a déclaré jeudi Klaas Knot, l'un des membres du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne.
Le président de la banque centrale des Pays Bas, qui s'exprimait dans le cadre d'un débat en ligne organisé par Politico, ajoute ainsi son nom à la liste des responsables de la BCE qui ont donné ces derniers jours leur interprétation de la hausse marquée des rendements obligataires depuis quelques semaines. Certains jugent ce mouvement injustifié mais d'autres y voient la conséquence des perspectives de reprise économique, qui devraient favoriser une accélération de la hausse des prix. Le Conseil des gouverneurs BCE se réunira ce jeudi, le 11 mars pour débattre d'une éventuelle adaptation des achats d'actifs de l'institution à la hausse des rendements.
Vivendi séduit les investisseurs
En termes de business, après l’épilogue – sans doute provisoire de l’affaire Danone – la communauté financière a assisté à la publication des derniers résultats de groupes du CAC 40 pour 2020. Les compilations de ces résultats faites par les uns et les autres montrent une division par deux de la profitabilité des 40 entreprises de cet indice. Leur bénéfice cumulé est inférieur à 40 milliards d’euros contre 80 milliards il y a un an.
Parmi les derniers résultats publiés figurent ceux de Vivendi, certes difficiles à lire, compte tenu des intérêts minoritaires et des évolutions de périmètres. Le résultat courant des activités a bondi de 47,7 %. Le groupe est riche de milliards de liquidités, comme son principal actionnaire Bolloré. Ce qui l’amène à regarder de près le dossier M6 – RTL, alors que les discussions sur le partage des dépouilles du groupe Lagardère (propriétaire d’Europe 1) ne sont toujours pas terminées.
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