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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Retour au point de départ
par Yves de Kerdrel

Un an après l’annonce d’un confinement national, Emmanuel Macron pourrait bien être contraint de reconfiner, malgré lui, l’Île-de-France où le nombre des entrées en réanimation est à un niveau très élevé. Cela se décide ce matin à l'Elysée. À nouveau le contrôle de l’épidémie semble échapper aux pouvoirs publics. Sur le front économique la crainte d’une remontée des taux d’intérêt est forte aux États-Unis et contamine l’Europe.

14/03/2021 - 06:45 Temps Lecture 16 mn.

 

Nous devions voir le bout du tunnel dans un mois, à la mi-avril. C’est ce qu’affirmaient en chœur, la semaine passée tant le Chef de l’État que le porte-parole du Gouvernement, Gabriel Attal. Des annonces qui avaient laissé sceptiques les médecins hospitaliers qui voyaient le nombre d’entrées en réanimations gonfler jour après jour, et pas seulement à Dunkerque en Moselle ou à Nice.

Jeudi Olivier Véran, très mal à l’aise a été obligé de reconnaître que la situation était maintenant très difficile en Île-de-France où l’on compte une nouvelle admission en réanimation toutes les douze minutes. Ce qui a contraint les pouvoirs publics à réclamer des reports d’hospitalisation, afin de libérer des lits, et à demander l’aide des cliniques privées. Malgré tout cela, le Ministre de la Santé a prévenu qu’il faudra sans doute transférer des patients en réanimation depuis les hôpitaux parisiens vers la Province.

 

Vers un reconfinement en Île-de-France

 

Encore une fois le gouvernement donne le sentiment de n’avoir aucune prise sur cette épidémie. Il faut dire que les variants sont venus jouer les trouble-fêtes depuis décembre dernier. Mais le Chef de l’État a tenu depuis la fin janvier à faire fi des sombres pronostics du conseil scientifique – qui prévoyait un mois de mars meurtrier – et à résister aux reconfinements autant que possible. Dans un premier temps une accalmie dans la propagation du virus lui a donné raison. Mais cela pourrait ne plus être le cas. Et cela tombe mal puisque mercredi, nous serons un an exactement après le premier confinement.

Selon les informations de RMC, le directeur général de la santé et Olivier Véran se sont résolus à un reconfinement sur toute l’Île-de-France où le taux d’incidence est à niveau record. Une réunion extraordinaire ce tient ce matin à l'Elysée pour décider d'éventuelles mesures ad hoc. Un confinement de la région capitale dur et sept jours sur sept serait bien envisagé depuis déjà quelques jours. Il pourrait même aller jusqu'à la fermeture des écoles selon un ministre. Et tout pourrait aller très vite. Le scénario est donc sur la table, même si, officiellement, la doctrine d'Emmanuel Macron n'a pas changé : tout faire pour éviter un reconfinement. Si la mesure devait entrer en vigueur, elle pourrait donc bien créer des tensions politiques, en particulier avec la mairie de Paris, qui répète inlassablement son opposition à toute idée de confinement.

 

Une situation intolérable pour le système de soins

 

Axel Kahn qui est à la fois un grand scientifique et un esprit libre et indépendant estime que la France se trouve actuellement dans une situation intolérable et juge qu'un confinement national aurait dû être décidé en début d'année. Intervenant dans plusieurs médias, ces derniers jours, à l’occasion de la sortie d’un livre, il a lourdement critiqué le gouvernement, qualifiant d'erreur politique plusieurs décisions prises ces dernières semaines. Interrogé sur BFMTV-RMC le généticien a estimé que la situation actuelle, même si elle n’évolue pas, est tout simplement intolérable. Car le Covid laisse de très cruelles séquelles dans les corps, y compris les jeunes, et on accepte de vivre avec un taux de circulation virale parmi les plus élevés d’Europe.

On en revient à ce choix politique très curieux fait par la France et d’autres pays européens de "vivre avec le virus". Alors qu’il y a un an le Chef de l’État déclarait la guerre à cet ennemi. Ce n’est compréhensible pour personne, au moment où notre pays va compter son quatre-vingt dix millième mort. Ce qui fait de la France l’un des plus mauvais pays en termes de taux de létalité par habitant. Pendant ce temps-là, la Grande-Bretagne dont nous nous sommes bien moqués a vacciné plus de 20 millions d’habitants et n’enregistre plus de morts depuis quelques jours.

 

La vaccination pêche par la bureaucratie et la logistique

 

Cela nous ramène une fois encore aux ratés de la campagne française de vaccination. Certes un coup d’accélérateur a été donné il y a quelques jours. Certes le gouvernement fait face à des impondérables comme les retards de livraison d’Astra Zeneca. Certes les soignants font toujours autant de résistance pour être eux-mêmes vaccinés. Mais la bureaucratie du Ministère de la Santé et des Agences Régionales de Santé ralentit cette nécessaire campagne de vaccination. Nécessaire pour atteindre à la fin de l’été l’immunité collective.

À ces questions de protocole, de paperasserie, d’autorisations, s’ajoute une fois encore un énorme sujet de logistique que McKinsey devait aider à résoudre. On trouve trop de vaccins dans des zones épargnées par le virus et pas assez dans des zones en tension. Même l’Italie apparaît plus rigoureuse dans sa campagne. Il faut dire que de l’autre côté des Alpes, c’est l’Armée qui a la charge de la logistique de la vaccination. Comme en Grande-Bretagne où Boris Johnson a confié cette mission aux militaires, et notamment aux marins, même si les vaccinations restent sous contrôle du NHS.

 

Une lourde pierre dans le jardin de Macron

 

Les échecs répétés de l’exécutif dans la gestion de la pandémie depuis un an risquent de coûter cher au candidat Emmanuel Macron lors de la campagne pour les élections présidentielles. Et cela même s’il laisse désormais Jean Castex et Olivier Véran en première ligne face aux Français. D’autant que toutes les promesses faites lors du "Ségur de la Santé", au moins en termes de moyens pour le système hospitalier, se sont perdues dans les méandres de la haute administration.

À côté de cela, l’accroissement de la violence, dans certains "territoires perdus de la République" témoigne de l’échec complet du gouvernement sur le front de la sécurité. Et cela même si le projet de loi d’Éric Dupont-Moretti supprime les aménagements de peine trop facilement accordés, qui ne font plus de la prison une véritable sanction. Dans ce domaine-là, Emmanuel Macron ne semble pas avoir retenu la leçon de 2002 où Lionel Jospin refusait de reconnaître qu’il existait une vraie insécurité en France et ne parlait que d’un sentiment d’insécurité. Des mots qui lui ont été fatals et qui ont alors déroulé un boulevard à Jean-Marie Le Pen.

 

Xavier Bertrand continue de s’échauffer

 

De plus en plus aujourd’hui, l’éventualité d’une élection de Marine Le Pen prend corps. Surtout si elle se retrouve au second tour face à Emmanuel Macron qui subira, de fait, la pression du "dégagisme". Beaucoup à droite rêvent d’une candidature Borloo. Mais l’ancien ministre est retiré de la vie politique, même s’il pèse encore lourd en termes d’influence. Quant à Édouard Philippe, si cela lui traverse l’esprit fréquemment, il est partagé avec le désir de conserver une vie familiale apaisée.

Le mieux préparé à droite, le plus organisé, et celui qui en termes d’idées et de corpus idéologique correspond le mieux aux préoccupations des Français, c’est certainement Xavier Bertrand. Très discret actuellement, le Président de la Région Hauts de France travaille jour et une grande partie de la nuit à sa campagne, à son programme, et à la manière d’affronter le Front National en tentant de récupérer les voix des ouvriers et des milieux populaires. L’élection régionale de juin sera un test grandeur nature en la matière. Ensuite reste à savoir s’il est adoubé par ce qu’il reste de droite de gouvernement et par Nicolas Sarkozy.

 

L’Insee très optimiste pour la croissance

 

Au chapitre économique il faut relever les dernières prévisions de l’Insee qui table sur une croissance de l’économie française de 1 % au premier et au deuxième trimestres après une contraction de 1,4 % sur les trois derniers mois de 2020. Les mesures de restriction sanitaires instaurées depuis janvier étant moins strictes, plus ciblées et plus localisées que celles du premier et deuxième confinements, l'Insee estime que l'activité économique devrait être quasi stable entre janvier et mars. L'institut s'attend à une activité autour de 4 % en deçà de son niveau d'avant-crise sur le trimestre en cours.

Mais dans l'hypothèse d'un allègement progressif des restrictions à partir de la mi-avril, l'activité reviendrait en juin à un niveau similaire à celui de septembre-octobre, autour de -3 % en écart à l'avant-crise, écrit l'Insee dans sa note. L'institut estime que l'acquis de croissance pour 2021 à l'issue du premier semestre serait alors de 5,5 %. L'Insee table en conséquence sur la suppression de 77 000 emplois nets au premier trimestre, ce qui ferait grimper le taux de chômage jusqu'à 8,5 % de la population active, contre 8,0 % à la fin de l'année dernière.

 

La BCE prête à tout pour empêcher une tension des taux

 

L’évènement de la semaine reste la réunion du conseil des gouverneurs de la BCE à un moment où tout le monde commence à craindre une remontée rapide des taux d’intérêt. La Banque centrale européenne a annoncé jeudi une accélération de ses achats de titres sur les marchés afin de freiner la remontée des coûts de financement dans la zone euro, affichant ainsi sa volonté de contribuer à une reprise économique qui débute à peine. Face au risque de voir la remontée rapide des rendements obligataires compromettre le redressement de l'activité, la BCE a décidé d'adapter les conditions de mise en œuvre du programme d'achats d'urgence face à la pandémie (PEPP) lancé il y a bientôt un an et doté de 1 850 milliards d'euros.

Cette décision intervient après un début d'année marqué par une remontée des rendements des emprunts d'État de la zone euro, qui s'explique davantage par la réplication d'un mouvement similaire sur le marché obligataire américain que par une amélioration des perspectives économiques dans la zone euro. La croissance des 19 pays de la région est au contraire plus faible que prévu pour l'instant en raison d'une situation sanitaire toujours tendue et de la prolongation de mesures de restriction de l'activité et des déplacements. La banque centrale table sur une croissance de 4 % dans la zone euro cette année et elle a relevé sa prévision d'inflation à 1,5 %, soit un demi-point de plus que prévu en décembre.

 

Un nouveau conseil en vue pour Danone

 

En termes de business l’activité reste importante. Avec toujours l’affaire Danone. Le dernier conseil actant la dissociation des fonctions de Président et de Directeur Général n’a calmé les dissensions que quelques jours. Le problème, c’est qu’Emmanuel Faber ne semble pas vouloir admettre cette nouvelle règle du jeu et explique à qui veut l’entendre qu’il va mettre en place son nouveau plan stratégique puis prendre son temps pour choisir un CEO qui ne lui fasse pas d’ombre.

Ce discours, plus une vidéo un peu surréaliste destinée aux salariés, sont revenus aux yeux et aux oreilles des membres du conseil qui sont très énervés. Un nouveau conseil devrait se tenir dans la journée, précédé d'une réunion des administrateurs sans la présence d'Emmanuel Faber. D’autant que les fonds activistes, s’ils sont très silencieux, maintiennent la pression auprès de leurs interlocuteurs. Lors de cette réunion extraordinaire du conseil, les couteaux seront vraiment tirés. Et il se peut qu’exceptionnellement il y ait un vote. Bref il semble aujourd’hui peu probable qu’Emmanuel Faber anime l’investor day de Danone prévu le 25 mars prochain.

 

Lassitude chez Veolia comme chez Suez

 

Du côté de la bataille Suez-Veolia on observe une grande lassitude de l’ensemble des protagonistes. Le groupe d’Antoine Frérot a proposé jeudi à Suez de construire un mini Suez-France pesant 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, qui serait détenu par Meridiam avec l’eau et les déchets en métropole. C’est l’inverse de ce que Veolia avait proposé il y a six mois. Mais cela montre tout de même une certaine ouverture à l’égard des salariés.
Le Conseil d’administration de Suez serait éventuellement prêt à une discussion sur la base d’un mini-Suez mais pesant 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires. En attendant, il entend bien poursuivre sa politique d’arbitrage d’actifs annoncée dans le plan Suez 2030, qui passe par des cessions que Veolia a "interdites." Contrairement à ce que les deux groupes affirment, il y a désormais un canal de discussions secrètes et informelles entre Veolia et Suez, avec l’aide de Bercy. Bruno Le Maire ne veut pas d’un scénario qui dure et débouche sur une OPA pure et dure en pleine campagne présidentielle de 2022. Il est clair qu’à partir de maintenant le calendrier des plans sociaux, des rapprochements d’entreprises, des cessions sera largement sujet au diktat du politique en raison de la proximité de la présidentielle.

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