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Politique économique / PIB / coronavirus / Chine

Politique économique
PIB / coronavirus / Chine

Le miracle chinois

Le pays devrait connaître une croissance d'au moins 8% cette année, et a déjà retrouvé ses niveaux d'avant crise épidémique. C'est pourtant l'un des Etats à avoir le moins injecté de fonds publics pour soutenir son économie l'an dernier. Explications…
Chine
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La Chine a encore publié lundi des indicateurs économiques à faire pâlir d'envie les autres grandes puissances de la planète, avec une hausse de ses investissements en capital fixe de 35%, de 35,1% pour sa production industrielle et de 35,8% de ses ventes au détail sur le mois de février. Certes, ces chiffres sont annualisés et leur forte progression reflète un effet de base important, alors qu'il y a un an le pays était encore frappé de plein fouet par l'épidémie. Il n'en reste pas moins que l'Empire du Milieu est le seul État l'an dernier à avoir affiché une croissance du PIB positive (de 2,3%) et devrait être le pays du G20 avec la croissance la plus élevée cette année, d'environ 8% (et 7,9% selon le FMI). Plusieurs facteurs expliquent cette exception chinoise, bien que le pays soit celui d'où est partie l'épidémie.

Première raison, d'ordre purement sanitaire, la Chine a extrêmement bien mené sa lutte contre le virus. "La Chine n'est pas la seule à avoir bien géré le Covid : le Vietnam, Taïwan ou encore l'Australie y sont aussi parvenus, ce qui a permis à toutes ces économies de revenir à la vie normale plus rapidement", explique Wei Yao, chef économiste Asie et Chine chez Société Générale CIB. "C'est le facteur numéro Un de la reprise chinoise", poursuit-elle. Selon l'économiste, la stratégie sanitaire des autorités de ces pays d'Asie Pacifique est en effet différente de celle de l'Europe : le but n'est pas d'éviter un engorgement des services hospitaliers, mais tout simplement d'éradiquer totalement le nombre de cas. Ce à quoi les pays cités sont effectivement parvenus : selon les données de l'Université de médecine Johns Hopkins, sur les 30 derniers jours la Chine a enregistré 843 nouveaux cas, le Vietnam 362 et Taïwan 53, contre 624 200 nouveaux cas en France par exemple.

Comment les autorités chinoises y sont-elles parvenues ? "Les mesures de confinement sont plus strictes qu'ici, s'ils découvrent un cas dans un village ou une ville, c'est tout le village qui est testé dans la semaine", poursuit l'économiste, qui met en avant une politique de dépistage et de traçage agressive. Lors du confinement, les Chinois ne sont pas sortis de chez eux, la nourriture leur était livrée et quand une personne arrivait sur le sol du pays, elle était mise en quarantaine dans un hôtel pendant deux semaines. Tous ces exemples démontrent la différence d'approche entre l'Asie et le Vieux Continent et permettent de comprendre pourquoi l'économie européenne peine encore à redémarrer alors qu'une troisième vague est en train de s'installer.

Autre moteur de la croissance chinoise l'an dernier, la forte hausse des exportations. Malgré le ralentissement du commerce mondial, les ventes chinoises à l'étranger ont ainsi progressé de 3,6% sur un an, portées notamment par les produits médicaux, mais aussi la forte hausse de la demande en biens de consommation venue d'Europe et des États-Unis. "Dans ces pays, la politique de soutien fiscal a été très importante et a permis aux ménages de maintenir leurs niveaux de revenus, malgré la crise. Mais la demande en services en Europe et aux Etats-Unis est restée déprimée du fait de la fermeture de nombreux commerces et lieux de loisirs, ce qui a boosté la demande en biens de consommation, dans laquelle la Chine est spécialisée", explique encore Wei Yao.

Enfin, si les autorités chinoises ont relativement moins soutenu leur économie que les autres États, puisque celle-ci est repartie plus tôt et plus rapidement que prévu, les dépenses fiscales ont tout de même contribué à la reprise du pays l'an dernier. La dette des entreprises non financières a progressé de 25% à 30% du PIB l'an dernier, dont 5% à 10% maximum pour la dette de l'État, tandis que le déficit budgétaire est passé de 5% en 2019 à près de 9% en 2020. Tout ceci explique que la Chine ait retrouvé son niveau d'activité pré-pandémique dès le mois d'octobre 2020, au moment de l'arrivée de la seconde vague dans le Vieux Continent. Et, selon les équipes de Deutsche Bank, l'Empire du Milieu pourrait même dépasser son niveau d'avant l'épidémie cette année, avec une croissance estimée entre 8,5% (selon la Société Générale) et 10% (selon DB).

"La reprise est inégale", avertit toutefois Wei Yao. Et si les exportations et les investissements sont en pleine expansion, la consommation domestique demeure en retrait. "Les politiques de stimulus des autorités ont principalement concerné le soutien à l'offre avec peu d'aides directes aux ménages. Le taux d'épargne de ces derniers est ainsi passé de 30% fin 2019 à 35% sur la première partie de l'année 2020 pour atteindre 33% en fin d'année dernière. Il devrait progressivement retrouver les niveaux de 2019 en seconde partie d'année", estiment ainsi les équipes de Deutsche Bank, dans leurs nouvelles perspectives macroéconomiques. "La consommation n'a pas encore retrouvé ses niveaux d'avant pandémie", rappelle pour sa part Wei Yao. Par ailleurs, à la différence de l'Europe ou des Etats-Unis, les autorités chinoises devraient rapidement normaliser leur politique de soutien fiscal et monétaire, celles-ci ayant les yeux rivés sur le plus long terme, avec la volonté de stabiliser au plus vite l'endettement massif du pays (qui tourne autour de 290% du PIB). Selon Deutsche Bank, la Banque centrale du pays pourrait relever ses taux directeurs de 20 pb en seconde partie d'année, afin de ralentir la croissance du crédit. Ce qui ne devrait donc pas empêcher la Chine de faire la course en tête une fois encore cette année, grâce à la poursuite de la hausse de ses exportations et l'amélioration progressive de la demande intérieure.

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