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Yves de Kerdrel
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Compte à rebours
par Yves de Kerdrel
Le Président de la République a voulu éviter ce moment-là le plus longtemps possible. Mais le compte à rebours est lancé, comme il l’a dit lui-même, pour stopper cette troisième vague du virus, d’autant plus forte qu’elle est animée par le variant anglais. Le compte à rebours est aussi lancé pour la présidentielle avec l’annonce de la candidature de Xavier Bertrand qui secoue la Macronie.
C’est donc par une grande interview au magazine Le Point et ce dimanche matin par la participation à l’émission politique d’Europe 1 de 10 à 11 heures que Xavier Bertrand a lancé la campagne pour l’élection présidentielle. Il a préféré le faire à treize mois de l’échéance fatale, mais à deux semaines de la publication du livre d’Édouard Philippe, auquel beaucoup songent pour cette élection.
Bien sûr pour certains, cette candidature n’est pas une surprise. Bien sûr, Xavier Bertrand est à droite celui qui peut rassembler le plus largement, de la droite souverainiste à la droite sociale. Bien sûr, il s’est positionné sur la ligne de départ après avoir consulté Nicolas Sarkozy. Mais fort de sondages qui lui donnent d’ores et déjà 16 à 17 % des voix au premier tour, il veut ainsi passer à la vitesse supérieure, et s’imposer comme le candidat naturel de la droite anti-Le Pen, en espérant que, progressivement, les sondages le portent au-delà de 20 %.
Montrer les angles morts de Macron
Ce n’est pas par hasard s’il a choisi Le Point, magazine des cadres supérieurs et plutôt parisiens, pour cranter son ambition présidentielle. Car ce sont eux qui sont le plus circonspects à son égard. Ils l’ont connu secrétaire d’état de Jacques Chirac, porte-parole de Nicolas Sarkozy lors de la campagne de 2007, Ministre du travail avec déjà une forte inclinaison sociale et une conviction bien ancrée sur le partage de la valeur, avant qu’il quitte la capitale pour retrouver sa ville de Saint-Quentin et la région des Hauts de France dont il fait un laboratoire de certaines de ses mesures de redressement.
Il a donc expliqué à un lectorat très parisien son positionnement pour une France moins jacobine et plus proche des territoires. Il a prêché auprès de lecteurs aux revenus élevés les vertus du modèle social français et la nécessité de mieux partager la richesse produite, au sein des entreprises, et non par la fiscalité. Et il a voulu renvoyer ainsi Emmanuel Macron à son électorat "bourgeois-bohême" où l’En-Même-Temps ne fonctionne plus.
Panique dans la Macronie
Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, cette candidature officialisée a semé une forme de panique. Xavier Bertrand est depuis quelques mois l’ennemi public numéro un du Chef de l’État qui a fait un déplacement à Valenciennes en début de semaine sans y convier le Président de la Région Hauts-de-France. À l’Élysée, on sait très bien que Xavier Bertrand bénéficie d’une image d’homme du peuple, à l’opposé du microcosme parisien et de la bureaucratie tatillonne qui montre toute son insuffisance dans la lutte contre la pandémie et dans la campagne vaccinale.
En tentant de coaliser toute la droite il empêche de fait Emmanuel Macron de faire une OPA sur celle-ci et le renvoie au volet gauchisant de la République en Marche. De fait l’espace politique du Président de la République se voit fortement réduit. Seul Édouard Philippe pouvait faire la même chose. Surtout après quatre années d’un En-Même-Temps qui n’a pas convaincu les Français, Xavier Bertrand réinstaure le clivage droite-gauche en insistant sur le thème de la sécurité, du souverainisme (d’autant qu’il a voté contre Maastricht en 1992) et du travail.
Ne pas enjamber les régionales
À droite cette candidature – qui n’est pas une surprise – a semé l’embarras comme en a témoigné le silence assourdissant des principaux ténors de ce camp. Pas un mot de Valérie Pécresse qui s’est beaucoup recentrée ces dernières semaines afin de conserver les voix du Modem qui lui avaient permis de se faire élire à la tête de la Région Île-de-France. Pas un mot de Bruno Retailleau qui travaille ardemment à l’élaboration d’un programme présidentiel. Pas un mot de Christian Jacob, le patron des Républicains. Et encore moins de Gérard Larcher qui est devenu, nolens volens, le nouveau "sage" de la droite et le garant de son unité.
Désormais Xavier Bertrand, dont la parole s’était faite rare, compte intervenir sur tous les sujets, et sera très présent dans les médias. Il va dérouler son programme conçu par son laboratoire d’idées, la Manufacture, tout en critiquant les ratés de la campagne vaccinale. Et il va remettre les territoires au centre des débats, de manière à ne pas enjamber l’élection régionale qu’il lui faut naturellement gagner. On ne sait encore quel directeur de campagne il a choisi. Mais son trésorier devrait être le banquier d’affaires Philippe Villin, qui a obtenu au préalable l’accord de Nicolas Sarkozy.
Les médecins furieux contre ce faux confinement
L’actualité politique est restée dominée par la troisième vague du Covid qui frappe la France. À tel point que vendredi, l'Allemagne a déclaré la France "zone à haut risque" à la demande de l’Institut de santé Robert-Koch. Trois nouveaux départements sont désormais sous le coup des mêmes mesures de confinement que l’Île-de-France et les Hauts de France. Une semaine après l’annonce de ce "confinement déconfiné" qui fait hurler les médecins dans la mesure où il ne modifie pas grand-chose pour la circulation du virus, en repoussant même d’une heure le couvre-feu. La seule mesure vraiment coercitive est l’interdiction des déplacements interrégionaux.
Si le nombre des contaminations a renoué cette semaine avec des niveaux jamais vus depuis la seconde vague (45 000 jeudi) et si le nombre d’écoles fermées et de classes mises en quarantaine bat des records, en revanche les décès ne progressent pas. On constate même une décorrélation surprenante entre la courbe des réanimations et celle des décès. Alors que lors des deux précédents confinements ces deux courbes étaient très liées, dans la mesure où un tiers des malades admis en réanimation finissent par décéder.
Enfin des vaccinodromes
Le débat reste vif sur la campagne vaccinale après le raté d’Astra Zeneca la semaine dernière et les 29 millions de lots retrouvés en Italie, alors que la firme accumule les retards dans ses livraisons aux différents pays de l’Union Européenne. Après avoir voulu privilégier la vaccination par les médecins de ville, voire les pharmaciens, Olivier Véran s’est converti, sous la pression d’Emmanuel Macron, aux vaccinodromes de manière à amplifier le rythme des injections. Car le nombre de ceux qui n’ont reçu qu’une seule dose reste inférieur à 3 millions, trois mois après le début de la campagne de vaccination.
Une centaine de stades ou de salles de spectacles vont donc être convertis au cours des semaines à venir en centres de vaccination à grande échelle. La question est de savoir comment y attirer les Français concernés en fonction de leur âge. Et l’autre question est de savoir si les vaccinateurs seront assez nombreux et les doses de vaccin bien présentes. En principe le vaccin Pfizer-BioNTech devrait à nouveau être livré en masse au mois d’avril.
Les vaccins révèlent une Europe démunie
Dans une interview pour la télévision grecque, Emmanuel Macron a affirmé que si l’Europe est à la traîne sur les vaccins c’est d’abord parce qu’elle aurait "manqué d’ambition", voire "de folie". C’est surtout d’investissements en recherche et développement que l’Union Européenne a manqués ! On savait déjà que Bruxelles payait les doses moins chères que les États-Unis ou le Royaume-Uni (et donc était servie en dernière) mais pour ce qui est des crédits publics accordés aux labos pour la recherche de vaccins Covid on passe dans une autre dimension ! Selon le Financial Times, les États-Unis et leurs cousins britanniques ont investi 35 euros par habitant pour développer des vaccins contre le Covid, alors que dans l’Union Européenne, on est à 6 euros par tête.
Le même Financial Times, qui défend parfaitement les intérêts britanniques, s’est livré cette semaine à un autre calcul. Selon ses journalistes, pour véritablement se débarrasser du Covid, il faut atteindre l’immunité collective mondiale (sinon des variants réapparaîtront et se généraliseront constamment). Or pour y arriver, il faudrait vacciner 75 % de la population adulte mondiale. Ce qui signifie que 9 milliards de doses de vaccin devront être produites et injectées. Sachant que nous nous n’en sommes qu’à 450 millions d’inoculations dans le monde entier à ce jour… l’immunité collective mondiale - via la vaccination -- ne sera pas atteinte avant au moins "la fin 2022". Et ça, c’est sans prendre en compte ce que déclarait le Professeur Philippe Amouyel sur France Inter : l’immunité liée aux vaccins est aujourd’hui estimée à "8 à 9 mois". Ce qui signifie qu’après il faut vacciner à nouveau !
Déficit et dette inédits depuis 1949
Au chapitre économique l’actualité a été dominée par les dernières données sur l’état des finances publiques du Pays. La France a donc enregistré en 2020 un déficit et une dette records mais moindres que redoutés par le gouvernement à la faveur d'une contraction économique moins forte que prévu. C’est ce que montrent les statistiques publiées vendredi par l'Insee. Les comptes publics ont été largement mis à contribution l'an dernier pour soutenir "quoiqu'il en coûte" une économie française frappée de plein fouet par les retombées de la crise sanitaire liée au coronavirus.
Le déficit public de la France a atteint en 2020 l'équivalent de 9,2 % du produit intérieur brut, un plus haut depuis 1949. Même s'il s'est nettement creusé par rapport à son niveau de 3,1 % atteint en 2019, le déficit public s'est avéré inférieur aux 10,2 % anticipés par le gouvernement français. En volume, le déficit public 2020, qui agrège les soldes des comptes de l'État, des collectivités locales et des administrations de Sécurité sociale, a atteint 211,5 milliards d'euros contre 74,7 milliards un an plus tôt.
32 milliards de dépenses Covid en 2021
La dette publique française a quant à elle bondi de 97,6 % du PIB fin 2019 à 115,7 % du PIB à la fin de l'an passé (soit 2 650,1 milliards d'euros), même si elle est également restée en deçà des prévisions gouvernementales, qui tablaient sur une dette publique représentant 117,5 % du PIB à fin 2020. L'état moins dégradé qu'anticipé des finances publiques n'est guère surprenant puisque la contraction de l'économie française s'est finalement avérée moins marquée que prévu l'an dernier. L'Insee a annoncé fin février que l'économie française s'était contractée de 8,2 % l'an dernier, contre une prévision d'une baisse de 10 % du PIB dans le scénario initial retenu par le gouvernement.
Pour 2021, le gouvernement prévoit, pour l'instant, un déficit à 6,7 % du PIB et un ratio d'endettement à 116,2 % du PIB français. Selon Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des Comptes publics, l'État devrait dépenser 32 milliards d'euros pour soutenir l'économie en 2021 avec 18 milliards pour le fonds de solidarité, 11 milliards pour l’activité partielle et environ 3,5 à 4 milliards d’euros pour les exonérations de cotisations sociales.
Vers un "cantonnement" de la dette-Covid
Après le travail fait par le député La République en Marche Laurent Saint-Martin sur le devenir de la dette Covid estimée à 215 milliards d’euros au 31 décembre dernier, celui de la Commission Arthuis, et le rapport à venir de Pierre Moscovici ès qualités de Premier Président de la Cour des Comptes, on s’attend à voir Bercy déclarer ce qu’elle fait de cette dette. Selon les premières déclarations de Bruno Le Maire il est question d’un "isolement" ou d’un "cantonnement", alors que la Commission Arthuis avait estimé qu’agir ainsi serait une mauvaise idée. De surcroît le Ministre de l’économie a déclaré qu’il affecterait plus tard le surplus de recettes venant de l’IS au remboursement de cette dette. Ce qui constitue un mauvais signal envoyé aux entreprises.
Mais au-delà de la dette Covid se pose la question des dépenses publiques qui semblent désormais hors de tout contrôle. Une politique assumée par Bercy qui ne veut pas tuer dans l’œuf la reprise en limitant la perfusion d’argent public dans l’économie. Tout cela ne choque plus grand monde dans une France devenue à 100 % keynésienne. Même le Medef ne trouve rien à redire à ces excès de dépenses publiques, que la campagne présidentielle ne va sûrement pas freiner. Et Emmanuel Macron, contre toute attente, a montré depuis son élection, hélas, sa faible appétence à soigner ce mal Français qu'est la dépense publique.
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