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éditorial / Yves de Kerdrel

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Emmanuel Macron à la peine, Édouard Philippe au sommet
par Yves de Kerdrel

La mise en place du troisième confinement qu’Emmanuel Macron pensait pouvoir éviter sonne comme un désaveu de sa politique sanitaire et notamment de la manière dont il a géré la crise fin janvier et en février. Dans ce contexte, la publication du livre d’Édouard Philippe, qui reste très loyal vis-à-vis du Chef de l’État ajoute à l’ambiance de fin de règne qui s’installe à un an des élections.

04/04/2021 - 06:45 Temps Lecture 17 mn.

 

Longtemps Emmanuel Macron a été convaincu qu’il éviterait un troisième confinement. S’il a été assez prudent pour éviter de le dire en public, il en avait pris le pari en conseil des ministres, persuadé qu’il était que la campagne de vaccination éviterait un nouveau pic épidémique. C’était sans compter les nombreux ratés de cette campagne, la méfiance du personnel soignant à l’égard du vaccin qui contribue à faire des hôpitaux les principaux foyers d’infection, et la vitesse à laquelle le variant britannique s’est imposé en France.

Lorsque l’on regarde la situation de tous nos voisins, ce troisième confinement était inévitable. Même si Olivier Véran a, de trop nombreuses fois expliqué que ces pays géraient l’épidémie beaucoup moins bien que nous. Le grand vainqueur du moment est Boris Johnson qui a fait vacciner – par l’armée – plus de 30 millions de Britanniques pendant le confinement d’hiver. Si bien qu’il rouvre désormais les pubs et ne compte plus des morts que de manière exceptionnelle. Alors qu’en France, chaque soir on nous annonce entre 250 et 350 décès, soit un Airbus par jour…

 

Un confinement qui sera plus long que prévu…

 

Tout le problème est que ce nouveau confinement qui commencera vraiment mardi matin, à l’issue du week-end pascal, n’aura rien à voir avec celui du printemps dernier à l’exception de l’interdiction des transferts interrégionaux et de la très légère fermeture des classes, puisqu’elle serait intervenue avec les vacances de Pâques. Il y a beaucoup plus de commerces ouverts. Et les Français peuvent sortir de chez eux comme ils le souhaitent dans un rayon de dix kilomètres sans limitation de durée.

Bien sûr nous ne sommes pas en mesure d’apprécier les effets de ce dispositif sur la circulation du virus. Bien sûr ce confinement n’a d’intérêt que s’il sert à accélérer la vaccination des personnes concernées et des enseignants, comme cela l’a été outre-Manche. Bien sûr, le fait de permettre aux Français de choisir le lieu de leur confinement va compliquer beaucoup de choses et notamment leur vaccination. Mais nombreux sont ceux qui estiment d’ores et déjà qu’il faudra confiner les Français quelques semaines de plus. Au risque que cela dure jusqu’à la mi-mai.

 

Les vaccins arrivent, mais les candidats au vaccin disparaissent

 

Le côté positif de ce début avril c’est l’arrivée de plusieurs millions de doses du vaccin Pfizer BioNtech qui avaient manqué ces dernières semaines. Car il n’y a que 3 millions de Français à avoir reçu les deux doses nécessaires pour une vaccination avec ce produit. Ce qui représente moins de 5 % de la population. Par ailleurs, même si le vaccin Astra Zeneca reste suspect aux yeux de beaucoup – à la suite de sa suspension malencontreuse il y a trois semaines – de nouvelles doses devraient enfin arriver pour vacciner les populations plus jeunes.

En revanche le gouvernement n’a pas su créer la concorde nationale autour de sa politique sanitaire comme l’a montré le boycott par toutes les oppositions de sa présentation par Jean Castex, jeudi dernier, à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Cela signifie que l’unité nationale qui était très forte il y a un an dans la guerre contre le virus s’est disloquée au fil des mois, et à la faveur des ratés, des erreurs, voire de l’arrogance des pouvoirs publics.

 

Faible acceptabilité des mesures sanitaires

 

Si une très grande majorité approuve ce troisième confinement qu’il réclame depuis deux mois, en revanche 46 % des Français déclarent ouvertement qu’ils ne respecteront pas toutes les consignes. Ce qui témoigne de la faible acceptabilité sociale des mesures sanitaires imposées par un gouvernement qui n’a plus la confiance des citoyens.

Il faut donc s’attendre à une dégelée d’amendes, de contrôles et de contestations. Ce qui risque d’entraîner une "gilet-jaunisation" de cette crise. Dans ce cas ce serait le pire des scénarios pour le Chef de l’État qui a pris cette mesure malgré lui et qui sait qu’elle va de nouveau entraîner des situations de précarité pour ceux qui vont subir le chômage partiel, et pour tous ceux qui vont souffrir d’une croissance forcément moins importante que prévu.

 

Le Maire du Havre sort de sa réserve

 

C’est à ce moment précis qu’Édouard Philippe fait son retour sur la scène nationale après neuf mois passés au Havre. Il sera ce soir l’invité de Laurent Delahousse à 20 h 30 sur France 2, après avoir accordé une interview au magazine Le Point. Le motif de ce retour, c’est la publication d’un livre coécrit avec son ami et conseiller Gilles Boyer, aujourd’hui député européen dont le titre est "Impressions et Lignes claires" édité chez Lattès et disponible en librairie mercredi prochain.

La présentation qu’en fait l’éditeur est celle-ci : "Du 15 mai 2017 au 3 juillet 2020, Édouard Philippe a été Premier ministre et Gilles Boyer son conseiller. Depuis vingt ans, ils ont partagé tous les combats et ont vécu ensemble ces 1 145 jours à Matignon. Il en reste des images, des moments, des lieux, des rencontres, des décisions difficiles, des crises violentes et imprévues : en définitive, des impressions qui peuvent, parfois, laisser entrevoir quelques lignes claires. Édouard Philippe et Gilles Boyer nous offrent un livre majeur, un témoignage exceptionnel, entre le récit et l’essai sur l’art de gouverner. C’est une leçon d’histoire et un éclairage unique sur les actes, les lieux, les hommes du pouvoir.

 

Les points forts d’Édouard Philippe

 

Tout en restant très loyal à l’égard d’Emmanuel Macron qui l’avait repéré au Havre pendant sa campagne présidentielle et qui lui avait proposé Matignon entre les deux tours de l’élection de 2017, Édouard Philippe reste très loin de " la bonne entente " qui a pu exister à certains moments entre les deux hommes. Il insiste sur le rôle d’un état fort et respecté, lui qui a essayé d’incarner, davantage que le Président de la République les fonctions régaliennes.

Mais surtout avec ce livre, que beaucoup de Français ne liront sans doute pas, il s’installe inévitablement dans un paysage politique qui est en train de se redessiner totalement à un an de l’élection présidentielle. Et alors que sa popularité est au top auprès de l’ensemble des Français. Puisqu’il a été le patron de la majorité présidentielle, mais qu’il est très respecté par toute la Droite, même si certains hiérarques des Républicains le considèrent comme un "traître".

 

Emmanuel Macron sera-t-il empêché de se présenter ?

 

Il ne s’agit pas donc pas d’un acte de candidature, mais d’une carte postale qui intervient après quelques autres. Un peu à la manière dont Emmanuel Macron avait procédé au printemps 2016, sans imaginer que François Hollande serait empêché de se représenter aux élections. Or qui sait si Emmanuel Macron ne se trouvera pas, lui aussi, en situation d’empêchement en janvier ou février 2022 ?

Pour l’heure il n’y a toujours cependant qu’une seule candidature à droite, celle de Xavier Bertrand, qui a été bien accueillie, même si son refus des primaires a forcément jeté un trouble dans son ancienne famille politique. Désormais les déclarations, les déplacements et les interventions des uns et des autres vont aider les instituts de sondages à dessiner une première esquisse de ce que pourrait être le premier tour de la présidentielle. Ce qui permettra notamment de constater la vraie situation des extrêmes à gauche comme à droite, après un an de crise sanitaire.

 

Des perspectives de croissance légèrement affectées

 

Au chapitre économique il y a forcément l’impact de ce troisième confinement sur les dépenses publiques et sur la croissance. Les nouvelles restrictions sanitaires n'auront pas d'impact très important sur la prévision de croissance 2021 de 5,5 % de la Banque de France si elles ne sont pas prolongées au-delà de début mai, a déclaré jeudi son gouverneur, François Villeroy de Galhau. Le président Emmanuel Macron a annoncé mercredi un nouveau renforcement des mesures de lutte contre le COVID-19 qui passe par l'extension à tout le pays des mesures de restrictions déjà en vigueur dans 19 départements et par la fermeture des écoles pendant trois semaines.

La Banque de France est en train de mesurer l'effet de ces nouvelles restrictions et elle publiera ses conclusions le 13 avril, a déclaré François Villeroy de Galhau à l'occasion de la clôture du "Printemps des start-up", une manifestation organisée par l’institution qu’il dirige. Le 15 mars, en présentant sa prévision de croissance de 5,5 % pour 2021, la banque centrale nationale avait expliqué s'attendre à une stabilité de l'activité économique au premier semestre et à une reprise au second grâce à l'assouplissement des restrictions et à la vaccination. Elle avait ajouté que la France devrait retrouver mi-2022 ses niveaux d'activité d'avant la crise sanitaire. De son côté l’OFCE a révisé de 5,8 à 5,3 % sa perspective de croissance.

 

Joe Biden veut s’attaquer aux infrastructures

 

Le fait le plus important de la semaine réside dans les nouvelles annonces économiques de Joe Biden. Le président américain a appelé mercredi à recourir à l'autorité du gouvernement fédéral pour remodeler l'économie américaine et contrer l'émergence de la Chine, avec un projet de plus de 2 000 milliards de dollars qui fait l'objet d'une vive opposition politique au Congrès. La proposition du chef de la Maison blanche permettrait aux entreprises américaines de se positionner sur des projets impliquant des millions de salariés du pays afin de construire des infrastructures, comme des routes et des ponts, tout en investissant dans la lutte contre le changement climatique et les services à destination des personnes âgées notamment.

Après son plan de relance de 1 900 milliards de dollars, que le Congrès a adopté début mars, Joe Biden ambitionne de redynamiser la première puissance économique mondiale, lourdement affectée par la crise sanitaire du coronavirus. Ce nouveau plan promet aussi de renforcer les syndicats et d'accroître la lutte contre le changement climatique, des objectifs de longue date des libéraux. Joe Biden devrait dévoiler en avril de nouvelles propositions économiques qui pourraient ajouter à nouveau 2 000 milliards de dollars à la facture globale.

 

Un new deal destiné "à contrer la Chine"

 

Aux yeux des équipes de la Maison blanche, une vaste manœuvre menée par le gouvernement fédéral pour renforcer l'économie américaine est le meilleur moyen pour lutter contre la concurrence accrue et la menace pour la sécurité nationale représentées par la Chine. Cette démarche a ouvert la voie à une vive querelle partisane au Congrès, dont les élus conviennent pour la plupart que des investissements sont nécessaires mais sont partagés sur l'ampleur du projet et la mise en place de programmes considérés traditionnellement comme des services sociaux.

Pour le moment, Joe Biden fait fi d'une promesse de campagne d'augmenter la fiscalité. Le projet entraînerait une hausse de l'impôt sur les sociétés, de 21 % à 28 %, avec des mesures destinées à combler les failles d'un système permettant aux entreprises de délocaliser leurs recettes, selon un document fourni par la Maison blanche. Joe Biden a déclaré que l'objectif n'était pas de cibler les riches mais de remédier aux divisions et aux inégalités que la crise sanitaire du coronavirus a amplifiées. Le projet du locataire de la Maison blanche prévoit d'étaler les coûts sur une période de huit ans et d'avoir payé l'ensemble au bout de 15 ans, sans alourdir à long terme la dette des États-Unis, a dit un haut représentant de l'administration.

 

L’épine australienne de Suez dans le pied de Veolia

 

Du côté du business, la tension s’est encore tendue d’un cran dans l’affaire Veolia-Suez avec l’annonce faite jeudi soir que le groupe Suez est parvenu à un accord préliminaire avec l'australien Cleanaway pour lui céder des actifs jugés stratégiques par Veolia dans son projet d'OPA. Les actifs que Suez va céder à Cleanaway sont valorisés 1,6 milliard d'euros, soit 12 fois d'excédent brut d'exploitation 2020, soit un multiple bien plus élevé que celui reflété dans l'offre actuelle de Veolia à 18 euros par action.

Veolia a de son côté déposé un recours au tribunal de commerce de Nanterre pour empêcher toute vente par Suez de ses actifs déchets en Australie, mais ce recours qui doit donner lieu à une audience ce mardi n'est pas suspensif. Il est prévu que la convention signée par Suez avec Cleanaway tombe si le groupe parvient à une solution négociée avec Veolia d'ici le 20 avril ou s'il relève son prix d'achat à 22,50 euros par action. Avec cette nouvelle escalade, Suez semble reprendre la main dans la bataille qui l’oppose à son agresseur. Même si l’AMF a publié vendredi un étrange communiqué, sans injonction, mais critiquant l’offre Ardian-GIP. Le gendarme de la Bourse semble vouloir empêcher que le prix de l’OPA monte. Ce qui est à l’opposé de sa mission de protection des intérêts des épargnants.

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