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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Macron back to reality
par Yves de Kerdrel

Le troisième confinement semble déjà apporter quelques signaux positifs sur le front de la contamination, même si la pression hospitalière reste soutenue et le nombre des décès très élevés. Emmanuel Macron en profite pour revenir aux sujets structurels de la France. D’autant que Bruxelles impose des réformes strictes afin de pouvoir donner à l’hexagone les 40 milliards du plan européen.

11/04/2021 - 06:45 Temps Lecture 17 mn.

 

En principe, c’est à la fin de la semaine à venir que la France devrait atteindre le triste cap de 100 000 décès liés à l’épidémie de Covid. Ce chiffre va naturellement ébranler l’opinion, même si une certaine lassitude s’est installée depuis un an à l’égard de la litanie quotidienne des statistiques de cette pandémie. Jeudi dernier, on annonçait que pas moins de 421 décès étaient intervenus dans la journée. Cela dans la plus grande indifférence et alors que le pays est installé depuis une semaine dans son troisième confinement en un an.

Bien sûr sur certaines zones où le taux d’incidence était monté à des niveaux très élevés on observe déjà un léger mieux en termes de contamination. Mais l’inertie propre à la diffusion de ce virus et au cycle "contagion, symptômes, hospitalisation, et réanimation "ne permettra de savoir que dans une dizaine de jours si ce confinement a produit des effets sur l’ensemble du territoire français. Pour l’heure, Olivier Véran et ses services sont optimistes. Ce qui devrait permettre d’alléger la pression hospitalière.

 

Des progrès dans la vaccination

 

Pendant ce temps-là le cap des 10 millions de premières doses du vaccin inoculées a été atteint jeudi dernier, alors que les pouvoirs publics s’étaient fixé ce but pour la mi-avril. Il reste que pendant la même période, la Grande-Bretagne a vacciné trois fois plus d’individus. Ce qui témoigne des errements du gouvernement dans sa stratégie vaccinale et des nombreux problèmes logistiques encore rencontrés. Avec de surcroît une forte désaffection pour le vaccin AstraZeneca. 70 % des Français affirment ne pas avoir confiance dans ce sérum.

Car c’est une chose d’avoir des vaccins, d’avoir des médecins, des infirmières, des pharmaciens ou des pompiers pour vacciner. C’en est une autre que d’avoir des Français pour aller de leur propre chef, soit chez leur médecin, soit dans un vaccinodrôme pour recevoir le précieux sérum. Toujours est-il que tant les autorités sanitaires françaises qu’européennes prévoient désormais une immunité collective (sur la base de 80 % de la population) autour de la fin juin. Ce qui permettra aux différents pays du continent de retrouver une vie normale pour l’été.

 

Très faible confiance des Français dans l’exécutif

 

La popularité de l’exécutif souffre de son impéritie en matière sanitaire. Selon un sondage Elabe publié vendredi dans les Échos, la cote de confiance du président est quasi stable, mais celle du premier ministre recule plus nettement. Début avril, 33 % (- 1 point) des Français interrogés accordent encore leur confiance à Emmanuel Macron pour affronter efficacement les problèmes qui se posent au pays. La cote de confiance du président de la République baisse pour le deuxième mois consécutif, après un recul de 2 points le mois dernier.

À l’inverse, 63 % (+ 3 points) des Français n’accordent pas leur confiance au président, soit quasiment le plus haut niveau de défiance enregistré depuis le début de la crise du Coronavirus (64 % en décembre 2020), et 31 % n’ont pas du tout confiance en lui. D’un point de vue politique, sa cote de confiance baisse au sein de son électorat, auprès de l’électorat de François Fillon et de celui de Benoît Hamon.

 

Forte hausse de la cote de Xavier Bertrand

 

Après trois mois d’amélioration consécutive, la cote de confiance du Premier ministre, Jean Castex, enregistre une baisse de 4 points en avril et s’établit à 26 %. 66 % (+ 4 points) des personnes interrogées ne lui font pas confiance, dont 32 % pas du tout confiance, tandis que 8 % des Français ne se prononcent pas. D’un point de vue politique, sa cote de confiance est en baisse auprès de quasiment tous les principaux électorats. Si la cote du Premier ministre est en baisse au sein de toutes les catégories d’âge, ce sont les plus de 65 ans qui sont le plus nombreux à lui accorder leur confiance.

Édouard Philippe domine toujours le classement des personnalités politiques (avec 51 % d’opinions favorables). Il devance Nicolas Hulot et Roselyne Bachelot. Olivier Véran (33 %) et Bruno Le Maire (32 %) complètent le classement. Auprès des sympathisants de droite, Nicolas Sarkozy reprend sa première place perdue le mois d’avant et devance Édouard Philippe et Xavier Bertrand qui enregistre une progression sensible de sa popularité après avoir officialisé sa candidature (65 %, + 7 points). Valérie Pécresse (61 %) et François Baroin (59 %) complètent le classement.

 

La démagogique suppression de l’ENA

 

Deux ans après avoir annoncé son intention de supprimer éventuellement l’ENA, Emmanuel Macron est passé à l’acte cette semaine en annonçant son remplacement par Institut du Service Public. C’était une demande des gilets jaunes exprimée lors de l’hiver 2018-2019. Le Chef de l’État a donc cédé à cette réclamation. Ce qui est considéré par la plupart des observateurs comme de la pure démagogie. Car ce n’est pas en supprimant un symbole de l’élite que l’on va reconnecter la France d’en-haut et celle d’en-bas. L’ENA a des défauts, mais aussi des qualités. Notamment en matière de méritocratie.

Par ailleurs la nature ayant horreur du vide, ceux qui recherchent une formation d’excellence continueront à rejoindre les rangs d’Ulm, des agrégations de droit, de philosophie ou d’histoire. Cette mesure est d’autant plus dommageable qu’elle intervient après dix années de nivellement de Sciences Po par le bas, avec la suppression de l’épreuve de culture générale et la mise en place de l’écriture inclusive.

 

Discussions difficiles avec Bruxelles

 

Cela montre que le Chef de l’État cherche à sortir de la pandémie qui concentre toute l’actualité. Et qu’à un an des élections, il entend toujours "transformer la France". D’autres lui demandent également. Il s’agit des fonctionnaires de Bruxelles chargés de distribuer les parts du plan européen de relance d’un montant de 750 milliards d’euros. Une somme empruntée par l’Europe et qui sera ensuite remboursée par les États membres jusqu’en 2058. Le mécanisme est d’ailleurs attaqué devant la cour constitutionnelle de Karlsruhe.

À la suite des injonctions des pays "frugaux" ceux qui demandent leurs subsides doivent en contrepartie s’atteler à mettre en œuvre des réformes structurelles montrant leur capacité à réduire leurs dépenses publiques. Or la discussion entre Bercy et Bruxelles ne se passe pas bien. Les fonctionnaires européens exigent la mise en place de la réforme de l’allocation-chômage ainsi qu’une réforme des retraites. Sur le premier point Bruno Le Maire a été obligé de céder. Sur le second, il discute toujours expliquant que compte tenu du contexte social, une réforme paramétrique ne saurait être engagée pour le moment. Mais Bruxelles ne l’entend toujours pas de cette oreille. Et la France risque d’attendre avant de recevoir ses 40 milliards d’euros.

 

Bercy coupe l’herbe sous le pied de la Cour des comptes

 

Pour mettre un peu de liant dans ces négociations, Bercy a fait fuiter jeudi soir la nouvelle trajectoire des finances publiques. La France prévoit donc un retour de son déficit public dans les clous européens (3 % du PIB) en 2027 et envisage d'inscrire dans la loi une règle d'encadrement de la croissance des dépenses publiques pour accompagner le rétablissement de ses finances publiques. Ce qui faisait partie des recommandations du rapport Arthuis.

Les comptes publics ont été largement mis à contribution depuis l'an dernier pour soutenir "quoiqu'il en coûte" une économie française frappée de plein fouet par les retombées de la pandémie de COVID-19, qui a brutalement interrompu leur redressement progressif. Et l'horizon de leur rétablissement est bien plus lointain que celui de la fin de la crise sanitaire, selon la trajectoire des finances publiques pour les années à venir que le gouvernement doit soumettre à la Commission européenne ce mois-ci.

 

Revenir dans les clous sans hausse d’impôt

 

Le déficit public, qui a atteint en 2020 l'équivalent de 9,2 % du produit intérieur brut (PIB), un plus haut depuis 1949, devrait être ramené à 2,8 % du PIB en 2027, selon Bercy. Pour permettre aux Vingt-sept de faire face à une crise sanitaire sans précédent, l'Union européenne a suspendu la règle du pacte de stabilité et de croissance européen exigeant que les États membres contiennent leur déficit sous le seuil de 3 % du PIB.

La France, qui n'est revenue dans ce cadre qu'en 2017 après l'avoir dépassé pendant dix ans, table donc sur une réduction très progressive de son déficit public au cours des prochaines années, avec une amélioration minime pour cette année, à 9,0 % du PIB. Alors que le gouvernement continue d'exclure toute hausse d'impôts, atteindre cet objectif suppose de contenir la progression des dépenses publiques en limitant leur croissance à 0,7 % par an en volume (c'est-à-dire corrigée de l'inflation), un niveau sans précédent depuis 20 ans.

 

Un objectif de dépense publique sur cinq ans

 

Pour y parvenir, Bercy souhaite qu'une règle pluriannuelle soit inscrite dans la loi pour définir un objectif de croissance de la dépense publique en volume sur cinq ans, ce qui serait une première en France, a précisé une source. Le ministre de l'Économie et des Finances serait même en faveur d'une inscription de cette règle dans la Constitution, ce qui paraît cependant peu probable à un an de l'élection présidentielle. Même le Général de Gaulle avait refusé à Valéry Giscard d’Estaing une demande équivalente au début des années soixante.

Outre les efforts sur la dépense publique, la France devra renouer avec les réformes structurelles mises en suspens depuis le début de la crise sanitaire l'an dernier, comme la réforme des retraites. Au-delà de la suspension des règles européennes sur l'encadrement des finances publiques, certains États membres, dont la France, plaident pour leur révision une fois que la crise actuelle sera maîtrisée.

 

Ne pas affecter la reprise économique

 

La priorité sera de revoir les règles encadrant la dette publique, puisque les États membres sortiront de cet épisode avec des niveaux d'endettement totalement différents. Le ministère des Finances prévoit que la dette publique monte à 117,8 % du PIB cette année et culmine à 118,3 % du PIB en 2025, avant de commencer à régresser. Ces projections à long terme sont fondées sur un scénario de croissance prévoyant un rebond de 5 % du PIB cette année après sa contraction de 8,2 % l'an dernier.

Le gouvernement s'attend ensuite à voir la croissance économique s'établir à 4 % en 2022 et de ralentir progressivement au cours des années suivantes, avant de conserver un rythme de croisière de 1,4 % pour les années 2025 à 2027. Toutefois dès vendredi matin Bruno Le Maire a précisé que si le redressement des finances publiques était indispensable, il fallait le faire au bon moment et de façon progressive pour ne pas affecter la reprise économique. Face à cette crise, il a jugé que le temps du rétablissement des finances publiques ne viendrait qu'après la première phase de protection et la deuxième étape de relance.

 

Multiples tentatives de médiation entre Veolia et Suez

 

Du côté du business, après un nouvel épisode de tensions publiques entre Veolia et Suez à propos du projet de vente de la filiale australienne sur laquelle le groupe d’Antoine Frérot compte beaucoup pour mettre en œuvre des synergies, il semble que l’heure soit revenue à des discussions informelles entre les deux groupes par l’intermédiaire de canaux très confidentiels.

Bruno Le Maire a sollicité Laurent Burelle, le président de l’AFEP, lobby patronal dont sont adhérents Suez et Veolia, afin d’établir une médiation. Mais ce dernier a du mal à être reconnu comme un intermédiaire fiable par les deux parties. D’autant qu’il connaît mal Suez comme Veolia. Gérard Mestrallet s’est auto-proclamé médiateur et a pondu une chronique dans les Échos appelant les deux groupes à se parler. Mais c’est Éric Lombard, le patron de la Caisse des Dépôts, qui déploie le plus d’efforts pour trouver une sortie par le haut à cette bataille boursière.

 

Éric Lombard joue les casques bleus

 

Cela fait plusieurs semaines qu’il emploie une partie de son temps à essayer de "trouver un chemin possible" par les différents canaux dont il dispose. Son avantage, c’est que la Caisse des Dépôts est le premier actionnaire de Veolia, mais qu’il a demandé à son représentant, Olivier Mareuse de s’abstenir lors du conseil qui a décidé du dépôt d’un projet d’OPA sur Suez. Par ailleurs, par ses fonctions, il est en quelque sorte le garant du bon fonctionnement de la Place de Paris.

Enfin il a un contact étroit et facile avec Bruno Le Maire, qui ne souhaite plus se mettre en avant, mais qui suit le dossier de près avec le directeur du Trésor Emmanuel Moulin. De surcroît Éric Lombard connaît bien l’univers des collectivités locales qui sont les principales clientes des deux groupes. Son but est d’arriver à une rencontre entre Philippe Varin et Antoine Frérot assez vite, et à une désactivation de la fondation néerlandaise dans les jours qui viennent. La tâche est ardue, d’autant qu’Anne Lauvergeon ne ménage pas Philippe Varin au sein du conseil de Suez et joue les jusqu’au-boutistes. Par ailleurs Veolia a fait parvenir une assignation en référé concernant cette fondation vendredi soir, avec une audience prévue à Nanterre ce mardi. Il n’empêche que les deux camps se parlent. C’est ce qui est le plus important.

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