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L’espérance est un risque à courir
par Yves de Kerdrel

Le paradoxe du moment est de voir les pouvoirs publics s’atteler à un déconfinement rapide alors que les hospitalisations et les réanimations sont au plus haut. L’explication tient au fait que de gros progrès ont été faits en matière de vaccination. De fait Emmanuel Macron a estimé que la réouverture du Pays était un risque à courir. D’autant plus qu’il ne pense plus qu’à sa réélection.

25/04/2021 - 06:45 Temps Lecture 17 mn.

 

"L’espérance est un risque à courir". Cette belle phrase de Bernanos n’est pas seulement le titre d’un livre consacré aux catholiques résistants qui vient d’être publié. C’est aussi le leitmotiv du Chef de l’État qui a décidé depuis déjà une semaine que "quoi qu’il en soit", la France devait retrouver une situation normale à partir de la mi-mai.

C’est ce qui explique ce paradoxe lié aux annonces de réouvertures et de rentrée des classes faites jeudi par Jean Castex, alors que la pression hospitalière n’a jamais été aussi élevée, que les hospitalisations sont au plus haut et que les réanimations sont toujours saturées et à un niveau plus élevé qu’au cœur de la deuxième vague. Surtout le niveau des contaminations en moyenne mobile sur une semaine reste supérieur à 30 000 cas. Ce qui est considérable et bien supérieur à la borne haute de 5 000 cas qui servait de référence pour le déconfinement à l’automne dernier.

 

Le risque calculé de Macron

 

Si le Chef de l’État a littéralement décrété le déconfinement, sans que l’on connaisse l’avis du Conseil Scientifique, c’est d’abord parce qu’il préfère prendre ce risque plutôt que de laisser les Français enfermés alors qu’arrivent les beaux jours. C’est aussi parce que les écoles vont disposer de près de 60 millions d’autotests ou de mini-tests antigéniques pour prévenir de cas supposés, y compris chez les asymptomatiques. C’est enfin parce que 14 millions d’adultes ont désormais été vaccinés. Ce qui représente le quart de la population adulte du pays.

Ce dévissage du couvercle de la cocotte-minute qui pèse sur les Français depuis de trop longs mois est "un risque à courir". Car en l’espace de quelques jours deux nouveaux variants ont fait leur apparition. Le brésilien et l’Indien. Et tous deux semblent insensibles aux vaccins. Ce qui a amené la France à prendre – pour la première fois – des mesures drastiques concernant les vols en provenance de plusieurs pays d’Amérique du Sud ou bien d’Inde.

 

La France fait l’impasse sur le vaccin russe

 

Si la pandémie continue de se répandre dans le monde, les vaccinations s’accentuent également. Avec un trou dans la raquette : les pays de l’hémisphère sud qui pour l’instant n’ont pas été trop touchés, mais qui vont commencer à entrer dans l’hiver austral sans avoir les mêmes stocks de vaccins que les pays occidentaux.

La géopolitique de la pandémie va se traduire par une fourniture massive de vaccins chinois à l’Afrique, et éventuellement de vaccins russes. Ces derniers, que les scientifiques considèrent comme très fiables, viennent de faire l’objet d’une commande à hauteur de 30 millions d’unités par l’Allemagne, pourtant cheffe de file de l’Union Européenne, et dont la Chancelière ne cache pas son antipathie pour Vladimir Poutine et son administration. En France il a été décidé de boycotter ce vaccin au nom de la méfiance anti-russe qui anime le Président de la République et notamment son ex-sherpa, Clément Beaune, le secrétaire d’État aux affaires européennes.

 

Les entreprises soutenues à bout de bras par l’État

 

Les publications des chiffres d’affaires du premier trimestre par la plupart des groupes du CAC 40 sont presque toutes meilleures que prévu et témoignent d’une résilience étonnante du big business français. Cela est lié bien entendu à leur forte présence à l’international. Sans doute les évolutions ne sont pas aussi brillantes s’agissant des PME ou des ETI, qui font notamment vivre les territoires.

Le comité de suivi des aides aux entreprises que préside l’économiste benoît Coeuré a chiffré à 206 milliards d’euros l’argent mis à la disposition de l’économie entre mars 2020 et mars 2021. Il note d’ailleurs un fléchage pas aussi bien mené qu’en Allemagne. L’absence de contreparties demandées aux entreprises apparaît comme une anomalie après coup. Beaucoup d’entreprises qui ont eu recours au chômage partiel - et qui continuent - n’ont pas hésité à mettre en plan des plans sociaux souvent très vastes. Par ailleurs il n’est pas normal - même si c’est une bonne chose - que le nombre de défaillances d’entreprises a chuté autour de 30 000 en un an au lieu d’une moyenne de 50 à 55 000. Cela signifie que de l’argent public a aidé des canards boiteux à garder la tête hors de l’eau.

 

L’État met la poussière sous le tapis

 

Le plus grave, c’est que commence à se répandre au sein du patronat un état d’esprit peu responsable dans ses rapports avec l’état. Tous les dirigeants d’entreprise sont bien évidemment devenus keynésiens. Mais plus personne ne se préoccupe de la dépense publique, ni en termes quantitatifs ni en termes qualitatifs. Alors que ce sera forcément l’un des sujets du prochain quinquennat. Et cela ne soucie personne que l’état mette la poussière sous le tapis, notamment la réforme des retraites, alors que ce devait être la principale réforme de ce mandat.

À cela s’ajoute la notion de souverainisme désormais reprise par tout ce que la France compte de politiques. Peut-être les Français réclament-ils le rétablissement des frontières qui n’empêchera pas un virus ou un nuage nucléaire de passer ? Mais personne ne prend le soin de leur expliquer que notre économie est bâtie sur une mondialisation qui a été gagnante et sur une répartition mondiale du travail qui a sorti 1,1 milliard d’individus de la pauvreté. Finalement ce nouveau souverainisme va se faire à base de filière (pharmaceutique d’abord, énergétique, électronique…) au risque de recréer une économie de rente. Ce contre quoi Emmanuel Macron s’était fait élire.

 

Un scénario inquiétant concernant Marine Le Pen

 

Sur le plan politique, rien ne change et tout commence à bouger. Marine Le Pen arrive toujours en tête du premier tour dans la plupart des enquêtes d’opinion. De fait, elle n’a jamais été aussi proche de pouvoir l’emporter à la présidentielle de l’an prochain, surtout si son adversaire est Emmanuel Macron. Les chercheurs de la Fondation Jean Jaurès estiment que Marine Le Pen possède "l’électorat le plus stable" parmi les candidats à l’Élysée, avec 89 % des électeurs qui ont voté pour elle au premier tour de la présidentielle de 2017 qui déclarent qu’ils feront de même en 2022, contre 71 % pour ceux d’Emmanuel Macron.

Une tendance relevée par le think tank est particulièrement inquiétante. Chiffres à l’appui : en mars 2019, 50 % des Français déclaraient avoir une très mauvaise opinion de Marine Le Pen. Ils ne sont plus que 34 % aujourd’hui, soit le plus faible niveau atteint par la candidate. Autre indicateur qui peut renforcer la présidente du Rassemblement national, la faiblesse d’Emmanuel Macron. Les quatre émotions les plus associées au chef de l’État pour les Français sont "colère", "honte", "dégoût" et "désespoir". Une détestation qui serait égale à celle entretenue envers Marine Le Pen et qui favoriserait l’abstention et donc le manque de report de voix pour Emmanuel Macron.

 

Xavier Bertrand s’est installé à droite

 

Pour éviter que la France tombe l’an prochain dans l’abîme des extrêmes la Fondation Jean Jaurès recommande de parler à cette partie de la France qui se sent délaissée et qui vote Rassemblement national, c’est-à-dire les catégories populaires qui votent massivement pour le RN. C’est exactement le terrain qu’a choisi Xavier Bertrand. Et il sait combien cette problématique est évidente en tant que Président d’une région où le Rassemblement National est le plus fort et où la classe ouvrière est la plus importante.

Quelques semaines après sa déclaration de candidature, l’intéressé a gagné son pari en installant sa position à quatre points du seuil des 20 % et loin devant tous les autres candidats de droite. Parmi les électeurs de droite, il est même désormais aussi populaire que Nicolas Sarkozy. Or il n’a échappé à personne que sa campagne a à peine commencé. En revanche il est plus échauffé que n’importe quel boxeur notamment sur le plan programmatique. Comme il devrait en témoigner ce soir à 18 heures sur LCI.

 

Un mois d’avril dynamique en France

 

Au chapitre économique, l'activité du secteur privé en France a progressé plus fortement que prévu en avril, signe que les entreprises de la deuxième économie de la zone euro se sont montrées plus solides face aux conséquences de la pandémie de COVID-19. C’est ce que montrent les résultats préliminaires de l'enquête réalisée par IHS Markit auprès des directeurs d'achat. L'indice composite, qui regroupe l'activité des services et celle du secteur manufacturier, est passé en territoire d'expansion en remontant à 51,7 contre 50 en mars. Il est en outre supérieur à un consensus de 48,8.

L'indice manufacturier, lui, s'affiche à 59,2, un chiffre légèrement inférieur à celui de 59,3 enregistré en mars et mais supérieur au consensus de 59,0. Les services, en première ligne dans la crise sanitaire, ont progressé avec un indice à 50,4, contre 48,2 en mars et largement au-dessus d'un consensus de 46,5. Au-delà des prochains mois, les participants à l'enquête sont également confiants dans la poursuite de la dynamique de la demande, comme en témoignent les plus fortes attentes concernant les perspectives commerciales à douze mois sur plus de trois ans.

 

Pas de retrait progressif du PEPP

 

Les décideurs de la Banque centrale européenne n'ont pas parlé jeudi d'une éventuelle sortie progressive du programme d'achats d'urgence face à la pandémie a déclaré Christine Lagarde. Le Conseil des gouverneurs "n'a pas discuté d'un retrait progressif du PEPP parce que cela est simplement prématuré", a dit la présidente de l'institution lors de sa conférence de presse. Une éventuelle sortie du programme dépendra des données économiques et pas d'un calendrier défini à l'avance, a-t-elle ajouté.

La BCE a maintenu jeudi une posture monétaire très accommodante, comme attendu, mais devra faire face d'ici à sa prochaine réunion en juin à des questions sur le retrait progressif de son soutien pour accompagner la reprise économique dans la zone euro. Le montant de l'enveloppe de 1 850 milliards d'euros allouée aux achats de titres dans le cadre du PEPP n'est pas modifié, lit-on dans le communiqué publié à l'issue de la réunion du Conseil des gouverneurs. Par ailleurs, le taux de refinancement reste quant à lui fixé à zéro et le taux de la facilité de dépôt à -0,5 %.

 

Où est le cygne noir ?

 

En miroir de la placidité de la banque centrale européenne on a vu fleurir ces derniers jours de nombreux commentaires et articles sur l’éventualité d’un krach boursier imminent. Il est vrai que l’indice Dow Jones a franchi les 34 000 points, son record, et que le CAC 40 a retrouvé son plus haut niveau d’avant la crise de 2008 à 6 400 points avant de connaître une vive correction mardi dernier. Il est vrai que les introductions en Bourse se multiplient. Que les SPAC se créent presque chaque semaine avec des milliards de liquidités. Et que le nombre d’actionnaires individuels est reparti à la hausse. À tel point que 37 % des Américains qui ont reçu un chèque dans le cadre du Plan Biden, l’ont immédiatement investi en Bourse.

Mais la particularité d’un krach, c’est de ne pas prévenir. Il faut un élément déclencheur, comme la faillite de Lehmann à la mi-septembre 2008, ou l’éclatement de la bulle internet quelques années auparavant. C’est ce que le mathématicien libanais Nassim Taleb a vulgarisé avec l’image du "cygne noir". C’est-à-dire un élément parfaitement inattendu et imprévisible. D’autant que tout ce qui est imaginable est par principe intégré dans les cours de Bourse. D’où le principe qui assure que la Bourse a toujours raison. Peut-être qu’à la place d’un krach, les marchés vont se contenter de la traditionnelle correction du mois de mai. Une baisse des cours devenue tellement significative et tellement régulière qu’elle fait l’objet d’un adage devenu culte : "sell in may and go away".

 

Vers une solution chez Lagardère

 

Selon nos informations la semaine passée et le week-end ont été animés par des discussions discrètes entre Arnaud Lagardère et ses principaux actionnaires : Vivendi, donc Vincent Bolloré et son avocat Dominique Bompoint, Amber, donc Joseph Oughourlian et son avocate Diane Lamarche, Agache, donc Bernard Arnault et Nicolas Bazire et leur avocat Didier Martin et le Qatar, donc Nicolas Sarkozy. Le but étant d'arriver à une solution acceptable par tous avant que soit publié l'ordre du jour de l'assemblée générale prévue le 14 juin prochain.

Il en ressort qu'un conseil de surveillance pourrait se tenir, sinon ce soir, du moins demain matin proposant la suppression de la structure en commandite moyennant une soulte de l'ordre de 7 % en actions nouvelles Lagardère pour le fils du fondateur, soit environ 210 millions d'euros. Ce changement de structure devra être entériné par une assemblée générale mixte. Après quoi interviendront les cessions d'actifs. Mais elles devront être précédées par la main mise d'un actionnaire : sans doute Vivendi qui garderait l'édition, Europe 1 et une bonne partie de la presse. Ensuite il en sera terminé de ce groupe qui valait cinq fois plus qu'aujourd'hui à la mort de Jean-Luc Lagardère.

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