Macro-économie / Taux / Consommation des ménages / PIB / INSEE
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Consommation des ménages / PIB / INSEE
Consommation : le pilier de la croissance française va-t-il repartir autant que prévu ?
Encore un mois d'épargne forcée pour les ménages français. La fermeture de tous les commerces non essentiels au mois d'avril a naturellement conduit à une dégradation de la consommation, principale source de croissance de notre économie (52% du PIB en 2019). Si celle-ci avait plutôt bien résisté en début d'année, demeurant à un niveau de -6% en deçà de celui du T4 2019 en janvier et février, elle a commencé à se dégrader en mars (-7%) dans un contexte de renforcement des mesures sanitaires et notamment, à partir du 20 mars du confinement de plusieurs départements. Puis, celle-ci a clairement décroché après que le gouvernement a décidé de confiner la totalité du territoire, pour contenir la pandémie. Les montants de transactions par carte bancaire et les données de ventes d'enseignes de la grande distribution, disponibles jusqu'au 25 avril témoignent d'un recul marqué dès la première semaine de mise sous cloche de l'économie française, persistant sur toute la période. À noter toutefois que le recul des montants de transactions par carte bleue apparaît moins marqué qu'en novembre 2020 et que lors du premier confinement du printemps 2020. Ce qui fait qu'en avril, la consommation des ménages (marquée par une chute des ventes physiques mais hausse des ventes en ligne) se serait située à 10% en deçà de son niveau du quatrième trimestre 2019, soit un recul inférieur à celui de novembre 2020 (-15%) et qu'un an plus tôt (-31%).
Quels sont les postes de dépenses qui ont le plus reculé ? Celle des biens industriels a fortement diminué, de -9% par rapport à son niveau d'avant crise, alors qu'elle se trouvait assez proche de celui-ci dans les mois précédents. Une chute qui résulte de la baisse des dépenses d'habillement-chaussures, pénalisées par la fermeture des boutiques et des dépenses d'équipements du foyer (hors électronique et informatique). Elle provient aussi de moindres consommations de carburant, du fait de la restriction de déplacement de moins de 10 km, même si ce recul des dépenses en essence avait été beaucoup plus important lors du second confinement. Du côté des services marchands, la consommation des ménages, déjà très déprimée au mois de mars et les mois précédents, ne se serait finalement dégradée que très légèrement en avril (-15% par rapport au Q4 2019, après -14% en mars) et proviendrait essentiellement des dépenses directement affectées par le confinement : services de transport, aux ménages, hébergement et restauration. "En matière de consommation et de mobilité, le confinement du mois d'avril dernier aura donc été assez proche de celui de novembre et même un peu moins contraignant, du fait de restriction de mobilité moindre et d'un éventail de commerces ouverts plus large", résument ainsi les membres de l'INSEE.
Un redécollage massif de la consommation ?
Alors que le gouvernement a annoncé un déconfinement par étapes, avec la fin des limitations de déplacements et bientôt la réouverture des boutiques et terrasses puis des lieux culturels peut-on pour autant espérer une flambée des dépenses de consommateurs ? Rappelons que le taux d'épargne des ménages, qui avait atteint un record de 27% au second trimestre 2020, était toujours de 22% à la fin de l'an dernier contre 15% environ au quatrième trimestre 2019, selon les chiffres de la Banque de France. Certes, cette hausse du taux d'épargne des Français résulte en grande partie de l'épargne forcée : "si le revenu disponible des ménages a été largement protégé par les transferts budgétaires, la consommation privée a cependant été limitée par les restrictions administratives imposées aux déplacements, aux restaurants, aux commerces et à la plupart des activités de loisir", estime ainsi la BdF. Mais cette hausse résulte aussi de l'incertitude économique et financière liée à l'épidémie, qui a poussé les ménages à mettre davantage de côté, par précaution. Ainsi, un quart de la baisse de la croissance de la consommation observée durant le premier confinement au deuxième trimestre 2020 a pu être attribué à l’incertitude économique et financière. Et l’incertitude liée à une hausse du taux de chômage a influé négativement sur la consommation des ménages au printemps 2020 (– 1,3 point de pourcentage). Si donc, la levée du confinement et des incertitudes sanitaires, grâce à l'accélération de la campagne de vaccination, devrait naturellement booster la consommation, la persistance des incertitudes économiques pourrait peser sur les dépenses des ménages. D'autant que les aides d'État devront progressivement être réduites puis supprimées. La consommation et la reprise pourraient donc être "perturbées par la disparition d'entreprises surendettées une fois les mesures de soutien arrêtées dans le cadre du processus de normalisation", résume ainsi William de Vijlder, chef économiste chez BNP Paribas.
Par ailleurs, la pandémie a fortement impacté la composition des dépenses des ménages, avec un boom des achats sur internet de biens électroniques et informatiques, ou encore une hausse de la demande de résidences secondaires ou des dépenses en rénovation de logements, explique William de Vijlder, chef économiste chez BNP Paribas. Avec la réouverture de nombreux commerces et restaurants, "on peut se demander si les modèles de consommation ne vont pas de nouveau évoluer : certains services, loisirs, restaurants, hôtellerie qui ont connu une chute de la demande due aux mesures de restriction, pourraient se redresser au détriment - en termes relatifs tout au moins- des dépenses en biens", poursuit l'économiste. Autre élément à prendre en compte concernant l'évolution de la consommation française et donc la vigueur de la reprise économique : le fait que les ventes de biens, quand elles faiblissent en période de récession, sont pour partie rattrapées lorsque l'économie se redresse. "S'agissant des services, comme les loisirs ou l'hôtellerie, l'activité perdue au cours d'une récession ou d'un confinement est dans une large mesure perdue à jamais. Les dépenses de voyages ou les repas au restaurant non réalisés ne pourront être rattrapés", poursuit le chef économiste. Si donc le secteur des services devrait être très dynamique lors de la phase initiale de reprise, comme le prouve l'exemple américain actuel, il serait imprudent de miser uniquement sur l'explosion durable de la consommation pour soutenir l'économie de l'Hexagone dans les prochains mois.
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